‹ Études critiques sur les sources de l'histoire CarolingienneChapitre 38 sur 56 · Ibid., 1<), 28, Gl · texte numérisé non relu

Ibid., 1<), 28, Gl

4. Charles vient à Worms en 784, 78(i; il est à Ingelheim tout l'hiver de 787- 788 {Annales Laurissenses, ad ann.).

monastère à écrire les annales du règne de Charlemagne et lui ait fourni les documents et les notes qui se trouvaient conservés dans les archives confiées à l'archichapelain? Nous avons la certitude que l'auteur des Ann. Laur. a eu entre les mains au moins un document de ce genre ; c'est le jugement rendu contre Tassilon en 788. Nous savons, en effet, par le Capitulaire de Francfort de 794, c. 3, comme par la Vit a Hadriani, que les actes solennels étaient déposés eu double exemplaire à la chancellerie {in palatio) et dans les archives de la chapelle {in sacri palatii capella). Or, il est facile de reconnaître dans les termes dont se sert l'annaliste pour nous raconter le plaid de 788 des expressions empruntées au style des actes juridiques •.

On a même cherché dans un prétendu séjour de Tassilon à Lorsch une raison de plus de croire que les Annales ont dû y être composées 2; mais aucun texte certain ne nous dit que le duc de Bavière ait été enfermé dans ce monastère^, et, d'ailleurs, les Annales Laurissenses ont été écrites non sous son influence, mais sous celle de ses ennemis.

Un argument qui a plus de valeur, mais sans être décisif, est celui qu'on tire de l'existence à Lorsch d'un manuscrit (auj. perdu) qui s'arrêtait à 788, et du fait que les Annales Laurissenses minores, dont les deux premières parties, jusqu'à 786, ont été certainement écrites à Lorsch, se sont servies àes, Annales Laurissenses majores^. On peut aussi faire remarquer les ressemblances très étroites qui existent entre les A7in. Laur. maj. et

1. Cf. Barchewitz, Das Kœnigsgericht zur Zeitder Merovinger und Karolinger, p. 43 et suiv. Leipzig, 1882, in-S". 1. Arndt, dans la préface de la brochure de Barchewitz.

3. D'après les Annales Nazariani et Petaviani, c'est à Jumièges qu'il aurait été enfermé. L'Historia Cremifanensis [Mon. Genn. SS. XXV) est seule à dire qu'il ait été à Lorsch. Bien que Kremsmunster ait été fondé par Tassilon en 777, ce document d'une époque postérieure (xiii" s.) peut difficilement valoir contre les textes que je viens de citer. Il faudrait admettre ou qu'il fut relégué à Lorsch de 788 à 794 et qu'il ne fut envoyé à Jumièges qu'après sa dernière comparution devant Charlemagne, ou qu'il fut d'abord envoyé à Jumièges et que Lorsch le reçut après l'espèce de pardon qui lui fut accordé en 794. Otton de Freising dit qu'il fut relégué à Lorsch.

4. M. Kurze fait remarquer avec raison que cet argument n'aurait une véritable force que si le manuscrit de Lorsch avait été le manuscrit primitif et autographe des Annales, ce qu'il n'est pas. De plus, il serait étonnant que des Annales aussi étendues, écrites dans un monastère, ne continssent aucune mention de morts d'abbés ou d'évéques (sauf celle d'Hildegaire de Cologne, mort à l'armée). Il croit comme nous que les Annales ont été écrites au palais (cf. IVeues Archiv, XX, 42).

les Ann. Laureshamenses de 786 à 794 ; mais rien ne prouve que les Annales Laureshamenses aient été écrites à Lorsch après 785.

Comme on le voit, aucun des arguments qu'on peut faire valoir en faveur de Lorsch n'a une très grande force. On pourrait supposer, avec bien plus de vraisemblance, que ces Annales, où l'on note si exactement depuis 759 les lieux où le roi fêta Noël et Pâques, et depuis 761 ceux où il tint ses assemblées générales, sont dues à un clerc de la chapelle royale dirigé par l'archichapelain Angilramn'. La seule raison qui puisse faire penser qu'elles ont été composées dans un monastère plutôt qu'à la cour, ce serait la rudesse du style, qui ne se ressent encore en rien de l'influence de l'Ecole du Palais et de ses maîtres illustres. Mais cette influence ne s'exerça que lentement et se faisait peu sentir dans une œuvre aussi impersonnelle que les premières Annales royales. Le nom à' Annales de Lorsch peut sans inconvénient être conservé à ces Annales, parce que ce monastère était voisin de la cour et en relations étroites avec l'archichapelain et aussi parce que le manuscrit qui représente la première rédaction en provenait, mais le nom d'Annales royales répond bien mieux au contenu de l'œuvre. Quant à rechercher si l'auteur était d'origine germanique, comme le veut W. de Giesebrecht, ou d'origine romane, comme le croient W. Arndt, Simson et Manitius, M. Kurze juge avec raison que c'est une recherche vaine-.

1. Eckhart, dans ses Comnienlarii de rébus Franciae orientalis, a supposé que les Annales avaient eu pour auteurs les chanceliers. M. Kurze considère avec raison cette hypothèse comme tout à fait gratuite. Wattenbach (6° éd., I, 196) admet comme nous qu' Angilramn a pu être l'auteur de la première partie des Annales et M. Kurze ne rejette pas absolument cette hypothèse, tout en y faisant une objection : les liens t'troits qui rattachent à la première partie les Annales de 789 à 795. On verra plus loin que, pour nous, le fait corrobore l'hypothèse, loin de la faire écarter. M. Kurze ajoute ([ue des notes recueillies par Fulrad, abbé de Saint-Denis, qui fut aussi chapelain jusqu'en 784 et eut .\ngiirainn pour successeur, peuvent avoir servi à l'auteur des Annales. Le rôle de Fulrad est, en ellcl, indiqué en 745, 755,. 771. M. Kurze croit aussi qu'on pourrait songer au diacre Riculf, (jui devint archevêque de Mayence en 787. Son départ de la cour lui aurait fait rédiger ses souvenirs. C'est une hypothèse gratuite, car ce sont les événements de 788 ([ui ont provoqué la composition des Annales. M. Simson {Karl. d. G., I, Excurs 3) a fait remarquer les rapports de style entre les Annales et le Liber Carolinus et le Liber Ponlificalis ; M. Manitius les ressemblances du latin des Annales avec celui des Capitulaires. M. Kurze y voit une raison de plus de penser que les Annales ont été écrites à la cour {Neues Archiv, XX, 42-49).

2. M. Kurze signale aussi parmi les sources des Annales Laurissenses la Claasula de l'ippino rege, publiée par Mabillon d'après un ms. de Saint-Denis

Les Annales de 789 à 801.

A partir de 789 jusqu'à 829, les Annales ayant presque constamment le caractère d'un récit contemporain et ayant pu être rédigées par un grand nombre d'auteurs différents, surtout si elles l'étaient à la cour par des clercs de la chapelle, il est très difficile d'y marquer des divisions certaines. On s'est livré à un examen minutieux de la syntaxe, du choix des expressions, des formes du récit pour en tirer des conclusions sur le nombre des rédacteurs qui ont pu prendre part à la composition de cette partie des Annales. Les années 796, 797, 801, 807, 813, 815, 820 ont été indiquées^ comme les dates où les Annales auraient changé de rédacteurs. Nous croyons impossible d'arriver sur ce point à aucune certitude, et, tout en reconnaissant que les Annales ont dû passer par les mains de plusieurs rédacteurs différents, nous croyons que les influences principales qui ont présidé à leur rédaction peuvent se ramener à un petit nombre, et qu'il est plus prudent de marquer simplement les deux ou trois grandes divisions qui permettent de mieux préciser le caractère de l'œuvre.

Après que la première partie des Annales eut été composée, en 788, elles n'ont pas été continuées sous une forme aussi développée^ Quand on voit la pauvreté des renseignements fournis

et qui a été réimprimée au t. XV des Monumenta Germaniae, p. 1, sous le titre De unctione Pippini régis nota monachi S. Dionysii, d'après un ms. de Bruxelles. Cette note très précise a été écrite en 767, Fulrad étant abbé. Peutêtre fut-elle rédigée d'après les notes de Fulrad, que M. Kurze veut retrouver dans les Annales ; peut-être en faisait-elle partie. Peut-être aussi lîgura-t-elle dans la compilation de 805 écrite à Saint-Denis d'après M. Kurze. Elle n'est pas sans analogie de forme avec les autres fragments que nous possédons. Mais nous sommes ici en pleine hypothèse. Toutefois, le rapport des Annales avec la Clausula ne paraît pas douteux et rend assez vraisemblable la supposition que des notes de Fulrad ont pu servir à la composition des Annales et aussi à celle de la compilation à laquelle se rapportent les fragments de Werden, Bàle, Berne et Vienne.

1. En particulier par M. Dunzelmann, qui a dépensé beaucoup d'ingéniosité à des démonstrations peu probantes.

2. Pour les années 789-795, ce sont les Annales Laureshamenses qui fournissent le récit contemitorain le plus complet (cf. plus haut, p. 84-85). Remarquons d'ailleurs que, dans le ms. de Lorsch des Annales Laurissenses, aujourd'hui perdu, la continuation des Annales de 788 à 793 n'était pas autre chose

par les années 789 à 793 (sauf un récit assez détaillé de la campagne de 791 contre les Avares), la sécheresse relative des années 794 et 795, tandis qu'à partir de 796 le style prend plus de vie et d'ampleur, et que l'introduction des dates précises de certains faits et de la mention de phénomènes naturels donne l'impression d'un récit tout à fait contemporain, on est conduit à penser qu'il y a eu pendant quelques années un peu d'incertitude ou de négligence dans la composition des Annales. A partir de 796, le récit continue beaucoup plus développé, rédigé dans un style soigné, où les périodes élégamment élaborées ne sont pas rares S jusqu'à la fin de l'année 800, c'est-à-dire jusqu'au couronnement de Charlemagne à Rome.

Cette portion des Annales paraît avoir été écrite à la cour même. Non seulement nous sommes renseignés avec exactitude sur les faits et gestes du roi, sur les plaids qu'il tient, sur les ambassades qu'il reçoit, mais encore l'emploi de certaines expressions montre que l'auteur prend à la politique un intérêt personneP. Il raconte exclusivement les événements auxquels le roi a été mêlé, les faits qui frappent ceux qui vivent auprès de lui, faits religieux, faits de guerre ou événements de la cour. Il mentionne toujours les célébrations des fêtes de Noël et de Pâques par le roi, les synodes où il assiste, les ambassades qu'il reçoit avec les noms mêmes des ambassadeurs '^ C'est un véritable journal de la cour que nous avons sous les yeux^ Les actes des synodes

que les Annales Laureshamenses. Nous sommes donc fondés à croire que les Annales Laureshamenses de 788 à 793 ont été ajoutées sinuiltanément aux Annales Laurhsenses et aux Laureshamenses ; puis, en 795-796, on a repris au palais la rédaction des Laurissenses. Une autre preuve ([ue les Laureshamenses ont été d'abord continuées seulement jusqu'à 793, c'est que les Annales Laurissenses minores s'en sont servies jusqu'à cette date inclusivement (cf. Manitius, Die Annales Sithicnses, Fuldenses et Laurissenses minores, p. 18 et suiv.).

1. Cf. 795 : « Quo accepto, peracla Deo largifori omnium bonorum gratiarum actione, idem vir prudentissimus atque largissimus et Dei dispensator, etc. » C'est de Charlemagne qu'il est question. Les années précédentes il est simplement désigné par le mot rex.

2. 797, liarcinona nabis est reddita ; 798, Eburisum legatum nosfrum.

3. Ambassade de ïudun, roi des Avares (795); ambassades du pa|)e Léon el d'Éric, duc de Frioul (796); Tudun vient à la cour (796); Zatun, gouverneur de Saragosse, vient à la cour (797) ; ambassade de Theocliste, envoyé du gouverneur de Sicile Nicétas (787) ; ambassade des Avares (797), etc., etc.

4. Surtout à partir de 798, où des mentions de phénomènes physi(|ues viennent interrompre le récit des événements |>olitiques, signe certain (jne nous avons ici affaire à des Annales absolument contemporaines. En 798, on remaniue que la planète Mars fut invisible de juillet 797 à juillet 798, et celle observa-

qui condamnèrent Félix etElipand sont rapportés avec précision. Enfin nous avons évidemment le récit d'un témoin oculaire dans la relation qui nous est faite de la grande expédition d'Italie de 800, qui se termine par le couronnement de Charlemagne comme empereur.

Entre les mains de qui se trouvait alors la chapelle royale et y aurait-il peut-être dans cette partie des Annales des indices qui nous permettraient d'y reconnaître l'influence des personnages qui la dirigeaient?

L'archichapelain Angilramn, évêquedeMetz, était mort en 791, pendant qu'il accompagnait Charlemagne dans son expédition contre les Avares'. Il fut remplacé, après un intérim de trois ans, par l'évêque de Cologne^ Hildebald ou Hildebold. Nous savons qu'Hildebald devait, en qualité d'archichapelain, résider auprès du roi « propter utilitates ecclesiasticas^. » Il est probable qu'il n'entra définitivement en fonctions qu'après que le pape et le synode de Francfort, en juin 794, l'eurent autorisé à quitter son diocèse pour se consacrer à la direction des afiaires ecclésiastiques. Hildebald a joué un rôle important dans les relations du pape Léon III avec Charlemagne. Nous savons par le Liber Pontificalis que lorsque le pape se rendit, en 795, à Paderborn, auprès du roi des Francs, ce fut Hildebald qui fut chargé d'aller à sa rencontre avec le comte Aschéric. Ce fut lui également qui eut mission, avec Arn, archevêque de Salzbourg, de reconduire, en 799, le pape en Italie et de diriger le procès intenté aux ennemis de Léon^ Or, le récit des années 799 et 800 est particulièrement développé. Le nom de Hildebald n'y est pas prononcé, mais tous les événements de ces mémorables années sont

tion est placée entre le récit d'une ambassade grecque et celui d'une ambassade espagnole. En 800, on mentionne des gelées le 4 et le 7 juillet. On nous donne la date de l'entrée de Charlemagne à Rome, le 24 novembre, etc.

1. Cf. Annales Laurissenses, ad ann. — On remarquera ijue cette expédition est le seul fait des années 789 à 794 pour lequel les Annales Laurissenses donnent des détails circonstanciés.

2. L'organisation métropolitaine avait pris beaucoup de temi)s et do peine à s'établir et les métropolitains n'avaient point tous encore la dignité et le titre arcliiépiscopal qui étaient réservés à certains évéques investis par le Saint-Siège d'un droit de direction et de surveillance très étendu. Les évoques de Metz Chrodegang et Angilramn avaient l'un et l'autre été des archiepiscopi. Hildebald, dans le chapitre 55 du Capitulaire de 794, où est rapportée son installation définitive comme archichapelain, est qualifié simplement d'episcopus.

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