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LA RENAISSANCE CAROLINGIENNE

Ce n'est pas ici le lieu de faire une étude complète de la Renaissance carolingienne, quelqu'utileque puisse être cette étude pour marquer la place de l'historiographie dans le mouvement intellectuel de l'époque ; mais nous ne pouvons nous dispenser d'indiquer ce qui, dans cette Renaissance, a agi directement sur le développement de l'historiographie, les influences qui ont déterminé son caractère et ses progrès.

J'entends d'ailleurs par ces mots, Renaissance carolingienne, non seulement le progrès des lettres latines et l'activité littéraire dont les savants attirés par Charlemagne dans ses États furent les initiateurs, mais aussi la réorganisation politique et religieuse qui a favorisé cet essor littéraire et a donné à la civilisation franque un éclat dont les contemporains furent éblouis. Le mouvement littéraire du viii^ et du ix® siècle ne peut pas plus être séparé de l'œuvre politique et religieuse de Peppin et de Charlemagne que la Renaissance italienne ne peut être comprise sans marquer les liens qui la rattachent à la vie des républiques italiennes au XIV® siècle, à la domination des tyrans princiers au xv% au rôle de la papauté au xv® et au xvi". Sans entrer ni dans le récit des événements, ni dans l'analyse des institutions, ni dans le détail de la réforme et de l'organisation des études à l'époque carolingienne, nous devons dire quelle influence ont exercée sur l'historiographie la marche des événements politiques et la réorganisation de l'Etat, la personne des princes et la cour qui les entourait, enfin le rôle de l'Église, à cette époque la seule dépositaire des traditions littéraires et la seule éducatrice.

Je n'insisterai pas sur l'influence exercée par les événements politiques, car j'aurai sans cesse à y revenir au cours de cette étude, où j'ai précisément pour but de montrer les rapports de l'historiographie avec l'histoire, mais je rappellerai que jamais événements ne furent plus propres à exalter l'imagination de ceux qui en furent les témoins que la série des victoires carolingiennes au viii" siècle. En moins d'un siècle, les descendants de Peppin d'Héristall soumettent à leur domination toute l'étendue

des royaumes mérovingiens, détruisent les duchés nationaux formés en Alamanie, Thuringe, Bavière et Aquitaine, conquièrent et convertissent les Saxons, enlèvent aux Sarrazins la Septiraanie et le nord de l'Espagne, soumettent l'Italie jusqu'au Garigliano, refoulent les Slaves et les Avares et enfin rétablissent au profit de la nation franque l'Empire romain après avoir donné un royaume h la papauté. Les empereurs de Gonstantinople et le calife de Bagdad envoient des ambassades au roi des Francs. Il prend des airs de suzerain dans ses relations avec les rois de Mercie et de Northumbrie * ; le roi de Galice et les chefs irlandais se font gloire d'être ses vassaux 2. N'y a-t-il pas là un ensemble de circonstances bien fait pour inspirer des historiens, en exaltant chez les contemporains à la fois le sentiment religieux, l'orgueil national et les grands souvenirs de l'antiquité? Eu même temps, ces continuelles et lointaines expéditions avaient fait connaître aux compagnons de Charles Martel, de Peppin et de Charlemagne toute l'Europe occidentale; elles avaient rapproché les unes des autres les diverses parties de cet immense Empire qui s'étend de l'Elbe à l'Èbre et de la Cornouaille bretonne au Garigliano et à la Save. Les rois francs ne s'étaient pas contentés de conquérir, ils avaient donné à leurs Etats une administration régulière, ils y avaient fait régner l'ordre et la paix ; le commerce avait repris une certaine activité. Aussi, grâce aux marchands, grâce aux voyages de Charlemagne et de ses fils, grâce aux ambassades, grâce aux missions, grâce aux pèlerinages des évêques et d'une foule de fidèles à Rome et aux ambassades des légats du pape dans les pays francs, grâce aux visites, aux échanges de lettres et aux associations de prières de monastère à monastère, grâce aux pérégrinations des iuissi dominici dans tout le royaume, grâce enfin aux grandes assemblées qui réunissaient périodiquement les personnages les plus importants, fonctionnaires ou grands propriétaires de toutes les parties de l'Empire, une sorte d'unité morale avait été créée entre tous les pays de l'Europe occidentale. Il y avait quatre siècles que l'on n'avait pas été aussi bien renseigné sur ce qui se passait dans toute l'étendue de l'ancien Empire romain, et s'il se rencontrait auprès des rois francs des hommes d'un esprit assez étendu et assez ferme pour réunir et coordonner tous ces renseignements,

1. Voy. dans la forrospondancp d'Alcuin los lettres A Ofta, roi de Mercie.

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