Translatio, g
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Sébastien. Ce style échauffé et redondant, qui jure avec la simplicité concise des Annales, ne s'explique que par l'intervention d'une passion personnelle. On y reconnaît l'accent de l'homme à qui ces reliques appartiennent, qui identifie leur gloire avec la sienne, qui tient à ce qu'on sache qu'elles valent mieux que les autres, qui est secrètement vexé que des reliques nouvelles soient venues, les intruses, après un an à peine, leur disputer l'attention du public, les faveurs du ciel et les générosités des princes. Car l'empereur leur a donné une terre de quinze manses avec neuf arpents de vigne, et l'impératrice sa propre ceinture d'or ornée de gemmes et pesant trois livres ^ Sans doute les nouvelles reliques ont été multis signis et virtutibus clarifîcata. Hilduin ne peut le nier, puisqu'elles attiraient déjà la foule à Saint- Médard; mais qu'est-ce que cela auprès des siennes, tanta prodigiormn multitudo, tanta virtutuyn vis... ut humanae inhecillitatis fîdem excédèrent ? Il a bien soin de faire remarquer que les reliques de Saint Sébastien ont été officiellement concédées parle pape, adnuente Eugenio sanctae sedis apostolicae tune praesule, tandis que les autres ont été enlevées furtivement, suhlata. Est-on bien sûr de leur origine? Il avait espéré que l'expédition de Ratleic lui aurait permis d'enrichir, de renforcer son trésor de reliques avec celles de Saint Tiburce que lui promettait Hunus. Mais cet hoyno callidus, comme l'appelle Einhard", avait manqué son affaire. La curiosité de la foule, les largesses impériales vont aux nouvelles venues. Hilduin laisse voir sa déception.
Comparez maintenant le passage des Annales sur la Translation de Saint Sébastien avec l'opuscule de Hilduin sur Saint Denis l'Aréopagite, et vous connaîtrez que c'est bien le même homme qui les a écrits. C'est le même esprit et le même style. Il n'y a rien là de la candeur, de la simplicité, de la sincérité d'Einhard. On a affaire à un homme à la fois hâbleur et malin, qui prévoit toutes les objections et y répond avec une superbe assurance. Il connaît fort bien les raisons qui interdisent d'identifier Denis l'Aréopagite avec Saint Denis de Paris; mais il les réfute au nom de l'histoire et de la science ; il s'appuie sur des textes, sur des veracissimi testes, veracia testificantes ; il fait la leçon à Grégoire de Tours et à Bède le Vénérable, qui ignorent les questions de lieux et de dates. C'est bien le même homme qui, dans les