Pertz, Uanke, Siinson, Kurze
4. Pour Fertz, par exemple, et Simson. M. Dïmzelmann, ((ui attribue aussi le remaniement ;\ Einhard, croit ([u'il l'a fait en 801.
l'auteur du remaniement et qu'il a travaillé aux Annales Laurissenses pour la période du ix" siècle, pour les autres parce qu'à partir de 801 le texte primitif a satisfait le remanieur.
Nous examinerons bientôt l'hypothèse qui attribue à Einhard la rédaction d'une partie des Annales et nous verrons qu'elle ne repose sur aucun argument solide ; ce que nous avons dit tout à l'heure de l'esprit qui anime le remanieur en opposition avec Einhard suffit pour ne pas l'identifier avec lui. Quant à admettre un reraanieur qui, travaillant en 830, aurait brusquement arrêté son travail en 801, c'est là une supposition bien peu vraisemblable. Pourquoi, après avoir refondu le texte primitif des années 796 à 800, qui est écrit d'un bon style, aurait-il subitement cessé son travail en 801, quand, précisément, au lieu de phrases amples et de périodes construites avec soin, les Annales sont de nouveau formées de phrases courtes, sèches et sans liaisons entre elles? Pourquoi aussi aurait-il cessé, en 801 , de compléter par des additions explicatives les indications géographiques contenues dans les Annales s'il avait écrit en 830? Il est aussi digne de remarque que le poète saxon, dans les Annales en vers du règne de Charleraagne, qu'il composa dans la seconde moitié du ix*^ siècle, après avoir jusqu'en 801 ' suivi très fidèlement le remaniement, emprunte à partir de 802 les faits qu'il rapporte à des sources diverses, dont quelques-unes sont même aujourd'hui perdues 2. Il semble donc qu'il a dû avoir entre les mains un manuscrit ne contenant que la partie remaniée.
Nous pourrions donner à cette question de la date du remaniement une réponse positive si nous pouvions décider avec certitude le rapport qui existe entre ce texte et la Vita Cay^oli. Il y a, en efiet, entre ces deux écrits des rapports étroits et des ressemblances nombreuses. Si, comme le pense M. Kurze, c'est le remanieur qui s'est servi de la Vita Caroli, composée en 814, il est très vraisemblable que son travail a été fait en 830 et que les manuscrits que nous possédons aujourd'hui dérivent d'un manuscrit composé par l'auteur du remaniement qui avait commencé par transcrire la Vita Caroli. Si, au contraire, c'est Einhard qui s'est servi du remaniement quand il composait la Vita Caroli, il est probable que le remaniement a été fait en 801 , qu'on y a
1. Le fait a été signalé d'abord par M. Simson dans un article des Forschungen, I, 301, Der Poeta Saxo und der Friede zu Salz.
2. Jusqu'à la phrase « Imperator de Spoletio Ravennam veniens aliquot dies ibi moratus Paviam perrexit. »
ajouté ensuite la continuation des Annales Laurissenses et que le manuscrit complet a seul servi de modèle aux manuscrits exécutés dans la suite K
Je ne pense pas qu'il soit possible de donner k cette question une solution indiscutable. Toutefois, indépendamment des indices énumérés plus haut, je crois qu'il y en a d'autres qui doivent nous faire penser que le remaniement est la source de la Vit a Caroli.
Einhard connaissait les Annales Laurissenses. Nous en avons la preuve au chapitre xiv de la Vita Caroli, où il est dit du chef normand Godefroid qu'il était vana spe inflatus et qu'il lut a propyHo satellite into'fectus, de même que dans les Annales Laurissenses , à l'année 810, on lit, au sujet du même personnage : vanissima spe inctoriae inflatus et a quodam satellite suo interfectus^. Né en 770, Einhard n'a pas tiré de ses propres souvenirs ni de simples rapports oraux les renseignements très précis qu'il donne sur les guerres de Charlemagne. Il résume des événements qui sont racontés dans les Annales et dans leur remaniement. Or, s'il n'avait eu que les Annales sous les yeux, il serait vraiment surprenant qu'il n'y eût pas entre elles et la Vita Caroli un seul rapport de texte, alors qu'il y en a à chaque chapitre entre la Vita Caroli et le remaniement (cf. chap. V à xiii). Nous pourrions conclure de ce seul fait que c'est sur le remaniement et non sur les Annales qu'il a travaillé. Si le remanieur avait eu la Vita Caroli sous les yeux, on ne voit pas pourquoi il aurait négligé de lui emprunter certains faits très
1. M. Kurze semble croire que la présence de la Vita Caroli, dans tous les manuscrits que nous possédons du remaniement, est une preuve suffisante qu'il est postérieur à la Vita. L'argument nous paraît insuffisant. Il aurait pu aussi faire valoir le rapport du remaniement avec les manuscrits de la classe D des Annales Laurissenses (cf. supra) qui contiennent les Annales complètes jusqu'à 829 et de plus les mentions des conjurations de Hardrad et de Peppin. On pourrait soutenir que ces additions doivent être postérieures à la mort de Cliarles. Mais est-il bien sûr que le remaniement se soit servi des mss. D.? Ne seraient-ce pas ces rnanuscrits qui auraient emprunté à ce remaniement ces mentions ? Nous voyons qu'aux années 773 et 776 le remanieur n'a probablement («as eu sous les yeux deux longs passages qui manquent dans le texte le plus ancien des Annales et qui ont été introduits dans le texte jiar des notes marginales. Cela ne porterait-il pas à i)enser qu'il n'a pas travaillé sur les textes les plus élaborés et (ju'il a, |)ar conséquent, été composé bien avant 8'29'?
2. Einhard rapf)orte aussi (c. 10), comme les Annales (ann. 78G), la répugnance d'Arichis <\ se présenior devant Charles. Le remanieur n'en dit rien. Dans la campagne de 785 contre les Wiltzes, Einhard et les Annalei Laurissenses .sont seuls A mentionner le rôle des Abotrites.
caractéristiques : l'opposition faite par les Francs à l'expédition de Peppin en Italie {Vita Caroli, c. 6) ; les noms des fidèles de Charles qui ont péri à Roncevaux {Vita Caroli, c. 9), surtout celui de Roland ; le rôle joué par les Abotrites comme alliés des Wiltzes dans la campagne de 785 [Vita Caroli^ c. 12); les détails donnés par Einhard sur Erich et Gerold ( Vita Caroli, c. 13). Quand Einhard parle de campagnes contre les Avares, il dit Avari aut Huni, comme s'il avait sous les yeux et les Annales qui les appellent toujours Avari et le remaniement qui les appelle toujours Huni. Enfin, quand Einhard parle des conspirations contre Charlemagne, il commence par parler de celle de Peppin le Bâtard en 792, puis il mentionne celle que dirigea en 785 Hardrad et il applique aux deux conspirations ce que nous dit le remaniement de celle de Peppin seul sur Fastrade, dont la méchanceté aurait causé le mécontentement des grands. Sans pouvoir l'affirmer avec certitude, on est porté à croire que ce ne fut vrai que pour la conspiration dirigée par Peppin, molesté par sa bellemère'. Einhard, qui a plus d'une fois, dans la partie narrative de sa biographie, commis diverses confusions^, a rapporté aux deux conjurations ce que les Annales disaient d'une seule.
Nous croyons donc que c'est Einhard qui s'est servi du remaniement et que ce dernier a été composé vers 801 . Il est difficile de dire qui en fut l'auteur. Nous reviendrons bientôt sur les motifs qui nous interdisent de l'identifier avec Einhard. M. Kurze a remarqué avec raison qu'il emploie pour les noms de lieu des formes prises au bas allemand au lieu des formes en haut allemand et que, par conséquent, il devait être un Saxon ou un Frison. M. Meyer a émis l'hypothèse qu'on pourrait voir en lui Gerold, l'archidiacre de Louis le Pieux, qui finit sa vie à Korvei et qui, peut-être, était Saxon^. Il est certain que le remanieur est admirablement renseigné sur les affaires de Saxe et s'y intéresse.
1. Cf. ce qu'en dit Simson, dans ses Jahrbiicher de Charlemagne, ad an.
2. Etienne nommé par Zacliarie au ch. 1, les deux sièges de Paris confondus au ch. 6, etc.
3. M. Meyer (dans les thèses de sa dissertation inaugurale de Munster, 1893) attribue à Gerold le remaniement, les Annales Laurissenses de 801 à 829 et la vie anonyme de Louis le Pieux. Ce Vir scientia omni erudilus (Simson, Ludwig der Fromme, II, 251) a peut-être composé la vie de Louis le Pieux ; il n'a certainement pas été l'auteur des Annales de 801 à 829 et il est douteux qu'il ait composé le remaniement si celui-ci a été écrit en 801 et par un clerc de l'entourage du comte Théodoric. M. Bernheim, dans l'article de la Historische
Cette œuvre, quoique composée par un homme qui a vécu à la cour, n'a pas eu le caractère semi-officiel des Annales Laurissenses, ce n'est pas elle qui a servi de point de départ aux Annales du ix® siècle. C'est un travail individuel qui s'est confondu avec les Annales Laurisscnses , mais a exercé une moindre influence qu'elles sur l'historiographie carolingienne. Elle émane, néanmoins, d'un homme remarquablement intelligent, instruit et bien informé, et a pour nous une autorité égale à celle des Annales Laurissenses.
Les « Annales Laurissenses » sont-elles des Annales officielles ?
La réponse à cette question ressort de tout ce que nous avons dit sur le caractère, la composition et les auteurs présumés des Annales. Elles n'ont pu être écrites que par des hommes qui vivaient au centre même de la vie politique, qui avaient entre leurs mains des documents officiels ^ et étaient assez familiers avec le style de ces documents pour lui emprunter des tournures de phrases et des formules. Ils ont été témoins d'une partie des faits qu'ils racontent et ont été renseignés sur les autres de première main par ceux mêmes qui y ont pris part. On pourrait peut-être admettre à la rigueur qu'une partie des Annales eût été écrite dans un monastère très voisin de la cour et en relations constantes avec elle, et nous avons exposé les raisons pour lesquelles il ne serait pas impossible que les années 741 à 788 eussent été composées au monastère de Lorsch ; mais encore, même pour cette période, il serait difficile d'y voir une œuvre créée par l'initiative personnelle d'un moine et on est obligé de penser que l'abbé ou le protecteur de l'abbaye, mêlé de près aux affaires politiques, a dirigé leur rédaction, s'il ne les a pas rédigées luimême. Si cette hypothèse est acceptable pour l'époque où la cour n'avait pas encore de résidence fixe, elle l'est beaucoup moins à partir de 796, quand la cour est fixée à Aix-la-Chapelle, et les
Vierteljahrschrift, paru peiulaul l'impressioii de ce volume, soutieiU la nu^nie o[ùnioii ([ue nous.
1. A l'année 813 l'annalisle a soin de dire (|ue les actes des conciles de Mayence, Reims, Tours, Clialon et Clermonl se trouvent conservés dans ces cinc[ villes et de plus in archivo palatii.
disparates que nous avons signalées dans la rédaction des années 799 à 802 ne s'expliquent guère que par le trouble apporté dans la vie intérieure de la chapelle royale, gardienne des archives, par la grande expédition d'Italie de 800 et l'organisation du gouvernement impérial.
C'est, en effet, à la chapelle royale que nous avons toujours dû revenir quand nous avons voulu nous imaginer comment les Annales avaient pu être composées. Pour la première partie, nous avons écarté l'attribution qui en a été faite à Arn de Salzbourg par M. W. de Giesebrecht, au diacre Riculf par M. Kurze *, et, sans nous prononcer d'une manière positive sur la personnalité des rédacteurs mêmes des Annales, nous avons pensé que c'était dans la chapelle même ou, pour mieux dire, dans les archives mêmes du palais qu'elles avaient été composées, sous l'influence plus ou moins directe des archichapelains Angilramn, Angilbert, Hildebaldet Hilduin. Nous croyons avoir prouvé la participation certaine de ce dernier personnage à la rédaction des Annales. Leurs auteurs ont eu pour but évident de tenir un journal des actes de Charlemagne et de Louis le Pieux, de raconter ce qui se passait à la cour et les nouvelles qu'on y recevait de toutes les parties de l'Empire franc. De 801 à 829, nous ne trouvons aucun indice qui nous permette d'imaginer en quel lieu autre que le palais même et par qui, sinon par des membres de la chapelle royale, les Annales ont pu être écrites. Elles ont le caractère impersonnel d'une historiographie officielle.
Ce terme d'historiographie officielle doit-il être pris au pied de la lettre? Est-ce Charlemagne qui a chargé des clercs de sa chapelle de consigner sous forme d'Annales les événements de son règne? Est-ce ces Annales que nous possédons dans les Annales Laurissenses?
Il existait au ix* siècle des Annales auxquelles les contemporains attribuaient un caractère officiel. Nous en avons un témoignage direct dans la préface de la vie de saint Benoît, par Ardon Smaragd, écrite probablement avant 830'-. Il y écrit, en effet,
1, Cependant, le diacre Riculf ayant fait partie du clergé du italais jusqu'à 787, cette attribution ne serait pas en contradiction avec notre théorie. Mais nous ne voyons aucune raison de prononcer ici son nom plutôt que celui d'un autre clerc et sa nomination au siège de Mayence en 787 rend peu vraisemblable l'hypothèse que ce soit lui qui ait été poussé par les événements de 788 à composer les Annales.
2. Smaragd dit dans cette préface qu'il a longtemps tardé à écrire la vie de son maitre et ami, mort en 821 ; d'autre part, comme il demande que son œuvre
quo les rois ont eu depuis longtemps et ont encore la coutume de faire conserver dans des Annales, pour la postérité, le souvenir des événements importants'. De quelles Annales peut-il être ici question? Evidemment, des Annales Laurissenses , si ces lignes ont été écrites avant 830. Si elles ont été écrites plus tard, il s'agirait des Annales de Saint-Bertin, qui sont, comme nous le verrons plus tard, la suite des Annales Laurisseyises.
Ce qui prouve, en effet, la grande autorité dont jouissaient les Annales Laurissenses, c'est l'emploi qu'en ont fait les principaux annalistes carolingiens. Si les auteurs des Annales de Fulda se servent davantage du Chronicon LaurHssense, appelé aussi Annales Laurissenses minores, extraites des Majores et interpolées et continuées à Fulda, elles ont cependant fait maint emprunt aux Annales Laurissenses majores-. Quant aux auteurs à qui nous devons les plus remarquables Annales du ix*-' siècle, les Annales dites de Saint-Bertin, ils sont simplement les continuateurs des Annales Laurissenses majores, dont le texte précède le leur, presque sans modification et sans qu'aucune transition marque en 830 qu'une œuvre nouvelle commence. Réginon les a aussi suivies et reproduites à la fin du ix" siècle. Plus tard, l'auteur des Annales Mettenses, qui a la prétention d'écrire une histoire et une apologie des Carolingiens, s'est également constamment servi des Annales Laurissenses majores, en y ajoutant, il est vrai, des détails pris à d'autres Annales contemporaines.
Si les Annales Laurissenses majores n'étaient pas considérées au ix*^ siècle, et en particulier à la cour, comme étant la source la plus complète et la plus sûre pour l'histoire du règne de Charlemagne, on ne s'expliquerait pas bien que l'auteur des Annales de Saint-Bertin, qui ont, elles aussi, le caractère d'Annales royales, se soit fait leur continuateur.
Nous croyons donc que les Annales Laurissenses majores sont bien celles qui sont désignées par Ardon Smaragd, qu'elles
soit soumise à l'abbé Ilélisachar, qui ju^pra si ello mérite de voir le jour, il est probable qu'il écrit avaut la révolte de 830, i\ laquelle Hélisacbar prit part et après la(iuelle il fut quebiue temps exilé.
1. « Perauliquaui siquidem fore consuetudineiM, bactenus re^ibus usilatam, quaeque f^erunlur accidentve auualibus tradi posteris cofiiioscenda, ueuio, ut reor, ambigit doctus « (Migue, Pair., Clll, 355; d'. Duemuilor, Gesch. d. Oslfnvnk. Reichs, I, 877).
2. V^oy. la prélixe.e de Kurze A l'édiliou des Annales Fuldenses, dans l'édition in Hsum scholarum des Scriplores rcrum germanicarum.
ont été composées sous l'influence directe des rois carolingiens et que leurs auteurs se sont proposé pour but de transmettre à la postérité le souvenir des actes de ces rois. Il est même très possible que ce soit le désir de ne montrer que les côtés brillants de leur règne qui a été cause de certaines omissions et de certaines inexactitudes. Si le silence des Annales sur la première révolte de Grifon en 741 peut s'expliquer par beaucoup d'autres raisons*, il est difficile de ne pas voir un parti pris de l'annaliste dans le soin qu'il a pris de taire les défaites subies par les Francs en Saxe en 775 et en 782 et dans les Pyrénées en 778. De même, on est frappé de l'habileté avec laquelle il a glissé sur l'usurpation du royaume de Carloman par Cliarlemagne en 771 -. La première rédaction des Annales passe complètement sous silence la conjuration de Hardrad en 785 et celle de Peppin en 792, L'annaliste, en rapportant le châtiment de Bernard d'Italie et de ses complices en 818, a soin de ne pas parler de la mort de Bernard. On n'est pas moins frappé de la précision avec laquelle il nous renseigne sur les relations diplomatiques en général, en particulier sur celles avec le pape et avec l'empereur grec, enfin de l'absence de toute expression qui pourrait impliquer un blâme à l'adresse du roi ou d'un membre de la famille royale. Il me paraît difficile de lire les Annales dans leur ensemble sans remarquer l'allure grave, réservée, impersonnelle du récit et l'importance attachée soit aux événements qui devaient frapper le plus les personnes de la cour, soit à ceux qui avaient le plus de portée politique. Hilduin lui-même, qui laisse un peu plus percer ses sentiments personnels, ne les laisse guère voir, sauf lorsqu'il parle de ses chères reliques de Saint Sébastien, que par des omissions volontaires. La comparaison avec les autres Annales et même avec le remaniement, qui, cependant, les suit pas à pas, ne fait qu'accroître cetfe impression ; si l'on cherche un terme pour définir le caractère des Annales, on est involontairement amené à les regarder comme une histoire officielle du règne de Charlemagne et de Louis le Pieux. Si l'on trouve ce terme d'histoire officielle trop fort, on acceptera du moins le titre d'Annales royales {Reichs Annal en, comme les appelle Ranke, ou Kœnigs Annalen, comme les nomme Giesebrecht).
1. Les Annales sont si incomplètes pour les premières années que l'on ne peut tirer aucune conclusion de l'absence de tel ou tel fait.
2. La réserve du premier annaliste est d'autant plus frappante que le remanieur insiste sur le désir de Charles de s'emparer de tout le royaume et de l'indiflërence avec laquelle il vit la femme de Carloman se réfugier en Italie.
lUen que presque tous les critiques qui se sont occupés des Annales carolingiennes, MM. Dùnzelmann, Wattenbach, Simson, Arnold, Ehrard, Ebert, Kurze, aient accepté, avec des nuances, le point de vue de MM. de Ranke et de Giesebrecht, M. de Sybel en a cependant contesté la justesse et a déployé beaucoup de talent et d'esprit h démontrer que les Annales Laurissenses majores n'étaient qu'une œuvre privée et ne pouvaient avoir une origine officielle*. Il a relevé avec soin les quelques erreurs qui s'y trouvent, surtout dans la première partie ; il a fait remarquer que la chronologie de 746 à 750 est inexacte ; il a cherché, par des raisonnements plus subtils que solides, à expliquer les omissions que j'ai signalées tout à l'heure; il a, enfin, soutenu que, si les Annales avaient été un écrit officiel, elles donneraient plus de détails sur les faits importants et surtout en montreraient mieux les causes, la portée et les conséquences, tandis qu'elles laisseraient de côté les petits faits sans valeur auxquels les Annales ont donné une place. M. Bernays a accepté en partie le point de vue de M. de Sybel et admis comme lui que les Annales sont une compilation privée; mais il trouve que M. de Sybel a été trop loin dans sa démonstration, car, pour lui, les Annales Laurissenses majores sont un extrait des vraies Annales officielles, des Hof-Annalen. Nous avons déjà montré que l'hypothèse de M. Bernays ne repose sur aucun fondement sérieux. Elle se heurte surtout à une objection capitale : comment se ferait-il que les Annales mêmes de la cour, conservées sans doute en plusieurs exemplaires et en exemplaires de luxe, eussent été perdues et que l'on n'en eût conservé que des extraits, dus à des scribes plus ou moins maladroits ; qu'au ix*^ siècle même les auteurs d'Annales, l'auteur des Annales Bertiniani en particulier, aient préféré reproduire ces extraits au lieu de la source originale?
Quant à l'opinion de M. de Sybel, elle repose, à notre avis, sur une supposition gratuite et erronée et sur un malentendu.
La supposition gratuite et erronée consiste à penser qu'un clerc ou un moine du viii'' siècle, invité par Charlemagne ou par un membre de la famille royale à rédiger des Annales du règne, devra écrire une œuvre correcte, bien composée, où les événements seront placés dans leur vrai jour et expliqués avec intelligence et logique. Einhard, qui, assurément, eût été le meilleur des historiographes royaux, n'a-til pas confondu le pape Zacharie et le pape Etienne et ignoré le passé au point de dire qu'il ne