‹ Études critiques sur les sources de l'histoire CarolingienneChapitre 6 sur 56 · Vila Adalhardi · texte numérisé non relu

Vila Adalhardi

cour de Peppin par son père « inter scholares nutriendum*. » Mais, sans doute, ce qu'il apprit et ce qui pouvait passer pour un degré d'instruction remarquable chez un prince, si on prenait pour point de comparaison les derniers Mérovingiens ou même le père ou l'aïeul de Charlemagne, était peu de chose en comparaison de ce qui fut enseigné à Louis le Pieux, qui n'aurait pas été déplacé parmi les clercs et dont le plus grand plaisir était de corriger les livres saints, avec l'aide d'interprètes grecs et syriens. Dès 753, Charles est associé avec son frère Carloman au couronnement de Peppin par le pape Etienne III ; il prend part, en 761, à la rude guerre d'Aquitaine, et, bien que les Annales ne nous parlent que fort peu de lui et de Carloman, il est vraisemblable qu'ils furent mêlés étroitement au gouvernement et aux expéditions militaires de leur père.

Charles en savait cependant assez et son intelligence avait été assez développée par son père et par ses maîtres pour qu'il comprît l'importance et le plaisir de l'instruction. S'il n'avait pas conçu dès sa jeunesse l'amour de l'étude, il ne serait pas arrivé, au milieu des guerres qui ont rempli les trente-cinq premières années de son règne, à parler la langue latine aussi bien que la langue franque, à comprendre le grec, à lire la liturgie et à chanter les hymnes d'Eglise, à s'intéresser à toutes les sciences cultivées de son temps, à acquérir une facilité d'élocution digne d'un professeur de rhétorique-. Il ne s'appliqua, il est vrai, que tardivement à l'art d'écrire; mais c'est que l'art du calligraphe demandait beaucoup de temps et de peine, n'était utile qu'à ceux qui, par profession, étaient contraints de le pratiquer, et n'était guère fait pour les mains calleuses d'un soldat et d'un chasseur. S'il resta toute sa vie passionné pour l'étude, c'est qu'il avait de bonne heure commencé à l'aimer; il y apportait même la fougue et l'originalité de son génie et ne se contentait pas de répéter les aimables et quelque peu puériles leçons d'Alcuin. Il n'a pas été seulement un excellent élève, comme le sera son fils Louis, il a été un inspirateur, un initiateur'^. Ce roi, qui faisait rédiger les lois des divers peuples de son Empire et qui rêvait de leur impo-

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