Vita s. Benedicti Anianensis, D. Bqt, V
2. Einhardus, Vita Caroli, c. 25 : « Adeo facundus erat, ut etiarn didascalus (var. dicaculus) appareret. » « Admiranda facundia » dit l'auteur de la Translatio S. Germani (Mab., AA. SS. 0. S. B., III, 2, 88).
3. « Semet discipulum ejus (Alcuin) et ipsum magistrum suum appellari voluit » (Moine de Saint-Gall, c. 2).
ser une législation uniforme, qui formait le recueil des lettres des papes connu sous le nom de Codex Carolinus, qui faisait rédiger des livres de théologie sur la question du culte des images, qui encourageait les copistes et les correcteurs de manuscrits, se préoccupait encore de sauver de l'oubli les traditions poétiques de sa race et d'en fixer la langue. Ce n'est aucun de ses maîtres assurément, c'est lui seul qui a eu l'idée de faire réunir en un recueil les chants épiques de la nation franque, recueil que l'incurie et l'étroitesse d'esprit de ses descendants laissa disparaître. C'est lui qui fit entreprendre une grammaire de la langue franque. Nul autre que lui n'était capable d'unir avec autant de largeur d'esprit et de hardiesse l'amour des traditions nationales au culte de l'antiquité et de la tradition chrétienne. Il réglait lui-même l'éducation de ses fils et de ses filles, partageant leur temps entre l'étude des lettres, les exercices du corps et les soins domestiques, s'inquiétant lorsqu'il voyait Louis, entouré de ses clercs galloromains, perdre peu à peu en Aquitaine les habitudes et le caractère de sa famille et de son peuple. Quand on voit en Charlemagne un esprit si actif, si inventif, si constamment préoccupé d'apprendre, de créer, d'organiser, on ne peut s'empêcher de penser que s'il a été secondé par des hommes d'un rare mérite, c'est lui cependant qui a rendu leurs efforts si féconds en les provoquant et en les coordonnant, c'est lui qui a été le véritable promoteur et le vrai chef de la renaissance du viii^ et du ix^ siècle, c'est lui qui a inspiré un grand nombre des œuvres écrites sous son règne et en particulier les œuvres d'histoire • .
Il ne faut cependant pas exagérer le rôle de Charlemagne ni diminuer la part qui revient à ses collaborateurs dans cette œuvre de réforme intellectuelle. La renaissance n'aurait pas pu se produire, Charlemagne n'aurait pas même pu concevoir tout ce qu'il a fait pour répandre l'instruction dans son royaume s'il n'avait pas trouvé en Italie et en Angleterre les maîtres capables de donner aux études une vigoureuse impulsion. En Italie, soit dans les monastères de Bobbio ou du Mont-Cassin, soit même dans les grandes villes du Nord, Aquilée, Milan ou Pavie, les leçons de
1. Un vers d'Alcuin semble iiuliqiier que Charles le poussait à écrire îles annales :
« Ut praecei)la mihi dederas, dulcissinie donine, Sic céleri currens calanio diclare libelium Annalem... »
(Duemmler, Poelae aevi Carolini, 1, 294.)
Boèce et de Cassiodore n'avaient pas été entièrement oubliées, et Jordanis, Grégoire le Grand, Secundus de Trente, Pierre de Pise et Paul Diacre, dont nous connaissons le nom ou les œuvres, nous prouvent que, malgré l'invasion lombarde, le goût pour les études grammaticales et la tradition du bon style ne s'étaient pas tout à fait perdus. En Grande-Bretagne, une double influence avait amené dans l'Eglise anglo-saxonne un remarquable mouvement littéraire à la fin du vif siècle. D'un côté, la culture classique très remarquable du clergé breton et irlandais, qui avait même conservé la connaissance du grec, devait exercer une certaine action sur les membres de l'Église voisine; de l'autre, les relations étroites et constantes qui unissaient Rome et l'Église anglo-saxonne depuis la fin du vi'' siècle furent fécondes pour celle-ci. Rome envoya dans le Kent des hommes d'une grande valeur, dont quelques-uns étaient même d'origine orientale et savaient le grec. C'est ainsi que l'évêque Théodore et l'abbé Hadrien y créèrent des écoles florissantes. Les Anglo-Saxons, de leur côté, se rendaient fréquemment en Italie, les archevêques pour y chercher le pallium, les évêques, les abbés, les moines et les clercs pour y voir le pape et y toucher les reliques des apôtres et aussi pour y acheter des livres, des images saintes, des étoffes précieuses. C'est ainsi que saint Benoît Biscop, abbé de Weremouth, était allé cinq fois à Rome et en avait rapporté toute une bibliothèque. C'est ainsi qu'Alcuin se rendit aussi à Rome avec son maître Albert,
sophiae deductus amore, Si quid forte novi librorum seu studiorum Quod secum ferret, terris reperiret in illis'.
Les deux représentants les plus éminents de ce mouvement littéraire anglo-saxon, qui devait trouver dans l'Empire franc son plein épanouissement, furent, à la fin du vii^ siècle, Aldhelme, connu surtout comme poète, élève d'abord de l'abbé Hadrien, puis du couvent deMalmesbury, fondé par un membre de l'Église celtique, et Bède le Vénérable, historien, poète, chronologiste, hagiographe et grammairien, qui, dans sa studieuse retraite de Jarrow, fit du Northumberland , par son enseignement et ses écrits, le foyer de la vie intellectuelle en Angleterre, foyer qui devait bientôt rayonner sur le continent.