Ibid., p
jouant, à l'ombre des pins du Galèse, sur des flûtes usées par leurs lèvres. » La rive ombragée du Galèse serait, dans ce cas, nommée par le poète comme un séjour enchanteur fait à souhait pour la Muse bucolique; au souvenir de l'épisode des Géorgiques, il aurait, parmi les beaux paysages de l'Italie, choisi les bois de pins du Galèse comme un cadre naturel où l'on peut se figurer les bergers des églogues.
Cette interprétation doit paraître au premier abord trop détournée. Cependant elle est permise au point de vue grammatical, elle est commandée au point de vue littéraire. On ne s'explique pas, en effet, ce que viendrait faire, en ce passage, une description de l'endroit où Virgile a composé les Bucoliques : il s'agit, dans le panégyrique, non de la personne de Virgile, mais des personnages qui figurent dans ses œuvres ; les détails descriptifs doivent, par conséquent, servir de cadre à ces personnages et à leurs aventures, non à Virgile lui-même et à sa biographie. Il est tout simple que le poète, évoquant Thyrsis et Daphnis occupés à jouer de la flûte, nous les montre assis à l'ombre des pins, sur les bords d'une rivière; on se demande au contraire pourquoi il tiendrait à nous apprendre en quel lieu Virgile a écrit les Bucoliques, ce qu'il ne fait ni pour les Géorgiques, ni pour l'Énéide; pourquoi il se plairait à décrire ce lieu au point d'en faire un véritable paysage. Il faut donc reconnaître que les mots umbrosi suhter pineta Galœsi se rapportent à Thyrsis et à Daphnis, non à Virgile.
Ce qui confirme cette interprétation et ce qui me décide à la proposer, c'est que, en continuant d'examiner les prétendues erreurs du panégyriste de Virgile, nous allons retrouver dans les distiques suivants (v. 69-74) le même
genre d'inexactitudes, la même liberté quant à la représentation des circonstances accessoires :
Utque decem possint corrumpere mala puellas Missus et inpressis haedus ab uberibus.
Cf. Verg., Bucol., 3, 70-71
Quod potui, puero silvestri ex arbore lecla Aurea mala decem misi, cras altéra mittam.
Dans les vers de Virgile, Ménalquc envoie dix pommes à un jeune garçon; dans notre élégie, le même envoi est fait à une jeune fille. Cependant on ne peut contester la corrélation des deux passages. Je n'en dirai pas autant du rapport que Ilcyne a cru découvrir entre le vers 70 du panégyrique : Missus et inpressis hœdusah uberibus, et le vers 6 de la neuvième églogue : Hos illi, quod nec vertat benel miltimus hœdos. Il n'y a entre les deux vers qu'une ressemblance de mots : dans le second, c'est un berger qui va offrir des chevreaux à son nouveau maître pour se concilier sa faveur; dans le premier, il s'agit d'un présent d'amour, et de plus le poète introduit un détail pittoresque dont il n'y a aucune trace chez Virgile ; il nous fait voir le chevreau pris aux mamelles de sa mère au moment où il la tette, missus inpressis ab uberibus. Le vers 70 est bien sorti tout entier de l'imagination de Properce ^
Félix qui viles pomis mercaris amores ! Huic Jicet iiigralae Tityrus ipse canal.