‹ Études critiques sur Properce et ses élégiesChapitre 106 sur 200 · Cf. Ed. Heydenrcich, ouvr. cilé, p · texte numérisé non relu

Cf. Ed. Heydenrcich, ouvr. cilé, p

Tandis que le vers 71 semble s'adresser encore à Ménalque, le vers 72 nomme Tilyre, le vilicus^ de la première églogue, celui qui a laissé Galatée pour Amaryllis ; c'est sans doute aux exigences de Galatée que l'épithète ingratœ fait allusion.

Félix inlactum Corydon qui lemptat Alexin Agricolae domini carpere delicias!

Dans ce distique, l'auteur fait d'une manière évidente une allusion générale au sujet de la deuxième églogue; cependant il appelle Corydon (( heureux », alors que dans cette églogue Virgile montre Corydon en proie au désespoir, nec quid speraret hahebat.

Ainsi : au vers 69, une allusion inexacte; au vers 70, une invention personnelle ; aux vers 71-72, un rapprochement entre deux personnages appartenant l'un à la troisième, l'autre à la première églogue, et entre lesquels Virgile n'avait établi aucun lien ; aux vers 73-74, encore une allusion inexacte.

On peut, tout d'abord, voir dans ces particularités autant d'erreurs qui révèlent la main d'un faussaire. Mais, en y réfléchissant, on reconnaîtra que, si l'on attribue ces inexactitudes à l'ignorance ou à l'oubli, une telle hypothèse favorise plutôt les partisans de l'authenticité. Un faussaire eût mieux pris ses précautions; de plus, l'interpolation n'ayant pu se produire qu'après la mort de Properce, qui eut lieu au plus tôt en 45/739, il n'est pas vraisemblable qu'un poète, doué d'assez de talent pour écrire ces jolis vers, ne connût pas très bien les Bucoliques dès lors

1. Cf. E. Benoist, Œuvres de Virgile, t. I, 2« édition, p. 4.

répandues. On conçoit, au contraire, que Properce, en 25/7^9, pût n'avoir pas ce livre entre les mains et que la mémoire lui ait fait défaut pour quelques détails.

Est-il môme nécessaire de le supposer? Le panégyrique de Virgile ne ressemble pas aux arguments par lesquels il devint d'usage de résumer une grande œuvre poétique; ce n'est pas, comme eux, une analyse. Properce, en l'écrivant, a sans doute voulu caractériser le génie de Virgile dans ses diverses manifestations ; mais il à voulu le faire et il l'a fait en poète, se réservant une liberté indispensable pour y mettre de la vie, du mouvement, de la passion. Les Bucoliques montrent des bergers amoureux auxquels le succès dans leurs amours coûte simplement l'envoi de quelques fruits : c'est là un trait des moeurs pastorales qui n'est nullement altéré, si l'on suppose une jeune fille au lieu d'un jeune garçon, si l'on ajoute au panier de fruits un chevreau qui tette encore sa mère, don tout aussi rustique et non moins gracieux. Il en est de même pour Corydon : le poète le dit heureux à cause de ses amours rustiques et de sa vie pastorale ; que ce pasteur, qui chante d'une si belle voix, ait connu un jour les dédains d'Alexis, qu'importe? demain, un autre Alexis lui sera moins farouche :

Invenies alium, si te hic fastidit, Alexim.

Il en est de même enfin pour le distique 67-68 : les deux bergers jouant de la flûte assis sous des pins, au bord d'une rivière, sont bien les bergers des Bucoliques s'exerçant à des chants alternés : il est sans intérêt qu'on les nomme Thyrsis et Daphnis ou bien Ménalque et Damœtas, et que la rivière qui coule devant eux soit le Galèse ou le Mincius.

7" M. CaruUi ne peut accorder que des vers aussi mal faits et aussi négligés aient été écrits par Properce \

Nous sommes ici en présence d'une opinion littéraire. Il est difficile (si même il est possible) de discuter une question de goût, et l'on a peu de chance de convaincre ses adversaires. Le parti le plus raisonnable est d'exprimer son avis, en appelant sur le passage qui fait l'objet du dissentiment, l'attention impartiale du lecteur.

Le panégyrique de "Virgile me paraît être une des productions les plus aimables de TÉlégie latine; il me semble que l'intelligence et l'émotion n'y manquent pas, et qu'il y a, dans le tour habile de la phrase et dans la plénitude harmonieuse des vers, un véritable charme.

D'ailleurs, que M. Garutti ait tort et que j'aie raison, cela ne prouve rien en faveur de l'authenticité ; car l'on peut être à la fois un faussaire et un poète de talent. Mais que M. Garutti ait raison et que j'aie tort, cela ne prouve pas davantage en faveur de l'interpolation ; car Properce peut avoir fait, il a même fait çà et là des vers fort médiocres.

Ainsi le dernier argument de nos adversaires n'est même pas un argument; je n'ai pas cru cependant devoir le passer sous silence ; il fallait y répondre et découvrir son inanité après avoir montré la faiblesse des six autres -.

1. D. Garutti, Prop. Cynth., p. 116: ... neqne illum (Propertium) eleganlia insignem, carmina tamriidia et incompta diditasse concederem.

2. Le panégyrique de Virgile offre certaines difficultés d'interprétation, plus apparentes que réelles, qui ont exercé l'esprit des commentateurs. M. 0. Ribbeck a proposé une transposition, séduisante au premier abord: la place véritable des vers 77-80, sur les Géorgiques, serait entre les vers 65-66 sur TÉnéide et les vers 67 et suivants sur les Bucoliques {Index Sclwlar. in Acad. Christ. Albert, per inst. sem. œstiv. a. 1867. — Proœmialus est de Tib. eleg. I et Prop. III (ii), 3i Otlo Ribbeck, p. il-12j. Cette idée doit être rejetée Properce oppose continuellement, dans

cette élégie, la poésie intime à la poésie héroïque sans entrer dans aucune autre distinction de gen»'e; à ce point de vue, les Géorgiques et les Bucoliques ont le même caractère simple et rustique et rentrent dans le même genre ; c'est pourquoi le poète les associe et les confond, en quelque sorte, par rapport à l'Enéide. Cette observation rend également inutile l'hypothèse de M. Munro, à savoir que Properce aurait ajouté différents vers à diftérentes époques, qu'il aurait varié dans ses intentions de composition et que nous aurions là des distiques pour ainsi dire parallèles, et destinés plutôt à se remplacer qu'à se suivre (The Journ. of philoL, vol. VI, n° 11, Londres et Cambridge 1875, La dernière élégie du troisième ou deuxième livre de Properce, par H. A. J. 3Iunro, voy. p. 4.1 sqq.). De même, pour les pronoms hœc du vers 81, his du vers 83, on a soulevé des discussions stériles; si Ton avait pris garde à l'opposition faite par Properce entre la poésie héroïque et la poésie intime, on aurait vu ce que voulaient dire ces deux pronoms; ils s'appliquent, l'un et l'autre, à la fois au.\ Bucoliques et aux Géorgiques, œuvres agrestes et simples de Virgile opposées à son œuvre épique ; non tamen hœc ulli, etc., et cependant ces poèmes plairont à tout lecteur, etc.

Properce se nommait Sextus Propertius.

Sextus, leprœnomen, ne se retrouve ni dans les œuvres de Properce, ni dans celles de ses contemporains ; de même que Publius, le prénom d'Ovide, qui ne nous est connu que par les manuscrits \ Mais Donat^ cite le distique Cedile Romani scriptores^, et nomme le poète Sextus Properce. Le même distique, sans doute emprunté de Donat, se lit feuillet 137 du Salmasianus * avec la suscription : SEXT. PROPERTii DE YiRG ''. G'sst là le scul témoignage relatif au prénom de Properce, mais il paraît suffisant.

Quant à Vagnomen nauta, dont un assez grand nombre de manuscrits, entre autres AFVHGBP, font suivre le nom du poète, l'erreur a été signalée depuis longtemps, et la

1. Cf. E. Nageotte, Ovide, sa vie et ses œuvres, p. 7, note 1.

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