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Terlius haut multo minus est cum ducitur annus, Yix memini nobis verba coisse decem.
1. Lachmann, Prop. Carm., Lips., 1816, Prœf'., p. 23 : Properliiis ipae sibi teslis est Cyntkiam per quinque annos fuleliter amavme.
2. WeTlzh.^ Prop. El. T. J, Quœst., p. 10 : Nam quod Lachmannus eos annoSy qui illud discidium prœcessissent, omisso^ esse dicit, id certe non quadrat cum animo iralo et officia sua exprohrante.
3. M. Liitjoliann a suivi leur opinion, Ccm,mentat, Propsit., p. 80 in fine.
Cuncta luiis sepelivit amor, nec femina post te Ulla dédit collo dulcia vincla meo.
(( Voici, il ne s'en faut guère, la troisième année qui s'écoule : à peine, depuis ce temps, me souvient-il qu'elle et moi ayons échangé dix paroles. Ton amour a tout enseveli, et nulle femme après loi n'a rais à mon cou les doux liens de ses bras. »
Comment Properce aurait-il osé, après le discidium^ dire à Cynthie : « nulle femme, après toi, n'a mis à mon cou les doux liens de ses bras, » alors que, de son propre aveu, il avait passé toute cette année du discidium dans la débauche (Cf. 1, 1,5-6)? alors qu'il avait eu des relations plus ou moins brèves avec une autre femme (Cf. III, 10, 9)? Sans doute, il pouvait dire à Cynthie qu'il l'avait aimée pendant ce temps, mais pouvait-il lui dire qu'il l'avait aimée a fidèlement, » Quinque tibi potui servire fi déliter annosf Voici les deux passages que l'on indique :
Cynthia prima suis miserum me cepit ocellis
Contactum nullis ante cupidinibus.
Tum mihi conslanlis dejecit lumina fastus
Et caput inpositis pressit Amor pedibus, Donec me docuit castas odisse puellas 5
Improbus, et nullo vivere consilio.
Et mihi jam toto furorhic non déficit anno
Cum lamen adversos cogor habere deos.
« Cynthie la première m'a, pour mon malheur, fait captif de ses yeux, moi qu'auparavant n'avait atteint nul
désir. C'est alors que rAmoiirfit tomber la présomptueuse fermeté de mon regard et qu'il me pressa la tète de ses pieds jusqu'à me faire prendre en dégouttes chastes jeunes femmes, le pervers ! et à vivre sans nulle raison. Et voilà déjà toute une année que cette folie ne me lâche pas et qu'il me faut cependant avoir les dieux contre moi. »
Peccaram semel, ettotum sum pulsus in annum.
(( J'avais péché une fois, et je fus chassé tout le cours d'une année. »
Il ne me paraît pas douteux que dans l'un et dans Fautre de ces passages Properce ne fasse allusion à Tannée du discidlum, et que, par conséquent, les vers 7-10 de III, 15 où le poète se vante de sa fidélité, ne soient postérieurs à cette année. Dans le premier des deux passages, un peu obscur et très discuté. Properce, dit-on, avoue qu'il mène depuis un an une vie déréglée et qu'il se livre aux amours les plus vulgaires* ; c'est y voir trop de choses. Properce dit en substance : « Gynthie est la première femme que j'ai aimée ; je l'aime au point que toute autre femme me déplaît; cet amour insensé dure depuis un an, bienqu'il ne soit couronné d'aucun succès.» On demandera ce que devient, dans cette interprétation, le mol castas du vers 5. Le sens du vers 5 est si peu clair ot tellement controversé, qu'il pourrait fournir la matière de toute une dissertation : je me bornerai donc à dire comment je l'entends, sans justifier ici mon opinion et
1. Voy. Laclimann, P/'oy). Carm., Lips., 181G, /'/v/'/'., p. 23-rii ; Uertzb., Prop. El. T. /, Quœ.sl., p. il.
sans discuter les avis différents. Je crois que Properce désigne par les mots castœ piiellœ toutes les femmes que Ton peut décemment aimer, pour lesquelles on peut éprouver un véritable amour : a Cynlhie me repousse depuis un an et je l'aime à un tel point, que toute autre femme, parmi celles qui peuvent plaire, me déplaît. » Il s'obstine à vivre sans maîtresse, son amour pour Cynlhie lui faisant prendre en dégoût les autres femmes, même les moins vulgaires. S'il y a dans ces vers un aveu d'incondiiite, il est certainement bien détourné ^
Quant au vers 9 de III, 16, où tous les commentateurs voyaient jusqu'ici l'aveu d'une infidélité, voici M. Hermann Knauth qui propose, non sans vraisemblance, de l'expliquer tout autrement : Gynthie se trouvant à la campagne, aurait appelé Properce auprès d'elle; Properce qui, pour un motif ou un autre, pouvait difficilement quitter Rome, ne se serait pas rendu à cet appel, et de là serait né le discidium\ L'explication de M. H. Knauth, je le veux bien, repose sur une hypothèse : mais n'en est-il pas de même de l'interprétation de Lachmann et de Hertzberg? Une infidélité peut, à coup sûr, déplaire à une maîtresse et devenir une cause de rupture : mais vingt, mais cent autres choses peuvent aussi lui déplaire, et l'on ne devrait pas affirmer ce que l'on ne peut pas savoir.
Toutefois, même si j'accordais à Lachmann et h Hertzberg que Properce avoue dans ces deux passages s'être abandonné à des amours vulgaires et avoir, au moins une fois, manqué de fidélité envers Gynthie, je leur con-
1. Pierre Fontein a proposé de lire cunctas au lieu de caslas. Voy. Boehrcns, Prop. EL, Proleg., p. i7-l8.