‹ Études critiques sur Properce et ses élégiesChapitre 138 sur 200 · Hermann Knauth, Quœst. Prop., Hal., 1878, p · texte numérisé non relu

Hermann Knauth, Quœst. Prop., Hal., 1878, p

lesterais le droit d'en conclure qu'il n'eût pas osé écrire après cela les vers 9-10 de III, 15:

Cuncta tuus sepelivit amor, uec femina post te Ulla dédit collo dulcia vincla meo.

Ces deux vers latins veulent dire en prose française : (( Depuis que j'ai commencé de t'aimer, je n'ai aimé aucune autre femme, et je n'ai point eu d'autre maîtresse que loi. » Properce pouvait sans impudence aucune, je dirai presque en toute vérité, s'exprimer ainsi, eût-il cédé à quelques faiblesses sensuelles dans le courant d'une année où Gynlhie lui refusait sa porte. Peut-être, par suite même de ces faiblesses, éprouvait-il davantage le besoin d'affirmer à Cynthie qu'après elle il n'avait aimé aucune autre femme, et que dans ces aventures d'un soir le cœur ne s'était jamais donné.

Lachmann et Hertzberg ont apporté, dans le jugement de cette question, plus de rigueur naïve que de véritable esprit scientifique. De quelque manière que l'on interprète lesdeuxpassagescités(1, 1,1-8 etIII, 16, 9), Properce pouvait très bien, après le discidium, dire encore à Cynthie : (( Ton amour a tout enseveli, et nulle femme après loi n'a mis à mon cou les doux liens de ses bras. » Il n'y a donc aucune raison de penser que le vers 23 de III, 24, Quinque tibi potui, etc., ne détermine pas la durée tout entière des relations de Properce avec Cynthie, y compris l'année du discidium.

Ut mihi prœtexti pudor est velatus amictus Et data libertas noscere amoris iter,

llla rudes animos per nocles conscia primas Inbuit heu nullis capta Lycinna dalis.

(( Dès que la pudeur eut disparu pour moi avec la robe prétexte et que je fus libre de comiaître le chemin de l'amour, c'est Lycinne qui, le long des premières nuits, apprit à mon ignorance ce qu'elle savait bien, Lycinne, hélas! que je n'avais séduite par aucun présent. »

Il résulte de ces vers que Properce eut des relations avec Lycinne fort peu de temps après avoir quitté la robe prétexte, c'est-à-dire à l'âge de seize ou dix-sept ans. La durée de ces relations fut brève. Le poète n'accorde à Lycinne qu'un rapide souvenir. Il dit môme de Cynthie qu'elle est la première dont les yeux l'aient séduit. Enfin Lycinne paraît avoir été Tesclave de Cynthie; et, quand il est devenu l'amant de l'une, il a dû voir l'autre presque aussitôt. La passion que Properce a éprouvée pour Cynthie ne permet guère de douter qu'il ne s'en soit promptement épris; le caractère de Cynthie ne rend pas vraisemblable qu'elle ait fait une longue résistance ni même qu'elle en ait fait aucune. Tous ces motifs doivent faire rejeter l'idée de Herlzberg qui attribue à la liaison avec Lycinne une durée de deux ans*, et môme celle de Lachmann qui lui attribue une durée d'un an".

D'autre part, on ne saurait prendre au pied de la lettre la conjonction ut, « dès que, » du vers 3. Properce n'a pas rencontré Lycinne le lendemain du jour où il revêtit la toge virile : on peut compter quelques mois

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