‹ Études critiques sur Properce et ses élégiesChapitre 139 sur 200 · Voy. plus haut, p · texte numérisé non relu

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d'intervalle et deux ou trois autres pour la durée des relations. C'est donc à l'âge de dix-sept ou de dix-huit ans que Properce s'est lié avec Cynlhie.

Puisque nous savons que la liaison avec Cynthie a duré cinq années et que Properce avait dix-sept ou dixhuit ans quand elle commença, si Ton pouvait déterminer l'époque où elle prit fin, on arriverait, en remontant en arrière, à découvrir à une année près la date de la naissance de Properce. Malheureusement nous allons voir que l'on ne trouve dans l'œuvre du poète aucune indication suffisamment précise.

cA 11, 10, 13-16

Jam negat Euphrates equitem post terga tueri Parthorum et Grassos se tenuissedolet;

India quin, Auguste, tuo dat colla triumpho Et domus intactse te tremit Arabine.

(( Déjà l'Euphrate se refuse à veiller sur la fausse fuite du cavalier Parthe et s'afflige d'avoir saisi les Grassus. Et même, Auguste, l'Inde tend le cou pour ton triomphe, et tu fais trembler l'Arabie intacte encore. »

Nous le savons déjà : pour Lachmann et pour MM. Eschenburg et Lûtjohann, félégie X du livre 11 est la dernière des élégies amoureuses de Properce ; elle est écrite après que le poète avait quitté Gynthie ; Lachmann la croit de 23/731, M. Eschenburg du commencement de 22/732, et M. Liitjohann de la fin seulement de cette même année, llertzberg, d'un avis bien différent, l'attribue à l'année 25/729 et la croit écrite pendant l'époque du discidium.

Le discidiiuïij à mou sens, eut lieu au temps où Pro-

218 ÉTUDES SUR PIIOPERCE.

perce composait la seconde moitié du premier livre; l'élégie II, 40 ne saurait donc appartenir à cette époque. D'autre part, je ne vois pas pourquoi elle n'aurait pu être écrite qu'après la rupture définitive avec Cynthie. M. Lûtjohann s'appuie surtout, pour l'affirmer, sur les vers 7 et suivants :

Vers 7-10

/Etas prima canat Vénères, extrema tumullus : Bella canam, quando scripta puella mea est.

l\unc volo subducto gravior procedere valtu, Nunc aliam citharam me mea Musa docet.

(( Que la jeunesse chante les voluptés, la vieillesse les combats : je chanterai les guerres, puisque j'ai dit ma maîtresse. Désormais je veux marcher plus grave, le visage sévère ; désormais ma Muse m'enseigne d'autres accords. »

Au moindre mécontentement que lui cause sa maîtresse, à la moindre déception qui lui vient d'elle, par une porte fermée un soir, pour un soupçon de jalousie, un poète amoureux peut penser et s'exprimer ainsi. Rien dans ces vers n'indique une rupture récente ni une douleur profonde : ils ne contiennent pas, non plus que le reste de la pièce, un mot de colère ou d'aigreur contre Gynthie; on n'y trouve même pas de la tristesse. De plus, il importe de remarquer la manière dont Properce termine cette élégie^ : a Ilimite, dit-il, ceux qui, ne pouvant

ut caput in magnis ubi non est tangere signia

Ponitur Jtic imos antc corona pedes, Sic nos nunc inopes laudis conscendere culmen

Pauperibus sacris villa tura damus.

25 Nondum etiam Ascrœos norunt mea carmina fontes,

Sed modo Permessi fîumina lavit Amor.

N. C. — V. 23 Carmen Mss. culmen Fonlein, Ba)lircns.

atteindre la tète d'une statue, déposent une couronne h ses pieds ; il offre à Auguste un bien pauvre don : c'est qu'il est novice dans la grande poésie ; il doit jusqu'à présent son inspiration à l'Amour. » Tout cela est aimable et modeste, mais ressemble beaucoup au langage de quelqu'un qui se récuse. Mécène pressait Properce d'aborder le gem-e épique et de célébrer la gloire d'Auguste : Propercc annonce qu'il en a formé le dessein, mais la fm de la pièce fait pressentir qu'il s'en tiendra au projet. C'est en effet ce qui eut lieu.

L'élégie II, iO ne suppose donc en i*ien la rupture avec Gyntliie : il faut y voir tout simplement une excuse, assez embarrassée, écrite à l'adresse d'Auguste, sur l'insistance de Mécène. De cette pièce oîiProperce commence par dire qu'il va composer des vers liéroïques, ce qui résulte le plus clairement, c'est la ferme intention de n'en rien faire. Elle peut donc avoir été écrite dans un moment où l'amour souriait au poète; elle est entourée, il est vrai, d'autres élégies tristes ou amères (II, 8, 9, 11, 13); mais n'en est-il pas de même de l'élégie II, 7, qui est triomphante et qui se trouve encadrée entre deux élégies pleines de larmes? La passion de Properce pour Cyntliie fut très tourmentée : c'étaient sans cesse des alternatives de joie et de désolation.

Ainsi l'élégie II, 10 n'est point la dernière des élégies amoureuses ; elle n'a pas été écrite après la rupture, mais au contraire pendant le cours des relations.

Peut-on du moins lui assigner une date? Dans les vers 13-16, il est question des Parthes, de l'Inde et de l'Arabie.

M. Liitjohann ^ conclut des vers 13-14, où Properce

1. Voy. Clir. LiUjoIiann, Commentât. Prop., p. 79-8U. — Je rappelle que le syslômc de M. Liitjohaim est, à peu de chose près, celui de-

montre les Parthes frappés de crainte, que l'élégie II, 10 appartient à la fin de l'année 22/78:2. Nous avons déjà vu quel est son raisonnement : les Parthes rendirent les drapeaux de Crassus en 20/734; Auguste, avant de passer de Grèce en Asie, avait parcouru la Sicile ; il n'avait pu quitter Rome avant la fm de 22/732, et Properce de son côté n'avait pu parler de l'inquiétude des Parthes avant le départ d'Auguste. Au vers 14-, le poète montre l'Inde a tendant le cou pour le triomphe d'Auguste » ; il est naturel de penser qu'au moment où Auguste allait partir pour la Sicile, en vue de préparer une expédition en Orient, les Indiens lui envoyèrent des députés pour lui promettre leur amitié.

Cette combinaison paraît acceptable au premier abord : mais elle ne soutient pas l'examen, et celle de ïlertzberg^ qui attribue l'élégie II, 10 à l'année 25/729, est certainement préférable.

C'est en 24/730 qu'eut lieu la désastreuse expédition d'yElius Gallus en Arabie : l'élégie II, 10 est antérieure à celte année, puisque Properce dit : Arahiœ intactes, ce qui veut dire clairement qu'aucune armée romaine n'y avait -encore pénétré. Dès Tannée 30/724, Auguste avait été choisi par les rois Parthes comme arbitre de leurs dissensions intestines, et c'est précisément en 25/729 que Tiridate vint se réfugier auprès de lui : on pouvait dès lors prévoir que les drapeaux de Crassus seraient repris ou rendus. Enlin Orosius (Yl, 21) nous apprend que cette même année 25/729, ou Tannée précédente 26/728, Auguste reçut h Tarragone des députés indiens.

M. Eschenburg, qui lui-même suivait en partie les traces de Laclimann. Je reproduis de préférence les conclusions de M. Liitjoliann, parce que ce dernier a précisé le système et l'a développé plus clairement. 1. Voy. Herlzb., Prop. EL T. I, Quœst., p. 10 et p. 21.7-218.

Toutes les circonslances favorisent donc l'opinion de Ilerlzberg; les objections présentées par ses adversaires n'ont aucune solidité. M. Eschenburg prétend que Arabia inlacla pouvait encore s'écrire après l'expédition d'.Elius Gallus; il veut y voir une flatterie d'autant plus habile : le poète se serait plu à montrer ce même pays qui avait rejeté Gallus s'épouvanter au seul bruit des projets d'Auguste '. C'est supposer à Properce un raffinement inutile et même faux : les Arabes, qui venaient de détruire une armée romaine, ne devaient pas manifester la moindre crainte. M. Lûtjoliann, de son côté, ne trouve pas vraisemblable que Properce se soit adressé à Auguste comme il le fait vers 15, alors que ce dernier était absent de Rome : or, ajoute-t-il, en 25/729, Auguste faisait la guerre aux Gantabres ■. Je ne vois pas pourquoi Properce n'aurait pas interpellé en vers Auguste absent aussi bien que présent, et je m'en tiens à la date fixée par Hertzberg.

Cette date trouve d'ailleurs une double confirmation dans les élégies 7 et 81 du livre II. Dans l'élégie 81, Properce s'excuse auprès de Cynthie d'arriver en retard au rendez-vous : c'est qu'il vient de voir et d'admirer le temple d'Apollon, construit et dédié par Auguste. Nous savons que ce temple fut dédié en 28/726, aux calendes de novembre ; l'élégie 81 est donc nécessairement de cette époque, écrite soit immédiatement, soit peu de temps après. Quant à l'élégie 7, le poète s'y réjouit de l'abrogation de la loi Julia; j'accorde à Fûrstenau que la loi Julia ne fut pas abrogée l'année même où elle avait été portée, 28/720 ; les mots quondam edlclaau. vers 2 le

1. lî. Eschcnburg, Quœsl. Prop. in Libr. miscell. eclit. a Societ. philolofj. Bonn., 18(53, p. 05.

"2. Clir. Liitjuliann, oiivr. cit., p. 79,

montrent suffisamment \ Néanmoins on sait qu'elle eut une existence très courte, et l'on est en droit de supposer qu'elle fut abrogée un an ou deux ans après avoir été portée, c'est-à-dire en 27/727 ou 26/728.

Ainsi dans le livre II nous rencontrons deux élégies, dont l'une, la septième, est probablement de l'an 27 ou de l'an 26, et dont l'autre, la trente et unième, est à coup sûr de l'an 28. Si l'élégie II, 10 était, comme le veulent MM. Eschenburg et Lûtiohann, de l'an 22, la composition du livre II s'étendrait sur un espace de six années au moins. Je sais bien que M. Lûtjohann pense qu'il y a eu transposition et que l'élégie II, 10 devait autrefois faire partie du quatrième livre; mais cette idée repose sur une autre idée fausse, à savoir que l'élégie II, 10 a été écrite après la rupture des deux amants.

Donc l'élégie II, 10 doit être attribuée à l'année 25/729; mais cette élégie ne marquant ni la fm, ni aucune époque précise des relations avec Gynthie, la connaissance de la date qu'on doit lui assigner demeure d'une médiocre utilité.

Quant aux élégies 4 et 5 du troisième livre, qui doivent être fondues en une seule, comme l'a bien vu Muret', on les rapporte généralement^ aux derniers temps de la liaison. Or ces élégies appartiennent nécessairement à l'époque où Auguste préparait contre les Parthes l'expédition qui leur fit rendre les drapeaux de Crassus (él. 4, v. 9; él. 5, V. 48) ; le départ eut lieu probablement vers la fin de 22/732; on doit donc attribuer l'élégie 4 (et 5)

1. Voy. Guil. Fiirstenau, Qiiœst. Prop., Jiihresberichtuberdas lùirfûrstl. Cymn. zu Rintel 17 und 18 Mdrz 18 io, p. 7.

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