Laclimann, Esclioiiburg, LiUjoliaini
:i Voy. p. 210 sq(i.
passée à poursuivre Gynthie îlvant qu'elle cédât, elle est bien peu vraisemblable. Gynthie n'était pas femme à reculer devant la satisfaction immédiate d'un caprice et à exiger de si longs préliminaires ^ Or, quelque opinion qu'on se fasse sur les sentiments que Properce lui inspira, il est certain qu'il lui plut, qu'elle eut pour lui au moins de l'inclination.
Le fait que cette élégie n'est pas à sa place chronologique s'explique tout naturellement. En général, les poètes mettent en tête de leurs livres une pièce récente plutôt qu'une pièce ancienne ; une pièce qui représente l'état de leur âme au moment de la publication plutôt qu'une pièce conçue et écrite à Tépoque inconsciente des débuts de leur passion -.
L'élégie 2, bien que de beaucoup antérieure, devientelle pour cela la première en date? Je ne le pense pas. Non qu'il y ait ici nécessité d'admettre un déplacement; mais ce déplacement me paraît probable et l'on va en juger. L'élégie 2 témoigne d'une vive tendresse; le poète est dans le premier feu d'un amour que rien encore n'est venu refroidir profondément. Gependant les reproches qu'il fait à Gynthie sur l'excessive recherche de ses parures, sur le luxe de sa toilette, c'est-à-dire sur sa coquetterie, le conseil qu'il lui donne d'imiter la nature par la simplicité et de plaire à l'amour par la pudeur, suggèrent plusieurs réflexions : 1° Properce a certains
1. Cf. Herm. Knautli, Quœst. Prop., p. 12 : neque omnino ii, credo, Cynihiœ mores fuere ut eam tam duram se prœbuisse verisimile sit.
2. Laclimann (P/'O/?. Carm.,prœf., p. 27) pense également que Pélégie 1 du premier livre a clé écrite en dernier lieu pour servir de préface à ce livre. — Contra Hertzb., Prop. El. T. /, Quœst., p, 41-43. — M. H. Knauth, qui dans SCS Quœst. Prop., 113l[\., 1876, a proposé une excellente interprétation de cette élégie, a répondu à Herlzberg, p. 11 sqq.
droits et paraît les avoir depuis quelque temps; 2' il est m^eux enchaîné par sa maîtresse, il lui est plus attaché de cœur qu'à l'époque où il écrivait l'élégie 3, à cette époque où une orgie quelconque lui faisait oublier le rendez-vous ; 3° déjà nous voyons poindre ici un sentiment de jalousie, cette jalousie qui devait plus tard, non sans motif, devenir si amère, et à laquelle il paraît étranger dans l'élégie 3, où c'est au contraire Cynthie qui s'inquiète et se plaint des trahisons de son amant.
Je crois que, suivant l'ordre chronologique, cette élégie prendrait place entre les élégies 4 et 5, entre le moment où Properce est averti par les bons offices de Bassus que l'amitié a l'œil sur son bonheur et se charge de le troubler, et celui où il voit clairement, à la conduite de Gallus, qu'on ne se bornerait pas à le séparer de Cynthie, mais qu'on prendrait volontiers pour soi celle dont on lui dit tant de mal.
Le déplacement de l'élégie 2 n'a rien qui puisse nous étonner. Cette élégie, une des plus charmantes que Properce ait composées, a dû plaire beaucoup dans l'antiquité, comme, de nos jours, elle séduit encore la plupart des lecteurs. Elle ne se rapporte à aucun fait précis; elle appartient certainement aux premiers temps de la liaison ; rien ne s'opposait donc à ce que Properce la mît en vue dans son recueil et, comme ont dû le faire les poètes à toute époque, donnât dès le début de son livre une de ses meilleures pièces pour échantillon de son talent.
Je croirais volontiers que l'élégie 3 est la première en date des élégies amoureuses. Elle prouve que Properce n'était pas encore bien lixé quand le fait qu'il raconte s'est produit, et il semble que Cynthie ait tout d'abord montré plus d'ardeur que son amant. Toutefois, au sujet de cette
232 ÉTUDES SUR PROPERGE.
dernière remarque, ne creusons pas trop. Un poète est toujours prompt aux imaginations. Sans doute lui, non plus, ne tire rien de rien. Mais souvent peu de chose lui suffit pour imaginer beaucoup ; et, de même que Properce accorda peut-être à sa maîtresse plus d'esprit qu'elle n'en eut jamais, pourquoi, la vanité du jeune homme aidant à l'instinct du poète, ne lui prêterait-il pas ici plus de passion et de jalousie qu'elle n'était susceptible d'en ressentir ?
Élégie 4. Elle doit être la deuxième en date. Nous y voyons (v. 1-4) que Properce était depuis quelque temps déjà l'amant de Gynthie, assuetum servitiiim, peutêtre depuis un mois ou deux. Mais il est tout simple qu'il ait fait peu de vers à ce moment. Quand la fortune leur sourit, les poètes se taisent; ils obéissent au conseil que leur donne l'un des plus grands et des plus sages : ils cueillent les jours heureux. Bientôt un nuage s'élève : un ami est intervenu, dans une bonne intention qui ressemble un peu trop à un vilain sentiment, l'envie. Bassus veut détacher Properce de Gynthie. Properce est, sinon blessé, du moins légèrement touché : il parle haut, il se dit sûr de l'amour de sa maîtresse, mais son anxiété se trahit par de l'humeur contre Bassus, et par un vœu, c'est-à-dire un doute, sur la fidélité à venir de Gynthie.
J'ai dit plus haut comment je rattache à la même époque l'élégie 2.
Élégie 5. Si Bassus n'était peut-être qu'un envieux, Gallus était certainement un rival (v. 9 sqq.). Properce prévoit que Gynthie pourrait bien n'être pas contraire au désir de Gallus, ce qui montre le degré de confiance qu'il avait en elle au moment même de ses amours où il parlait encore en maître.
CIUIONOLOGIE. 233
Élégie G. Il était prêt à partir, à suivre son ami Tullus sur la mer d'Hadria, sur les flots égéens, jusqu'à l'antique demeure de Memnon, aux pays du soleil. Mais Gynthie ne veut point qu'il parte; elle ne peut vivre sans lui, et qu'importent la docte Athènes et les richesses delà terre d'Asie comparées aux trésors de l'amour ?
Élégie 7. Il se plaint de la dureté et des caprices de Gynthie, mais il ne veut entendre parler que de l'amour, et il se glorifie de lui devoir des chants immortels.
Élégie 8 a. Les choses ont bien changé : Gynthie veut suivre jusqu'en Illyrie ce riche préteur que nous verrons reparaître au deuxième livre (él. 16). G'est sans doute là le commencement de cette période malencontreuse, pendant laquelle Gynthie ferma toujours ou souvent sa porte à Properce et que les critiques modernes ont nommée discidmm. G'est alors qu'elle se mit à invoquer, pour réconduire, une raison ou un prétexte que nous ne pouvons connaître ^
Élégie 8 b. Goup de théâtre véritable : Gynthie demeure et préfère la pauvreté avec le poète à la richesse avec le préteur. Quel fut le motif de ce brusque revirement? Gynthie, qui nous apparaît prompte et capricieuse, eut-elle un retour passionné vers Properce? Fut-elle blessée en quelque manière par le préteur ? ou tout simplement l'affaire ne s'arrangea-t-elle pas à son gré avec ce dernier, et la courtisane prit-elle soin de persuader à Properce que l'amour était là cause d'une décision amenée en réalité par un débat d'intérêts?
Dans l'élégie 1), le poète redevient sombre; son langage n'est pas celui d'un homme heureux (v. 7 et 8, 30, 34).
I. Voy. plus loin, pour les conjectures faites à ce sujet, p. "214 et 242.
231 ÉTUDES SUR PIIOPERCE.
D'après rélégie 10, où il chante les amours d'un ami dans des vers aussi gracieux et plus brûlants que des vers d'Ovide, il semble que Cynthie était déjà partie pour Baïes où va la trouver la onzième élégie.
Élégie il. Properce n'ignore pas que Cynthie n'est point allée à Baïes pour admirer le promontoire de Misène ou pour rechercher les traces d'Hercule sur le rivage consacré. Les villes d'eaux étaient dans ce temps-là ce qu'elles sont aujourd'hui, et Cynthie, sans aucun doute, s'y livrait à des parties de plaisir et à des amours lucratives.
Les élégies 1^ et 13 font, d'une manière trop évidente, suite à l'élégie 11 pour ne pas nous confirmer dans l'idée que Properce a conservé généralement l'ordre chronologique et a voulu mettre sous nos yeux l'histoire des variations de son amour. Le malheur prévu (él. 41, V. 7 sqq.) est arrivé : Properce est trahi (él. i2, v. 7, 11 et 12; él. 13, v. 1 sqq.).
Dans l'élégie 14 le poète a retrouvé le bonheur; Vénus apaisée lui est redevenue favorable (v. 23 et 24). Sans doute Cynthie, à son retour à Piome, avait, en attendant mieux, renoué avec lui des relations qui ne devaient pas tarder à se rompre de nouveau. Il est probable qu'à la suite de quelque éclat Properce se décida, pressé par ses amis, à quitter Rome.
Élégie 15. Au moment de ce départ, probablement au printemps de 28/726, soit qu'il ait voulu revoir sa maîtresse pour lui dire adieu, soit qu'il l'ait rencontrée par hasard, il la vit dans le luxe et la joie, tout entière au désir de plaire à d'autres yeux que les siens. Il partit furieux et navré.
Que vient faire ici l'élégie 16 ? Les plaintes de la porte jadis glorieuse, mais devenue la porte infâme d'une
proslituée, ne sont-elles qu'un lieu commun sur lequel le poète s'est exercé ? Ou bien la pièce lui a-t-elle été inspirée d'abord par Cynthie, et ce thème, familier aux élégiaques, a-l-il entraîné le poète à des développements sans précision, puisa un remaniement qui aurait changé le caractère primitif du poème? Je serais porté à croire que cette pièce fait allusion à toute autre qu'à Cynthie et qu'elle est une des premières en date parmi les Élégies de Properce ; probablement elle est antérieure à sa liaison avec Cynthie. Presque toutes les élégies du premier livre appartenant à Cynthie^ Properce dut éprouver quelque embarras pour placer celle-ci : la rejetterait-il vers la fin, comme la pièce sur llylas ? Il préféra, trouvant qu'elle s'appliquait en somme à ses amours avec Cynthie, l'offrir au lecteur dans un endroit du livre où il se plaignait de sa maîtresse et qui correspondait à une phase de leur liaison où la porte lui avait été refusée. Yoilà comment cette élégie est venue prendre place entre l'élégie 15, où le poète annonce son départ, et l'élégie 17, où nous le retrouvons en voyage, ce départ ayant été déterminé par les refus de Cynthie. L'élégie 18 nous montre Properce retiré à la campagne, aimant de loin Cynthie et non encore rentré dans ses bonnes grâces; l'élégie 19, tout à fait sombre et désespérée, est sans doute écrite des mêmes lieux.
Les élégies 20, 21 et 22 n'ont plus trait à Cynthie. Je croirais volontiers que l'élégie 20, composition mythologique, doit être une des premières écrites par Propercc; l'élégie 22, qui est une sorte de signature, doit au contraire être une des dernières en date du pre-