‹ Études critiques sur Properce et ses élégiesChapitre 158 sur 200 · Mimnerme florissail de 030 à 600 avant J.-C · texte numérisé non relu

Mimnerme florissail de 030 à 600 avant J.-C

table élégie, quitte à procéder fort peu de lui et de son œuvre. Mimnerme, pour les élégiaques romains, ce n'était guère qu'un nom, et même un nom à invoquer alors seulement qu'on était en veine d'archaïsme.

Voyons maintenant si les fragments, qui nous sont parvenus en trop petit nombre et dans un triste état de mutilation, confirment ou contredisent cette manière de voir. Bernhardy a traduit assez exactement l'impression qui ressort d'une telle lecture : « On trouve chez Mimnerme, dit-il, les plaintes molles du désir et des sentiments déçus. 11 ouvrit à ses successeurs une large voie pour l'expression d'une conception mélancolique de la vie dans les circonstances, fréquentes depuis Alexandre le Grand, de tranquillité et de solitude occupée par Térudition. Il célèbre la vie de jouissances des Ioniens ; il désire tous les biens et tous les plaisirs de la vie; il souhaite qu'ils ne soient troublés par aucun malheur et qu'ils se prolongent jusqu'à la limite extrême, jusqu'à la mort. C'est pourquoi il déplore la fuite des heures heureuses dont la beauté nous est si parcimonieusement mesurée, la rapidité fragile de la destinée humaine et les afflictions de la vieillesse abandonnée et sans grâce. Cette mélancolie reçoit un charme tout particulier du ton agréable et de l'éclat de l'exécution *. »

Ce sont là sans doute des traits que l'on retrouve dans l'élégie latine : mais, seulement épars, ils n'en constituent pas la physionomie entière. Gruppe remarque avec \ justesse que TibuUe, qui se complaît à ces lamentations .' i

1. Bernhardy, Grundr. lier Grieclt. Litler. 3 Bearb., 2 Theil, I Ablli., 2 Abdr. Halle, 1877, § 103, 1, p. 437 (505) sqq. —Je demande pardon de ce luxe d'indications : il ne faut guère moins pour se retrouver dans le livre de Bcniliardy, où tout est obscur, jusqu'à l'index.

d'un caractère général sur la brièveté des belles heures et sur la rapide approche de la vieillesse et de la mort, ne leur accorde cependant qu'un rôle secondaire : il les emploie en quelque sorte comme « assaisonnements * »; elles entrent dans la composition de l'élégie, mais elles n'en sont qu'une faible partie : le fonds est bien autrement précis et individuel. On objectera que Mimnerme a, lui aussi, célébré une maîtresse dont le nom est connu; comme Antimaque pour Lydé ou Philétas pour Battis, comme plus tard Properce pour Cynthie, Mimnerme n'a-t-il pas chanté pour Nanno? C'était une joueuse de llûte qu'il aima sans réussir à lui plaire ; il est certain qu'elle lui inspira des vers. Les citations d'Athénée

Mipcpfjioç £v Navvot, de Strabon M{p£p[i.oç év T?j Navvot,

de Stobée 'Ex Mipé,o{xou Navvouç,- ne laissent planer aucun doute, non plus que les vers que lui consacre Hermésianax de Colophon dans le long fragment si heureusement sauvé par Athénée :

Mt{Av£p[AOç bï, Tov r^è\)v bç supSTo TToXXôv àvaiXài; 35

•/Îj(ov xal (j.aXa/ou 7rv£U[jt.' olizo 'î:£VTa[jLéTpou,

xatSTO [Jiàv Navvouç, iroXi^i S'ettI iroXXà/i Xwtôj x.ri\f.tù^z\ç ){bi[LO\)ç aicïyz auvc'^avùctv •

T:X-/jj(G£lç â', 'Ep(;.66Lov xôv à£i [3apùv ouôè ^I>£p£/vXyjv

é)(6pôv [Aiar^aaç, toï' àv£7r£[Jt.c|^£v éV/j ^. 40

(( Mimnerme qui, ayant beaucoup soull'ert, trouva de doux accords dans le souftïe du pentamètre languissant,

1. 0- Gruppc, Die rum. Eleg., t. I, p. 397 : « Es sind (les fragments de Mimnerme) allgemeine Klagen uber den Verlust der Jugend, wie vir aie, als Ingrediens eingemischt, noch hei Tibull iriederfinden. »

2. Je cite ces vers très mutilés d'après le texte de N. Bach, non d'après le premier texte qu'il donna en 1820 dans Iji préface (p. 20) de son édition de Mimnerme, mais d'après le second, p. 136-142 de ses Philetce Coi, Ilermesianaclis Coloplionii. alque Phanoclis reliquiœ (IJalift Saxonum,

Mimnerme brûla pour Nanno ; souvent, avec la mentonnière et la flûte de brillant lotus, il vint prendre part aux banquets. Frappé au cœur, sans daigner haïr Hermobios, toujours méchant, ni l'odieux Phérédès, il chanta ces tendres vers. »

On a conclu de tous ces renseignements que Mimnerme avait donné pour titre à son recueil d'élégies, formé de deux livres, le nom de Nanno. C'est l'opinion de Bernhardy* et celle de M. Couat"-. N. Bach y apportait plus de réserve : il croyait à l'existence du titre, mais admettait qu'il pouvait bien être le fait des grammairiens alexandrins, non du poète lui-même. D'ailleurs, il faisait rentrer dans Nanno le poème sur la lutte de Smyrne contre Gygès et les Lydiens, de sorte que, d'après lui, ce recueil aurait compris tous les vers élégiaques laissés par Mimnerme '\

Je soupçonne, avec Gruppe^ qu'en attribuant au poète le titre de Nanno, on commet une méprise reposant sur un anachronisme. Antimaque put bien inscrire en tête de ses élégies le nom de Lydé, llermésianax en tête des siennes celui de Léontium ; mais Mimnerme n'était point le contemporain d'Antimaque ni d'Hermésianax.

1829) ; sauf au vers 39 où j'écris o'joI, non r,ùi. D'après M. Couat {la Poésie alexandrine, p. 88, note 1), ce serait Welcker qui aurait remplacé rfii, leçon de Bergk, par oùoé ; mais N. Bach (Philetœ Coi, etc., p. 143 en note) dit que oOoé est la leçon des manuscrits; ce serait Casaubon qui aurait introduit rfii. — M. H. Kynaston, Extracls from the Greek Elegiak Poets {MacmiUans elementanj classics), London, 1880, adopte au vers 38 o'jvc;av'jwv, variante de Sclnvcighauser, — M. Couat a donné une traduction intéressante, avec des notes, du fragment tout entier d'Hermésianax, p. 85-90, ouvr. cit.

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