‹ Études critiques sur Properce et ses élégiesChapitre 178 sur 200 · Voy. IV · texte numérisé non relu

Voy. IV

2. M. Nageotte {Ovide, sa vie et ses œuvres, Mâcon, 1872, p. 29) découvre chez Properce, contre le mariage, « des préjugés libertins que n'avait point Ovide ». Cependant Ovide n'a parlé même de sa dernière femme, ne s'est adressé à elle dans ses vers, que sur un ton d'estime et d'amitié, jamais avec amour ni véritable tendresse. Properce au contraire se montre, en maint passage de ses œuvres, préoccupé du mariage; il en célèbre la dignité dans la 11^ élégie du IV' livre, la tendresse dans la 12'' du IIP livre. Il déclare que l'amour conjugal est de tous les amours le plus grand (IV, 3, 4'9-50, Omnis amor magnus, sed aperto in conjuge major : liane Venus, ut vivat, ventilât ipsa facem) ; il souhaite à son ami TuUus un prompt et heureux hymen (III, 22, 41-'i2 . . . hic ampla nepotum Spes et venturœ conjugis aptus amor). M. Nageotte s'appuie, pour soutenir son opinion, sur la 7" élégie du II' livre où Properce se réjouit avec Cynthie de Tabrogation de la loi Julia : il est tout simple que Properce, aimant une femme qu'il ne pouvait épouser, désirât ne pas se marier; cela ne prouve nullement qu'il oùt des préjugés libertins contre le mariage.

:{. Properce, c'est M. Postgatc <pii le premier l'a signalé, parait avoir HLESSIS. \\)

mélange étroit de passion et d'art; on a tellement contesté la sincérité de son affection pour Gynthie que j'ai voulu consacrer un peu plus loin un paragraphe spécial à l'étude de cette question ; mais ici même, en ne se plaçant qu'au point de vue littéraire, il est permis de signaler dans son œuvre un grand nombre de vers ou d'élégies dans lesquelles la passion parle le langage le plus ardent. Telle est cette belle élégie 15 du livre II qui, légère et trop uniquement sensuelle au début, s'élève peu à peu et se termine par de graves pensées :

Errat qui finem vesani quaerit amoris : Verus amor nullum novit habere modum.

Tu modo, dum lucet, fructum ne desere vilœ .

Omnia si dederis oscula, pauca dabis.

Ac veluti folia arentes liquere coroUas

Quaj passim calathis strata natare vides, Sic nobis, qui nunc magnum spiramus amantes,

Forsitan includet crastina fata dies ^

L'image des fleurs qui se flétrissent est présentée avec !j un charme digne de Tibulle; le sage Horace n'eût J point désavoué les deux derniers vers, et le pentamètre Omnia si dederis oscula, pauca dahis peut être rapproché avec avantage des vers célèbres de Catulle : Da mi hasia mille, deinde centum^\ On commettrait en effet I une injusiice à l'égard de Properce si on le considérait comme entièrement dépourvu des qualités qui, pour être plus sensibles chez ses rivaux, ne sont pas toujours ab-

beaucoup aimé sa mère; il parle d'elle à plusieurs reprises et fait un usage (réquent des mots mater et matermis. Voy. Postgate : Select. El. of Prop., ?. 23, note 2. 1. Voy. II, 15, 29-30 et 49-51. — Sainte-Beuve aimait et citait volon-

tiers cette élégie.

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