MV AVANT-PROPOS
bon, en philologie comme en toute chose, de déblayer par moment le terrain trop encombré.
Après une biographie qui devait naturellement être courte, la plupart des questions qu'elle soulève étant traitées, chacune à part et à fond, dans les études précédentes, je présente des considérations sur le caractère et l'histoire de l'élégie. Je m'applique à montrer qu'on a tort de confondre l'élégie avec le mètre élégiaque; on s'arrête ainsi à des rapprochements superficiels, on en méconnaît de réels, et l'on donne pour les prédécesseurs deS élégiaques latins d'anciens poètes grecs, qui n'ont avec eux aucune espèce de parenté sérieuse. L'élégie ne commence qu'avec les Alexandrins; encore n'est-elle bien elle-même qu'entre les mains des élégiaques latins. Il faut faire à chacun sa part; celle de Rome est la plus belle.
En comparant Properce avec Ovide et Tibulle, j'ai tâché de faire voir qu'il doit marcher au moins de pair avec eux; je me suis efforcé d'exphquer ses qualités et ses défauts par des considérations littéraires ou morales. J'ai recherché pour quel motif il est si peu apprécié par une partie de la critique, pourquoi l'on ne rend pas une justice suffisante à la force et à l'élévation de sa pensée, à la sincérité de ses sentiments, à son talent de style et à la beauté remarquable de sa versification. Enfin j'ai tenté de déterminer le caractère de sa passion pour Gynthie,
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passion dont quelques-uns contestent bien à tort la profondeur, ou même la réalité.
Je me suis astreint, toutes les fois que j'ai fait une citation, à établir moi-même le texte et à en donner la traduction d'après une méthode d'exactitude telle qu'on la pratique à l'étranger plutôt qu'en France ^ De plus, j'ai joint à cette série .d'Études le texte, accompagné de notes critiques, de trois élégies qui m'ont paru donner une idée heureuse et juste du talent de Properce, la dernière surtout.
Malgré le peu de goût que j'éprouve pour les conjectures, je me suis permis d'en introduire quatre dans cette élégie (IV, li), toutes quatre dans des passages notoirement corrompus. Au vers 53, en rapprochant d'uneleçonimportantedel'Ottoboniano- Vaticanus un passage de Valère Maxime, j'espère avoir restitué le véritable texte. La leçon que je propose au vers 21 paraîtra peut-être bien hardie : je ne la crois pas cependant invraisemblable. Quant au vers 30 et au vers 40, je crains qu'on ne puisse jamais en connaître la forme originelle: j'ai tâché,
1. Dans rétude littéraire, on ne trouvera, au-dessous des citations, ni notes critiques, ni traduction. Les notes critiques auraient produit un effet désagréable à la lecture ; cela ne m'a pas empêché d'établir moimême mou texte, mais je n'ai donné que le résultat. Quant à la traduction, je l'ai supprimée par une raison analogue : je traduis les textes dans la partie critif|ue de mon livre, parce que j'appuie sur eux mon argumentation, et qu'il importe par conséquent de faire savoir dans quel sens j'interprète rigoureusement les passages cités. Ce n'est donc jamais au point de vue littéraire (pie j'ai traduit; ces études ne s'adressent qu'aux personnes qui savent le latin, et c'est dans le texte qu'elles doivent lire Properce.