II. — MUR ET, CANTER
Celle de Muret *(in-8% Venise, Paul Aide Manuce, 1558, 2'édit., Lyon, 1559) marque un véritable progrès. Moins préoccupé que ses devanciers de remanier le texte en y introduisant de nouvelles leçons. Muret s'attacha plutôt àéclaircir le sens, notamment dans les passages mythologiques. 11 apporta dans ce travail de l'élégance, du savoir, du jugement. Son édition néanmoins n'échappe pas
1 . Cat., Tib.fProp. Voici le titro exact : Catullus et in eum commentaritm ^My Antonii Mureii. ah eodem corredi, et scholiis illuslrati, Ttbullus, et l'ropertius.
à la critique. Voici comment elle est disposée : Catulle, Tibulle et Properce se suivent, mais avec une pagination séparée ; après chaque pièce de Catulle vient un commentaire ; il n'en est pas de même pour Tibulle et pour Properce : le texte tout entier de chacun de ces poètes, se développant et s'achevant sans interruption, est suivi de scholies. Les pages sont numérotées comme les leuillets d'un manuscrit : les scholies sur Properce occupent dixhuit feuillets (36 pages). Muret, comme il nous l'apprend lui-même à la fin de ces scholies ', n'avait pas eu le temps d'écrire pour Tibulle et pour Properce des commentaires analogues à celui de Catulle ; il se proposait de le faire un jour, s*il en trouvait le loisir; telles quelles, il publiait ses premières notes. Dans ces conditions, l'on aurait mauvaise grâce à lui reprocher l'insuffisance de son travail ou la disproportion de certaines notes par rapport à l'ensemble. Ainsi les deux feuillets et demi (5 pages), consacrés à l'histoire d'Atalante et de Milanion, ne sont pas un hors-d'œuvre ; ils témoignent de l'intérêt qu'eût offert tout le commentaire, si l'auteur avait pu l'écrire. Mais il est permis de trouver au moins inutiles d'autres notes qui ne sont que des paraphrases ou des arguments : par exemple I, 13, 1 Tu quod sœpe soles nostro lœtabere casUy Muret explique : « Lœtaheris, inquit (Properliiis), etquodam modo insultabis rnihi, quod dislractus a Cynthia, amores amplius non exerceam '^ î> . Alors que les Élégies de Properce présentent tant de difiicultés sérieuses, ce n'était point la peine de s'attarder à de pareils développements sur un point clair comme le jour. Il y a
i. Muret, In Prop. schol, f 03^ in fine et 93 b.
2. La même observation s'applique aux notes relatives à II, H; III, 1, et à d'autres encore.
donc, dans les scholies de Muret, une tendance fâcheuse à ramplilicalion littéraire, trop de complaisance pour la rhétorique. Mais on ne doit pas perdre de vue que l'œuvre est inachevée; on doit surtout louer Muret de s'être consacré à un travail d'interprétation et de renseignements qui était urgent à cette époque et qui suppose beaucoup de science ; il eût pu, comme tant d'autres, céder au charme des conjectures brillantes ; il eût pu, aussi facilement que personne, remplacer les vers des élégiaques romains par des vers sortis de son imagination ; il a sagement fait de préférer un rôle plus modeste et plus utile*.
L'édition de Guillaume Ganter (in-12), qui parut en 1569 à Anvers, chez Plantin, est une des meilleures parmi celles qui suivirent. Dans la marge se lisent des variantes, des leçons nouvelles proposées par Ganter, des renvois, des notes explicatives très brèves. A cette édition de Properce sont jointes les poésies de Catulle, de Tibulle et de Gallus, publiées par d'autres savants: il y a une seule pagination pour ces trois poètes, puis un titre nouveau et une pagination nouvelle pour Properce. Heyne'- en conclut que Gatulle, Tibulle et Gallus d'une part. Properce de l'autre, ont été publiés séparément. Cependant mon exemplaire porte^ en titre : CaluUus,
1. Dans le commentaire sur Catulle, f° 6, Muret raille spirituellement ceux qui refont les vers des anciens sous couleur de les rétablir. Sannazar, dans une épigranime aimable, disait à Jovien Pontano que Catulle, s'il revenait au jour, préférerait aux vers qu'il avait écrits jadis ceux que lui attribuaient les corrections de Pontano : « Sannazar, dit Muret, parle en ami et avec grâce ; mais Catulle, je pense, préférerait certainement ses propres vers. « Cette épigramme de Sannazar est la treizième du livre I dans ses Poésies complètes (édition de Volpi).
2. Voy. Tibulle, édit. Golbéry (coUect. Lemaire). De Tib, codtc. et edit.y p. 76.
U ÉTUDES SUR.PRÔPERCE.
TibulluSy Propertius, et la différence de pagination ne prouve rien ^