‹ Études critiques sur Properce et ses élégiesChapitre 33 sur 200 · III. — SCALIGER.— ÉDITIONS DE LA FIN DU SEIZIÈME · texte numérisé non relu

III. — SCALIGER.— ÉDITIONS DE LA FIN DU SEIZIÈME

SIÈCL E.

L'année 1577 marque une date importante dans les vicissitudes subies par le texte de Properce : c'est Tannée où fut mise au jour l'audacieuse édition de Joseph Scaliger, féconde en résultats presque tous détestables. Elle devint le point de départ d'une famille d'éditions qui, pendant deux siècles et demi, subsista parallèlement au texte de la vulgate. Le livre de Scaliger (in-8% Paris, chez Pâtisson) contient une préface, deux pièces de vers en l'honneur de l'auteur, l'une de Dorât, l'autre de Florent Chrétien, les poésies de Catulle, de Tibulle et de Properce, puis avec un titre et une pagination différente, des Castigationes sur les trois poètes ; à la suite, un Index rerum et verhorum pour les Casligaliones ; enfin le privilège du roi. Dès le titre, on se trouve arrêté par un détail qui a frappé Paldam et Hertzberg :

Catulli, Tibulli, Propertl nota ed'dio. Josepiius Scaliger, Jul. Ctesaris F. recensait. Ejusdem in eosdeni casligalionum liber. Ad Cl. Puteanum Consiliarium Piegium in suprema Guria Parisiensi. Lutetiœ, apud Mamertum Palissonium, in officina Rob. Slephani, 1577. Cum privilégie Régis -.

1. Le catalogue de rédition bipontine fait mention d'un Cat., Tib., Prop, (le Ganter qui aurait paru à Anvers en 1560.

2. Et non Regio, comme récrit Hertzberg, qui dans ces petites choses a le génie de Tinexactitude.

Les mots nova editio pourraient faire croire qu'il s*agit d'une seconde édition ; il n'en est rien : c'est bien la première édition de Scaliger ^ ; mais il la qualifie de a nouvelle » parce qu'il a refondu le texte de ses auteurs et qu'il a donné à leurs œuvres un aspect tout à fait nouveau-. Ici, bien entendu, je ne m'occuperai que de Properce.

Ce qui caractérise l'édition de Scaliger, ce sont les transpositions. Ilertzberg^ parle de « l'autorité des manuscrits tant de fois restituée » ; sans doute Scaliger l'a restituée quelquefois : mais il ne faut pas oublier qu'il n'avait sous les yeux, comme il nous l'apprend lui-même*, qu'un seul manuscrit, le Gujacianus, Perusinus de M. Palmer (p). J'ai dit plus haut^ que ce manuscrit ne mérite aucune estime. En fait, le texte de Properce, dans l'édition de Scaliger, découle de celui des Aldines '', par l'intermédiaire de l'édition parisienne de Simon de Golines '. En quelques endroits, Scaliger introduit dans le texte ou propose dans les Castigationes des leçons parfois ingé-

1. 2^ édition, Anvers, 1582, augmentée des commentaires de Muret. 3» Heidelberg, 1600. 4« Lyon, 1607. 5« Lyon, 1622.

2. P. 3 de sa Préface, Scaliger prend Dieu à témoin qu'il n'a pas mis un mois entier à préparer cette édition de Catulle, Tibulle et Properce. Au premier abord, on crie à Tinvraisemblance; M. Francken {De Tibullo act. Acad. Amstel. Utterarior., a. 1866) a montré que cela était possible sans être merveilleux. Il paraît que Scaliger avait déjà fait ses corrections de texte et toutes ses transpositions, sauf une, sur un exemplaire de l'édition parue à Anvers en 1569, chez Planlin, de sorte qu'au dernier moment il n'a eu qu'à fixer un travail déjà prêt (voy. L. Millier, Tib. libri qualt., Prœf., p. A). En disant que c'est l'œuvre de moins d'un mois, il ne ment pas, si l'on veut, mais il trompe.

Page 1