‹ Études critiques sur Properce et ses élégiesChapitre 72 sur 200 · Furstenau, outT. cité, p · texte numérisé non relu

Furstenau, outT. cité, p

2. Werlzh., Pr op. El. T. I, Quœst. ,i>.2li: a Paldamus autem {de Eroticc. ltonim.,\K 71) nescio quu modo Scaliyeri verbi nihil certi hic affirmantis {Casligy. in Prop., p. 192j in suum usum conversis Propertium id solum velle ait, ut tantum sibi temporis reslet, quo possit très libros componere. ^

livre*. » Laissons de côté l'erreur de Paldam relative à Scaliger, signalée plus haut : y a-t-il dans celte phrase autre chose que l'opinion de Beroaldo et de Passerai? à savoir que Properce avait le désir et l'intention de porter à trois le nombre de ses livres sur Cynthie ?

Celte opinion esl de toutes la plus sensée et la plus vraisemblable. M. Faltin l'a, mieux que personne, mise en lumière : a Comment ces mots {sat mea, sat magna est, elc.) peuvenl-ils être interprétés en ce sens que, lors de leur composition ou de leur publication, deux livres déjà dussent exister? Je n'y vois rien de plus que le désir de porter à trois le nombre de ses livres de poésies"-. » Il faut ajouter que le tour essentiellement conditionnel : si très sint libelll, donne raison à M. Faltin. Les partisans de la division en cinq livres citenl ce passage comme s'il voulait dire : « Ce m'est un assez beau cortège d'avoir trois livres d'Élégies », etc. Mais ce n'est pas ce qu'a dit le poète ; il a dit : <( Ce m'est un assez beau cortège si j'ai trois livres », etc. Il y a là un désir et un doute. J'observe enfin que rien n'est plus naturel chez Properce que ce désir dans sa précision artistique ; rien n'est plus conforme à la nature de son esprit, qui dut être prévoyant et calculateur.

A côté de cette explication, il y en a une autre admissible, ou toul au moins assez curieuse pour mériter que Ton s'y arrête. C'est M. Piichard Voigt qui nous la fournit dans un

\. Paldam, Rômische Erotik, p. 71 : « Ich denke, dass Scaliger am einfachsten und riclitigsten, iind iihnlicii vor ihm schon Beroald, dicsc Stelle so erklart, der Dichler wiinsche nocli eins zu voUenden. » Et Prop. Carm., Prœf., p. 24 : « Quid igitur mirum, si poêla, in componendo II Ubro occupatus, imiun tantum perfectionem petit? »

2. Prof. Dr. Faltin, Zur Properzkrilik, Eisenber?, 187(5, p. 19.

développement très net '.Je regrette seulement queM.Yoigt n*ait pas jugé à propos de nommer G.F-.-A. Nobbe et d'indiquer, fût-ce en passant, la brochure, aujourd'hui bien oubliée, que Nobbe publia à Leipzig en 1818, Observationitm in Propertii carmina spécimen. Que M. Voigt ait corrigé et renouvelé l'argumentation de Nobbe, qu'il l'ait présentée d'une manière plus large et plus heureuse, cela n'empêche pas qu'elle n'appartienne en partie à Nobbe, et il eût peut-être été bien de ne pas le laisser ignorer.

En tout cas, voici comment M. Voigt présente la question.

Très libelli ne veut pas dire « trois livres ».

a) Libellus.

Brunér " avait déjà remarqué « que Properce, qui emploie cinq fois le mot libellus, ne le fait nulle part dans le sens de liber, c'est-à-dire réunion en un seul volume d'un certain nombre d'élégies; que, à coup sûr, il n'est nulle part nécessaire de lui donner ce sens, mais qu'il y a même des cas où en aucune façon il ne peut l'avoir ».

Ignosces igitur siquid tibi triste libelli Atlulerint nostri : culpa timoris erit.

Ces vers se trouvant dans le premier livre, libelli nostri ne peut pas signifier « nos livres d'élégies » ; il est hors de doute que cela veut dire « nos Elégies, nos écrits ».

1. be quarlo Prop. libro Mag. Hich. Voigtius, Helsinforsiae, 1872,

'2. Blunér, f)e online et temporihus carmin. Catull. In Ad. soc. scient. Fennicœ, l. VII, p. G03.

lOG ÉTUDES SUR PROPERCE. A

Forlunala meo siqua est celebrata libella f Carmina erunt forinoe tôt monumenta luœ.

Dans le pentamèti^e, Properce dit : « Mes chants, mes élégies seront autant de monuments de ta beauté » ; autrement : (( Chacune de mes élégies suffira pour lalre connaître ta beauté. » L'hexamètre ne peut donc rien signifier autre chose que : « Heureuse celle qui a été célébrée dans une pièce écrite par moi ! » et non a dans un livre. »

Voilà deux cas où il est impossible de donner à libellus le sens de « livre ». — En voici deux autres où cela paraît difficile :

I quoeso et tristis istos compone libellas Et cane quod quœvis nosse puelia velit.

Ista meis Ciei notissima forma libellis, Calve tua venia, pace Catulle tua.

Enfin le cinquième vers dans lequel Pi^operce emploie le mot libellus est précisément celui qui nous occupe : sat meay sat magna est...

Quand il a voulu dire 4 livres d'élégies », il a choisi le mot liber :

11,3,4 Et turpis de te jam liber alter erit.

Tu loqueris cum sis jam noto fabula libro^.

1. Ce vers esl-il bien de Properce? Voy. plus loin, Interpolations.

Dans deux autres endroits, libéra peut-être le sens de libellus^ :

11,1,2 Unde meus veniat mollis in ora liber.

IV, 7, 50 Longa mea in libris régna fuere luis.

Ainsi, dans la langue de Properce, si liber peut prendre le sens de libellus, les quatre citations précédentes montrent que la réciproque n'est pas vraie".

b) Très.

L'usage du nombre ternaire est le même chez Properce que chez la plupart des écrivains latins. Ce nombre s'emploie de trois manières :

1" Pour indiquer que les objels désignés sont en réalité au nombre de trois : Prop. II, 13, U et 40. III, 11, 35; 15, 7; 18, 23. IV, 8, 35 ; 9, 10 et 15; 10, 2 et 45.

-2° Gomme nombre sacré ^: Prop. III, 10, 4. IV, G, 30; 8, 86. Il semble que l'on doit rattacher à cette catégorie III, 1, 28 Hectoraper campos ter maculasse rotas,

1. Je ne le pense pas pour ma part; je crois que liber a, dans ces deux passages, un sens tout à fait général cl ne veut dire ni pièce de vers ni livre dans le sens spécial où nous le prenons ici, mais plutôt ouvrage.

'1. Voy. en sens contraire, sur la signification du mot libellus en général, Tli. birt, Das aniike Duchwesen, Berlin, iSiîil, p. 2â sq, et sur le cas particulier qui nous occupe, même ouvrage, p. AîlO, à la note. M. Birt croit que libellus veut dire livre, un livre de poèmes; cependant il commence par établir que, dans le sens propre, ce mot désignait de petits écrits de diU'érenls genres : une demande en justice, une supplique, une publication par voie d'affiche ou de distribution. Logiquement on doit en conclure, à rencontre de M. Birt, qu'il pouvait désigner une pièce de vers, répandue dans le public ou communiquée à la personne qu'elle concernait. Je persiste à croire qu'au moins dans l'interprétation des passages de l'roperce, c'est M. Voigt qui a raison.

;{. C'est celte signification que M. Cari Brandi [Quœst. Prop. y p. ti) attribue à Ires dans notre vers.

.i" Pour dire « un petit nombre, quelques, plusieurs » :

I, 10, 13 lias milii ter gravibus cogor deflere querellis.

II, 23, 22 Noctibus his vacui ter facianms iter.

III, 7, 6 Obruis insano terque qitaterque mari.

III, 12, 15 Ter quater in casta felix o Posluine Galla.

IV, 6, 75 Terque lavet nosU'as spica cilissa comas. IV, 10, 26 Nomenluin et caplae jugera terna Gorae.

D'après ces exemples, pourquoi le distique sa^ mea,sat magna est, ne voudrait-il pas dire : a Ce m'est assez, ce m'est un assez beau cortège, si j'ai quelques élégies que je puisse offrir, don précieux, à Perséphone. »

Telle est l'argumentation de M. Voigt. Je la trouve acceptable; mais celle de Beroaldo, de Passerai, de Paldam et de M. Faltin me paraît, somme toute, plus naturelle et plus juste : c'est elle que j'adopte.

Troisième argument. L'élégie II, 10 ne peut être placée qu'en tête d'un livre dédié à Auguste; avec elle, par conséquent, il convient de commencer un nouveau livre.

La nécessité de placer cette élégie en tète d'un livre dédié à Auguste n'avait encore frappé personne ; mais il. fallait bien que Lachmann trouvât où opérer la division qu'il avait imaginée. Or, non seulement il n'y a pas nécessité que cette élégie commence le livre en tête duquel Lachmann l'a placée : bien plus, il y a absurdité, impossibilité. « Lachmann, écrit Gruppe ^ n'a pas remarqué qu'une élégie, dont le développement est d'une manière évidente tout militaire, ne pouvait servir de prélude à un

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