‹ Études critiques sur Properce et ses élégies: ouvrage contenant le fac-similé de six feuilles duChapitre 14 sur 192 · Voy. planche · texte numérisé non relu

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2. J e m'empresse de dire que M . L. Miiller propose son opi nion aventureuse dans un langage prudent et mo^deste : « Hancequidemnon quasi de tripode ffiro sententiam, sed ajo esse conjecturarriy quam tamen sinon ver am cette haud ineptam visum iri spero, siquis aliquando majore quam nos libro^ rum peritia instructus denuo examinarit codicem. » Je n'ai pas la préten* tion d*être Tobservateur mieux préparé dont parle M. L. Miiller ; je n*ai nulle envie de trouver son hypothèse absurde, inepta ; mais elle m*a paru fausse, et J*espère avoir démontré qu'elle l'est en effet.

M. Bœhrcns ^ a eu le Neapolitanus entre les mains ; il Ta examiné altenlivement, et après réflexion il ne doule pas que ce manuscrit ne soit postérieur à Tannée 1430. Cependant il rejette Thypothèse de M. Lucien MûUer, rimitation voulue par un copiste ; d'un autre côté, il a déjà une trop grande expérience paléographique pour nier que l'écriture de tout le manuscrit et l'aspect des initiales ne répugnent à une attribution de date aussi récente. 11 reconnaît que le Neapolitanus parait tout d'abord antérieur au quinzième siècle; il remarque lui-même, au sujet des initiales, qu'elles ne sont point dorées comme il était d'usage à Florence à cette époque. Mais il affirme, en passant, que des lettres de forme récente s'y rencontrent souvent et trahissent une origine plus rapprochée. Il ne nous dit pas (pielles sont ces lettres : je le regrette pour ma part, n'ayant pu arriver à les découvrir. Il ne nous dit pas davantage en quoi l'aspect général du Neapolitanus lui a rappelé certains manuscrits copiés dans le sud de l'Italie et quels sont ces manuscrits. Mais le nom de Manetti ne se lit-il pas sur la dernière page, à point pour trancher tous les doutes? Nous avons vu quelle conclusion en tire M. Bœhrens : Jannottio Manètti est mort à Naples en 4459 ; il possédait le Neapolitanus; pourquoi ce manuscrit ne serait-il pas originaire de Naples ? On peut retourner la question et demander pourquoi il en serait originaire. Le fait que Manetti Tait possédé prouve simplement qu'il a séjourné à Naples ; on le savait déjà puisque Nicolas Heinsius l'y avait vu. Mais on n'est en droit d'en conclure ni qu'il ait été copié par les ordres de Manetti, ni même qu'il ait été copié à Naples. M. Baelirens n'y re-

1. Voyez pour tout ce qui suit, Bœbrens, Prop. Eleg,, Prolegom*, p. 8.

garde pas de si près : pour lui, le Neapolitanus a été exécuté dans cette ville du vivant de Manetti ; et si, rédigé en plein quinzième siècle, il offre les caractères d'une époque bien antérieure, c'est que dans Tltalie méridionale, on était en retard pour les formes de l'écriture et pour Tornementalion des manuscrits. En retard de plus de deux siècles ? M. Bsehrens en est-il bien sûr ? Après 1430, écrivait-on à Naples comme on avait écrit ailleurs de 1190 à 1220? Sans doute, on pouvait imiter une écriture ancienne ; mais c'est là l'hypothèse de M. Lucien Mùller, nous savons que M. Baehren s T écarte. D'ailleurs, quand même on admettrait la règle paléographique proposée par ce dernier, quand même il se trouverait des manuscrits datés, écrits à Naples au quinzième siècle et ressemblant au Neapolitanus, il resterait à prouver que ce dernier est, lui aussi, originaire de cette ville ; le fait qu'il y a séjourné ne constitue pas, je le répète, une preuve suffisante.

La critique contemporaine est vraiment ingénieuse : lorsque Lachmann trouvait au Neapolitanus les caractères d'un manuscrit du treizième siècle, lorsque Henri Keil lui trouvait l'aspect d'un manuscrit du douzième, le premier l'attribuait au treizième siècle, le second au douzième . On a changé ces habitudes naïves, et voici comment l'on raisonne aujourd'hui : « Le Neapolitanus offre les caractères d'un manuscrit copié au treizième ou au douzième siècle; donc il n'appartient pas à cette époque ; à quelle autre pourrions-nous l'attribuer ? et comment faire, par exemple, pour montrer qu'il n'est que du quatorzième ou du quinzième siècle ?» M. Baehrens s'engage dans celte voie avec la hardiesse qui lui est familière ; mais, il ne faut pas l'oublier, c'est M. Lucien Millier qui, malgré ses

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scrupules, a frayé le chemin ; M. Baehrens ne fait que suivre. Le résultat de cette singulière idée est déplorable ; aujourd'hui, en Allemagne, les adversaires de MM. Millier et Baehrens se bornent à revendiquer le Neapolilanus pour le quatorzième siècle sans oser remonter au delà ; en Angleterre, M. Arthur Palmer, qui vient de publier une très estimable édition de Properce et qui a examiné le Neapolitanus à Wolfenbùttel en 4878, cite seulement les opinions divergentes de Lachmann et de M. Lucien Millier et ne prend point parti. Je ne l'imiterai pas, et je n'hésite point à donner raison à Lachmann et surtout à Reil, en affirmant que le Neapolitanus a été écrit soit à la fin du douzième siècle, soit au commencement du treizième*.

III. — OTTOBONIANO - VATICANUS, DAVENTRI ENSIS LAURENTIANUS, VOSSIANUS, GRONINGANUS, HAM- BURGENSIS.

L'Ottoboniano-Vaticanus se trouve à Rome,bibliothèque du Vatican^ n° ib\i^ fonds Ottoboni. Ce manuscrit n'avait attire l'attention de personne, lorsque M. Bciehrens, dans

1 . La bibliothèque ducale de Wolfenbùttel possède deux autres manuscrits de Properce. Le premier (n" 338 Helmstad.) mesure 280 millimètres de hauteur sur 220 de largeur ; il est écrit sûr papier et relié en parchemin, avec des tranches rouges; il se compose de cent trente-neuf feuillets ; les Élégies de Properce vont du folio 9 au folio 75, les livres sont sépares, les titres coloriés en rouge. Le reste du manuscrit est occupé par des Miscellanea. Ce manuscrit a été écrit à Ferrareet il est daté de 1461. Le second (n° 65, 2, August. 12""') mesure 148 millimètres de hauteur sur 75 de largeur; il est écrit sur vélin et orné d'enluminures avec des titres dorés. Il se compose de cent soixante-dix feuillets ; il contient Catulle, Tibulle et Properce , les Élégies de Properce vont du folio 90 au folio ÎO:». Il paraît appartenir à la fin du quinzième siècle; le D' von Heynemann le croit originaire de Mantoue. Ni l'un ni l'autre de ces manuscrits n'offre d'intérêt philologique.

son édition de Properce publiée en 1880, en donna la récension et revendiqua pour lui et pour trois autres manuscrits, le Vossianus, le Laurentianus et le Daventriensis, un rang supérieur, même au Neapolilanus. M. Baîhrens, dans ses prolégomènes, décrit rOttoboniano-Vaticanus en troisième lieu par suite d'une division en familles que nous examinerons au chapitre de la Valeur comparative des manuscrits; si je le mets ici en première ligne, c'est que je me suis procuré sur ce manuscrit des renseignements personnels qui me permettent de le décrire avec plus de détail et qui infirment le jugement de M. Bœhrens quant à sa date. Il m'a été impossible de jouir du même avantage pour le Vossianus qui est à Leyde, pour le Laurentianus qui est à Florence, et pour le Daventriensis qui est à Deventer. D'autre part, l'erreur de M. Baehrens sur l'âge de l'Ottoboniano-Vaticanus m'inspirant les plus grands soupçons quant à l'exactitude de son jugement sur les dates des trois autres manuscrits, il m'a semblé que je devais justifier ces soupçons en faisant connaître d'abord le motif qui les autorise.

Voyons en quels termes M. Baehrens nous parle de l'Ottoboniano-Vaticanus* :

L'Ottoboniano-Vaticanus, nous dit-il, est écrit sur parchemin; il est de la fin du quatorzième jiècle ^ grand in-8". Il se compose de quatre-vingt-trois feuillets et ne contient que Properce. On voit sur la première page qu'il appartenait autrefois au collège des jésuites de Rome. Des savants du quinzième siècle y ont fait des corrections et des ratures, non seulement dans les marges et entre les lignes, mais aussi dans le texte même, d'une main assez

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