‹ Études d'archéologie et d'artChapitre 21 sur 54 · TEMPLE D'APOLLON D I D Y M É E N · texte numérisé non relu

TEMPLE D'APOLLON D I D Y M É E N

à, Priène et à Éphèse, est toute différente des bases ioniques d'Athènes. Celles-ci sont toutes formées d'une partie ronde (ffitsi'pa) reposant immédiatement sur le stylobate ou degré supérieur du soubassement. En Asie Mineure, au contraire, la spire est exhaussée sur un socle carré (^ivOt'c); qui en défend contre les pieds des promeneurs la délicate ornementation. La spire, à son tour, se compose de deux parties distinctes : d'abord un tore décoré de huit stries horizontales, qui, par les jeux de lumière et d'ombre qu'elles produisent, accusent davantage, en opposition avec la direction verticale du fût, la direction perpendiculaire du tore. Dans les colonnes de la rangée extérieure, celles de ces stries qui ornent la moitié supérieure du tore étaient, à Priène et sans doute aussi A Didymes, laissées engagées, et le haut du tore formait une courbe lisse; la raison en est que l'eau de pluie eût séjourné au fond des stries et eût à la longue corrodé le marbre. Audessous du tore est une double scotie divisée par un rang d'anneaux accouplés; deux autres rangs de doubles anneaux terminent en haut et en bas cette partie de la base. Les anneaux supérieurs sont à peu près à l'aplomb de la partie la plus saillante du tore, les anneaux inférieurs s'avancent bien au delà de cet aplomb; c'est donc à tort que l'on a reproché à la base de Pythios de présenter un étranglement qui inquiète l'œil et de n'avoir point la solidité nécessaire pour supporter sans peine le poids de la colonne.

Sur les cent vingt colonnes du Didyméon, la base de cent dix est ainsi faite. Mais dans les dix colonnes de la façade, ces profils sont modifiés de la manière la plus originale et la plus faite pour étonner ceux qui s'obstinent à regarder l'art grec comme asservi à des lois immuables et voué à une monotone uniformité. Ces dix bases ne portent pas seulement des moulures architecturales, mais de véritables sculptures. Chaque moitié de la façade présente cinq types différents qui se répètent symétriquement dans l'autre moitié. Les trois bases que les fouilles ont permis d'étudier semblent montrer

TEMPLE D'APOLLON DIDYMÉEN.

dans les modifications de leurs diverses parties une sorte d'alternance régulière : à une base où les changements essentiels portent sur le tore, succède une autre où ils portent sur les scoties.

Prenons pour exemple la troisième colonne de la façade, en partant de l'angle sud : c'est, dans la salle Rothschild, la plus voisine de la porte d'entrée. Ici, c'est surtout le tore dont l'aspect est changé ; il est remplacé par un bandeau cylindrique décoré de rinceaux dont la composition révèle une richesse d'imagination, un sentiment de la nature, une liberté de dessin dont l'art romain n'a jamais approché, même de loin. La scotie supérieure est creusée et agrandie ; la scotie inférieure est supprimée, et la place qu'elle occupait , jointe à celle du rang inférieur d'anneaux, est remplie par un tore puissant, largement évasé, que décorent de belles palmettes entremêlées de fleurs d'eau.

La cinquième base a presque les mêmes profils; le bandeau cylindrique substitué au tore y est seulement décoré de palmettes au lieu de rinceaux. La quatrième au contraire esl d'une forme tout autre : ici le tore est conservé; la seule différence, c'est qu'au lieu d'être strié horizontalement, il est décoré de feuilles de laurier disposées dans le sens vertical. Mais il n'y a plus de traces de scoties; la hauteur qu'elles occupaient est envahie par un tronc dodécagone dont chaque face est décorée d'un motif d'ornementation différent. L'ensemble est un peu gauche et lourd; mais quelques-uns des motifs ornementaux sont charmants d'originalité et de délicatesse (1).

(1) La partie supérieure des deux bases qu'il a été possible de rapporter était brisée en miettes. De plus , comme le bloc le plus lourd de la base pesait plus de 10 tonnes et que mes moufles ne pouvaient en soulever que trois, j'ai dû faire évider tout l'intérieur. Il en résulte que les deux bases ressemblent à de grands bassins où l'œil cherche instinctivement de Teau et des poissons rouges. Nous avons, M. Thomas et moi, vainement insisté pour que le fût des colonnes fût refait en plâtre jusqu'à 2 ou 3 pieds de hauteur. Je comprends, et pour ma part je partage l'horreur de M. Ravaisson

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Le chapiteau est un peu bas; c'est là un des caractères distinctifs, et certainement un des défauts de l'ionique d'Asie Mineure. Ce défaut est du reste beaucoup moins sensible sur le monument lui-même que sur un dessin. A 20 mètres audessus de l'œil, le peu de hauteur de l'échiné échappe au regard et est compensé par la puissante saillie des grandes oves qui en décorent le pourtour. Une grande pal mette sort de l'angle de la volute , recouvre la première de ces oves , et projette hardiment ses pétales jusque sur la seconde. La simplicité de cette décoration, parfaitement propre à marquer la forme ronde et évasée de l'échiné, à la faire tourner, en quelque sorte, me paraît, je l'avoue , très supérieure à la profusion d'ornements du chapiteau de l'Érechthéion.

Les chapiteaux et l'entablement ne portent, à Didymes, que de très légères traces de couleurs. C'est seulement sur les caissons que ces traces sont nombreuses et apparentes; il en est de même à Ephèse. A Priène et à Halicarnasse, au contraire, les vestiges de la décoration polychrome sont extrêmement visibles. J'ai rapporté de Priène des fragments sur lesquels l'enduit colon'' a encore plus d'un millimètre d'épaisseur. En comparant entre eux les morceaux correspondants de ces divers édifices, on voit que, dans tous, les couleurs ont été appliquées aux mêmes places et d'après les mêmes règles, et on peut retrouver ces règles avec une complète certitude. Je ne prétends point, bien entendu, étendre à la polychromie en général les résultats des études faites sur ces quatre monuments : l'emploi des couleurs, Beulé l'a déjà fait remarquer en excellents termes, a, sans aucun doute, varié suivant les époques, on pourrait ajouter suivant les localités et les écoles d'architectes. Je ne m'occupe ici, je le répète, que des édifices ioniques de l'école de Pythios. Or,

pour les restaurations forcément conjecturales faites aux statues. Mais la restauration dont il s'agit ici était mathématiquement certaine , et je crois encore qu'elle n'aurait eu que des avantages.

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dans tous ces édifices, les couleurs ne sont employées que dans quelques détails du chapiteau, dans les moulures de l'entablement et dans les parties ornementées du dessous des architraves et des caissons. Dans toutes ces parties, les traces de couleurs sont tellement multipliées et tellement distinctes, que là où Ton n'en découvre pas de vestiges, comme dans les parties plates de l'entablement, dans le canal et les creux des volutes du chapiteau, sur le fût et la base des colonnes, on peut affirmer hardiment qu'il n y en a jamais eu. Et encore, même dans les parties peintes, combien prudent et discret est l'emploi des couleurs ! Deux teintes seulement sont admises : d'abord un bleu pâle et d'apparence un peu poudreuse, assez semblable à de l'outremer; ce bleu est un silicate de cuivre resté mêlé, par suite des procédés imparfaits de fabrication, à un peu de sable. Vitruve, qui en décrit la préparation, l'appelle bleu cV Alexandrie. C'est, en effet, l'Egypte qui le fabriqua d'abord. Au premier siècle avant J.-C, le banquier Vestorius, l'ami de Cicéron, introduisit cette industrie à Pouzzoles, et c'est probablement de la fabrique fondée par lui que proviennent les pains de bleu d'Alexandrie trouvés à Herculanum et à Pompéi. Un autre pain de la même couleur, découvert à Camiros , clans l'île de Rhodes , est conservé au British Muséum. Je possède moi-môme quelques coquilles de moules trouvées, au Pirée, dans le tombeau d'une femme peintre, à laquelle ces coquilles servaient de palette : plusieurs contiennent du silicate de cuivre de diverses nuances.

L'autre couleur employée, un rouge, était moins tenace, et les traces en sont plus rares, la couche moins épaisse là où elle s'est conservée. A sa teinte sombre et sans éclat on reconnaît aisément du cinabre.

Ces deux couleurs ne sont pas employées au hasard ; les moulures en pleine lumière sont généralement peintes en bleu; c'est que le bleu s'éclaire et s'adoucit sous l'éclat intense du soleil d'Orient. Le rouge est au contraire plus répandu sur les parties qui restaient toujours dans une demi-

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obscurité, comme les fonds des caissons et le dessous des architraves : il rend en effet, les peintres le savent bien, les ombres plus transparentes et plus chaudes.

Rouge et bleu sont exclusivement relégués dans le fond des moulures; il n'y a à cela qu'une exception : c'est un léger iîlet rouge qui court sur les dards des rais-de-cœur et en accuse la fine nervure, qui eût été sans cela trop difficile à distinguer à distance. Un filet analogue ornait sans doute la spirale de la volute, mais il n'a pas laissé de traces certaines. Partout ailleurs, les parties saillantes des moulures sont toujours restées blanches. Était-ce là, dans la pensée des architectes, un état de choses définitif? Faut-il admettre que ces parties saillantes devaient être dorées et que l'épuisement du trésor, quelque guerre étrangère ou quelque révolution intérieure, auront fait hésiter à donner à l'édifice ce supplément de décoration, coûteux et peu nécessaire? Les édifices inachevés ne sont pas rares dans la Grèce antique. Les Propylées n'ont jamais été finis; certaines surfaces de murailles attendent encore leur dernier poli. Les fleurons qui devaient décorer l'architrave de la tribune des jeunes filles, à l'Érechthéion, n'ont pas été sculptés; et pourtant c'eût été là une dépense bien minime, puisque les modeleurs qui faisaient les modèles en cire de ces fleurons n'étaient payés que huit drachmes la pièce, et que les praticiens qui copiaient ensuite ces modèles devaient recevoir moins encore. Ce qui pourrait faire croire qu'il était en effet dans le plan primitif de rehausser la coloration des fonds par la dorure des parties saillantes, c'est que M. Wood a cru distinguer, sur l'astragale d'un des chapiteaux d'Ephèse, quelques traces d'or. Je n'ai point vu ce chapiteau et je n'en puis rien dire. Ce qui semblerait au contraire contredire l'hypothèse de la dorure, c'est que, dans le compte des dépenses de l'Érechthéion, alors que nous trouvons mentionné l'achat de cent soixante-six feuilles d'or à une drachme la feuille pour la dorure des fleurons des caissons, d'autres feuilles d'or encore pour la dorure des yeux des vo-

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lûtes, à raison d'une feuille par œil, il n'est nulle part question d'achat d'or pour les moulures. Bien plus les peintres (lyxauTai) , chargés de peindre ces moulures , sont plusieurs fois cités; ce travail était adjugé à l'entreprise par très petits lots, et était payé cinq oboles le pied. Or, il n'est pas une seule fois dans ces passages fait mention de doreurs.

Quoi qu'il en soit de cette question non résolue encore , il ne me semble pas douteux que l'emploi discret des couleurs, tel que nous le trouvons à Priène, à Halicarnasse, à Didymes et à Éphèse, devait produire un effet très heureux. Personne aujourd'hui, je pense, ne conteste plus la polychromie des temples grecs; mais l'abus que certains architectes ont fait des couleurs, dans leurs restaurations d'édifices antiques, effarouche beaucoup de gens. Et, en effet, comment ne pas être offusqué par ce badigeon criard répandu depuis le toit jusque sur le dallage même des temples? Mais ce sont là des fantaisies de jeune homme auxquelles il ne faut pas attacher plus d'importance qu'elles n'en ont en réalité. Autant ce barbouillage barbare eût été affreux, autant ces quelques touches de couleurs fraîches et vives, mais non pas crues, devaient gaiement souligner les fines dentelles de l'ordre ionique, et se marier harmonieusement au bleu pur du ciel et à la blancheur éclatante du marbre.

Sans nous arrêter davantage aux détails de l'ornementation du péristyle, entrons maintenant dans le temple lui-même. Nous traversons d'abord un pronaos spacieux, dont trois rangées successives de quatre colonnes chacune supportent le plafond de marbre. Au fond s'ouvre une haute porte de bronze qui donne accès, non pas comme cela a lieu d'ordinaire, dans le naos ou cella, mais dans une pièce rectangulaire, longue de 9 mètres et large de 14, dont les textes relatifs au temple de Delphes nous font connaître le nom, l'olxoç ou chambre. A droite et à gauche de cette chambre, deux portes s'ouvrent sur deux escaliers à doubles volées parallèles, par lesquels on monte dans le comble situé au-dessus du pronaos et

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de Fouo; même. C'était sans doute dans ce comble qu'étaient renfermés les trésors du dieu, offrandes des particuliers, objets consacrés par l'État et par les princes étrangers, vases, ustensiles et vêtements de toute sorte destinés aux sacrifices et aux fêtes. Au fond de la chambre s'ouvre encore une porte, un peu plus petite que celle par laquelle nous sommes entrés : par l'ouverture de cette porte nous apercevons la cella tout entière et la statue colossale placée au fond.

Pourquoi l'architecte n'a-t-il pas ouvert la cella directe-

Face de la base dodécagone. (Temple de Didymes.)

ment sur le pronaos? Pourquoi a-t-il interposé cette chambre, modification grave apportée au plan ordinaire des temples grecs? C'est que le Didyméon n'est pas un temple ordinaire. Ce n'est pas seulement un édifice élevé pour abriter la statue d'un dieu : c'est un fxavTsTov, un oracle; et de là résultent des nécessités religieuses toutes particulières, au service desquelles l'architecte a dû mettre son habileté.

Dans la religion des Grecs, religion dont nous sourions parfois, mais qui avait, elle aussi, ses côtés profonds et sérieux et qui inspirait à ses sectateurs une foi aussi entière, aussi vive, que celle inspirée à nos pieux ancêtres du moyen âge par les dogmes du christianisme, la toute science, comme la fécondité infinie, appartenaient à la Terre, origine et sup-

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port de toutes choses. Cette toute science s'exhalait en quelque sorte des entrailles du sol par certaines fissures profondes au fond desquelles l'imagination croyait entendre des bruits mystérieux, ou d'où s'échappaient, soit des eaux thermales, soit des vapeurs méphitiques. Quel que fût le dieu possesseur du sol où une fissure semblable existait, ce dieu devenait ainsi le conlident de la Terre ; il recueillait, de ces émanations souterraines, la connaissance de l'avenir, et pouvait à son lour communiquer, quoique d'une manière incomplète et confuse, cette connaissance au mortel qu'il chérissait. C'est ainsi que Poséidon au cap Ténare, Zeus Basileus à Lébadée, Charon à Nysa en Lydie, prophétisaient du fond de cavernes méphitiques, que l'antre de Claros et la fissure ou yac^a du Cynthe, la montagne sacrée de Délos, inspiraient les oracles d'Apollon, et que le trou étroit et profond situé au milieu du sanctuaire de Delphes avait donné successivement aux trois possesseurs de « la rocheuse Pytho », Poséidon, Dionysos et Phœbus, la science de l'avenir.

Il n'y avait dans l'antiquité grecque aucun homme assez sceptique pour s'aviser d'élever des doutes sur l'existence des oracles, pour pénétrer sans un profond recueillement dans les sanctuaires où ils se rendaient, et pour entendre sans frémir les cris confus de la pythie. Même un incorrigible raisonneur comme Socrate consultait les oracles et conseillait à ses disciples de les consulter. A plus forte raison les peuples n'entreprenaient-ils rien de grave sans avoir pris l'avis du dieu et n'osaient-ils résister à sa voix. Sur l'ordre d'Apollon Delphien , les Lacédémoniens déclarèrent « malgré eux » , dit Hérodote, la guerre à leurs meilleurs amis, les Pisistratides ; sur une réponse du même dieu, les Athéniens abandonnent au pillage, à l'incendie, aux profanations des Perses, leurs maisons, leurs temples, leurs autels : sacrifice immense si l'on songe à quel point, chez les anciens, la religion était attachée au sol, et toute la vie publique et privée attachée à la religion. Lorsque Cyrus réclame aux habitants de Cymé le re-

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belle Pactyas réfugié dans leurs murs, ceux-ci, menacés d'un siège dont l'issue n'est pas douteuse, n'osent pourtant livrer le fugitif si le dieu de Didymes ne le leur permet. Et ils préfèrent s'exposer à tout plutôt que de désobéir à sa défense.

Pour la consultation de l'oracle, tous les moments n'étaient pas propices. En certaines saisons, Apollon était absent du temple : il voyageait, disait-on, chez les Hyperboréens. Ce n'était qu'à certains jours et à des heures déterminées, qu'il voulait bien communiquer à sa prêtresse l'inspiration prophétique. Il fallait de plus acheter sa faveur et l'autorisation de ses ministres par des offrandes et des sacrifices. Il fallait enfin aider à la manifestation du délire de la pythie par le recueillement, le silence et la solitude.

Où se tenaient donc ceux qui venaient interroger le dieu ? Pénétraient-ils dans le sanctuaire même? Mais les abords de la fissure sacrée étaient un adyton, un lieu où nul, sauf les prêtres, peut-être même la pythie seule, ne pouvait sans profanation mettre les pieds. Restaient-ils donc en dehors, dans le pronaos, et, pour qu'ils pussent entendre les prophéties, ouvrait-on la porte toute grande? Mais alors les marchands d'encens, les oisifs, les promeneurs, toute la foule qui fréquentait les abords du temple, auraient pu, eux aussi, voir cette cérémonie si auguste, entendre les réponses du dieu aux questions posées par d'autres. Où eût été le mystère, le silence de bon augure nécessaire à l'inspiration? Il fallait donc ménager dans le temple une place qui satisfît à ces deux conditions : d'avoir vue sur le sanctuaire tout en en étant distincte, d'être entièrement isolée du monde extérieur. Cette place était précisément l'oTxoç.

Nous pouvons maintenant, en comparant aux témoignages relatifs au temple de Didymes les passages plus nombreux qui se rapportent à celui de Delphes, et en confrontant tous ces textes avec les ruines elles-mêmes, nous faire une idée cle ces cérémonies mystérieuses. Accompagnons donc à Didymes les députés envoyés, vers le commencement du troisième siè-

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cle, par la ville de Milet, pour demander au dieu, aux termes d'une inscription maintenant conservée au Louvre, « s'il lui sera agréable et s'il sera avantageux à la ville que l'on célèbre en l'honneur d'Artémis Skiris les fêtes appelées 'Ayép-

Dès que la députation est arrivée au temple, et pendant qu'elle immole des victimes sur le grand autel de cendres qui s'élève devant la façade, la pythie descend dans la partie du sanctuaire où se trouve le /a^a. Elle descend, ai -je dit; car cette partie, où le sol était à nu, se trouvait, à Didymes, fort en contre-bas du reste de l'édifice, et par suite de l'olxoç; la différence de niveau dépassait trois mètres, et c'était par un escalier que l'on avait accès dans le sanctuaire. Il en était de même à Delphes : toutes les fois que les auteurs mentionnent l'entrée de la pythie dans le temple, ils disent qu'elle y descend; toutes les fois qu'elle en sort, elle remonte. Le sens strict du mot adyton est d'ailleurs « endroit où il n'est pas permis de descendre ». Qu'est-ce maintenant que cette pythie? D'où vient-elle? Sont-ce les prêtres qui l'ont choisie à leur gré? Est-ce le dieu lui-même qui l'a marquée d'un signe? Nous ne le savons pas : les inscriptions ne la mentionnent jamais; les textes ne nous disent pas son nom. Il est probable que c'était une femme obscure et ignorante, à laquelle des accès de quelque maladie effrayante, comme l'hystérie ou l'épilepsie, donnaient, aux yeux des fidèles, un caractère divin. C'est ainsi qu'aujourd'hui encore les musulmans regardent les fous comme étant en communication intime avec Allah.

Pendant de longues heures, quelquefois pendant deux ou trois jours , la pythie reste enfermée dans le temple, sans prendre de nourriture, buvant l'eau sacrée qui sourd du -/aa^a, et mâchonnant les feuilles du laurier qui pousse auprès de la source. Lorsque la réclusion, le jeune, la saveur amère du laurier, et l'excitation nerveuse produite par l'attente du dieu qui va tout à l'heure s'emparer d'elle, ont suffisamment

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ébranlé l'organisme de cette mallieureuse femme ; lorsque son corps commence à être agité de mouvements convulsifs et que l'écume lui vient aux lèvres, alors elle s'asied sur l'omphalos, espèce de cône de pierre entouré de bandelettes et dévotement arrosé d'huile, qui se dresse auprès de la fissure et rappelle par un symbole grossier la puissance féconde de la Terre. Les prêtres qui guettent tous ses mouvements introduisent alors la députation dans l'œcos, en ferment la porte extérieure, et ouvrent au contraire celle qui donne sur le naos : les députés se pressent dans l'ouverture de cette porte : c'est de là qu'ils regardent l'agitation de la pythie, qu'ils entendent ses cris incohérents et confus, que le principal des prêtres, le prophète,' se chargera plus tard de traduire en langage intelligible, de rédiger en vers et d'interpréter.

La violence des accès de la pythie pouvait parfois entraîner la mort. C'est ce que raconte Plutarque au sujet d'une de ces prophétesses, sa contemporaine : « Les présages étaient défavorables, et elle ne descendit dans l'adyton que malgré elle et avec répugnance. Elle s'agita sans laisser échapper un mot, elle paraissait violemment secouée; avec un cri terrible, elle se précipita vers la sortie ; sa vue fit prendre la fuite non seulement aux envoyés qui consultaient l'oracle, mais encore aux prêtres. Toutefois ils vinrent la relever peu de temps après, et elle avait toute sa raison ; mais elle mourut après avoir langui quelques jours. »

La restauration de la cella, telle que l'a conçue M. Thomas, résulte d'une manière nécessaire des faits que je viens d'indiquer. 11 faut forcément supposer le sol naturel à nu au milieu du naos, et placer dans cet espace découvert de la fissure sacrée, le laurier et l'omphalos. J'ai dit dans le second de ces articles quels obstacles avaient empêché de pousser en ce point les fouilles jusqu'au sol primitif qui, sur tout cet espace, se dérobe et s'enfonce beaucoup au-dessous du pied des murs du temple. Il serait d'un haut intérêt d'entreprendre ce que nous

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