‹ Études d'archéologie et d'artChapitre 35 sur 54 · EXPOSITION UNIVERSELLE DE · texte numérisé non relu

EXPOSITION UNIVERSELLE DE

à sentir, l'effet plus décoratif, (1) Gazette des Beaux- Arts, août

On pouvait, il y a quelques mois encore, croire que le goût des antiques avait presque disparu en France. Aucune des collections actuelles ne semblait pouvoir rivaliser avec les cabinets, si fameux sous la Restauration et la monarchie de Juillet, du chevalier Durand, du vicomte Beugnot, de M. de Magnoncourt, du comte Pourtalès, des ducs de Luynes et de Blacas. Des objets d'un mérite bien inférieur, mais dont le charme était plus facile l'acquisition plus aisée, parais-

et septembre 1878; réimprimé avec

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saient avoir à tout jamais ravi à Fart ancien la faveur publique. A quoi bon collectionner des vases recollés et des terres cuites cassées? C'était toujours la même chose, pensait-on; peut-être était-ce curieux pour les archéologues; mais dans la vitrine d'un amateur, cela jetait une note triste, et ne meublait pas. Et puis, il y avait tant d'objets de ce genre au Louvre! N'était-ce pas assez que le musée Campana, où personne ne s'aventurait?

Eh bien, à cet égard comme à beaucoup d'autres, l'exposition du Trocadéro a été une leçon saisissante, une véritable révélation. Elle a mis hors de pair les deux grandes époques, la Renaissance et la période grecque ; elle a prouvé que l'art antique avait encore des fidèles, fait sortir de l'ombre des collections bien plus riches et plus nombreuses qu'on ne pensait, et, par-dessus tout, montré que le public, blasé sur le Delft, le Rouen, le Saxe, le Moustiers, fatigué des tabatières, des éventails et des boîtes à mouches, revenait rapidement à l'art vrai, simple et grand, partout où il se trouve. Ni les salles du quinzième et du seizième siècle, ni les salles antiques, malgré leur aspect plus froid et plus sévère, n'ont cessé d'être les plus fréquentées les dimanches comme le reste de la semaine. On peut même dire que les dernières ont excité une curiosité plus grande et obtenu un plus vil succès, puisqu'elles renfermaient des choses plus nouvelles et offraient plus de sujets d'étonnement.

Il faut en convenir, d'ailleurs, les collectionneurs d'antiques ont montré un zèle méritoire. Un peu plus tôt, un peu plus tard, tous, ou peu s'en faut, sont venus apporter leurs richesses : M. Carapanos ses merveilleuses trouvailles de Doclone, M. Gréau ses bronzes depuis longtemps célèbres, ses verres, ses terres cuites asiatiques ; MM. Camille Lécuyer, Piot, Bellon leurs ravissantes figurines de Tanagra, la famille Paravey et Mmc la comtesse Dzialynska leurs superbes vases, M. de Mon-

quelques changements et additions dans Les Beaux-arts à l'exposition universelle de 1878, Paris, 1879, t. II, p. 49-101. Nous avons suivi de préférence la seconde rédaction.

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tigny ses pierres gravées, MM. Dutuit et de Bammeville leurs collections éclectiques. Moi-même, car je suis aujourd'hui forcé de me mettre en scène, moi-même j'ai fait de mon mieux et rempli tant bien que mal une vitrine. D'autres, comme MM. de Hirsch, Dreyfus, Armand, Le Breton, sans exposer d'aussi nombreuses pièces, avaient toutefois quelques morceaux d'un haut intérêt, et tel qui, comme M. E. de Rothschild ou Mmc la marquise de Laborde, ne nous montrait qu'un seul objet, n'en a pas moins droit, non seulement à une mention reconnaissante, mais à une place tout à fait à part. De nos grands collectionneurs, M. de Clercq presque seul est resté à l'écart : les bijoux et les bronzes exhumés pour lui, par M. Péretié, des nécropoles de la Syrie, n'ont point subi les ravages que font, à travers les glaces des vitrines, les regards corrosifs du public. Qu'ils dorment en paix dans leur nouvelle tombe î Leur absence était regrettable sans doute, mais elle est restée bien peu sensible. M. cle Longpérier, qui a mis à l'organisation de cette fête des arts tant de persévérance, de dévouement, de fatigue, et M. Schlumberger, qui l'a secondé avec une ardeur et une amabilité inaccessibles à la lassitude, doivent être contents de leur succès ; ils ont pu regarder les salles des antiques avec autant de fierté que celles où s'étalaient les éclatantes merveilles de la Renaissance.

A rendre compte d'une exposition pareille, on n'éprouve qu'un embarras, celui des richesses. Hélas! serait-on tenté de s'écrier, — si Grâce à Dieu n'était pas plus juste, — cet article a trop à dire, trop à montrer à ses lecteurs. Parmi les pièces dignes d'être reproduites, tout au plus pouvons-nous en trier une vingtaine; pour le reste, force nous sera de nous contenter d'une description sommaire, et souvent nous devrons refuser même la mention la plus brève à des choses que, dans d'autres temps, nous eussions tenu à signaler.

Huit cents ans de tâtonnements et d'efforts ont été nécessaires à Fart grec pour s'élever à la hauteur sublime où le cinquième siècle Fa vu parvenir. Dès le treizième il s'essaye, avec une gaucherie tout enfantine encore, à copier tant bien que mal les modèles que lui apporte l'immigration phénicienne, et, pendant quatre ou cinq cents ans, il ne présente, comme la Grèce elle-même, qu'incohérence, incertitude et confusion. Les monuments de cette longue et obscure période sont rares, même dans les collections de Grèce, plus rares encore dans celles d'Europe; quelques vases, quelques figurines en terre cuite, la représentaient seuls au Trocadéro. La grande jarre de M. de Witte, rapportée de Santorin, est un bel échantillon de la poterie primitive, modelée sans l'aide du tour et ornée de lignes ondulées; les vases de M. Bellon appartiennent aux derniers temps cle la poterie à décor géométrique, qui a succédé à celle-là et dont MM. Birch, Conze et Hirschfeld ont parfaitement montré la haute antiquité et l'origine tout indigène (1). On trouve les restes de cette fabrication dans les plus anciennes cités de la Grèce, à My cènes, à Tirynthe, à Orchomène de Béotie; on en a découvert aussi en Attique, et c'est de laque viennent les vases de M. Bellon; ils ne sont d'ailleurs comparables, ni pour l'antiquité ni pour l'intérêt, aux grandes amphores de la Société archéologique et du ministère des cultes à Athènes. Quant aux figurines, elles font partie de ma collection. La première en date représente une divinité féminine coiffée du haut bonnet cylindrique appelé polos; la tête seule en est modelée avec soin; la place des bras est simplement marquée par deux appendices latéraux en forme de moignons, le corps n'est qu'une galette informe. Une autre,

(1) Birch, History of ancient pottery , 2e édition, ch. iv; Conze, Zur Geschichte der Anfœnge der griechisehen Kunst ; Hirschfeld, Vasi arcaîci ateniesi, dans les Annali delV Inst. arch., 1872, et les Monumenti, t. IX.

sans doute plus récente et d'un type jusqu'à ce jour unique, nous montre la môme divinité vêtue d'un ample manteau qui a permis d'esquiver les difficultés du modelé du corps ; les pieds sont cependant déjà séparés. Dans une troisième, enfin, la tête est un peu mieux faite et les bras sont figurés, croisés sur la poitrine. Nous avons dans ces trois terres cuites des imitations fidèles de ces statues grossières, ou ^oW, de l'âge le plus reculé, simples troncs d'arbres dégrossis à la hache et surmontés d'une tête tantôt taillée dans le même morceau de bois, tantôt rapportée en métal. Jamais les plus admirables chefs-d'œuvre de la statuaire ne parvinrent à supplanter, dans la vénération du peuple, ces images informes, auxquelles s'attachait le prestige de l'antiquité et dont la plupart passaient pour avoir une origine divine. De là le grand nombre d'imitations qu'on en trouve et dont quelques-unes ne sont pas très anciennes. Quant aux noms à donner à ces figurines, il est fort incertain, et la conjecture de M. Fr. Lenormant, d'après laquelle ce seraient des idoles de TAstarté phénicienne, devenue l'Aphrodite céleste des Grecs, n'est peut-être pas suffisamment démontrée. En cette question comme en beaucoup d'autres, le mieux, jusqu'à nouvelles découvertes, est de suivre l'exemple du prudent Conrart.

L'intérêt de ces statuettes est seulement archéologique. L'art grec, en effet, ne se débrouille un peu qu'à la fin du neuvième siècle. Après bien des ruines et du sang versé, les peuples ont trouvé leur assiette; les villes cessent d'être de simples refuges juchés au sommet des montagnes, le commerce se développe, les campagnes se couvrent de cultures, les richesses s'accumulent. V Iliade et Y Odyssée, peintures fidèles de la civilisation de l'époque où elles furent composées, c'est-à-dire de la fin du dizième siècle ou du commencement du neuvième siècle, nous parlent déjà de cités où l'or abonde, de boucliers décorés de reliefs, de palais aux salles revêtues de plaques en bronze repoussé, où les sièges sont couverts de tapis historiés et où des statues tenant des torches éclairent les festins nocturnes. Les plus beaux objets, il est vrai, sont encore, d'après le poète, les

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ouvrages des Sidoniens. Mais il ne prendrait pas tant de soin de le dire si déjà Ton n'avait commencé à essayer de copier tant bien que mal les vases d'or et d'argent, les bijoux, les coffres incrustés et plaqués, sortis de leurs ateliers et répandus partout

Tête d'athlète. Marbre de la collection de M. Rayet.

par leurs navires. Avec plus d'empressement encore on dut imiter les vases de terre, les ustensiles en bronze et les objets en bois, pour lesquels on avait sous la main la matière première. Pendant deux ou trois siècles, l'imitation fut si servile qu'il est fort difficile, souvent même impossible, de distinguer les produits de l'industrie indigène de ceux qui sont importés par le commerce. C'est seulement à la fin du septième siècle que les

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imitateurs, devenus en habileté manuelle les égaux de leurs maîtres, commencent à les surpasser par cet instinct du beau dont aucune race n'a jamais été aussi richement douée que la race hellénique.

C'est à Sparte, la plus puissante cité du septième siècle, le centre de la domination des Héraclides, que, sans doute sous l'influence des comptoirs phéniciens d'Amyclae, de Gythion et de Cythère, l'art du bronze se développa d'abord. De là provient une curieuse statuette de la collection Gréau, encore coulée en plein et qui paraît avoir formé le pied d'un miroir. Elle représente Aphrodite, ou plutôt Hélène, forme lacédémonienne d'Aphrodite. La déesse est debout, vêtue d'une tunique talaire dans laquelle ses jambes sont étroitement serrées; les longues tresses de sa chevelure tombent sur ses épaules et s'étalent sur sa poitrine. De la main gauche elle retient son vêtement ; de la droite elle élève à la hauteur de sa tête une fleur de lotus. L'ovale du visage, l'obliquité des yeux placés à fleur de tête, le geste symbolique, la nature de la fleur, tout ici rappelle la Phénicie et se retrouve exactement dans certaines figurines de la nécropole de Sidon. Mais je ne sais quel sentiment de la grâce féminine apparaît à travers la gaucherie de l'exécution et nous empêche d'oublier que nous regardons une œuvre grecque.

On peut attribuer à cette même époque, où l'art grec allait docilement à l'école et ne laissait poindre encore aucune originalité, la boucle d'oreille en or exposée par M. Edmond de Rothschild, et qui provient des environs deCatane; la fabrication en doit être grecque, mais le style en est tout phénicien. La déesse à la fois vierge et mère, sensuelle et guerrière, dispensatrice de la vie comme de la mort, qui sous les noms d'Anat, d'Aschtart ou Aschtoret, de Tanit, de Bélit, d'Allat et d'autres encore, a occupé la place principale dans le panthéon de la plupart des peuples sémitiques, et qui a fourni aux Grecs leur Aphrodite, peut-être aussi leur Artémis et leur Athéna, se tient debout sur une haute base rectangulaire et est flanquée à droite et à gauche de deux griffons accroupis ; les ailes de ces animaux sont imbriquées,

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certaines parties du vêtement de la déesse sont divisées en cloisons, l'ensemble est lourd et gauche, mais le soin du détail très minutieux et l'habileté de main très grande. Je ne connais aucune pièce de l'orfèvrerie de cette époque qui soit aussi importante.

La céramique du septième siècle nous est mieux connue que l'industrie des métaux : ses œuvres ont moins tenté la cupidité et ont mieux résisté au temps. Elle aussi copie les modèles venus de l'étranger : elle a renoncé à l'ancien décor géométrique, et reproduit sur la panse des vases les longues files d'animaux passants dont les Phéniciens, et à leur imitation les Lydiens, chamarraient leurs étoffes et leurs tapis. Mais tandis qu'en Phénicie comme en Assyrie ces animaux avaient un caractère symbolique et leur groupement un sens religieux, les potiers grecs n'y voient qu'un ornement commode; ils juxtaposent au hasard de leur caprice ces bêtes inconnues, et ne se font pas scrupule d'intercaler au milieu d'elles des dieux empruntés aux légendes nationales, d'entremêler avec les lions et les tigres la chasse de Calydon ou les épisodes de la guerre de Troie.

La principale fabrique de cette poterie à décor asiatique a été Corinthe, ville d'origine phénicienne tombée au pouvoir des Doriens, mais où la conquête n'avait détruit ni le fond de la population, ni les traditions. M. de Witte expose un des plus anciens et des plus curieux monuments de l'industrie corinthienne : c'est une pyxis arrondie, sur la panse de laquelle se développe une longue suite de héros de la guerre de Troie ; les noms de Palamède, Nestor, Achille, Patrocle, Hector, ceux des chevaux Balios, Orion, Podagre, sont presque effacés, ainsi que la signature clu potier Charès (1). Moins ancienne etmoins importante pour l'histoire de l'art est la petite aryballe sphérique que j'expose et sur laquelle est représenté le combat d'Ajax et d'Hector. Les vases cle Corinthe se reconnaissent à leurs parois très minces, à leur terre

(1) De Witte, Revue archéologique, nouv. sér., t. VIII, p. 273; Dumont, Peintures céramiques de la Grèce propre, p. G.

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légère, blanche et d'un aspect poussiéreux; ceux de sa voisine Sicyone, d'une exécution également habile, sont au contraire d'une terre rouge dont le ton a été parfois rehaussé par une barbotine artificiellement colorée. Les poteries de Sicyone sont extrêmement rares, et la plus belle que j'ai vue est le scyphos de ma collection; des hommes et des femmes debout et groupés deux à deux en occupent tout le pourtour. La fabrique de Béotie, aux formes lourdes et à la décoration malhabile, n'est également représentée que clans ma vitrine, par une chytra aux anses décorées de serpents en relief : elle provient de Tanagra et du même tombeau que l'œnochoé de Gamédès, maintenant au Louvre.

Au sixième siècle, l'art, en possession de procédés techniques variés et commodes, s'est enfin émancipé de la direction étrangère pour se frayer à lui-même sa voie. La céramique n'a eu que peu à faire pour en arriver là : il lui a suffi d'alléger les formes, de confiner, dans les parties les moins en vue du vase, les motifs d'ornementation, palmettes et entrelacs, empruntés à l'Orient, et de rendre la place d'honneur à la figure humaine, bien autrement intéressante que des défilés d'animaux devenus purement conventionnels. Mais les galeries du Trocadéro ne permettent point de bien juger cle ses progrès : la poterie du sixième siècle, à figures noires sur fond rouge, n'y est représentée que par un petit nombre de vases : les plus dignes d'être cités sont une amphore agonistique de la collection Dutuit, qui représente Athéna montant sur son char, et l'hydrie de la comtesse Dzialynska sur laquelle est figurée Sappho.

Longtemps en retard sur la céramique, la statuaire marche maintenant du même pas; les Samiens Rhœcos, Théodore et Téleclès lui ont appris à couler à cire perdue des statues de grande dimension; le Chiote Glaucos lui a enseigné la soudure du fer; les Crétois Dipœnos, Scyllis, Aristoclès, les Chiotes Boupalos et Athénis, l'Éginète Smilis lui ont montré quelles ressources offraient à des mains habiles les marbres de Paros et l'ivoire allié au bois et à l'or. A la vérité nous avons la mau-

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vaise habitude de nous représenter comme à moitié barbares ces vieux artistes du sixième siècle; et pourtant l'audace avec laquelle ils abordaient les sujets les plus difficiles, scènes cle combats, chars avec leurs chevaux et leurs conducteurs, groupes à nombreuses figures, décorations en bronze ou en marbre de temples entiers, prouve qu'ils avaient confiance en leurs forces;

Personnage vêtu du costume royal. Bronze de la collection de M. Carapanos.

l'admiration que témoignaient pour leurs œuvres les amateurs de l'époque romaine rend vraisemblable que cette confiance était justifiée; les marbres et les bronzes du sixième siècle exposés au Trocadéro le démontrent de la manière la plus complète.

Trois de ces marbres proviennent d'Athènes. Le premier par la date et le plus étrange comme style est une tête d'homme trouvée l'année dernière, et acquise par M. G. Rampin. Nous l'eussions volontiers reproduite ici, si son possesseur n'avait de-

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puis longtemps réservé la primeur de cette publication à un recueil excellent et trop peu connu, les Monuments publiés par V Association pour l'encouragement des études grecques en France. Je crois, sans en être certain, qu'elle a été trouvée sur le flanc sud de l'Acropole, dans le voisinage du théâtre et de TAsclépieion. La statue d'où elle provient était penchée en avant, dans une posture mouvementée, comme le prouve l'inflexion du cou. La physionomie est jeune encore, la barbe coupée très court, les cheveux au contraire longs et peignés avec une recherche bien supérieure à celle de la coiffure, si soignée pourtant, des guerriers des frontons d'Égine. La masse en est divisée par une raie tracée au milieu de la tète, et produit en retombant derrière les oreilles deux épaisseurs semblables à celles que l'on remarque dans les statues égyptiennes. Par devant, de petites mèches tressées sont rabattues sur le front et forment deux séries de boucles d'une parfaite symétrie. Une couronne de feuilles très découpées, feuilles (Tache ou persil sauvage, entoure la tête, et les restes d'un goujon en fer implanté dans l'occiput indiquent qu'il y avait là encore un ornement rapporté en métal et dont la nature reste incertaine : peut-être était-ce la cigale d'or que les Athéniens d'avant Solon avaient coutume de fixer dans leurs cheveux. Les yeux sont gros, à Heur de tête, et posés obliquement, les pommettes très fortes, le nez fin, la bouche petite et pincée, les lèvres saillantes : l'ensemble rappelle plutôt les traits d'un chef abyssin que le type de la race grecque. Même en faisant la part des traditions archaïques, il est impossible de ne pas reconnaître dans cette figure étrange quelque chose de caractéristique et d'individuel : elle a tout l'air d'être un portait, et le portrait d'un homme à la physionomie très accentuée. Aussi ne me semble-t-il pas probable qu'il faille y chercher l'image d'un dieu : parmi les dieux, d'ailleurs, on ne pourrait guère songer qu'à Dionysos, et je ne sache pas qu'il soit jamais représenté avec une couronne (Tache. Cette couronne avait un caractère de deuil; pour ce motif, on la donnait en prix aux jeux Néméens, célébrés en l'honneur d'Archémore, et, à

l'époque primitive, également aux jeux Isthmiques, où elle rappelait le triste sort de Mélicerte (1). Aurions-nous là les restes de la statue de quelque vainqueur, soit au stade, soit à la course des chars, statue primitivement placée sur l'Acropole, et qui en aurait été précipitée comme tant d'autres marbres trouvés dans les fouilles de l'Asclépieion?

Si l'attribution de la tête de M. Rampin reste incertaine, aucun cloute n'est possible pour celle de ma collection : celle-ci, trouvée au Céramique extérieur, appartenait bien à la statue d'un athlète; les oreilles collées contre le crâne, froissées et tuméfiées, en sont un signe certain; ces tumeurs et ces déformations des cartilages étaient, en effet, des accidents ordinaires aux pugilistes et aux pancratiastes. Dans son hymne aux Dioscures, Théocrite montre Amycos « les oreilles écrasées par les durs coups de poing » :

ayJ\'r\or\<j\. TsOÀacrusvoi; ouata iz\jy\xcdq,

et les sobriquets d'wioôXaotac; et d'wToxaxaçtç, fréquemment donnés aux athlètes, rappellent cette difformité. Tout d'ailleurs dans notre marbre, la solide implantation de la tête dans un cou gros et court, l'ossature massive et carrée de la face, et jusqu'à l'inintelligence des yeux saillants et sans regard, convient bien à un athlète (voir la gravure p. 335). La coiffure est beaucoup plus simple que dans la tête de M. Rampin; les cheveux, coupés très courts pour ne pas offrir de prise, sont simplement ramenés en avant. L'exécution présente, au contraire, dans les deux mor ceaux, des ressemblances frappantes : les yeux, les lèvres, le nez, le front sont traités de même; mais dans le second, la science de la forme est déjà un peu plus grande, la recherche de la vérité plus heureuse, et les qualités de fini et de délica-

(1) Pindare, Isthm., VIII, G3 et scholie; Plutarque, Quœst. conviv., V, 3; Schol. de Nicandre, Alexipkarm., G01 ; Diphilos, Emporos, dans Athénée, VI, p. 228, B; Pausanias, VIII, 48, 2; Hésychius, asXi'vou G-esavoç.

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tesse plus développées : il y a surtout, dans le modelé des joues, du menton et de la bouche, une étude et une habileté étonnantes. Ces deux marbres, voisins par la date et étroitement apparentés par la facture, sont, à mon sens, avec un bas-relief du musée d'Athènes (1), les monuments les plus remarquables que nous ait laissés l'ancienne école attique. Ils nous la montrent préoccupée, dès Fépoque cle Solon et de Pisistrate, des mêmes tendances qu'elle aura toujours, et portant déjà en germe les qualités particulières qui distingueront plus tard, entre tous les sculpteurs grecs, les maîtres qui ne procèdent que d'elle, les Alcamène et les Praxitèle.

Ces qualités caractéristiques se retrouvent aussi dans une œuvre moins importante, mais intéressante encore, la petite tête athénienne d'Hermès exposée par M. Armand. Suivant la tradition la plus ancienne, le dieu est représenté avec de longs cheveux bouclés et une barbe en pointe. Ici encore, les yeux sont saillants et obliques, mais l'occiput est moins développé ; le modelé des joues et les contours de la bouche sont déjà presque irréprochables. La coloration a complètement disparu : dans les deux marbres précédents, elle est, au contraire, très bien conservée : les cheveux sont rouges, les yeux cernés d'un trait de même couleur, les lèvres recouvertes d'une légère teinte rosée.

Mais ce qui attirait surtout l'attention parmi les monuments de Fart du sixième siècle, c'est la merveilleuse série de bronzes archaïques que renferme la collection de M. Carapanos. Ce n'est pas ici le lieu de raconter par quelles patientes recherches ce savant Hellène, passionné pour la gloire cle l'Épire, sa patrie, est parvenu à découvrir l'emplacement de l'ancien sanctuaire de Dodone. Je ne puis non plus parler, avec les détails que justifierait leur importance, des inscriptions sur bronze et sur plomb qu'il a découvertes clans les fouilles et qui jettent une si vive lumière sur l'histoire, les mœurs et les sentiments des an-

(1) Monuments publiés par l'Association pour V encouragement des éludes grecques, 1877, p. 7.

ciens Grecs. Mais la série des œuvres d'art n'est pas moins nombreuse ni moins riche en pierres d'une haute valeur que celle des documents épigraphiques. Je décrirai brièvement les plus

fm Yves +-

Guerriers combattant. Plaque en bronze de la collection de M. Carapanos.

importantes, au fur et à mesure que j'arriverai à l'époque à laquelle chacune appartient, en renvoyant pour le reste au beau livre publié par M. Carapanos et d'où sont extraits les dessins ici donnés (1).

(1) Dodone et ses ruines, par C. Carapanos, 1 vol. in-4° de texte et 1 vol. in-fol. de planches, Paris, Hachette, 1878.

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On peut attribuer aux premières années du sixième siècle, sinon aux dernières du septième, un personnage assis, drapé dans le long manteau royal et la tète couverte du bonnet conique qui semble avoir été la coiffure nationale des peuples de la Thrace, de la haute Macédoine et de l'Épire, aussi bien que de leurs frères les Phrygiens d'Asie Mineure; le modelé en est des plus sommaires et l'intérêt surtout archéologique. Une joueuse de double flûte, debout et vêtue dîme longue tunique collante, marque déjà un notable progrès et doit être postérieure au moins d'une génération. La pose des jambes et le mouvement des bras sont exprimés avec une certaine liberté de main et un sentiment très juste. Il faut noter encore, comme détails curieux , les longues tresses de la chevelure, la bande de cuir ) destinée à soutenir les joues et à rendre moins fatigante l'émission du souffle, et l'étui à serrer les flûtes (ôoXaxoç) suspendu au bras gauche. Une Atalante court vêtue et dont les muscles sont si accentués, l'allure si virile que, n'était l'indication des seins sur la poitrine, on la prendrait pour un jeune éphèbe, doit être, comme la joueuse de flûte, du milieu du sixième siècle. Elle est également d'une facture très franche et d'un beau caractère. Un cavalier monté sur un cheval beaucoup trop grand et retournant la tête vers le spectateur, intéresse surtout par la naïveté de l'exécution et par les détails du harnachement. Il formait une applique, fixée sans doute sur un vase ou une boîte; un autre cavalier était, au contraire, une statuette isolée : dans la suite des siècles, il a perdu sa monture, et les jambes arquées ne pressent plus les flancs de la bête, ses deux mains portées en avant ont lâché la bride.

Mais le morceau le plus remarquable parmi ceux de cette époque est un Satyre à pied et à cheval , haut de 20 centimètres et d'une conservation exceptionnelle ; le front très bas , la face large, le nez retroussé, les lèvres lippues lui donnent une expression bestiale à laquelle ses yeux bridés et demi fermés ajoutent une plaisante nuance de malice et de friponnerie; la main droite posée sur la hanche, le bras gauche levé, il exécu-

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cute une danse de caractère, et la lourdeur de ses mouvements, la gravité imperturbable de son attitude, la conviction de saphy-

Hercule tirant de l'arc. Marbre de la collection de M. Carapanos.

sionomie, produisent l'effet le plus comique. Ajoutons que les formes sont consciencieusement étudiées et que, pour friser la caricature, cette statuette n'en est pas moins exécutée avec le soin que mérite un ex-voto.

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Nous avions déjà vu, à r exposition des Alsaciens-Lorrains, la jambe en bronze rapportée de l'Italie méridionale par un sagace et heureux fureteur, M. E. Piot. Elle provient, ainsi que plusieurs fragments de tunique, de la statue d'un homme armé, peut-être un hoplitodrome. Le modelé en est fin et nerveux; le masque de Gorgone, dont le haut delacnémide est orné, trahit le désir, curieux à cette époque, d'embellir cette tête, représentée presque toujours alors comme hideuse et grimaçante. Que n'avons-nous des débris plus importants de cette statue, je ne dis point la tête, mais du moins un morceau des bras ou de la poitrine! Assurément, c'est l'œuvre d'un artiste de haute volée, et une trouvaille moins incomplète nous eût permis de nous former une idée de ce qu'était la manière des maîtres de l'école italienne, les Pythagoras de Rhegium et les Dameas de Crotone.

A peine ai-je le temps de signaler en passant les trois miroirs en bronze de MM. Dutuit, de Bammeville et Gréau : dans tous les trois, le pied est formé par une Aphrodite entièrement vêtue ; les deux derniers sont de plus remarquables par la conservation des ornements accessoires dont le pourtour du disque était décoré; celui de M. de Bammeville est absolument complet, et le double sphinx qui en forme Facrotère lui donne une singulière élégance. Je ne puis non plus qu'appeler l'attention sur deux terres cuites de M. Gréau : un citharède vêtu, trouvé à Thespies (1), et où il faut peut-être reconnaître un Hésiode, et un Apollon nu et tenant la lyre, provenant de Délion en Béotie. Des statuettes semblables se trouvent assez souvent en cet endroit, et il faut sans doute y voir des imitations de la statue du dieu placée dans le temple auquel la localité devait son nom : elles nous permettent donc de nous faire une idée d'une sculpture qui a dû être importante.

L'Apollon de M. Gréau est des dernières années du sixième siècle ou des premières du cinquième. Il marque la transition

(1) Dessiné dans le catalogue de la vente Barre.

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de Fart archaïque à Fart de la grande époque. Il en est encore de môme d'une plaque estampée en terre cuite, qui fait partie de ma collection, et dont l'intérêt est grand, non seulement

Dispute du trépied. Plaque eu bronze de la collection de M. Carapanos.

pour l'histoire de l'art, mais aussi pour l'étude des mœurs. Le sujet représenté est un épisode des funérailles, le transport du mort au lieu de la sépulture. Le cadavre, la tête découverte, le corps enveloppé d'un manteau, est étendu sur un lit; ce lit est placé lui-même sur le tablier dîme charrette attelée de deux

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chevaux, et dont les roues ont la forme la plus ancienne. Tout autour s'avancent les personnes admises parla loi à faire partie du convoi : d'abord une femme, Yè^xutpvn^U, portant sur sa tête le vase fourpCç) destiné aux libations; puis deux parentes, vêtues comme l'enkhytristria du costume le plus solennel, deux tuniques superposées et un himation. Celles-ci (puaivo>evat yuvaïxsç), les cheveux dénoués, joignent leurs gestes de douleur à la lamentation funèbre (ôp-Tjvoç). Deux jeunes gens en costume de guerre, les fils peut-être, marchent à leur suite, et semblent, comme dans les ^uptcAoyi'ai de la Grèce moderne, interpeller le mort et lui reprocher d'avoir abandonné les siens. La marche est fermée par le joueur de double flûte chargé d'accompagner des sons les plus plaintifs de son instrument le thrène psalmodié par la famille (voir la gravure p. 330.)

Les plaques estampées sont fort rares : Schône en a décrit trente-deux (1) et depuis une dizaine peut-être ont été découvertes. Toutes sont de la même époque : il semble que la fabrication en ait été de courte durée et se soit faite dans un petit nombre d'ateliers. Celle que je viens de décrire est une des plus belles : la scène est bien composée; les figures groupées avec art, les attitudes graves et naturelles. J'aime moins celle qu'expose M. de Bammeville, et qui représente une scène de la tragédie classique, la rencontre d'Oreste avec Electre et Chrysothémis auprès du tombeau d'Agamemnon. Le faire en est beaucoup plus mou que celui de la plaque Photiadis-Bey, aujourd'hui au Louvre, où le même sujet est figuré.

C'est encore à l'époque des guerres Médiques que j'attribuerais le bas-relief en marbre passé de la collection de Mustapha- Fazyl-Pacha dans celle de M. Carapanos. Il est bien regrettable que la provenance n'en soit pas certaine : s'il était réellement de Corinthe, ce serait la première œuvre connue d'une école artistique sur laquelle les anciens mêmes ne savaient que bien peu de chose. Le sujet représenté est fréquent sur les

(1) Schone, Griechische Reliefs, 1872.

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peintures de vases, mais jamais, que je sache, il ne s'était rencontré sur un marbre : Hercule a déposé à terre sa massue et sa peau de lion, et nu, Tare entre les mains, il perce de ses flèches les oiseaux de Stymphale ou le centaure Nessus, représentés sans doute sur une dalle placée à la suite de la première. Comme dans les figures d'Égine, la taille est trop amincie, les fesses trop saillantes, les muscles tenseurs des cuisses trop accentués. Mais le mouvement général du héros, haussé sur la pointe des pieds et portant le corps en avant pour mieux viser, est très juste; ranatomie du torse est très bien étudiée, et la saillie de l'épaule droite, violemment portée en arrière, ainsi que la différence apparente de longueur des bras, sont franchement accusées : l'artiste connaît à fond le corps humain, et, avec la conscience scrupuleuse des âges primitifs, il ne cherche à atténuer ni à dissimuler rien de ce qu'une attitude juste peut avoir de disgracieux. La tête est bien vivante et d'une grande énergie. La grosseur du nez, la musculature vigoureuse des joues, l'épaisseur des lèvres, font songer au Brutus de Michel- Ange.

A tout seigneur tout honneur : parmi les monuments de l'art du cinquième siècle, notre premier regard est dù à la tête en marbre de la marquise de Laborde : admirer une œuvre de Phidias n'est pas un plaisir souvent donné aux Parisiens. J'ai dit une œuvre de Phidias, et en effet, quoique aucun texte ancien ne lui attribue clairement les frontons du Parthénon, les fouilles ci'Olympie, en nous faisant connaître le style de ses deux principaux émules, ont donné une très grande force à la croyance, en quelque sorte intuitive, que ces marbres sont bien de lui. Aucune incertitude d'ailleurs sur l'origine de la tète de la marquise de Laborde : grâce aux dessins pris par Carrey avant l'explosion de 1687, on sait qu'elle provient du fronton ouest du Parthé-

L'ART GREC AU TROCADÉRO

non, et de la statue de la Victoire placée sur le char auprès d'Athéna. Morosini trouvait ce groupe particulièrement beau; avant d'évacuer Athènes, il essaya de l'enlever; mais l'ébranlement produit par l'explosion avait été tel qu'aux premiers efforts faits par les ouvriers, tout tomba par terre et se brisa (1). Le secrétaire du capitaine général, San Gallo, ramassa la tête cle la Victoire et l'emporta à Venise, où elle resta longtemps oubliée. En 1824, elle fut vendue à un négociant autrichien, David Weber, possesseur de quelques antiques. Weber en reconnut la noble origine et la signala au monde savant dans une brochure publiée en 1825, et accompagnée d'une fort mauvaise gravure. Otfried Millier la publia de nouveau en 1832, dans ses Monuments de l'art antique. Enfin, en 1840, M. de Laborde, de passage à Venise, eut l'heureuse fortune de pouvoir l'acheter aux enfants de Weber et l'adresse cle la soustraire à la vigilance de la douane autrichienne.

La tête de la Victoire a beaucoup souffert : outre les ravages faits par la pluie à l'épiderme du marbre, le nez, les lèvres et le menton, ainsi qu'un morceau de l'occiput, ont été brisés lors de la chute, et peu adroitement restaurés. Néanmoins il reste assez de parties intactes pour que l'on demeure saisi d'admiration devant cette grandeur sans effort, cette majestueuse simplicité, cette grâce virginale unie à cette fierté divine. Quelles leçons ce débris mutilé peut donner à nos plus grands artistes, dont certes je ne méconnais point le talent, mais qui oublient trop souvent, dans la recherche de l'effet et de l'originalité, que les seules choses réellement belles sont les plus vraies et les plus simples !

Rien ne saurait soutenir la comparaison avec l'œuvre de Phidias. Et pourtant si, après avoir admiré la sublime grandeur que son ciseau a donnée à la sculpture, on veut se faire une idée de ce que pouvait être la peinture à la même époque, sous le

(1) Dépêche de Morosini au doge, publiée par M. de Laborde, Athènes aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, t. II, p. 227 et suivantes.

L'ART GREC AU TROCADÉRO

pinceau des Polygnote et des Micon, on regardera avec une vive curiosité la belle cylix à figures rouges signée du peintre Brygos, et exposée par M. de Bammeville. Brygos est un de ces artistes de la première moitié du cinquième siècle dont le style s'est modifié sans cesse, car, dans cette période fortunée, Fart progres-

Coré. Terre cuite de la collection de M. Rayet.

sait aussi vite qu'en Italie dans les premières années du seizième siècle. Parmi ses œuvres, la coupe de la collection Campana qui représente le jugement de Paris a encore de la sécheresse et de la raideur; la coupe de l'institut Stasdel à Francfort, dont la décoration est empruntée au mythe éleusinien, et celle que nous décrivons à présent, montrent déjà plus de souplesse dans le dessin et dampleur dans la composition. Celle enfin où est

L'ART GREC AU TROCADÉRO

figurée Héra poursuivie par les Satyres, n'a presque plus aucune trace d'archaïsme.

La coupe de M. de Bammeville montre à l'intérieur Briséis debout, versant à boire à un vieillard assis sur un trône. A l'extérieur est représenté le massacre de la famille de Priam par les héros grecs. La furie de la mêlée n'ôte rien à l'harmonie des lignes; la composition est serrée sans être confuse; le dessin est simple et large. Le jeune guerrier grec qui, après avoir terrassé Andromachos, s'élance sur Andromaché armée d'un pied de banc, est surtout d'un mouvement superbe. Par quelle singulière inconsistance de goût l'amateur qui a su apprécier cette pièce d'une beauté sévère peut-il supporter la vue de ces deux lécythi, le premier repeint d'un bout à l'autre, le second seulement aux trois quarts, de cette Vénus remplie de son, digne de la devanture d'un bandagiste, et de cette figure couchée dont le corps et la tête, pour n'être pas plus antiques l'un que l'autre, n'en font pas ensemble meilleur ménage? Combien la cylix de Brygos, le miroir signalé plus haut, et huit ou dix jolies statuettes, feraient plus fière figure s'ils étaient délivrés de cette mauvaise compagnie !

La coupe de Doris de la collection Paravey, sur laquelle est représentée l'Aurore enlevant du champ de bataille le cadavre de son fils Memnon, est d'un dessin un peu dur et sec (1). Doris se montre avec plus d'avantage dans quelques autres de ses peintures. La coupe de Chachrylion qui m'appartient (2) n'est pas non plus au nombre des œuvres principales de l'artiste dont elle porte la signature : ce qui en fait l'intérêt, c'est d'abord qu'on y distingue nettement, dans le corps de l'hoplitodrome, un détail rarement visible, la trace cle l'esquisse préparatoire; ensuite que, seule parmi les dix coupes connues de Chachrylion, elle a été trouvée en Grèce ; elle est ainsi une preuve du grand commerce de vases qui se faisait entre les diverses parties du monde hellénique.

(1) Froehner, Musées de France, pl. 10.

(2) Bulletin de la société des Antiquaires de France, 1878, p. 47.

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Doris et Chachrylion ont dû vivre l'un et l'autre au milieu du cinquième siècle. Mégaclès doit, au contraire, avoir travaillé vers 420 ou 400. Il n'est connu que par un seul vase, une charmante petite pyxis ou boîte à fard, de provenance athénienne,

Aphrodite/ Bronze de la collection de M. Carapanos.

passée dernièrement de la collection de M. Barre dans celle de M. de Hirsch (1). Le couvercle en est décoré de lièvres, animaux consacrés à Aphrodite; le pourtour, de scènes empruntées à la toilette et aux distractions des femmes dans l'intérieur du gynécée. L'œnochoé de M. Dutuit, sur laquelle est figurée une Ar-

(1) Elle est lithographiée dans le catalogue de la vente Barre.

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témis ailée caressant un faon (1), et l'hydrie de la comtesse Dzialynska, décorée d'une figure de l'Aurore, sont aussi des vases d'un beau caractère.

Il est bien probable que les anciens tenaient les coroplastes ou modeleurs de figurines en moindre estime que les fabricants de vases : ceux-ci, en effet, ont parfois signé leurs œuvres; ils avaient donc conscience de leur valeur et jouissaient d'une certaine notoriété; ceux-là, au contraire, ne nous ont jamais transmis leurs noms (2), et pourtant, jusque dans les produits de leur industrie dédaignée, on trouve maintes fois, non seulement le charme prime-sautier et bon enfant qui semble propre à la terre, mais le grand style de la sculpture et la sévère dignité du marbre. Il en est ainsi, par exemple, de la figurine de Coré, trouvée à Athènes et dont je suis possesseur. Elle est coupée à mi-corps, comme l'étaient souvent les images des divinités chthoniennes : la fille de Déméter est censée à demi sortie de terre, à demi cachée sous le sol. Elle est vêtue du péplos clorien, et a les cheveux serrés dans le bonnet ou xu<mç dont se coiffaient les jeunes vierges. L'ampleur de la poitrine, la rectitude hiératique des plis du vêtement, le port ferme et hautain de la tète, l'impassible sévérité des traits, inspirent le respect et révèlent la déesse à laquelle étaient données les épithètes de rcoma, la puissante, et de àYvvi, la pure.

Nous ne pouvons, car le temps nous presse, nous attarder à regarder dans la même vitrine une autre Coré, en pied celle-là, et également majestueuse, mais d'une facture bien moins fine. Mieux vaut nous diriger encore une fois vers la collection si variée et si instructive de M. Gréau, où nous appellent deux des bronzes les plus admirables qui soient au Trocadéro. Le premier est une déesse debout et vêtue, désignée dans le catalogue de l'Exposition rétrospective de 1866 comme une Junon, et

(1) Froehner, Musées de France, pl. 4.

' (2) [On possède d'assez nombreuses terres cuites asiatiques avec l'indication des ateliers d'où elles sont sorties ; la découverte de ces figurines est postérieure à 1878, date de l'article d'O. Ray et.]

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dans laquelle M. Fr. Lenormant, avec toute raison à mon avis, reconnaissait alors une Aphrodite (1). Je n'affirmerais point que cette statuette soit exactement de l'époque qu'elle paraît : le costume, l'attitude sont de la première moitié du cinquième siè-

Guerrier. Bronze de la collection de M. Gréau

cle; la manière dont est traité le modelé des jambes et du visage fait au contraire songer à certaines œuvres du début du quatrième, auxquelles, par un respect religieux de la tradition, on conservait encore la rigidité archaïque, alors que depuis

(1) Fr. Lenormant, les Antiques à V Exposition rétrospective des Champs- Elysées (Gazette des Beaux- Arts, février 18GG).

L'ART GREC AU TROCADÉRO

longtemps les artistes savaient donner au corps toute la souplesse et l'élasticité de la vie. Ces imitations du style d'une époque antérieure n'étaient pas rares chez les Grecs, et nous en trouvons encore un exemple dans la collection doclonienne de M. Carapanos : la plaque repoussée, où est figurée la dispute d'Apollon et d'Hercule pour la possession du trépied de Delphes, a la raideur des figures éginétiques, tandis que la correction classique des profils ne permet pas de la faire remonter plus haut que 450. Quoi qu'il en soit d'ailleurs de cette petite question de date, et que la statuette de M. Gréau soit de quelques années plus ancienne ou plus moderne, elle n'en est pas moins un des plus beaux bronzes antiques parvenus jusqu'à nous. La déesse est debout, vêtue du costume dorien aux plis simples et étoffés, et la tête ceinte d'une couronne que décorent des fleurons; l'épaisseur formée sur le front par les boucles ondulées de la chevelure projette sur le visage penché une ombre qui donne à la figure une suave expression de pudeur, une grâce mystérieuse et voilée; la gorge, d'une fermeté virginale, soulève le vêtement; les jambes sont rapprochées l'une de l'autre, et nulle part le corps n'a plus de largeur qu'à la poitrine; les pieds, chaussés de sandales assujetties par une bride passée entre les doigts, sont travaillés avec un soin minutieux; et la merveilleuse qualité du bronze, la patine d'un vert doux et harmonieux dont le temps l'a revêtu, ajoutent encore un charme de plus à ces formes d'une exquise élégance.

Je préfère encore, et de beaucoup, malgré les mutilations qu'elle a subies, la seconde statuette. Celle-ci, trouvée près de Tarente, représente un guerrier debout, peut-être un capitaine haranguant ses troupes. Sa poitrine large et bombée est revêtue de la cuirasse de métal (yuaXo6copa;), dont les deux pièces, reliées par des agrafes latérales et par deux bretelles placées sur les épaules, épousent le modelé du corps. Des bandelettes de cuir (TCTÉpuye;) protègent le haut des bras et les cuisses, exactement comme sur les statues de grands personnages de l'époque impériale romaine, et pourraient induire en erreur sur la date de

L'ART GREC AU TROCADÉRO

la statuette. Ce harnais militaire a commencé à être en usage vers le milieu du quatrième siècle et il a été porté par des officiers d'Alexandre avant de l'être par les empereurs. Ce qui est bien grec d'ailleurs, ce sont les cnémides qui recouvrent les jambes, et le casque percé de deux trous pour les yeux (TrspixscpaW auAwTTiç), qu'au moment du combat on rabattait sur la figure, et qu'en temps ordinaire on portait levé, de manière à laisser la face à découvert. La cuirasse, ses bretelles et ses franges étaient ornées de damasquinures qui ont en grande partie disparu; au-dessus du sternum était sans doute un masque de Gorgone, et sur l'abdomen ainsi que sur les cnémides courent des rinceaux d'argent. La pose du guerrier est aisée et naturelle, en même temps que digne et noble. Le modelé est large et simple ; la tête surtout, levée et en mouvement, est d'un superbe caractère. L'ombre du casque et les épaisseurs sommairement massées de la barbe concentrent l'attention sur la partie expressive du visage, sur les yeux profonds et pleins de pensées, le nez ferme et droit, les joues martelées par les fatigues subies, et la bouche entr'ouverte sous une moustache fièrement tordue. En regardant la photographie de ce bronze, il faut un effort pour se rappeler que c'est une statuette de moins de 25 centimètres, et non pas une statue.

A côté de ces deux merveilles, la collection de M. Gréau a encore plus d'un bronze cligne d'attirer les regards. Un guerrier nu dont les formes élancées sont d'un modelé un peu sec, un Silène ventru portant sur ses épaules une amphore, une tête d'Athéna au casque curieusement disposé, appartiennent également à l'époque à laquelle nous sommes maintenant parvenus, à la fin du quatrième et au troisième siècle. Un torse d'Apollon jeune est plus beau encore , malgré sa mutilation, malgré l'épaisse couche d'oxyde qui empâte ses formes d'une élégante sveltesse. N'eut-elle que ces quelques pièces, la collection de M. Gréau provoquerait encore l'admiration cle tous les connaisseurs et l'envie de tous les musées ; mais les bronzes grecs n'en sont que la moindre partie. La série des bronzes n>

[/ART GREC AU TROCADÉRO

mains, dont l'étude est réservée à un fin et érudit appréciateur, M. Benjamin Fillon, est encore plus nombreuse et plus remarquable (1).

Bien souvent déjà nous nous sommes arrêtés devant la vitrine de M. Carapanos, et chaque fois, que l'objet momentané de nos préoccupations fut la période primitive ou celle du plein développement de Fart, nous y avons trouvé des merveilles à admirer; chaque fois nous nous en sommes éloignés à regret. Revenons-y donc encore un moment, car Fart du siècle d'Alexandre n'y est pas moins bien représenté que celui des autres époques. Une plaque repoussée que décore une Scylla élevant son triple corps au-dessus des flots de la mer, est d'une facture un peu sèche, mais la difficulté de combiner ensemble des formes différentes y a été vaincue avec une étonnante habileté d'arrangement; une autre plaque repoussée, sans doute le couvre-joue de quelque casque de parade, représente, dans un style ferme et pur, le combat de Pollux et de Lyncée. Un second couvre-joue de casque reproduit simplement le modelé de la figure humaine : la barbe y est ciselée avec un soin minutieux, la moustache tordue avec une magistrale fierté. Notons encore une Bacchante qui, échevelée, les bras levés, la tunique agitée par la course, semble regarder quelque profanateur des orgies sacrées, un Penthée peut-être, jadis renversé à ses pieds : l'attitude est pathétique et le mouvement énergiquement exprimé.

Si l'on voulait trouver au Trocadéro un bronze grec comparable à ceux que nous montraient MM. Carapanos et Gréau, il fallait traverser plusieurs salles et aller, au milieu des émaux et des faïences du seizième siècle, chercher la petite statuette de M. Edouard André. Elle a été trouvée en pleine France, et même dans la France du Nord; et cependant personne, je crois, n'hésitera à y reconnaître une œuvre grecque; non seulement le caractère d'art, mais, ce qui est plus facile

(1) Voir le volume intitulé : Les Beaux arts à V Exposition universelle de 1878 (tome II), pages 102 à 125 {Vart romain et ses dégénérescences).

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à apprécier, la qualité même du métal, sont des preuves certaines de cette noble origine. Nos pères, les Gaulois d'avant César, n'étaient pas si barbares qu'on le croit d'ordinaire; ils avaient le goût du luxe et il se trouvait certainement dans leurs

Aphrodite. Terre cuite de la collection de M. Bellon.

villes de riches personnages qui comprenaient et aimaient le beau. Ce n'était pas seulement des vins, de l'huile et des figues que Marseille envoyait, par le Rhône et la Saône, jusqu'au centre du pays celtique ; parmi les marchandises qu'elle expédiait se trouvaient aussi sans doute des étoffes précieuses, des bijoux, des vases, des objets d'art. C'est ainsi que plus d'un

L'ART GREC AU TROCADÉRO

produit de l'industrie grecque a été rencontré dans les tombes de chefs gaulois ; d'autres ont été apportés à l'époque romaine, alors que le goût des collections était devenu commun. Quelle que soit son origine, la statuette de M. André n'en est pas moins l'un des plus beaux bronzes de l'exposition historique. Elle représente Hermès nu, sans ailettes ni talonnières, attributs que les artistes grecs omettaient ordinairement. Le dieu assis, les jambes étendues, la main posée avec abandon sur le genou droit, semble se reposer de ses courses; le port droit et ferme de la tête montre cependant qu'il est inaccessible à la lassitude. Le modelé est gras et large, les lignes à la fois sévères et élégantes.

Au contraire de Fart du bronze, l'art clu marbre au quatrième et au troisième siècle n'était que faiblement représenté au Trocadéro. M. Gréau exposait une tête de vieillard à longue barbe, à longs cheveux retenus par un diadème, qui est de provenance athénienne; c'est un Esculape sans doute; dans tous les cas le visage est d'une beauté achevée, quoique sentant un peu l'école, et le calme majestueux convient bien à un immortel. La statue de M. de Breuvery, une Caryatide évidemment inspirée de celles de l'Érechthéion, est aussi une œuvre de pratique, mais l'œuvre d'une époque où le sens du beau courait les rues et où le dernier ouvrier retenait quelque chose du style des maîtres. Elle a été trouvée à Halicarnasse et vient, nous dit-on, de l'emplacement même du Mausolée. Appartenait-elle réellement à cet édifice? Il n'est pas plus possible de l'affirmer que de le nier à priori. Elle a bien, du moins, la facture du milieu du quatrième siècle et est traitée, au point de vue décoratif et architectural, comme pour faire partie d'un monument. Le fragment de bas-relief votif de M. de Cossé-Brissac vient d'Athènes, et la comparaison de nombreux monuments analogues permet de reconstituer par la pensée la composition de toute la scène. Dans la partie droite, aujourd'hui perdue, était assise Athéna ; dans la partie gauche, la seule conservée , un personnage drapé, un gymnasiarque ou un chorège, ayant auprès de lui une figure

Combat de Pollux et de Lyncée. Plaque en bronze de la collection de M. Garapanos.

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féminine, qui peut être soit la personnification d'une tribu, soit celle de la discipline, Eutaxia , ou de telle autre vertu analogue, présente à la déesse protectrice les éphèbes vainqueurs dans quelque concours. L'œuvre est peu poussée, mais d'un style large et simple.

En dépit de la matière, la statuaire a autant de droit que la céramique à revendiquer trois têtes de lions , en terre cuite, dont la plus belle appartient à M. Gréau et dont les deux autres sont en ma possession. Ce sont de simples gargouilles et, d'après la place où elles ont été découvertes, on peut conjecturer qu'elles proviennent d'une des constructions de l'Arsenal du Pirée. Les inventaires de prise en charge dressés chaque année, à leur entrée en fonction , par les dix intendants de l'Arsenal , mentionnent à plusieurs reprises, pendant le cours du quatrième siècle, des « maîtresses tuiles à tètes de lions », xepafju&eç riys^ovsç Xeovr ToxécpaAot, qui n'étaient point encore posées. Ces trois tètes sont modelées, d'un caractère différent, et l'on trouve dans les trois un profond sentiment de la nature, en même temps qu'une grande entente des nécessités architecturales.

Deux vases, qui ne forcent l'attention ni par leur grandeur ni par leur effet décoratif, mais qui sont des morceaux de choix, de véritables pièces de musées, représentaient dignement l'art des potiers au quatrième siècle. Le premier est le rhyton, en forme de tête de bélier, dont la comtesse Dzialynska est propriétaire; le mufle de l'animal est d'un modelé vrai et puissant, et les scènes bachiques qui ornent le haut du vase sont bien composées et finement dessinées. Le second est la coupe profonde de la collection Paravey, sur un des côtés de laquelle on voit Bacchus tuant le géant Eurytos; la finesse et l'élégance sont les principales qualités de cette peinture. La coupe signée Sotadès , qu'exposait la comtesse Dzialynska, et qui est décorée de sujets bachiques, est bien inférieure à ces deux vases, mais intéressante encore. Citons encore un amphorisque de M. Paravey, sur lequel sont figurés un jeune homme et un vieillard tenant une lyre, peinture un peu mesquine peut-être, mais char-

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mante ; une œnochoé du même collectionneur, qui représente une scène de sacrifice, et un aryballe attique de M. Dreyfus, à figures blanches rehaussées d'or. Les lécythes polychromes d'Athènes sont fort peu nombreux, et les deux seuls, ou peu s'en faut, qui soient vierges de toute retouche, sont ceux de ma collection; comme toujours ils sont décorés de scènes funéraires.

Les salles antiques renfermaient relativement beaucoup de vases du troisième siècle et de la décadence ; on les distingue à leur exécution plus lâche et aux proportions plus grandes qu'y atteignent les figures. Une hydrie, sur laquelle est représentée avec beaucoup de liberté et de fougue une scène de pugilat, et un grand cratère décoratif orné d'une scène à nombreux personnages , l'enlèvement de Thétis par Pélée, sont les plus dignes d'être notés; ils appartiennent tous deux à la comtesse Dzialynska. M. Dutuita aussi quelques belles hydries gréco-italiennes de la même époque; il possède, en outre, une série très nombreuse et très intéressante de rhytons de toutes les formes. Il y a là des pièces qui mériteraient assurément une note, mais nous sommes encore bien loin du terme de notre voyage. Passons donc sans nous arrêter, et consacrons le temps qui nous reste à ce qui faisait l'originalité et le grand attrait des salles antiques, aux terres cuites de la Béotie et de l'Asie Mineure.

Les figurines de ïanagra ont beaucoup fait parler d'elles depuis leur apparition, il y a de cela cinq ou six ans, et l'Exposition a achevé de leur conquérir la faveur publique. C'est un fait remarquable, en effet, que l'admiration qu'elles provoquaient, non seulement chez les gens dont l'éducation a formé le goût, mais chez les visiteurs du dimanche, chez les simples ouvriers. Je me suis jadis longuement occupé de ces terres cuites, mais les articles publiés par moi en 1875 sont sans doute bien oubliés. Aussi ne me saura-t-on pas mauvais gré, je l'espère,

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de résumer brièvement ce que j'ai dit alors, et de refaire à grands traits l'histoire des fouilles d'où est sorti tout ce petit peuple si vivant et si divers.

Tanagra, on le sait, est située dans la partie orientale de la Béotie, à 12 kilomètres environ du canal d'Eubée, et au centre

Plaque en bronze trouvée à Dodone. Collection de M. Carapanos.

de la région ondulée que limite au nord le mont Ptoïos, avantgarde des montagnes de la Locride, au sud le Parnès, dont les cimes noires de sapins séparent la Béotie de l'Attique. La ville était bâtie sur un éperon de montagne qui s'avance jusqu'au confluent d'un pacifique petit ruisseau, le Lari (Thermodon), avec le Vouriéni (Asopos), torrent des plus rageurs en hiver, qui vient d'entre Platées et Thespies et coule droit à l'est vers le canal d'Eubée. Ce confluent est le point d'intersection natu-

L'ART GREC AU TROCADÉRO

rel, forcé presque, des routes qui sillonnent la Béotie occidentale. Aussi Tanagra, à la richesse que lui procuraient ses champs de blé et ses vignes, joignait-elle une grande importance commerciale et militaire. Convoitée par les Athéniens, auxquels elle fermait la route de Chalcis et l'un des deux accès vers Thèbes, attaquée souvent par eux, mais toujours sans succès durable, elle devint après Alexandre, et resta sous la domination romaine, la cité la plus florissante de la Béotie. Au début du troisième siècle avant notre ère, elle nous apparaît déjà, dans la relation de Dicéarque, comme une ville de luxe et de plaisir, l'endroit du pays béotien où un étranger passait le plus agréablement son temps : vin excellent et à bon marché, femmes jolies et point farouches, coqs de combat fameux dans toute la Grèce, qu'aurait-il pu désirer de plus?

De la ville, il ne reste plus qu'une enceinte reconstruite sans doute à l'époque des invasions barbares; à l'intérieur, les vestiges d'un théâtre, quelques tambours de colonnes doriques, et rien d'autre; des temples, des gymnases, de l'agora, il ne subsiste pas un pan de mur; d'innombrables tessons de poteries fines et bien décorées confirment seuls les témoignages des anciens sur la richesse de Tanagra. C'était peu pour attirer les voyageurs : aussi ne passait-on guère par là, jusqu'au jour où des découvertes imprévues sont venues attirer l'attention.

Déjà à plusieurs reprises les Albanais des misérables hameaux de Skimatari, Bratzi, Liatani et Staniatges, situés tous dans un rayon de 5 ou G kilomètres autour de Tanagra, avaient trouvé par hasard, en labourant leurs champs ou en piochant leurs vignes, des tombeaux contenant tantôt des vases, tantôt des figurines en terre cuite; mais c'est en 1872 seulement que commencèrent des recherches suivies. Un fouilleur de profession, le corfiote Yorghis Anyphantis, qui venait de mettre sens dessus dessous la nécropole de Thespies et n'y trouvait plus rien de bon à prendre, eut l'idée de venir explorer les tombeaux de Tanagra; il reconnut bientôt que ces tombeaux étaient de deux sortes : les uns, simples trous creusés ça et là

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au milieu des champs, étaient d'une époque fort archaïque et ne renfermaient que des vases; les autres, régulièrement alignés le long des routes et formés de grandes dalles de tuf, étaient d'une époque plus récente et ne contenaient plus de vases peints, mais en revanche des figurines : de une à trois ou quatre dans l'intérieur, et parfois d'autres, beaucoup plus nombreuses, au-dessus du couvercle. De ceux-là, la recherche était fort aisée : une fois la direction d'une route reconnue sur un point, il n'y avait qu'à la suivre. Aussi les fouilles de Yorghis eurent-elles un plein succès et la quantité de figurines qu'il trouva, les prix avantageux qu'il obtint des marchands d'Athènes, ayant décidé les Skhimatariotes d'abord, puis les gens des autres villages, à chercher eux aussi les tombeaux, à partir de 1872 vases et terres cuites de Tanagra arrivèrent en grand nombre à Athènes. C'est dans ces premiers temps des fouilles, et avant que les prix ne fussent très élevés, que put être formée la collection clu Louvre : collection sans rivale dans tous les musées de l'Europe et qui se distingue non seulement par le nombre et la beauté des pièces, mais surtout par leur virginité.

Ces heureux temps, où les plus jolies figurines se vendaient à Athènes 100 ou 200 francs au plus, ne durèrent d'ailleurs que fort peu. En quelques mois, les prix de vente décuplèrent; chaque marchand d'Athènes eut son agent' à Tanagra, chaque trouvaille donna lieu à une sorte d'enchère, si bien qu'on commença, à Skhimatari même, à parler de 500 et de 1,000 drachmes et que toute la population valide abandonna le travail des champs pour se consacrer aux fouilles. La route de Thèbes fut suivie jusqu'à plus de deux heures de distance, jusqu'aux hameaux de Patza'ïtses et de Moustaphadès. Celle de Chalcis, qui passe au milieu môme de Skhimatari, celle d'Aulis qui en est toute voisine, furent explorées presque aussi loin. Celle d'Athènes par Oropos, à travers la plaine de Kokkali (KoxxaXiov, Yossuaire) fut excavée jusqu'au delà de Staniatass; le chemin de montagne d'Athènes, par les maquis de Kapsa Spitia et la

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passe de Vigla (Phylé), fut fouillé jusqu'à Liatani, point au delà duquel il s'engage dans les rochers. Lorsque le gouvernement grec s'avisa d'interdire les fouilles et de faire occuper militairement les villages, on continua de travailler pendant la nuit. Tout d'ailleurs, ou peu s'en faut, était déjà fait. Aujourd'hui de grandes traînées blanches, produites par l'apport à la surface des terres du sous-sol, s'étendent à perte -de vue à travers les champs et les vignes et indiquent les fouilles faites. Les gens du pays évaluent à 6 ou 8,000 le nombre des tombeaux ouverts par eux; mais il s'en faut de beaucoup que dans tous on ait trouvé des figurines : un bon quart, en effet, ont resservi à l'époque romaine et ne contiennent rien; d'autres ont été, à l'époque grecque elle-même, vidés par des voleurs (le pillage des sépultures, la Tujxêcopu/ja, était une industrie très lucrative et très pratiquée); la moitié au plus sont restés intacts. Encore, dans tous ceux qui sont creusés au milieu des alluvions rougeàtres et perméables des vallées, les figurines ont été tellement attaquées par l'humidité qu'elles se fendillent et s'effritent en miettes au premier contact de l'air; c'est seulement lorsque les tombeaux sont creusés dans les couches d'argile blanche adossées au flanc des collines que les terres cuites sont bien conservées et peuvent être retirées entières; parfois même, mais bien rarement, elles ont encore leurs couleurs. Quant à celles qui étaient placées sur le couvercle des tombes, elles sont toutes brisées et l'ont probablement été à dessein, au moment même des funérailles. Les marchands d'antiquités recueillent avec soin tous ces débris, les recollent en combinant ensemble des morceaux provenant de terres cuites différentes, mais d'attitudes semblables, et couvrent ensuite le tout d'une couche de blanc sur laquelle ils appliquent des peintures ou de la boue : c'est ainsi que sont faites ces figurines aux roses vifs, aux bleus éclatants, qui voudraient nous faire croire que les Grecs connaissaient déjà, il y a vingt-un ou vingt-deux siècles, des sels métalliques dont la préparation a fait la gloire de tel ou tel chimiste de notre temps. L'épuisement de la nécropole de

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Tanagra et la cessation presque complète des fouilles a, depuis deux ans, rendu ces fraudes plus lucratives et plus fréquentes.

Pour quel motif ces figurines ont-elles été mises dans les

Femme jouant avec l'Amour. Terre cuite de la collection de M. C. Lecuyer.

tombes? Sont-ce des divinités protectrices du mort, ou bien de simples mortels, compagnons de son existence terrestre, et destinés à lui rappeler les plaisirs qu'il a goûtés dans cette vie et les amis qu'il a quittés? Pas un seul texte dans la littérature ancienne ne permet de répondre à cette question. Du moins, c'est en vain que les archéologues ont depuis cinq ans feuilleté les auteurs les plus inconnus : pas le plus petit lambeau de

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phrase n'est venu satisfaire leur curiosité. Aussi la discussion continue-t-elle encore entre ceux qui voient dans ces figurines des divinités de l'Olympe ou de l'Hadès et ceux qui les rabaissent à la condition des humains. D'un côté, un vaillant et vigoureux champion, M. Heuzey, sans s'effrayer de l'isolement où il reste, soutient avec beaucoup de science et de talent le caractère divin de ses protégées ; de l'autre, une troupe nombreuse d'adversaires ferraille de son mieux contre lui et pare, avec succès je crois, toutes ses attaques, mais sans parvenir à lui porter de coup décisif. Le moment serait mal choisi pour rentrer dans la mêlée; les controverses dogmatiques n'ont point place dans un compte-rendu ; ce qui nous intéresse ici , et ce qui est incontestable, c'est le charme exquis de ces figurines. Faites avec une rapidité extrême, presque toujours peu poussées, elles n'en montrent pas moins, chez les modestes ouvriers qui les fabriquaient, une étourdissante fertilité d'invention, un sentiment délicieux de la forme, une profonde intelligence de la vie. L'aspect d'ébauches qu'elles conservent les rend encore plus séduisantes. Elles nous révèlent dans l'art grec un côté non seulement nouveau, mais inattendu, le côté familier, fantaisiste, bon enfant. Mortelles ou déesses, ces femmes, si vives d'allure, si pimpantes, nous en disent plus sur la vie de tous les jours, sur les costumes à la mode, sur les attitudes habituelles, sur les mœurs enfin, que la lecture d'une douzaine d'infolio et que la contemplation des plus sublimes chefs-d'œuvre de la statuaire.

De toutes les collections de figurines tanagréennes exposées au Trocadéro, la plus belle sans contredit, tant par le nombre que par le choix, est celle de M. Camille Lecuyer. Nous donnons ici (page 3G9) le dessin d'une des plus jolies pièces qu'elle renferme, et qui se trouve être en même temps l'une des plus favorables au système des interprétations mythologiques. Rien en effet n'empêche d'y reconnaître Aphrodite et Éros; il est vrai qu'il est également possible de n'y voir qu'une simple mortelle : la poésie légère du quatrième et du troisième siècle abonde en petites

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pièces où des femmes causent familièrement avec l'Amour, l'appellent, le caressent et folâtrent avec lui ; c'est là un thème inépuisable pour les faiseurs d'épigrammes : quoi d'étonnant à ce que les coroplastes l'aient développé à leur manière? Pour-

Esclave. Terre cuile de la collection de M. Lecuyer.

quoi n'auraient-ils pas représenté une femme cherchant à retenir par quelque présent l'Amour prêt à s'envoler loin d'elle? Même incertitude pour une autre figurine de M. Lecuyer, une jeune femme assise sur un rocher et donnant à manger à une colombe posée sur son genou. La colombe est sans doute l'oiseau d'Aphrodite, mais c'est aussi l'un de ceux que les femmes

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prenaient soin d'apprivoiser et de nourrir : c'était pour elles une distraction aussi grande que pour les hommes d'élever des cailles et des coqs. Qu'est-ce encore que cette autre femme, assise pareillement sur un rocher, mais le torse nu, et qui dans sa main droite, nonchalamment appuyée sur la cuisse, tient une balle rouge, tandis que de la main gauche portée en avant elle semble s'apprêter à en saisir au vol une autre? La balle et la pomme ne conviennent pas moins à Aphrodite que la colombe; mais le jeu de balles était fort à la mode chez les jeunes filles; lancer à quelqu'un une balle, ou mieux une pomme mordue, était aussi une manière fort employée de déclarer son amour. Dans un passage des Nuées, Aristophane recommande à un jeune homme « de ne jamais aller chez une danseuse, de peur que, pendant qu'il restera bouche béante à la regarder, la courtisane, en lui jetant une pomme, ne lui fasse perdre sa bonne renommée. » Dans un vase du musée de Naples (1) , l'Amour jette une balle à une jeune fille, et la scène est complétée par la légende « On m'a lancé la balle. » Tout le monde enfin connaît les beaux vers de Théocrite : « Galatée lance des pommes à tes brebis, ô Polyphème, et se plaint que le berger est insensible à l'amour; mais toi, malheureux, tu ne la regardes même pas, et tu restes assis à jouer doucement de la syrinx. Vois! cette fois elle vient d'atteindre le chien qui suit ton troupeau, gardien vigilant : et lui aboie en regardant vers la mer et les Ilots au doux clapotis reflètent son image tandis qu'il court le long de la grève. » L'habitude que les courtisanes avaient d'attirer ainsi l'attention avait même fait former le verbe composé ^AoêQÀstv. Celui qui prendrait pour des Aphrodites toutes les statuettes grecques qui représentent une femme tenant une pomme s'exposerait, je le crains bien, à commettre de fort irrévérencieuses confusions.

Une femme qui en porte une autre sur ses épaules et marche

(1) Lenormant et deWitte, Élite des monuments cèramographiques, t. IV, pl. GO.

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d'une allure rapide représenterait, si Ton admet les explications mythologiques, Déméter ramenant de FHadès sa fille Coré; il n'y a là en effet rien d'impossible. Mais tout à côté nous trouvons un petit groupe où l'action est toute semblable, et où les

Jongleuse. Terre cuite de la collection de M. Lecuyer

deux personnages sont, à n'en pas douter, deux toutes jeunes fillettes : ici donc, plus de Coré ni de Déméter, plus de retour de l'Hadès : au lieu de tout cela, un simple jeu d'enfant, jeu connu d'ailleurs par les textes, l'Icpso pianos : le perdant était condamné à porter le vainqueur à une certaine distance. Aujourd'hui encore, dans une espèce de jeu de balle, les gamins d'A-

L'ART GREC AU TROCADÉRO

thènes imposent au maladroit qui s'est laissé toucher une pénitence semblable.

Les seuls personnages divins dont la présence dans les tombes de Tanagra soit incontestable et fréquente sont les génies ou les êtres d'ordre inférieur qui symbolisent les plaisirs des sens. M. Lecuyer possède une remarquable suite d'Amours : les uns jouent à la balle, les autres pourchassent des oiseaux ou laissent maladroitement envoler ceux qu'ils tenaient dans leurs mains. Ses Silènes sont aussi bien curieux : l'un d'eux, aux chairs grasses et molles, à la face d'une ignoble laideur, est assis presque nu sur un rocher, et adresse les plus caressants sourires au petit Dionysos, qu'il tient sur ses genoux et qui se démène en pleurant et en poussant des cris. Un autre, au visage encadré d'une épaisse chevelure et d'une longue barbe, est assis sur une outre encore presque pleine, et, avant de l'ouvrir, jette au spectateur un regard d'effronterie hébétée.

Le vieil esclave reproduit ci-dessus (page 371) nous transporte décidément dans la vie de. tous les jours. Le dos courbé, la marche tramante, il accompagne son maître au gymnase et tient à la main l'aryballe pleine d'huile, le strigile et les gantelets. Impossible de mieux exprimer la paresse, l'avilissement et la rouerie sournoise qui sont, en tout temps et en tout pays, les fruits de la servitude.

Il serait trop long d'énumérer, encore plus de décrire tout ce qu'il y a d'intéressant dans la vitrine de M. Lecuyer. Citons cependant encore une femme debout, noblement drapée dans son himation et ne montrant qu'une partie de son visage, comme le faisaient les Thébaines et comme le font aujourd'hui les Turques; un jeune éphèbe nu, le pétasos sur l'épaule, le front surmonté de la couronne de feuillage destinée à donner à la tête un peu de fraîcheur ; enfin deux terres cuites qui proviennent de fabriques dont les produits sont fort rares : Athènes et Hermione en Argolide. La première, l'Athénienne, est une jongleuse entièrement nue et qui passe la jambe à travers un cerceau qu'elle tient clans ses deux mains; la tête surtout en est

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très fine (page 373). La seconde est une caricature troussée avec la verve la plus spirituelle : un pancratiaste s'avance vers son adversaire; il tend en avant ses mains, garnies de courroies et de morceaux de plomb destinés à rendre les coups plus terribles. Son nez écrasé, ses oreilles toutes tuméfiées, ses lèvres injectées

Femme assise. Terre cuite de la collection de M. Bellon.

de sang, font de sa tête quelque chose d'informe et de hideux. L'exagération des muscles du torse contraste singulièrement avec la maigreur des jambes, petites, sèches, incapables de porter un tel corps. L'effet comique est irrésistible, la science des formes étonnante.

La vitrine de M. Bellon contient une des plus jolies figurines de Tanagre qui soient au Trocadéro : c'est une femme assise sur

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un rocher, une Déméter douloureuse si l'on veut; tout enveloppée d'un ample himation à travers la fine étoffe duquel on distingue les formes du corps, elle incline, avec une expression de douce mélancolie, sa tête encadrée dans les plis du voile, comme celles des madones de Cimabuë; le modelé est ferme et sobre, l'aspect sévère et vraiment grand (page 375). Une autre promeneuse voilée, la tête penchée par une tristesse assagie, est également fort élégante. Un masque de vieillard au front osseux et sillonné de rides, aux traits ressentis, à la longue barbe blanche, est d'une exécution puissante.

De toutes les terres cuites béotiennes de M. Gréau, celle que je préfère est un vieux Silène assis sur un rocher, et dont la pose abandonnée et somnolente est suffisamment expliquée par l'outre à moitié dégonflée sur laquelle il pose sa main. La facture est large, et la fatigue de l'ivresse exprimée sans exagération, sans grossièreté, sans que les lignes deviennent disgracieuses. Une femme assise, tenant l'Amour sur ses genoux, est d'une attitude fort élégante, mais l'Amour lui-même est gauchement posé, tout à l'heure il va tomber à terre : sans doute c'est un de ces accessoires qu'il arrivait parfois aux coroplastes d'ajouter au gré de leur caprice, et sans qu'ils eussent été prévus par le modeleur de la maquette primitive. Une figurine de très petite dimension, une danseuse voilée et qui jette hardiment son pied en avant, me paraît une œuvre plus complètement réussie : la pose en est gracieuse et le mouvement bien rendu. Ce type de la danseuse voilée est fréquent parmi les terres cuites de Béotie, mais l'exemplaire de M. Gréau est le plus joli que je connaisse.

M. de Bammeville possède un groupe un peu lourd comme facture, mais curieux comme sujet, un Silène entraînant une Bacchante court vêtue et qui se laisse assez volontiers conduire. La même composition se retrouve en plus petit sur un miroir de Corinthe : sans doute c'était un motif courant et dont on s'inspirait dans les ateliers d'industries diverses. Le fait ne devait pas être rare, et M. Gréau possède précisément une

L'ART GREC AU TROCADÉRO

plaque en terre cuite sur laquelle est figurée en relief le combat d'un guerrier contre une Amazone et qui a pu également servir

Bacchanle. Terre cuile de la eollection de M. Rayet.

de modèle à des ouvriers en bronze et à des fabricants de terres cuites. Pour en revenir à la vitrine de M. de Bammeville, une joueuse de balle, assise sur un rocher, est d'une pose très jolie.

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