TROCADÉRO
Mais le morceau capital de la collection est une vieille nourrice, la tête enfoncée clans les épaules, le dos voûté, les joues grasses et pendantes, et qui sourit avec bonhomie à un enfant emmaillotté posé sur ses genoux. Une nourrice toute semblable, et sans doute sortie du même moule, se trouve dans la collection peu nombreuse, mais choisie avec le goût le plus sûr, qu'expose M. E. Piot; il est curieux de constater combien la retouche faite à Fébauchoir a rendu différente, clans ces deux figurines pareilles, l'expression du visage. Au lieu de la placidité bonasse etsénile de la première, nous trouvons clans la seconde une tendresse attentive et grave. A côté de cette bonne vieille, M. Piot expose une jeune femme debout, très gracieuse de tournure, et dont la figure a conservé sans altération le glacis délicat dont le coroplaste l'avait couverte ; une autre jeune femme debout aussi, mais noircie par le feu du bûcher, est une des premières figurines tanagréennes rapportées en France et est restée une des plus jolies; une femme qui marche cFune allure rapide, le corps cambré en arrière, un large chapeau à la main, provient d'un tombeau de Corinthe et est d'une allure fort originale. Le voisin de M. Piot, M. de Hirsch, possède aussi une intéressante figurine tanagréenne : c'est une simple tête, voilée et portée sur un pied rond. L'exécution n'en est pas très fine, mais l'arrangement du voile est très ingénieux et donne à la figure une grande dignité.
Ma collection ne contient qu'un petit nombre de figurines tanagréennes; mais on me pardonnera, je l'espère, de ne pas les trouver indignes d'un regard : si je les ai acquises, si même j'ai fait pour telle ou telle de vraies folies, n'est-il pas évident que c'est parce qu'elles me semblaient intéressantes? Celle qui a mes préférences est la jeune femme reproduite à la page précédente. Vêtue d'une tunique blanche et d'un himation qu'elle a rejeté en arrière, elle porte en sautoir sur la poitrine la nébride des Bacchantes; son bras droit, nu, est orné d'un bracelet doré et des boucles dorées également pendent à ses oreilles : sa chevelure est montée et bouffée de manière à
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donner à la tête plus de hauteur. La fermeté de l'attitude, lacrânerie avec laquelle le poing gauche s'appuie sur la hanche, le ventre porté en avant, la sensualité du visage, trahissent la courtisane. Les lignes sont belles et élégantes, et la rare conservation des couleurs ajoute encore à leur charme. Auprès de la Bacchante est une joueuse d'osselets, accroupie et appuyant sa main droite contre le sol ; la tête dressée et l'œil bien ouvert, elle attend le coup que va jouer son adversaire. Les formes sont plus larges et plus pleines qu'elles ne le sont d'ordinaire dans les figurines de Tanagre, les lignes ont plus d'enveloppe et la statuette est conçue davantage comme une statue. Un vieux Silène, assis sur une outre presque vide et qui, la tète dans les épaules, fair hébété et guilleret, offre amicalement à boire aux passants, est une charge d'un amusant caractère.
C'est vers le milieu du quatrième siècle que commence à Tanagre l'habitude de déposer des figurines clans les tombes : c'est plus tard encore, vers le commencement du troisième siècle, que cet usage fait son apparition en Asie Mineure. Les plus anciennes des terres cuites asiatiques sont en effet dessinées d'après les règles mises en honneur par Lysippe et par son école : les corps y sont allongés à l'extrême, les têtes petites. Il y a là même quelque chose qui choque et qui met en défiance, surtout quand on vient d'admirer des figurines tanagréennes. Mais un allongement des corps s'observe aussi dans de nombreux bronzes de l'époque macédonienne, et la réduction des têtes à des dimensions minuscules se voit jusque dans des œuvres en marbre, par exemple dans l'Hercule Farnèse. La matière et l'exécution ne sont pas non plus les mêmes que dans les figurines de la Béotie. L'argile blanche, savonneuse au toucher, ductile et facile à cuire qui est si abondante à Tanagra, n'exis-
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tait point en Asie Mineure : les coroplastes s'y sont servis de la boue charriée par les fleuves et qui provient du lavage des argiles rouges pailletées de mica qui forment les terres du haut pays; cette boue leur a fourni une pâte céramique plus courte et plus rêche que l'autre, mais aussi plus fine, plus serrée et susceptible de prendre par la cuisson une très grande dureté; cette pâte n'est d'ailleurs pas semblable dans toutes les localités, et l'aspect seul de la matière permet de distinguer dans les terres cuites d'Asie Mineure un assez grand nombre de fabriques distinctes. Ce peu de plasticité de l'argile n'a pas moins contribué que le goût plus raffiné du temps à donner aux terres cuites de Pergame, de Smyrne, de Magnésie de Méandre (1) et de Milet, un caractère d'art tout différent de celui des terres cuites béotiennes : plus rien de cette bonhomie, de ce laisser-aller charmant, de ces accents spirituels et fantaisistes que donne la retouche, mais des figurines tirées de moules faits avec le plus grand soin, et auxquelles il a suffi, avant de les mettre au four, de coller certaines parties détachées et de donner du poli. Souvent même, et particulièrement dans la fabrique de Smyrne, les moules ont dû être obtenus par le surmoulage de petits bronzes; d'autres fois les maquettes qui ont servi à les faire n'étaient que des réductions cle grandes statues. Aussi ne devons-nous point chercher dans la céramique d'Asie Mineure les renseignements intimes que nous avons trouvés dans celle cle Tanagre : nous sommes en présence cle figurines qui ont fait toilette pour paraître en public, qui n'oublient point qu'on les regarde et qui prennent des poses ; dans la plupart nous sentons l'effort et la recherche, dans quelques-unes même la prétention. L'intérêt qu'elles ont pour nous, elles le doivent, les unes à leur étroite parenté avec la statuaire contemporaine, les autres aux informations qu'elles fournissent sur le curieux travail cle syncré-
(1) [Dans la Gazette des Beaux- Arts, 0. Rayet avait écrit « cTEphèse » ; mais il reconnut, avant de réimprimer son travail, que la provenance d'Ephèse était une invention des marchands.] (Voir Gazette arcliëologiquc, 1878, p. 201. — S.R.L
tisme mythologique qui a commencé en Asie Mineure avec la conquête d'Alexandre et a continué jusqu'au triomphe du christianisme.
Les premiers débris de l'industrie figuline asiatique qui aient été connus sont les fragments trouvés en 1815 par
Hercule et Omphalc. Terre cuite dorée de la collection de M. Lccuyer.
M. Barker, et en 1852 par M. Langlois dans le monticule de Geuzluk-Kaléci, sous les murs de l'ancienne Tarse : les uns sont aujourd'hui au British Muséum, les autres au Louvre. M. Gréau exposait aussi quelques fragments de même origine, entre autre une très belle tête d'Hercule Tarsien, couronnée de feuillage. Pendant longtemps on n'a recueilli dans les villes du littoral de la mer Égée que des têtes détachées des figurines auxquelles elles avaient appartenu : M. Lecuyer possède de ces têtes une série très nombreuse et qui pourrait permettre des étu-
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des fort intéressantes sur les coiffures antiques. Ce n'est guère que depuis deux ans que des marchands grecs sont venus exploiter la mine dont les paysans turcs tiraient un si mauvais parti ; leurs fouilles plus adroitement conduites ont amené la découverte à Smyrne, à Pergame, à Mylasa et ailleurs encore de terres cuites tout à fait intactes ou faciles à restaurer, et qui ont été apportées en Europe sous le nom impropre de terres cuites d'Éphèse. Le Trocadéro en renferme une suite assez nombreuse.
C'est de Smyrne que provient le groupe entièrement doré exposé par M. Lecuyer : un personnage barbu, Hercule, tel que Ta figuré l'école asiatique, et une femme dans laquelle, vu la provenance du monument, on ne peut reconnaître qu'Oinphale, sont assis sur le bord d'un de ces petits lits (xXïvai) dont on se servait dans les festins. Le héros passe familièrement le bras sur l'épaule de sa compagne qui se presse contre lui et lui prodigue ses plus doux regards, ses plus tendres caresses. Les formes sont allongées et élégantes, les lignes harmonieuses ; la tète d'Omphale est très fine et très expressive.
Le groupe de M. Lecuyer est traité en bas-relief; l'Aphrodite Anadyomène de M. Bellon, également sortie de la nécropole de Smyrne, est au contraire une ligure de ronde bosse. Nous la reproduisons à la page 359. La jeune déesse, debout et nue, rassemble dans sa main droite une partie de ses longs cheveux, et se regarde dans un miroir qu'elle tient de la main gauche. La pose est souple et gracieuse, le visage d'une délicieuse pureté; le corps est celui d'une toute jeune fille, la poitrine encore étroite, les seins à peine formés, la taille longue et les hanches empâtées : l'art grec n'a presque jamais reproduit les formes grêles et imparfaites de l'extrême jeunesse, et leur imitation dans une œuvre aussi soignée est un fait digne de remarque.
J'aime moins l'Aphrodite de M. de Hirsch, sortant de la mer, elle aussi, et ayant l'Amour à côté d'elle : les formes en sont un peu lourdes; en revanche le génie bachique du même ama-
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teur est d'un mouvement très heureux et d'une facture excellente.
M. de Hirsch, M. Bellon, M. Lecuyer, ne possèdent chacun qu'une ou deux statuettes d'Asie Mineure; M. Gréau, à lui
tout seul, en a une vingtaine. Sa petite Aphrodite, debout et nue, qui relève la jambe droite pour retirer un grain de sable resté collé à son pied, est d'un modelé un peu rond, mais d'une silhouette très originale et très jolie. Un Amour, nonchalamment appuyé sur un cippe, a quelque chose de l'élégance du fameux Satyre de Praxitèle; un second Amour, tenant dans
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la main gauche une œnochoé et ayant auprès cle lui un dauphin, n'est pas moins gracieux que le précédent. Une Artémis debout, avec un cerf couché auprès d'elle, une Cybèle assise sur un trône, entre deux lions, et un Amour enfant jouant avec un paon qui fait la roue, sont surtout intéressants au point de vue mythologique; un bouffon, debout et gesticulant, est d'une invention fort originale.
M. Gréau considère sans doute comme la pièce capitale de sa collection une tête de Satyre ou de Pan, en terre à modeler, de grandeur nature, qui a été apportée de Smyrne. Cette tête a excité, dès l'ouverture des salles du Trocadéro, des discussions sans fin entre les amateurs, aussi bien ceux de Fart moderne que ceux de l'art antique. Beaucoup, le plus grand nombre même, sont portés à attribuer ce curieux fragment soit à îa fin du seizième ou aux premières années du dix-septième siècle, soit même au dix-huitième; ils allèguent la sécheresse du travail, poussée dans certains détails, le nez par exemple, jusqu'cà la pauvreté, et une recherche de l'effet qui trahit une époque de décadence; ils observent que l'implantation horizontale de la barbe et l'indication minutieuse des cheveux sont peu conformes aux traditions de l'art antique, que les feuilles entremêlées à la chevelure, sorte de compromis entre celle de la vigne et du figuier, trahissent une hésitation singulière ; ils font remarquer, enfin, combien la facture de cette terre cuite ressemble à celle d'un Pan en bronze du seizième siècle, exposé par M. Piot. Fort bien, répondent leurs adversaires : ces défauts, que vous signalez, nous les voyons également : mais ils existent aussi à la fin cle l'époque macédonienne : alors aussi les formes sont sèches et maigres, le goût mesquin, l'étude insuffisante. Il ne faut pas d'ailleurs pousser trop loin la sévérité. Un peu de maigreur n'est-il pas naturel dans la tête d'un être dont le prototype est le bouc? D'ailleurs, à côté de certaines parties où le modelé n'est pas serré d'assez près, il y en a d'autres où l'on sent une consciencieuse étude et un effort méritoire : les sourcils froncés, les yeux sensuels, les paupières fatiguées, les
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lèvres frémissantes, sont des morceaux modelés d'une main
Miroir gréco-italien. Collection de M. Benjamin Fillon.
très habile. Quant à l'implantation de la barbe, elle est figurée
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de même sur certains masques comiques; le soin minutieux avec lequel sont indiqués les cheveux s'explique suffisamment par les facilités préliminaires que la matière employée offrait au modeleur. Et puis, un artiste moderne n'aurait-il pas davantage encore cherché le pittoresque? n'aurait-il pas contourné plus bizarrement la bouche, fait saillir avec plus de relief les muscles du cou, froissé plus curieusement ces feuilles entremêlées à la chevelure, et dont le dessin est si simple, les plans si unis? Une autre chose à considérer, c'est la matière : la terre est foncée en couleur, serrée, dure et lourde; la cassure a une netteté métallique : elle ne ressemble à aucune des terres employées en Italie au seizième et au dix-septième siècle : celles-ci sont plus jaunes, moins compactes, et leurs cassures s'émoussent et s'effritent aisément. Ne serait-il point surprenant, si notre tête est moderne, que nous n'en sachions aucune où la matière soit analogue? Les connaisseurs, qui distinguent si bien la fabrique d'un plat en faïence, ne devraient-ils pas pouvoir nous dire sans hésitation de quel atelier sort cette œuvre autrement importante? L'impuissance où ils se trouvent n'est-elle pas significative?
Tels sont les arguments invoqués de part et d'autre : aucun ne me paraît décisif. Heureux ceux pour lesquels aucune question n'est embarrassante et qui ont réponse à tout! pour moi. je l'avoue humblement, je n'ai pas en moi tant de confiance, le doute ne me semble pas chose humiliante, et je ne prétends aucunement à l'infaillibilité. Jusqu'à ce que l'on m'apporte, en faveur d'une opinion ou de l'autre, un argument péremptoire, je tiens à réserver mon jugement. Aussi bien la question ne peut, je crois, être tranchée que par une enquête sur l'origine de la pièce suspectée, et les amis de l'antiquité ne sauraient trop presser M. Gréau d'en faire une.
C'est encore à l'art de l'Asie Mineure qu'appartient la tête d'Hercule de M. Piot; elle est conforme au type créé parLysippe et modelée avec une grande énergie: une tête juvénile et également asiatique est aussi d'un beau caractère. A côté, M. Piot
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expose d'autres têtes, cypriotes celles-là, et qui sont bien belles, surtout les deux de Déméter assise et voilée (1); je ne sais d'où provient celle, également curieuse, d'une déesse à la figure jeune et souriante, aux longs cheveux bouclés, surmontés d'une haute couronne. Ce sont aussi de vraies merveilles que ces deux lampes de terre, l'une décorée d'une tête de nègre
Fillette jouanl avec une poule. Terre cuite de la collection de M. Rayct.
pleine d'accent, l'autre où un buste d'Apollon, d'une grâce toute féminine, est si ingénieusement agencé avec la lyre placée derrière.
On ne s'attend guère à rencontrer au milieu de l'exposition égyptienne l'une des plus charmantes figurines grecques du troisième siècle. Quoi de plus spirituel pourtant et de plus délicat que FÉole trouvé dans un tombeau de Rosette? Nu et à demi couché, le jeune dieu entr'ouvre une des outres qui contiennent les Vents, et pendant que ces deux mains compriment l'orifice
(1) Une de ces têtes a été publiée dans les Monuments Grecs, 1S74.
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distendu par l'effort de l'air, son regard malicieux suit gaiement dans l'espace la direction que va prendre le prisonnier; l'adresse avec laquelle l'artiste a su faire sentir, voir en quelque sorte, le souffle fugitif, la clarté avec laquelle il a rattaché toute l'action à ce sujet insaisissable, est vraiment chose merveilleuse.
Je n'ai moi-môme exposé, en fait de terres cuites d'Asie Mineure, qu'un très petit nombre de pièces. Les plus curieuses sont quatre statuettes grotesques, où l'effet comique est produit par la maigreur extrême des membres, l'exagération toujours spirituelle et discrète des gestes, et la laideur expressive des figures. La plus réussie de ces caricatures est le marchand forain dont le croquis est joint à ces lignes (page 383). Vêtu d'un simple caleçon, il tient devant lui, appuyée contre son ventre, une corbeille évasée dont il ne subsiste plus qu'un morceau, et, le buste renversé en arrière, la poitrine gonflée, la tête au vent et la bouche ouverte, il crie sa marchandise. Un saltimbanque, vêtu d'une sorte de blouse et d'un pantalon court, est surtout curieux à cause de son costume. Une sorte de crieur public, une bourse à la main, paraît faire une proclamation. Un joueur de balle complète la série. Il est singulier de voir avec quel soin et quelle science, dans ces simples charges lestement troussées, l'artiste a rendu la charpente du corps humain et les détails essentiels de l'anatomie.
Le petit groupe qui est reproduit page 387 nous ramène au sourire discret et bénin. Une petite fillette accroupie caresse tendrement une poule, si tendrement qu'elle l'étouffé. La joie naïve de l'enfant fait le plus amusant contraste avec la mine piteuse de l'oiseau, qui n'est pas du tout à son aise et baisse tristement la queue. Le groupe est d'ailleurs très ingénieusement composé.
Les terres cuites de Béotie et d'Asie Mineure ont fait complètement oublier celles, si prisées jadis, de la Cyrénaïque et de la Grande Grèce. Assurément ces dernières sont presque toujours très inférieures, et comme invention et comme facture. De
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loin en loin, cependant, on en trouve de bien belles. L'Aphrodite debout et demi-nue qui, du cabinet du vicomte de Janzé, a passé dans celui de M. Dutuit, n'est-elle pas bien posée et d'un savant modelé? (1). Je lui préfère néanmoins, et de beaucoup, la femme assise et ajustant la chevelure, qui est un des joyaux de la collection Paravey. Elle a la simplicité, l'abandon et la grâce des plus ravissantes figures de Tanagre.
J'aurais encore beaucoup à dire sur cette exposition, qui paraissait plus riche et plus belle à mesure qu'on l'étudiait de plus près. Ni les poids attiques et éginétiques de M. Hoffmann, ni les monnaies de MM. de Hirsch et Dutuit ne rentraient dans mon cadre. Mais j'aurais souhaité parler des camées et intailles cle M. de Montigny, rare et nombreuse suite s'étendant depuis les pierres en forme de scarabées du sixième siècle jusqu'aux abraxas du Bas-Empire, ainsi que des bijoux du Bosphore Cimmérien envoyés par M. Lemmé; je tiens du moins à mentionner en deux mots les verres et surtout la magnifique coupe jaspée de M. Edouard André, la collection si variée et si instructive de M. Gréau, et celle moins nombreuse, mais fort belle encore, cle M. Bellon. Je veux aussi, en terminant, signaler deux monuments qui, trouvés au centre de l'Italie, presque en vue des murs de Rome, et ne remontant ni l'un ni l'autre plus haut que la fin du troisième siècle ou le commencement du deuxième, se rattachent néanmoins par une filiation directe à la Grèce; ces deux monuments, l'un et l'autre ornés de gravures au trait, sont la ciste prénestine de M. Dutuit et le miroir de M. Benjamin Fillon. La ciste de M. Dutuit représente une suite de scènes mythologiques rendues avec une liberté toute naturelle dans un pays où la religion de la Grèce n'était qu'un motif de décor. Sur le miroir de M. Fillon est figuré le châtiment du géant Amycos par Castor et Pollux. Comme sur tous les miroirs italiens, l'exécution est un peu lâchée; mais la
(1) Elle a été publiée par M. de Witte, Collection Janzé, et par M. F. Lenormant, Gazette des Beaux-Ar ts9 février 18GG.
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composition est belle et le dessin de grand style. Nous saisissons ici sur le fait la transition de Fart grec à Fart romain, et nous arrivons sur les limites du domaine où M. Fi lion s'est chargé de guider nos lecteurs (1).
(1) Voir dans le volume intitulé : Les Beaux-Arts et les arts décoratifs à V exposition universelle de 1878, la notice de M. B. Fillon sur L'art romain et ses dégénérescences (t. II, p. 102-125).
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