L'HISTOIRE D'ESPAGNE
Ï-'HIST«JIRE iyt?I^AG>X
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la Blédilerraïuse btHgne ju fa^vant en au onili* rOcéas
9u midi, ao couchant et au rujrri. €C ^oi» d« ce côcé
iralUidie à la France iia iâiiuiie &rmé par la cfuîne
des Pjmiécs- Sfraboa » qpi Êuâaît courir ce5 oioots
<lo midi au nord sur la frnaliere orisnt^e du pajs,
donnait à la Péninsule b fioroie d'une peao de ixeuf
élendoe dans sa longtveor de foccident à Tonent,
dont la partie antérieure est dirigée ^ers forient i ].
(i) *Egcx2 yip P^^C^ Jtrdi jxi» aTfxoç xn t^ç loTCspoç £iw tirv Ij^^^
"^3^ V9tw. — L. III, p. 1^7 de Ff-tlit. de Pari*, i^ao.
2o6 ÉTUDE SUR l'hISTDIHE DESPAGNE.
En replaçant aujourd'hui les Pyrénées à leur lieu, il serait plus juste de comparer l'Espagne à une urne dont les bords, légèrement évasés de part et d'autre vers la Galice et vers la Catalogne, sont en parlie recouverts par la barrière de l'Océan, et en partie par celle des monts, et dont le (and ^ é^idé sëtisiblemeht entre Cadix et Gibraltar, sertibîe séparé de son socle par le détroit.
Slrabon,qui se trompait si fort sur la configuralion extérieure de TEspagrie, me parait cependant en avoir mieux saisi la structure intérieure que quelques modernes n'ont fait. 11 a signalé avec une simplicité heureuse les chaînes qui déterminent l^s directions diverses des fleuves de cette contrée. Des cinq bassins principaux dont elle est composée, un seul, celui qui est le plus voisin de notre frontière, descend du nord-onest au sud-est; il suk le cours dé l'Èbre, qui, après avoir pris sa source dans lés P*yrénées, au voisinage de l'Océan , va se Jeter dans la Méditerranée en face des îles Baléares. Les qnatre autres, au contraire , se dirigent du nord-est au sudouest, et courent vers l'Océan avec le Duero,' le Tàgè, le Guadiana et le Guadalquivir, qui dérîveat des montagnes adossées à la Méditerranée. Ces monl^agnes, dont la pente orientafe rejette les flotâ de l'Èbre dans la mer intérieure, dont les pentes occidentales envoient à l'Atlantique les eaux des qnatre autres fleuves, forment ainsi dans la Péninsule le point de partage qu'il importe le plus de codsidérer. Strabon e^i a reconnu les inflexions essentielles. Il appelle Idubéda ja chaîne de montagnes qui s'en va avec l'Èbre du nord-ouest au sud-esl, et qui,
DKSSIN GÉOGRAPHIQUE DE LA PÉIHINSULE. 207
après avoir accompagné le fleuve durant la première partie de son cours, semble s'arrêter tout à coup et se replier vers le couchant. Il nomme Orospéda ce repli qui, dans ses sinuosités nombreuses, nonseulement enferme les quatre lits séparés du Duero, du Tage, du Guadiana et du Guadalquivir, mais encore vient prêter à l'extrémité du bassin de FEbre une sorte d'épaulemenl où s'abritent les petits bassins parallèles du Guadalquivir et du Xucar. A l'Idubéda et à celte partie de TOrospéda qui parait se prolonger à l'orient on a prêté de nos jours, peutêtre à tort , le nom commun de monts Ibériques. Pais , sans prendre garde aux lien$ qui rattachent les unes aux autres les ramifications diverses de TOrospéda, lès géographes espagnols ont donné des désignations entièrement différentes , et dont rien ne saurait excuser la prétention, aux quatre chaînes qui mènent à l'Océan fes quatre fleuves dn couchant. C'est ainsi qu'en cessant d'être simple on cesse toujours d'être vrai (i).
Lés anciens prêtaient aux fleuves de l'Espagne des noms qui n'ont guère diangé : ils nommaient /ter VÈhrCj Durivs le Duero, Tagus le Tage, A nos le Guadiana, Hœtis le Guadalquivir, celui de tous dont il est le plus difficile de reconnaître la forme preïiiîère. Du nom primitif de ce fleuve , ils avaient appelé Bétique la province à laquelle les Vandales ont laissé celui d'Andalousie. On a conservé plusieurs des dénominations par lesquelles ils niar-
(1) Voyez le Dichnnrh de Minaiio, copié par M. Bory Saint- Vincent.
ItoS ÉTIIDK SUR l'histoire d'eSPAGME.
quaîeiU quelques groupes parliculiers de montagnes dans ridubéda,on désigne presque encore coroni«E eux les deux sommets de TOca {jiucà) et du Mon — cayo {pions Cauiius\ élevés moins par leur propre masse que par la hauteur même des plateaux intérieurs qu'ils couronnent. Le peuple, qui a conservé les anciens noms de ces montagnes, n'adoptera jamais ceux que la science moderne a donnés aux chaînes différentes de TOrospéda ; on dirait qu'il ne les distingue pas entre elles, ou que chacun, vivant paisiblement au pied de sa montagne, ne s'informe pas si elle fait partie d'un tout qui mérite d'être nommé. Les Elspagnols ne nomment dans leur langue qu'une seule chaîne, celle qui divise le bassin du Guadiana de celui du Guadalquivir; ils l'appellent Sierra-Moréna, comme les anciens l'appelaient montes Mariani.
Au nord, les Pyrénées, qui couvrent sans interruption toute la largeur de la Péninsule, depuis la Catalogne jusqu'à la Galice, laissent, dans une partie de leur étendue, une plage entre leurs cimes et l'Océan. Sur ces bords montueux se sont de tout temps réfugiées les populations refoulées par les conquêtes qui s'étaient ouvert un chemin à l'orient et au midi. La terre y est plus âpre que dans les autres provinces, comme si elle avait voulu préparer aux proscrits non-seulement un asile sûr, mais des fatigues et des privations capables de les endurcir et de leur rendre la victoire.
Au levant, au contraire, sur le riche littoral que dominent les prolongements de l'idubéda, et que baignent les flots de la Méditerranée, au-dessus et
D£SSIJV GEOGRAPUIQUli: DE LAl PENINSULK. 2O9
au-dessous des bouches de rÈbre , dans la campa^ gne de Barcelone et dans la huerta àe Valence, fleurissent les jardins de l'Espagne. C'est .surtout par ces rivages opposés à ceux de la Toscane que les Grecs communiquèrent avec la Péninsule, et que les Romains l'envahirent. Les habitants, comme le sol, semblent encore y rendre hommage à ces dieux riants de l'antiquité qui présidaient à la fécondité de la terre et à la vivacité de l'esprit.
Au midi , les champs que le Guadalquivir arrose sans les désaltérer offrent les plantes rares et parfumées de l'Afrique, dont il semble qu'ils aient été sëpàrés pendant les premiers âges par une violente révolution du globe. Mais , poussés à reprendre le terrain que leur disputait la nature, les races africaines ont inondé malgré elle ces vallées; et deux fois, avec les Carthaginois et avec les Maures, elles se sont précipitées par là sur la presqu'île , qu'elles ont laissée, «n se retirant , aride et nue comme les sables de leurs déserts.
Restent au couchant les trois vastes bassins du Douero, du Tage et du Guadiana,qui, descendant vers FAtlantique, en offrent les productions, et devaient en recevoir en partage la découverte et la conquête. Les populations qui habitent les bords de ces fleuves semblaient devoir trouver dans la communauté d^uiie même mission , autant que dans celle du climat, l'unité des lois et celle des intérêts. Cependant^ par les vicissitudes de l'histoire, il est arrivé que les embouchures âe ces trois grands courants ont formé, sous le nom de Portugal, un royaume distinct ^ destiné à ouvrir à l'Europe tno-
'JIO £TUi>B SUH L HISTOIRE D £SPA.GNK.
derne l'empii^ de l'Oççan , et qu'enlre leurs soui*ces s'est établi le ceptre d'une autre monarchie chargée de lier les provinces diverses jetées , presque sans rapport entre elles, dans les} gorges des Pyrénées, et par delà les \ers£ints de l'Idubéda et de la Sierra- IVlpréna.
Notre intention n'est point de toucher davantage au Portugal; nous aurons assez à faire d'expliquer par quels mélanges de races et d'institutions s'est formée peu à peu la monarchie à qui le nom d'Ëspagpe a été particulièrement réservé. Dans ses bas* sins, dont nous venons de tracer l'esquisse, et qu'il semble que la main de Dieu ait façonnés pour un but déterminé, il faut voir quels hommes sont successivement descendus , par quelles catastrophes et par quelles fondations iU y ont marqué leur passage. De chacune de ces invasions nombreuses il est resté quelque chose qui subsiste encore, et dont Tavenir, plus mystérieux en cette contrée qu'en aucune au* tre, doit développer les conséquences; de chacune d'elles nous voudrions en peu de mots caractériser l'origine et apprécier les résultats.
Les Celte» et les Ibère».
hes Espagnols tiennent à confondre leurs comoi^ncements avec ceux du monde. Aucun peuple n'a eu des historiens plus crédules ou plus mensongers. Florian deOcampo^ que Charles-Quint avait nomme historiographe des Castilles, employa sa vie k assembler dans sa Chronique générale une suite innombrable dé rois Fabuleux, que, depuis Ttibal, petit-fils de Noé et fondateur de Sétuval, il fait venir suiïcessivemenl de l'Orient pour nommer toutes les villes de l'Espagne. Mariana , dans son histoire , a al>régé, sans le démentir, le récit de ces dynasties.
Les plus anciennes races dont il soit possible d'attester la présence sur le sol de la Péninsule sont celle des Celtes et celle des Ibères; encore est-il difficile de décider laquelle des deux s'y établit avant l'autre. Lorsque les Romains prirent connaissance de l'Espagne , les Ibères habitaient le bassin de TÈbrei auquel ils avaient donné leur nom; mêlés sur les
212 ÉTVUE SUR LHISTOIRF. d'kSPAGNIÛ
rivages de la Médilerranée aux peuples qui s'y étaient assis plus récemment , ils avaient leurs villes sacrées entre les Pyrénées et l'Idubéda.* C'était au delà de cette dernière chaîne, et jusque sur les bords de l'Océan, que les Celtes étaient répandus. Comme les migrations des peuples se sont ordinairement faîtes de l'orient vers l'occident, il sej^ait à croire que les Celles, qui occupaient la partie la plus occidentale de la Péninsule, arrivés les premiers, avaient été refoulés sur ces derniers rivages par les Ibères, qui recouvraient les plages orientales. Mais les Celtes aussi n'avaient-ils pas pu sortir de la Gaule, où leur empire a laissé plus de traces, descendre en Espagne par la route qui longe l'Océan, prendre ainsi les Ibères par derrière et les rejeter sur les côtes de la Méditerranée? Le seul moyen de détruire la vraisemblance de cette hypothèse serait de soutenir que les Celtes ont paru en Espagne avant dépeupler la Gaule. Et il s'est trouvé des savants pour appuyer cette opinion.
Parmi les populations celti(|ues que les anciens distinguaient au delà de l'Idubéda , il en est une dont le nom a survécu : c'est celle des Lusons, qui habitaient vers les sources du Tage, et qui, suivant le cours de ce fleuve, sont descendus jusqu'à son embouchure ; où la puissance de la Lusitanie a été continuée par celle du Portugal. L'opposition que Rome avait pu constater entre leur race et celle de leurs voisins s'est perpétuée jusqu'à nos jours. S'il est vrai que les Celtes et les Gaulois soient un seul peuple, c'est encore la même origine qu'il faut attribuer aux hommes répandus dans les vallées septentrio-
LIS CELTHs rr Lrs imFRr$. ai 3
naleSy auxquelles donnent naissance les derniers soulcveoients des Pvrénëes, el que TOcéan enferme dans ses derniers replis. Cette contrée a reçu le nom de Galice ( Gallsecia^' des Romains, qui sans doute trouvèrent dans ses gorges reculées les restes des po* poiations galliques débordées sur la Péninsule. S*il est permis de juger de Thistoire d'après les noms géographiques , on peut conjecturer que Tinvasion gallique, dont nous venons de toucher la barrière occidentale, s'arrêta à Torient sur le Gallego ^umen Gallicum^)^ qui se jette dans TÈbre à Saragosse.
D'où venaient les Ibères? Strabon, qui a décrit les positions qu'ils occupaient en Espagne sous Tempire d'Auguste, nomme un autre peuple du même nom, qu'il avait probablement visité en personne, et qui habitait entre le Pont-Euxin et la Caspienne, sur les versants méridionaux du Caucase (i). Par une similitude dont il est facile de tirer les conséquences, ce peuple avait aussi une rivière qui s'appelait TAragon, et qui se jetait dans le Cyrus, comme se jette dans l'Ébro celle qui a donné son nom à l'un des rovaumes de la Péninsule. Que ce soit une colonie de ces Ibères qui, de l'isthme du Caucase, se soit transportée vers celui des Pyrénées, et qui, pour compléter la ressemblance, ait donné aux eaux de sa nouvelle demeure les noms de celles de la patrie première, c'est ce que personne ne révoquera en doute aujourd'hui. Si le Grec appelait Cyrus le fleuve des Ibères de l'Asie, ce n'est pas une raison pour ne pas supposer que les indigènes l'appelaient de
(i) L. XI, p. (\^^
aj4 ÉTUDE SUR LHISTOIRK oVsPAGWE.
Içur propre npm, comme ils firept pour le principal courant qu'ils rencontrèrent au pied de Tldubéda.
Par cjuel chemin les Ibères de l'Asie parvinrentils jusqu'au:^ extrémités de l'Europe? Traversèreatr ils la Méditerranée? ou bi^n, après avoir. passé le Bosphore, suivirent-ils la route de terre? On a re^ jtrpuvé leurs traces en Sicile , sur les côtes dé l'Italiei mv celles de la Provence; mais il reste à débattre $'1)3 visitèrent ces pays avaut d'arriver en Espagne , 011 si, au contraire, ils ne les marquèrent de leur empreinte que lorsque , poussés par l'invasion gaU lique, qui avait pénétré dans la péninsule par le littoral de rOcéan, ils s'échappèrent eux-mêmes par le littoral de la Méditerranée pour aller chercher de plus tranquilles retraites. On a plus souvent goutenq cette hypothèse, qui est peut-être la moins probable. , On y a été porté par une opinion qui mérite d'être considérée. Les Ibères passent avec juste rai^jon pour avoir communiqué les premiers au peuple espagnol le caractère qui le distingue encore aujourd'huié Courageux jusqu'à la férocité, opiniâtres, taciturneS| trop dédaigneux pour nouer des amitiés ou des ligues, trop remuants pour se tenir tranquillement renfermés chez eux, exposés à voir leur nationalité, ' qu'aucune alliance commune ne garantissait, menacée à chaque instant par les invasions, et cependant indomptables même après la défaite, aussi incapables de supporter le joug de l'étranger qu'inhabiles à respecter la paix intérieure, tels étaient ces hommes primitifs, qui ont bien mérité de laisser leur nom à la péninsule ibérique. Les Celles, au contraire, dont la légèreté nous a été si souvent repro-
LES CF.LTE5 FT LES IBERES. ai 5
chée, semblent n'élre descendus que par hasard sur cette terre, et n'y avoir presque pas laissé de vestiges durables; ainsi on est arrivé à penser que le petiplequi avait le plus fortement marqué son empreinte sur l'Espagne devait y élre le plus ancien. Mais peut-être, par d'autres exemples, et notamment par celui de la Grèce, poun-ait-on se convaincre que ce qui décide de l'avenir d'un pays, ce n'est pas tant la première occupation que la première conquête.
Les anciens ont souvent assimilé, quelquefois confondu les Celtes avec les Ibères. Les peuples qu'ils nommaient Celtibères étaient, je pense, quelque mélange des deux races, qui s'était fait surtout vers leur frontière commune (i). On pourrait en retrouver la continuation dans ces Vascons qui ont été si longtemps redoutables sur la pente méridionale des Pyrénées avant de devenir célèbres sur leur versant septentrional. On remarque en effet , chez eux , tout à la fois l'âpre Berté des Ibères et la légèreté vaniteuse des Celtes. Leur langue, que nous nommons basque, et qu'ils appellent escuara, fait assez voir, à ses nombreuses formes synthétiques, qu'elle est une des plus anciennes du monde. En la comparant aux noms que les Ibères et les Celtes ont laissés dans les pays habiles par eux, M. de Humboldt a conclu qu'elle était l'idiome même des premiers, et qu'elle ne différait point essentiellement de celui des seconds. L'harmonie en est à la fois pleine comme dans les langues de l'Asie, et forte comme
(i) Cette conjecture est confirmée par les études que M. de Saulcy a faîtes sur les suites monétaires de TEspagne primitive.
aiG ICTUDE SUR L HISTOIRE D ESPAGNE.
dans celle des montagnes; les chansons, qui en sont les monuments et qui célèbrent quelquefois des événements perdus dans la nuit des âges, ont le tour simple, abrupte, concis qui convient à la littérature d'un peuple sorti des premiers déchirements de la race humaine.
in
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ILpb îl^kiéiiicifns. poii5»f^ par leur ^jénw* « sortir du
IhasHin df^ la ftWditerranée . an fond diufiiel il^ (^laionl
cndln^F , flirt* lU . à ce qu'il parait., k»s premiers iwivr-
j^^ktmrhqui vn rtfcoiiniireiu in limite : aiitisi , <laiT« Ir
bmf^a^e de lu iifylliolo|îir , esl-ce l'Hercule de Tvi-
(fui^ après il voir fraiiclii le délroil lniu»l<»iTrps nuircpit^
4e «(in luini . lundn Cadix . et posa les C(ilonnes <)<^lr-
mèefi ti indi(piei rextréiiii^ de TEurope. Les Plumt^
cim>4^ **Hveulurerenl bien aîi delà, «'il est vrai (pie
laitri^ A'aiiitieanx lireiil le tour de J'Afriqne. Pins ils
«Vi(ii«naienl de la vnev intérienre^ plus il était iwt--
prKi*Utnl pour eux d'en ^ai-der l'enlî'tfe. lis eon^Tirent
<le leurs élablisseinenls les rives du Bœlis, oii ils
Ironviiieiit non-seulement des enti'CfKiitsiiecessini'es
nuiis aussi des ricl>esses souvent et'*k'iïr(^ «par rai>-
ûqailé. Dan* Jîle que les deux bras du fleii\*e foi^
DA^ecit avant de sejet^r à la mer, ils avaient fondé la
ville de Xartessus , où ils recueillaient Tor qu'on a|H
poitait des montagnes. La Bible vante To*' de Ta-i^
ai8 iéTiTDE SUR l'histoîrf d'espàgne.
tessus comme les perles d'Opbir et rétain de Thulé. Homère nous montre aussi a quel point les fondations des navigateurs de Tyr préoccupaient la Grèce. De ce Tarlessus jeté à l'extrémité de Toccident^el par conséquent, pour lui, aux limites du jaur et au seuil de la nuit, on a pensé qu'il avait fait sonTartare. C'est sur les bords du Bœtis qu'il a placé les champs Élysées, demeure retirée et riante des es» prits heureux.
Il parait que ce sont les Phéniciens qui ont fondé Hispalis, devenue par la suite des temps, sous le nom de Séville,la ville la plus importante du midi de la Péninsule. On a identifié son premier nom avec celui de TËspagne, et on les a fait dériver tous deux d'un mot phénicien dont la signification est assez singulière. Suivant le récit de Slrabon , la Bëtique et l'Espagne tout entière étaient tellement cou* vertes de lapins que les indigènes couraient le dan* ger d'être affamés par eux , et que les habitants detk îles Gymnésiennes (les 'Baléares) envoyèrent une ambassade à Rome pour demander des secours coi> tre cette sorte d'ennemis. On a prétendu que du nom de ces lapins, qu'ils appelaient saphan dans leurlàn^ue,, les Tyiiens avaient tiré ceux ô^Hispalis et ai Hispania , qui ont été aussi écrits quelquefois Spalis et Spania. Il est possible que ce nom ait d'abord désigné la Bétique, et que les Phéniciens, entrés par elle en Espagne, l'aient étendu à toute la Péninsule, comme plus tard les Arabes firent du mot d'Andalousie, comme les Romains avaient fait aussi de celui d'ibérie, qu'ils avaient trouvé sur le rivage oriental.
LKS PHJÉNIGIKNS KT LRS CARTHAGIVOIS. âlQ
Ou sait qiie les auciens habitants de la Bétiqiie s!appelaient eux-roémes les Turdétans, qu'ils comp:- Uient parmi les Ibères, et qu'ils passaient pour en être les plus policés. lU avaient reçu leur civilir sation et, à ce qu'il parait, jusqu'à leur alphabet des Phéniciens (i); • ils conservaient encore sous les Romains, avec l'enflure asiatique que leur avaient transmise leurs premiers instituteurs, un goût parti* culier pour la poésie , des livres d'histoire très-an«^ ciens , des lois écrites en vers et, à ce qu'ils disaient . depuis six mille ans. Ces curieux monuments sont perdus; mais le génie emphatique de l'Orient s'est perpétué sur le sol qui les avait enfantés. L'esprit comipercial y a été en même temps déposé par Ie9 marchands de Tyr, et il y a produit des résultats plus heureux et non moins durables.
Quant aux mines qucr les Phéniciens exploitaient dans cette contrée, et qui, à ce qu'il semble, donnaient encore des produit^ satisfaisants aux Romains, il serait assez difficile de s'en fair*e au? jourd'hui une idée bien exacte. On peut voir dans rirlandais Bowrles, qui, à la fin du dernier siècle, a consacré un écrit, souvent cité, à la géographie phy^ sique de l'Espagne, que les richesses minéralogiques de la Péninsule se réduisaient presque dès lors au mercure qu'on extrait à Âlmaden ; ce qui n'a pas empêché que, récemment, dans un document presque officiel, un auteur espagnol n'ait compté sur la
(i) Voyez les travaux de M. de Saulcy sur les médailles des Ibères. Deux alphabets, le phénicien au sud de la Péninsule, le grec au nord- est , servaient d'expression aux peuplades primitif ves, et se mêlaient vers leur point de rencontre.
aào lÎTUDF. SUR l'histoïhe h'espagne.
superficie de son pays quarante-quatre mines d'or, cent soixante-dix-huit d'argent, cent sept de cuivre, soîxante-et-onze de fer, quatre-vingt-treize de plomb, six d'étain , douze de mercure, quinze d'antimoine, huit de cobalt, quatre de calamine, deux d'arsenic, sept de vitriol , neuf de soufre', cinquante-deux de charbon de pierre, deux de bitume, deux d'ocre, une de bol, une d'aimant, onze d'alun, trois de jais, une d'améthystes, une de hyacinthes, et trois de pierres fines sans autre désignation. T^es Espagnols eux-mêmes ont été obligés de convenir que celte liste était bien longue (i). Il fallait qu'anciennement les mélaux fussent très-rares, et que l'esclavage permît d'exéouler des travaux où l'on ne trouverait aujourd'hui aucun bénéfice pour que les Phéniciens aient attaché tant de prix aux minéraux de l'Espagne, et pour qu'ils aient pu en mettre à profit Us petites parcelles.
Due des colonies deTyr,Carlhage, rivalisa de trèsbonne heure avec sa métropole sur les côtes de l'Espagne, et y apporta pour la première fois la domination de ces races africaines qui devaient plus tard y reparaître sous d'autres noms. Les Phéniciens avaient établi des comptoirs dans la Péninsule; les Carthaginois entreprirent de la conquérir : au commerce, qu'ils avaient appris de Tyr, ils joignaient la guerre, qui les mit aux prises avec Rome; mais ni par le trafic ni par les armes ils ne servirent la civilisation comme firent la ville qui leur donna naissance et celle qui hérita d'eux. Marchandant partout
(i) Voyez le Dkionario de Minano.
LES PUEJNICiËNb ET LES GARTMAGINOIS. !i'2I
répée à la main, ils n ont employé leurs trésors qu'à entretenir leurs soldats , et leurs armées qu'à enrichir leurs banquiers; aussi en Espagne, non plus qu'en Afrique, ne reste-t-il rien de ce peuple de trafiquants.
Lef fireof et let Romaîni.
Avant les Carthaginois, les Grecs avaient paru en Espagne; ils avaient lié des relations commerciales avec le midi de la Péninsule et jeté des coloniçs sur la côte orientale. Les Rhodiens passent pour avoir établi Rosas, qui est l'une des premières villes qu'on trouve sur le littoral en quittant la France. Les habitants de Zanle sont regardés comme les fondateurs de Sagonle, qui s'élevait un peu au-dessus des lieux oii l'on voit aujourd'hui Valence. Les Phocéens, qui, avant leur migration, avaient déjà fréquenté les ports de la Gaule et de l'Espagne, construisirent après leur arrivée à Marseille la ville d'Emporion (Jmpurias) , non loin de Rosas, qu'ils finirent par envahir. Ils étendirent leurs entreprises et leur pouvoir sur la plus grande partie de ces côtes, dont les habitants rappellent encore aujourd'hui le génie de la race grecque par la vivacité ingénieuse de leur esprit.
Lorsque les Carthaginois, qui avaient pénétré
LKS 6HECS ET LKS AOMAmS. ^^^3
dans la PéninsiUe du coté du midi et de roccident, voulurent y consolider leur empire par des fondationSy c'est aussi sur lé rivage oriental^ au-dessous des établissements des Grecs, dans Fun des derniers replis de la Méditerranée, qu'ils choisirent remplacement de leur colonie principale. I^à, après la première guerre punique, Asdrubal éleva Carthag;ène {Carthago nova) ^ d'où Ânnibal allait s'élancer. Le jeune général se forma en domptant l'Espagne; mais, non content d'en avoir asservi les populations barbares, cherchant le prélexted'une guerreavec Rome, il attaqua les Grecs placés sous le patronage de la république , et qui seuls disputaient encore à Car* rhage la côte orientale de la Péninsule. Il commença le siège de Sagonle, et, sans que les Latins prissent tin ^arti pour sauver leurs alliés » il le conduisit à ces extrémités qu'a rendues célèbres la féroce résistance des vaincus autant que la rigueur implacable des vainqueurs. Ce fut le signal de la seconde guerre punique. Sagonte ensevelie sous ses ruines, le sénat romain demanda la réparation du désastre qu'il aurait pu ernpècher s'il n'avait voulu en profiter. Antiibal franchissait les Alpés avec les soldats et For qu'il avait ramassés au pied des Pyrénées, tandis que les Scipions allaient attaquer sa puissance dans le pays même sur lequel elle reposait. La famille des Barca n'avait pas mis vingt ans à dompter l'Espagne; celle des Scipions en employa plus de quatre-vingts à la soumettre; elle y usa quatre générations. Cnéîus et Publius firent aimer par leurs vertus la domination des Romains > qu'ils i>e furent pas assez heureux pour pouvoir asaurer par les armes. Le fils
2^4 ÉrUDIi SUR LUISTUUiE d'kSPAGNU.
de Piiblius, qui devait acquérir le surnom d'AfricalD en battant Ânnibal à Zama, préluda par la prise de Carthagène à la défaite de la métropole; petit-fils par adoption de TAifricain, Scipion Ëmilien , après avoir renversé les murs de Carthage, détruisit ceux, de Numance. Par l'effrovable désastre de cette ville, il établit la puissance des Latins dans la Péninsule,^ où les horreurs du siège de Sagonte avaient ruiné celle des Carthaginois.
Les Romains ne trouvèrent point toutes les populations de l'Espagne également dociles : ils s'introduisirent par la côte orientale, où les colonies grecques avaient frayé la voie à leur empire; ils s'é^ tablirent aussi facilement^ à ce qu'il parait, dans le Midi, déjà vaincu par le luxe. Ayant divisé leurs pos^. sessions en deux provinces que TÉbre partageait fort inégalement, ils fixèrent le chef-lieu de l'Espagne citérieure dans le port de Tarragone, celui de l'ultérieure dans la presqu'île de Cadix. Il semble qu'ils fussent entraînés de ce côté par les séductions d'une nature féconde et brillante. Scipion l'Africain fonda, pour ses vétérans, en face d'Hispalis, sur la rive droite du Bœtis, la colonie d'Italica, devenue plus tard fort célèbre (i}. Les généraux menaient ordinairement leurs soldats prendre leurs quartiers d'hiver non loin de là, à Cordoue, qui, sans contredit, existait avant l'arrivée des Romains, mais qui prit sous eux de rapides accroissements, et qui devait être aussi l'une des villes les plus illustres de l'em-
(i) Un des poëtes du siècle de Philippe II , Francisco de Rioja, a composé sur les ruines dltalica une cancion qui est un des chefs-d'œuvre de la littérature espagnole.
LI^ GRECS ET LES ROMAINS. iflS
pire. La Lusilaaie opposa aux vainqueurs plus de t*ësistance que la Bélique. Elle était animée par le pâtre ViriatheSy qui donna Tavantage aux Celtes tant qu'il demeura à leur tête , et qu'il fut plus facile de faire assassiner que de battre. Après sa mort, qui laissait rOccident soumis comme le Levant et comme le Midi, Rome tourna ses armes vers le Nord, où toutes les invasions successives des Phéniciens, des Grecs, des Africains et des Italiens avaient refoulé les populations les plus anciennes et les plus sauvages de la Péninsule. C'est alors qu'elle concentra ses efforts sur Numance, qui, située derrière Tldubédà et au-dessus de l'Orospéda, commandait aux sources du Douero, et par ce fleuve tout à la fois aux vallées des Lusitains et à celles de Celtibères. Mais à mesure qu'elle avançait, elle chassait devant elle^ sans pouvoir les saisir, des tribus indomptables, qui^ retirées dans les gorges supérieures des Pyrénées, y perpétuaient le sentiment de l'indépendance. Uu plébéien de Rome, fuyant la domination de Sylla, SeHorius^ vînt développer ces germes cachés de révolte : choisi pour chef par les Lusitains, qui avaient secoué le joug, et parles Celtibériens,qui ne l'avaient pas subi, il institua à Ébora (Ei^ora) chez les premiers y à Osca {Huescd) chez les seconds, deux centres de puissance dont il entretint l'union par son activité infatigable. Mais ce proscrit, qui semblait soulever la Péninsule contre les Ltains, contribua plus que personne à la leur assujettir. C'est en établissant chez les Ibères la discipline de Rome, ses écoles et jusqu'à son sénat qu'il pensait lui créer des ennemis indestructibles : il lui préparait des ci- 11. i5
aa6 ETUUE 8UR l'histoirk d'espagne.
loyens. Lorsqu'il fut égorgé par un lieutenantque (entait l'exemple de son insubbrdinalion, ta Péniusule était déjà romaine. En efTel, dès cet instant TËspàr gne, semblable aux autres provinces, ne prit plus les armes que pour décider si le monde obéirait à Pompée ou à César. Elle prodiguait son sang^ auX: conquérants qui enlrainaient ses soldats à l'autre etn trémité de Tempire, tandis qu'ils établissaient leurs^ légions dans les vallées qui avaient le plus besoin de surveillance. Ainsi furent construites dans la Lu^i*tanie : Emerita Augusta (Mérida), qui en demeura longtemps la capitale, et Pax Julia (Bega) ; au nord du bassin du Douero, Le^o (Léon); au milieu de celui deTEbre, Csesarea ^i^w^ta (Saragosse). Parces fondations fut consommé l'asservissement de l'Espagne, contre lequel les Cantabres protestaient seuls sur les cimes des Pyrénées, où Us s'étaient retranchégy et où Auguste, forcé à rouvrir le temple de Janus, vint en personne les combattre.
Ainsi Rome répandit dans l'Ibérie vaincue ces cités faites à son image dont elle dotait tous les pays conquis, et qui, après lui en avoir garanti la sou* mission par une continuelle surveillance, les détçt* chèrent aussi d'elle par l'exemple d'une indépendance absolue. L'Espagne ^ que toutes ses divisions antérieures avaient préparée au régime municipal^ et qui semble encore trouver en lui ses formes les plus naturelles , s'éleva rapidement, dès qu'elle l'eut^ reçu , à un état de prospérité et de grandeur qui^ contre-balança l'importance de l'Italie elle-méme««- Ayant adopté la langue des vainqueurs en mém temps que leurs institutions, elle arriva presqu
L£ft GRECS ET LES ROMA1J1S. ^^J
aussitôt à faire dominer son goût dans leur littéral turc. Dès le beau siècle d'Auguste^ elle envoya à Rome des rhéteurs qui y parurent avec succès. Le premier fut, à ce qu'il semble, Porcius Latro, qui> malgré le trouble dont il ne pouvait se défendre chaque fois qu'il partait, acquit une grande réputation. Caius Julius Hyginus, que César avait ramené d'Alexandrie et dont Théritier de sa puissance fit le eardien de la bibliothèque Palatine , était un Espagnol qui sans doute avait d'abord été chercher fortune en Egypte. Sous le règne d'Auguste, le père de Quintilien et celui de Sénèque partirent aussi de deux régions opposées de la Péninsule. La Bétit]iie, dont lescampagnes fertiles avaient enrichi tous leurs conquérants Y produisit l'écrivain classique de l'agriculture, Columelle , habitant de Cadix, qui consigna dans ses livres des théories appuyées sur une longue expérience et sur de lointains voyages. Le premier bel esprit de Cordoue qui se montra à Rome, Sextilius Héna, poète inégal et ambitieux, ne i^ussit point à faire goûter les imaginations recherchées de son pays. Sénèque fut plus heureux; il en* traîna son siècle et le dédommagea des belles formes de style, qui étaient perdues , par la vivacité et par l'élévation des idées qu'il répandit sur tous les sujets de la philosophie. Son neveu Lucain, né dans la même ville, opéra une révolution analogue dans la poésie, où il fit succéder aux grâces calmes et pui*es de Vii^ile un enthousiasme éclatant et étudié. On jugeait l'historien Annœus Florus compatriote de Sénèque, non-seulement parce qu'on sait qu'il en était le parent , mais surtout parce qu'il offre dans sa
ÎO.
aaS ÉTUDE suK l'histoiae d'espaghe.
prose une affectation continuelle de poésie* Né à Italica, le poète Silius, au lieu d'imiter l'empliase <les autres écrivains de la Bétique, s'attacha, au contraire, aux modèles de l'âge précédent, dont il ne put reproduire la gloire comme la correction. Les rivages méridionaux de FEspagne donnèrent encore naissance au géographe Pomponius Mêla , que des liens demeurés mystérieux rattachaient à, la famille de Sénèque. Quintilien l'Ancien, né, au contraire, au nord de la Péninsule, dans la partie supérieure du bassin de l'Ebre, à Calaguris (Calahorra), transmit à son fils un esprit qui, pour être délié , savait se préserver de l'affectation. Si Quintilien le Jeune naquit en Italie , il enseigna du moins en Espagne pendant la préture de Galba, qu'il avait suivi, et qui, proclamé empereur, le ramena à Rome, où il devint lui-même le plus riche dès rhéteurs. Son contemporain Martial était né sur le même versant de l'idubéda, à Bilbilis, qui a été probablement le premier nom de Calatayud. Dans ses épigrammes, tour à tour il déchira les grands avec l'âpreté d'un barbare et il les loua avec la complaisance d'un parvenu; mais comme l'auteur des Institutions ora^ toiresy au moment où la langue était altérée par l'enflure des Espagnols de la'Bétique, il l'écrivit avec une justesse qui a toujours été le mérite de ceux des bords de lEbre. Pour compléter le tableau du second âge de la littérature latine, il suffirait presque de nommer, après tous ces étrangers, Tacite, Juvénal, les deux Pline etStace, qui trahissent encore le désir de rivaliser avec leur imagination^ leur emportement ou leur esprit. Pendant que l'Ëspa-
LES GRECS ET LES ROHAIHS. aag
gae imposait ainsi sou génie à Tltalie, elle lui donnait aussi des souverains. Trajan , dont la plupart de ces écrivains eurent le bonheur de voir le règnCf était né à Italica, et de la même ville sortait Adrien, quMl appela , et qui prit après lui le gouvernement de Tempire. Ainsi , lorsque la race latine , aflaiblie parles excès du luxe et du despotisme, vint à défaillir, la race ibérique lui prêta le secours de son sang, plus robuste et plus vif, et commença au sein de l'empire cette domination des peuples étrangers qui finirent par le renverser. Cest encore à peu près de la même manière qu^à Tepoque de la renaissance, lorsque Fltalie fut épuisée, FEspagne prit un ini^ tant la direction de la civilisation moderne.
bel
LégCBoes tar rmtrodactMMi du ohiiftiaiiinne oabs la Péniarale
Habiles à transformer en récits merveilleux \e^ sentiments ardents de leur âme, les Espagnols on^ ^ raconté sur l'introduction du christianisme dansleur^ ^ pays des fables qu'il est assez difïicile d'accorder entr€^^*^ elles* Les unes(i) rapportent que le fils de Zébédée^ '^^^ l'apôtre saint Jacques, vint, après la mort du Christ^ ^' prêcher lui-même l'Évangile à Saragosse; qu'il y fï9 ^ élever, sous l'invocation de la Vierge , l'église de^^"^^^ Pilar. admise aujourd'hui à partager avec celle d^^ '® la Seu le rang de cathédrale; qu'il retourna subir 1^^ ^^ martyre à Jérusalem , et que de là son corps fuP ^^^ transporté en Galice par ses disciples. D'autres veu^ — *" lent que sept disciples de saint Jacques, résolus à por^" ^'" ter la foi en Espagne, soient partis de Syrie, aien^ ^ été à Rome pour faire autoriser leur mission ,
(i) Voyez ces versions différentes dans la Petite Bibliofhèqii espagnole, imprimée à Francfort au commencement du dix-sej t4ème siècle.
lUrTRODUCT. DU GHBI8T. DANS Lk PiNin^ULE. a3l
aient reçu f ordination / soient descendus sur les côtes dç la Bétique, et^ après avoir couru ^ led plus i;rands dangers^ soieat parvenus à fonder les premiers évécbés : Ctésiphon , chef de la troupe^ celui de Vergi, qu'on croit être Berga, près d'AImérîa; Torquatus, celui d'Acci ou de Guadis, qu'il faut se garder de coniondre avec Cadix; Secundus, celui d'Abula 9 qui est Àvila ; Indalecius, celui d'Uxci^ qui est ou Nerga en Navarre, ou Murcie; Cecilius, celui d'Ëliberis, qui est Grenade; Hesichius^ celui deCarseca, qui doit être Carthagène-; Eupbrasius, celui d'Ëlyturgium , qui est Andujar. Quelques-uns prétendent qu'après la mort de saint Jacques les sept disciples placèrent Je corps de l'apôtre sur un vaisseau; que, sans rameurs et sans pilote, en six jours, ils furent portés miraculeusement avec les reliques^ non point sur les côtes de la Bélique, mais à l'autre extrémité de l'Espagne, sur les rivages de la Galice; que là , malgré la baine du roi de la contrée, et avec l'aide d'une femme ricbe, nommée Luparia, ils en-* sevelirent leur saint fardeau au pied d'une montagne uoiumée, à pause de lui, Mons sacer. Il en est qui ajoutent que le corps, déposé d'abord à Iria Flavia^ fut transporté ensuite à Compostelle< Dans ce lieu , on> montre^ à côté de la tombe de l'apôtre, celle défi deux disciples Athanase et Théodore, qui en furent^ dit-on, les premiers gardiens, et dont les noms, comme on voit, ne figurent pas parmi ceux qui sont cités dans les autres légendes. De son côté, Pelage, qui était ëvéque d'Oviédo vers l'an looo, nommait les disciples de saint Jacques Calocère, Basile , Pie, Grisogone^ Tbéodore et Athanase. La diversité de
a33 STCDP. srR i/histoibb despaghe.
toutes ces traditions montre assez combien diessont peu fondées.
11 est à croire qu'au neuvième siècle , lorsque Alphonse le Chaste commençait à (aire une guerre vive aux Aralies, on releva à Compostelle un corps que la piété et la politique s'accordèrent à regarder comme celui de saint Jacques. On a long-temps pensé qu'au siècle suivant le roi Ramire II, ayant invoqué le saint apôtre dans une bataille, et lui en ayant attribué l'heureux succès, avait achevé de mettre les reliques de Galice en réputation par les fondations et par les présents dont il les avait honorées. Mais on sait aujourd'hui que ce vœu^ ce combat et le titre d'après lequel on en parlait sont de pures fictions. C'est seulement au douzième siècle que Calixte H, uni par une étroite alliance aux rois de Castille, érigea Saint-Jaques de Compostelle en métropole. Si les disciples du saint y avaient effectivement apporté ses restes, ils y auraient de plein droit, par cette seule translation, établi une métropole qui n'aurait point attendu la tardive sanction d'un pape, parent des princes chrétiens de l'Espagne.
S'il fallait suivre d'autres auteurs, saint Paul, après la captivité de Rome, serait descendu sur la côte orientale de la Péninsule, et, après avoir imposé de ses mains le premier évéque de Tortose, aux bouches de TEbre, aurait été donner aussi un pasteur aux chrétiens de Narbonne. Un hagiographe a été jusqu'à prétendre que saint Pierre était venu instituer en personne TÉglise d'Espagne. Ces récits sont démentis par la mission de saint Saturnin, qui
INTRODUCT. ou CHRIST. DANS I.K PiNlNSULE* a33
fut charge de répandre la foi dans le midi des Gaules, et qui, par ses disciples, la propagea jusqu'au delà des Pyrénées.
En s'élevant au-dessus de ces légendes on trouve que rÉglise d'Espagne a une double origine : dans la Bétique^ peut-être dans la Galice, elle relève directement des Orientaux; dans le bassin de TÉbre, au contraire, elle a été fondée par les Latins. Ainsi la diversité maiT|uée que ces provinces devaient à la variété de leurs races fut encore consacrée par celle du culte. Toute la partie située à Test de l'Idubéda obéit docilement à la Rome des papes, comme elle avait fait à celle des empereurs. Au delà de cette barrière, au midi et à l'ouest, le pays demeura ouvert aux influences de l'Afrique et de l'Asie, qui, une première fois, en avait pris possession avec les Phéniciens et les Carthaginois. C'est là qu'à la (in du quatrième siècle Priscillien, évêque d'Avila, renouvela et confondit toutes les hérésies orientales d'Origène et de Manès. C'est par là que s'introduisirent les moines de l'Egypte qui, se dérobant bientôt aux habitudes laborieuses de leur règle, donnèrent à l'Espagne le spectacle contagieux d'un stérile repos, tandis que les disciples de saint Benoit appelaient le reste de l'Occident au travail etàFétude.Au seizième siècle, lorsque le concile de Trente interdit les religieux qui ne pouvaient se ranger dans un ordre approuvé, la Péninsule était encore couverte de ces solitaires, qui, condamnés à enfermer leur oisiveté dans les cloîtres, en propagèrent le dangereux exemple parmi les villes.
Lei Vkîf «tliM.
Après Tliëodose, qui était né en Espagne^ et, il ce qu'on a prétendu ^ de la famille de Trajan^ Honb« rius ne parut prendre le pouvoir que pour Tanéantir; et Tempire, déjà ruiné par ses propres iufirniités^ sembla recevoir le dernier coup lorsque les Bar^ bares^ qui pressaient la frontière depuis plus d'un siècle, la franchirent en foule , et se répandirent à la fois sur toutes les provinces. Les Alaina, les Suèves et les Vandales , poussés par un mouvement irrésistible , après avoir traversé la Germanie ei la Gairle, passèrent les Pyrénées, en 4o9i et se divisèrent TEspagne. Les Âlains occupèrent Cartbagèm ^nr la côle orientale, la Lusitanie sur la cète ocoiden" taie; les Suèves eurent au nord toute une province, nommée la Gallœcie, et qui, en partant de la Galice, devait a'étendre jusqu'à lldubéda; les Vandales, qui partagèrent celte contrée avec les Suèves, établirent leur principale tribu dans la Bétique^ qui reçut
LJBS VISIGOTHS. . ^%
d'eux le nom d'Andalousie (Vandalida). Mais Tempire, qu'on eût cru détruit par ces invasions , leur survécut, et se perpétua jusque dans ses ennemis. On ne renverse pas en un jour ce que les siècles ont fondé; et Dieu, qui renouvelle les races, ne permet pas que celles qu'il condamne emportent avec elles la civilisation du monde.
Les Goths, habitant sur les bords du Pont-Ëuxin, non loin delà nouvelle capitale de l'empire^ avaient les premiers menacé la puissance romaine, et fu-* rent aussi les premiers à la vouloir soutenir. Les Yisigotbs, qui, placés à l'ouest de l'Hypanis (Dniester), étaient plus près que les Ostrogoths de la frontière, et la franchirent avant eux, saccageaient Rome, sous la conduite d'Alaric, l'année même où les Âlains, les Suèves et les Vandales s'établissaient en l^pagne. Mais l'année suivante, guidés par AlauU phe^ qui avait épousé la sœur d'Honorius, ils al«*> laient, au nom de Rome^ faire la guerre à ces Rar-* bares. Cinq ans après, en 4 1 6, sous le commandement de Wallia, ils rétablissaient l'autorité de l'empire parmi les nouveaux possesseurs de la Péninsule, et recevaient en récompense la souveraineté de l'Aquitaine seconde^ qui s'étendait sur les bords de l'Océan ^ entre la Loire et la Garonne. Ce peuple, que les empereurs d'Occident avaient ainsi pris à gages ^ et qu'ils faisaient mouvoir comme une armée, ne gardait qu'avec répugnance les limites où on l'avait enfermé, séparé par l'Aquitaine première de l'Espagne^ qu^îl venait de dompter, et par la Narbonnaise du bassin de la Méditerranée, dont Rome voulait réserver la liberté. C'est de ce côté cependant que les
a36 ÉTUDE SUR l'histoire d'espagwe.
Visigotbs inclÎDaienty comme s^ils sentaient que là était la puissance avec la civilisation : aussi firent-> ils démembrer de la Narbonnaise le pays de Toulouse, qui se trouvait à Textréme frontière de leur royaume y et où ils établirent néanmoins la capitale, pour être toujours prêts à s'élancer sur les provîn* ces de l'empire. Tout en poursuivant leurs projets d'agrandissement, ils continuaient à servir les Bomains; le successeur de Wallia, Tbéodoric I*"", passa sa vie à leur disputer les rivages de la Méditerranée; mais il la termina en combattant pour eux contre Attila dans les plaines de Châlôns. Ses trois fils, Thurismond, Théodoric II et Eudes, (|ue deux fraitricides appelèrent successivement au trône, voyant les Bourguignons et les Francs enlever à l'empire le nord des Gaules, ne songèrent plus qu'à lui en ar* racher le midi. Tburismond ouvrit la campagne. Tbéodoric ÎI s'empara de Narbonne. Euric eut des succès plus grands : mettant à profit l'instant où le dernier fantôme d'empereur tombait, et où la barbarie couvrait, avec Odoacre, l'Italie elle-même, il entreprit de soumettre à la fois, en Espagne, les Suèves, qui y dominaient depuis le départ des Vandales pour l'Afrique, et les Bomains, que ses ancêtres y avaient maintenus contre ces Barbares; en même temps, menant la guerre au nord des Pyrénées, il prenait possession de Bourges, de Clermont, de Marseille et d'Arles, où il fixait sa résidence. Ce prince, le plus puissant de son époque et de sa race, composa ainsi des débris de l'empire le premier et le plus vaste royaume que les Barbares aient érigé sur le territoire romain. Au moment où il descendait
LES VISIGOTHS. StSj
dans la tombe, en 4^3 , Clovis conduisait ses Francs vers la Seine, et le giand Théodoric s'apprêtait aussi à passer en Italie avec ses Ostrogotlis, qui, partis des rivages les plus lointains du Pont«£uxin, avaient së*^ journé plus longtemps en Orient. Euric montra Texerople à ces deux rois. Mais, comme eux, en morcelant Tempire il ne pensait qu'à en continuer la puissance et la civilisation.. Il s'enviit>nnait de toutes les formes delà race qu'il foulait aux pieds; et, tandis qu'il laissait les vaincus s'abriter dans leurs lois municipales, qui n'avaient pu soutenir l'État, mais qui n'en avaient pas partagé la déchéance, il leur empruntait l'idée des premières lois civiles qu'il fai« 5ait écrire pour les vainqueurs.
Son fils, Âlaric II, incapable d'entrer en lice avec Clovis et avec Théodoric, qui allaient combattre pour les ruines de lempire, rechercha l'alliance du roi des Ostrogoths, et devint son gendre; mais il ne put éviter les coups du roi des Francs^ qui, dans les plaines de Poitiers, lui arracha avec la vie tout ce qu'il possédait depuis la Loii*e jusqu'aux Pyrénées. Théodoric, intéressé à défendre son sang et ses propres desseins, dans le fils du dernier prince, intervint à Arles pour conserver aux Visigolhs le pays qui s'étendait des Pyrénées aux Alpes sur les bords de la Méditerranée; il administra dès lors en personne les deux royaumes d'Elspagne et d'Italie, occupés par les deux familles gothiques et unis l'un à l'autre parle rivage méridional des Gaules. Lorsqu'il partagea ce grand héritage entre son fils Âthalaric, le prince des Ostrogoths, et son petit-fils Âmalric^ le roi des Visigoths, il divisa aussi entre eux, à la li-
2v58 ETUDE SUH l'hISTOIIIK d'eSPAGNE.
mite du Rhône^ le littoral des Gaules^ qui était la propriété du dernier. Ce partage important domine toute riiistoire des peuples qui sont aujourd'hui as- sis sur le sol de la France, de l'Espagne et de l'Italie. Formées des trois principaux tronçons de Fempire, les trois nations néo-latines poursuivirent dès lors^ ^ chacune à sa manière et dans ses frontières, le déve* loppement de la civilisation à laquelle «lies venaient— de s'initier en lui faisant violence.
L'Espagne , qui , de ces trois nations, paraissait, la moins exposée à changer de maîtres, fut aussi cell^ qui se montra d'abord la plus persévérante dans ses desseins, la plus soutenue dans ses progrès. Aa sixième et au septième siècle, taudis que la race des Ostrogoths disparaissait en Italie avec une rapidité surprenante, et que la dynastie des Mérovingiens s'affaiblissait peu à peu chez les Francs, les princes visigoths, avançant presque sans interruption l'œu* vie réparatrice à laquelle ils s'étaient voués, faisaient éclater des lumières et une puissance inconDue$ dans tous les pays de l'Europe. Prudents dans leurs accroissements, ils avaient des alliances, souvent re* nouvelées, avec les Francs , qui les avaient chassés des Gaules, et sur lesquels ils étaient peut-être bien aises de s'appuyer contre les Ostrogoths, qui les avaient couverts d'une protection dangereuse. A l'intérieur, ils suivaient une politique dont il me semble qu'il est facile d'apercevoir le plan et les vicissitudes. Ils firent asseoir dans les cités romaines leurs soldats, qui transmirent eux-mêmes à leurs descendants l'habitude de vivre dans les villes et de mépriser l'agriculture. Puis ils songèrent à établir^
LES ViSlGOTHS* ^'ig
parmi les populations si diverses qu'ils avaient trou*vées accumulées sur le sol, Tunité, sans laquelle il n'y a point de domination durable. Us y employèrent la religion et les lois.
Pendant que les magistratures politiques tombaient avec le pouvoir impérial , les dignités ecclésiastiques s'élevaient avec la religion ; au milieu d'une société sans cesse agitée, organes d'une majesté inviolable, seules elles paraissaient aux yeux des peuples revêtues du caractère de l'autorité : aussi les évéques avaient-ils pris presque partout, au sixième siècle, un ascendant devant lequel il n'était pas rare de voir fléchijr les princes eux-mêmes. En Espagne, dociles à la voix de Rome, ils s'étaient montrés sévères à réprimer les hérésies qui s'élevaient du sein des Églises «IBIiées à l'Orient. Les Visigotbs avaient reçu l'ariaoisme avec le baptême, sur la frontière orientale de l'empire; lorsqu'ils entrèrent dans la Péninsule, ils se trouvèrent en lutte avec l'épiscopat catholique, et tour à tour ils tentèrent de Tintimider par la rigueur et de)e séduire par la tolérance. Le clergé, toujours iqflexible, s'appuyait tantôt sur les Francs, qui cherchaient à prendre en Europe la place des Romains, tantôt sur l'empereur de Constantinople, qui voulait faire valoir ses droits sur l'Occident. Â la fin du dixième siècle, Léovigilde, l'un des plus grands princes que les Visigoths aient eus, législateur qui continua, en la réformant, l'œuvre d'Euric, se crut obligé d'employer la persécution pour se défendre; il alla jusqu'à faire périr son fils ahié, Herménégilde, qui avait embrassé la religion et le parti des conspirateurs. Récarède, son successeur, usa d'un autre
a4o ETUDK SUR L*HISTOfR£ o'eSPAGHE.
moyen pour affermir le trône : il réunit les évêques, et^ dans leurs mains, en 689, il abjura l'arianisme avec toute sa nation, dont il sut entraîner le consentement. Dès cet instant, les conciles assemblés à Tolède gouvernèrent en souverains non-seulement les affaires de la religion , mais celles de TÉtat : parlements sacrés, où, au milieu des ténèbres répandues sur tout le reste de TEurope, brillaient encore la science et le génie.
Ces assemblées réprimèrent avec sévérité toutes les dissidences religieuses qui cachaient des diversités de race; elles accablèrent surtout de leurs rigueurs les Juifs, qui avaient pullulé en Espagne depuis qu'Adrien les y avait transportés. Elles s'e^ forcèrent d'effacer toutes les autres distinctions qui étaient entre les sujets. A plusieurs reprises, elles promulguèrent les lois (|ui nous découvrent Toitlrç civil de cette époque, et qui firent prévaloir le prin* cipe romain, seul capable de dominer les éléments opposés d'un peuple si mêlé. En lisant le code gothique, on sent à chaque instant qu'il a été imposé aux vainqueurs par les vaincus : il ne se contente pas d'ordonner, comme fait la loi, qui est sure d'être obéie, il démontre qu'il faut obéir, comme s'il avait besoin de persuader avant de commander. On juge aussi qu'il a été fait pour un peuple en armes par un peuple désarmé lorsque, au § vi du titre II du livre V^ (1), on voit le législateur prouver que la loi qui assure l'harmonie intérieure contribue à la défaite des ennemis du dehors. Montesquieu, n'ayant
(1) Quid triumphet de hostibuslex?
LES VJSIGOTHS. 24 I
point as&e/* pris garde que les lois des Visigollis coulaient être expliquées par la lutte intestine des populations à qui elles s'adressaient ^ s'est trop hàtë d'écrire qu'elles étaient frivoles dans le fond et gigantesques dans le style. Après avoir dit ce qui jus« tifie la rliétorique dont elles sont pleines, il faut montrer qu'elles ne furent point sans résultat. Si plus tard l'Espagne eut un tel sentiment du droit, qu'en Aragon elle mit la justice, Justizia mayor^ audesëus du roi, et qu'en Castille le pouvoir des juges passe pour avoir pi*écédé celui des comtes^ elle le doit au code gothique , qui, au § ii du titre 1^^ du livre II, a dit : Quod iam regia potcstas qvuim popu^ lomm universitas legum reiferentiœ sit subjecta, et qui, au § ii du titre II du livre 1% a donné cette définition de la loi : Lex estœmula divinitaliSy antistes i^f^ligibnis, fons disciplùiarum^ artifex jurisj boni maris invemens atque componeftSy gubernaculum cii>ita* ' lis, justitiœ nunciatrix, magistra vitse^ anima (otius corpons popularis. Cette emphase dont Montesquieu se plaint a prosterné un peuple, composé de l'écume des Barbares, aux pieds du juge romain, et en a perpétué la magistrature à travers les révolutions du moyen âge. Les lois des Visigolhs prirent jusqu'au nom du barreau de Rome : elles s'appelaient fori judicum leges, et donnèrent ainsi à l'Espagne moderne ce mot Ae fuero x\n\ en représente encore aujourd'hui les sentiments les plus durables et les plus vifs.
' Les princes gothiques imitaient eux-mêmes, aussi bien qu'il était possible, la majesté impériale; d'une extrémité à l'autre de l'Europe, ils se modelaient IL 16
!l4tl ÉTUDE SUR l'hISTOIRE d'kSPAGNK.
sur le César de Constantinople. Ceux d'entre eux -3 qui voulaient se signaler prenaient le surnom de -^ Flavius, qui, ayant désigné la famille de Constanlin, était un des noms de gloire des empereurs de By- zance. C'est Flavius Récarède qui, à la fin du sixième siècle, convertit son peuple au catholicisme ; il vou- lut avoir une capitale, et donna le litre de ville-^
royale à Tolède, où les évêques avaient pris Phabi
tude de s'assembler et où ses successeurs élevèrent des monuments. Flavius Receswinthe, au milieu dut, septième siècle, réunit trois fois les évéques à To-* lède, s'exerça à la controverse, réforma les lois civiles et contribua puissamment à la fusion des race» de son royaume en autorisant le mariage des Goths avec les Romains. A la fin du septième siècle, Flavius Egica fit faire, dans le dernier concile de To* lède, la dernière refonte du code gothique. 11 fut le prédécesseur de Witiza, dont les fils appelèrent les Arabes en Espagne pour se venger de l'usurpateur Rodrigue.
La littérature latine, sur laquelle l'Espagne avait eu tant d'influence durant; le règne de Néron, et à qui elle donna, pendant le quatrième siècle, les pre* miers poètes chrétiens, Juvencus et Prudence, fut cultivée à la cour des princes visigoths. Sidoine Apollinaire vivait dans l'intimité et dans l'admiration du roi Eu rie. Lorsque les Visigoths eurent été obligés de se replier dans la Péninsule , s'ils n'avaient pas abandonné leur propre langue, tout porte a croire qu'ils se servaient, du moins officiellement, de celle des Latins. Leur idiome primitif, qui était le plus oriental de tous ceux de la famille germani-
LES VISIGOTHS. ll\5
que, avait éié façonné, dès le qualrième siècle, sur les bords du Pont-Euxin , par leurs premiers évê- €|U€fs. Mais la Bible d'Ulphilas, décoiiverlè à Werden en Westphâlie à la fin du seizième siècle, et conservée aujourd'hui à ruiiiversîté d'Upsal, montre assez combien a du être restreint l'emploi d'un langage dont il ne reste que ce monument. Les lois desti» nées à régler les actes de la vie journalière des Visigoths ont été écriles en latin par les conciles de Tolède. Les évéques qui formaient ces assemblées employaient encore avec une certaine élégance, dans leurs livres demeurés célèbres, la langue de Rome, qui partout ailleurs était déjà entièrement défigurée par la barbarie. Quelquefois ils appartenaient à la famille même des princes. Tels furent les ti*ois frères Léandre, Isidore, Fulgence, qui s'assirent sur les sièges de Séville et de Carthagène, et qui, petits-fils du grand Tliéodoric, le roi des Ostrogotlis, étaient, parleur sœur Théodosie, mariée à Léovigilde, roi des Visigoths, les oncles de Flavius Récarède, qu'ils contribuèrent à ramener à l'orlhodoxie. Isidore de Séville, dont l'éloquence ravit ses contemporains, fut, par ses ouvrages savants et variés, une des lumières du moyen âge : en dédiant à sa seconde sœur Florentine son livre contre les Juifs, il nous a laissé la preuve que les dames du palais usaient familièrement de la langue latine. 11 forma une école florissante, qui fut illustrée sous ses yeux par saint Braulio, évéque de Saragosse , et par saint Ildefonse, archevêque de Tolède. Ainsi l'Espagne, tenue par les Gotlis eux-mêmes sous la tutelle de la civilisation romaine, tendait à constituer sans déchirement une
244 ETOOE SUR L^HISTOIRE D^ESPiLGNE.
société nouvelle, lorsqu'un de ces événements dont Dieu seul a le secret lui fit perdre en quelques jours tous les avantages qu'elle avait, et décida qua l'avenir elle suivrait de loin les nations qu'elle semblait devancer avec rapidité.
Le temps était venu où les races de l'Asie et de TAfrique, auxquelles les Romains avaient arraclié l'Espagne, allaient la ressaisir tout à coup. Il n*y avait pas un siècle que Mahomet , réformateur encore obscur et dédaigné, avait quitté la 3iecque et s'était retiré à Médine, la ville sainte, lorsque le calife Walid y qui de Damas gouvernait tous les peuples assis depuis les frontières de la Chine jusqu'à l'extrémité de l'Afrique, apprit qu'un émir du couchant venait d'ajouter l'Espagne à son vaste empire. Mousa, gouveiveur de l'Afrique occidentale, profitant d'une occasion qui lui fut donnée d'intervenir dans les querelles des princes visigoths , envoya en 7 1 1 , sur les côtes de l'Andalousie, son général Tarik, qui^ avant d'arriver sur les bords du Bcetis, rencontra à Xérès le roi Rodrigue, détruisit son armée et du même coup son royaume. Quelques auteurs espa^-^ gnols racontent que Rodrigue ^ sorviirant an cmn^
q46 inuDE SUR l'histoire d'espagne.
bat, alla mourir ignoré dans une ville de Lusitanie où ils prétendent qu'on voyait autrefois son tombeau. Les écrivains arabes assurent que sa tête fut envoyée parTarik à Mousa, et par celui-ci au calife. Le vainqueur alla recueillir les fruits de son triomphe sous les murs de Tolède, qu'il força à capituler. Mousa, jaloux de ses succès, accourut à son tour en Espagne^ prit Sévilleet Mérida, que Tarik avait laissées derrière lui, et qui auraient pu défendre encore l'Andalousie et la Lusilanie : il joignit son lieutenant à Tolède, et , malgré sa haine , obligé de lui confirmer le commandement, lui abandonna la conquête du bassin de FÈbre, tandis qu'il allait soumettre au nord celui du Douero; il se réunit de nouveau à Tarik devant Saragosse, emporta la place, et, $'il en faut croire quelques écrivains, ayant pillé Narbonne, reprit le chemin des Pyrénées, et les suivit à travers la Galice jusqu'en Lusitanie. Mousa et Tarik, ayant été rappelés à cause de leurs divisions, le califie Omar 11 envoya en Espagne l'émir Ël-Haur, qui, en 718, s'empara de Narbonne et ravagea toute la province gothique située au nord des Pyréqées. En ^tài, sous le califat de Yezid, l'émir (ill-Samah projeta la conquête de la Gaule elle-même; mais ayant rencontré l'armée des Aquitains sous les murs da Toulouse, il y perdit la bataille et la vie. En 7a5, sous le califat d'Hixem, les forces des Arabes, toujours prêtes à renaître, reparurent, conduites par Anbessa, dans les Gaules, et s'avancèrent jusqu'en Provence. En 73^ > l'émir Abd-el-Rbaman, après avoir passé les Pyrénées, se dirigea sur Bordeaux, capitale de l'Aquiiaine, l'emporta d'assaut, puis se
IlfVASlOK DES AR4B£S. %^'J
^éfâandant dans les Gaules , qui lui demeuraieui ouverles, s'avança vers la Loire, où il voulait s'emparer de Tours, retourna sur ses pas lorsqu'il apprit qjue les Francs, menés par Charles Martel, venaient »e joindre aux Aquitains pour lui livrer bataille, accepta le combat aux environs de Poitiers, et fut tué dans une mêlée qui remplit les Arabes d'épouvante et leur fit prendre la fuite. Cette journée, dont on a beaucoup grossi les résultats, n'empêcha pas Youssouf , gouverneur de Narbonne, de se répandre, dans les années suivantes, sur l'invitation de Mauronte et des seigneurs provençaux, au-delà du Rhône, et de prendre possession de tout le pays, depuis Lyon jusqu'à la Méditerranée. Si Charles Martel parvint à délivrer la Provence, comme il avait fait de l'Aquitaine, il échoua devant Narbonne, qu'il alla assiéger, et qui, malgré ses efforts, demeura, avec toute la Septimanie, au pouvoir des Arabes, toujours prêts à se jeter par là sur le reste des Gaules. C'est le fils de Charles Martel, le roi Pépin, qui, en s'emparant de Narbonne, en 769, rejeta définitivement les musulmans au midi des Pyrénées, et marqua l'heure oii l'islamisme, jusque-là victorieux, commença à reciiler devant les forces de l'Europe. Il était important d'indiquer avec précision en quel point dé la chrétienté les infidèles trouvèrent la première résistance sérieuse; il l'est peut-être plus encore de signaler dans leur propre organisation les causes de faiblesse qui secondèrent l'effort de leurs ennemis, et qui, finirent par dissiper leur empire.
Les Arabes qui descendirent en Espagne trouvèrent le nom de Vandalicie dans la première province qu'ils
2^S ETUDE SUR l'hISTOIRE D^BSPAGNE.
abordèrent; ils retendirent à la Péninsule ^ dont le centre demeura pour eux en Andalousie. Liés à la côte mauresque y où ils conservaient tous leurs établissements, ils avaient besoin de rapprocher d'elle la capitale des États qu'ils avaient conquis en Europe, et qui n'étaient qu'une dépendance de ceux qu'ils possédaient en Afrique : ils fixèrent donc à Cordoue le siège du gouvernement de l'Espagne. Ils donnaient à la Lusitanie le nom â'^lgarbe, qui, dans leur langue, veut dire Occident, et qui s'est conservé à l'extrémité du Portugal; ils appelaient El-Roumy l'ancienne Gallscie, où les Goths, qu'ils confondaient avec les Romains, avaient fui en foule devant eux ; ils nommaient Afrànc tous les pays qu'ilsavaient parcourus au nord des Pyrénées. C'est assez dire qu'ils devaient faire peu de fond sur ces pi-ovinces, soit à cause de leur éloignement, soit à cause de l'hostilité de leurs races. Il semblerait qu'ils ne se croyaient eux-mêmes campés en Espagne que pour quelques jours, et qu'ils avaient posé leur tente sur le rivage pour pouvoir l'emporter plus promplement.
Du reste, ils donnèrent aux vaincus des lois douces; ils épousèrent leurs filles, ce que longtemps les Goths n'avaient point fait avec les Romains. Lorsque Tarik s'empara de Tolède, il accorda la liberté de leur religion aux chrétiens, qui, en se mêlant aux musulmans, prirent le nom de Mossarabes. Il y eut des Mossarabes dans toutes les parties de l'Espagne, et par eux le rituel des Goths se perpétua, à travers la conquête, jusqu'aux temps modernes. Les musulmans admettaient les chrétiens dans leurs armées, et
INVASION DES ARABES* l49
quelques-uns de leurs princes s'en formèrent en kfru que une garde d'honneur. Ils différaient de tous lès conquérants que l'Europe avait vus depuis quatre siècles en ce qu'ils avaient une civilisation déjà complète, dont la politesse dut proléger et éblouir les peuples conquis. Dès qu'ils se furent assis sur le sol , ils commencèrent à y élever ces monuments qui nous étonnent paf leur élégance et par leur richesse. Le premier émir, Mousa, amena avec lui le capitaine Hanas-ben-Abdala-Âsenani, qui bâtit à Saragosse * une mosquée et un palais pour la justice. C'est le second fils de Mousa, Merwan, qui donna son nom au palais construit par les Arabes à Cordoue^ à l'extrémité occidentale de la ville, sur les bords du Guadalquivir. Par ces fondations, les Arabes devaient, dès le jour de leur arrivée, imprimer leur respect au peuple chez qui ils s'établissaient : aussi ce n'est pas de lui que vint leur perte.
Les tribus que Tarik et Mousa conduisirent en Espagne avaient été recrutées à la fois chez les Ismaélites, pasteurs nomades, répandus dans le nord de l'Arabie, et chez les Sabéens, agriculteurs civilisés, qui en habitaient le midi, connu encore aujourd'hui sous le nom d'Yemen. Elles recelaient ainsi des éléments de discorde, qui remontaient aux antiques divisions du désert , et qui eurent bientôt occasion d'éclater. Après avoir envahi la c6le de l'Afrique et soumis rapidement les populations qui la couvraient, les Arabes virent se lever contre eux celles qui occupaient le centre de l'Atlas, et qui, sous le nom de Berbères , cachaient les restes des anciens haRitants de la Numidie et de la (îétulie. La
a5o ÉTUDB SUR l'histoire d'rspagne.
révolte de ces hommes indomptables absorba les forces que les musulmans de l'Andalousie auraient dirigées contre la Gaule; après les avoir affaiblis^ elle sema parmi eux le désordre en rejetant sur leurs rivages des bandes qui ^ levées en Syrie et en Egypte pour étouffer l'insurrection de l'Atlas, mais défaites ^ et affamées en Afrique, apportèrent en Espagne un secours nécessaire. Des Berbères, enrôlés sous les-^ étendards des émirs de Cordoue , s'étaient révoltés^ aussi dans la Péninsule à la nouvelle de la rébellion d^^ leurs frères, et désolaient tout le nord du pays qu'il&> avaient contribué à conquérir. Les Syriens, devenue les arbitres de l'Espagne, ne voulurent plus la quittei* après l'avoir protégée; et dès lors s'engagea entretoutes ces races, accumulées sur le même sol, une* lutte terrible, où les Ismaélites, les Yemanis, les Syriens, les Égyptiens et les Berbères firent reparaître toutes les rivalités de leurs nations. Ce combat in* térieurfit plus que la guerre des chrétiens pour détruire en Europe la puissance de l'islam.
En 753, après dix ans de discordes intestines, Jes clieiks de l'Andalousie prirent, pour sauver leur conquête, un parti héroïque qui divisa l'empire, musulman tout entier. Le trône des califes, disputé par les familles alliées à Mahomet, venait de passer, par une révolution rapide et sanglante, de celle d'Omeya, l'un des parents de l'aïeul du prophète, à celle d'Abbas, oncle du prophète lui-mên)e. Au milieu de l'extermination des Ommiades, un jeune homme échappé à la rage des Abbassides , Abd-el- Rahman, errant de lieux en lieux, avait trouvé un asile sur chez les plus sauvages tribus desiierbères.
IirVASlON DES ARABES. a5l
Les luusulmans espagnols cherchaient un chef qui, en inspirant le respect à tous les partis^pût terminer leurs divisions; éloignés du théâtre des changements qui venaient d'imposer de, nouveaux chefs à leur race, ils avaient aussi sans doute le besoin de protester en faveur de l'ancienne autorité qui avait été renversée sans leur participation. Ils appelèrent parmi eux l'Ommiade proscrit ; ils le proclamèrent roi de Cordoue et calife d'Occident. Abd-el-Rahman^ que les chrétiens ont nommé Abdérame y sut conquérir le pouvoir qu'on lui avait déféré; après l'avoir conquis, il l'honora. Digne rival des califes d'Orient) qui ^' en voyant l'Europe leur échapper, quittèrent Damas et allèrent placer leur siège à Bag^ dad au milieu des enchantements de l'Asie, il . voulut lutter en Europe avec la gloire de leur empire: c'est lui qui a élevé à Cordoue cette mosquée, la plus grande et la plus rjchedu monde, qui témoigne en* core aujourd'hui de l'ambition de sa dynastie naissante« Jl pacifia l'Espagne mahométanei que ses descendants gouvernèrent avec éclat pendant trois siècles* Mais, au inilieu des désordres de son avéne-* metit, il^'établit au nord de la Péninsule des royaumes que sa postérité ne put entamer, et qui, lorsqu'elle fut renversée, se trouvèrent prêts à profiter des divisions^ désormais incurables, des musulmans.
Orîgîae des royamnei ohrèlrônfl d« l'Eppagne.
Toute l'histoire d'un peuple tient dans son origine. Chaque nation procède d'un germe que son génie ftéconde, mais ne saurait changer; elle sent si bien qu'elle dépend de cetle donnée primitive que, selon les desseins qu'elle conçoit^ elle se la représeiite à elle-même sous des figures différentes, avouant ainsi qu'elle ne peut s'avancer vers l'avenir qu'en vertu d'une certaine impulsion cachée dans le passé. Cependant ces fictions mêmes ne servent de rien pour la faire sortir de la carrière qui lui a été tracée par la Providence; et qui posséderait le véritable secret de sa naissance verrait non-seulement où elle doit aboutir, mais encore pourquoi elle s'achemine vers sa fin à travers ces routes diverses.
Arrivés au point où toutes les racines de la nation espagnole se rejoignent, pour ainsi dire, et se resserrent en un faisceau d'où sa tige va s'élancer, nous n'avons pas la prétention de réussir à dénouer le
ORIGJ]NE D£8 ROYAUMiilS CUR^T. JL>£ l'jKSPAGME. â53
mystère qui enveloppe sa formation ; mais peut-être les éludes qui précèdent nous aideront-elles , sinon à décider la question , du moins à la poser et à juger les solutions que l'Espagne en a proposées.
Au seizième siècle, la monarchie espagnole, lut^ tant contre toutes les nations dont elle était envi-ronnée, se donna une origine qui la laissait tout k fait indépendante d'elles. Alors s'accrédita l'opinion que, lorsque les Araires envahirent la Péninsule, un prince visigotli, nommé Pelage, s'était retiré dans les montagnes des Asiuries, et, bravant les conquérants, avait continué sans interruption la dynastie et la puissance des Goths. Ce fut en quelque sorte le dogme fondamental de la politique castillane. Comme si ce n'était pas encore assez de faire de Pelage un membre de la famille royale, on voulut, pour rendi*e ses descendants plus dignes du titre de rois catholiques, le rattacher directement à Flavius Récarède, qui, en abjurant l'arianisme, fit entrer tout son peuple dans la communion de l'Église 1*0maine. On prélendit que Pelage était fils de Favila, duc de Cantabrie, lequel était frère du roi Flavius Receswinthe, petil-fils lui-même de Récarède. Rodrigue, archevêque de Tolède (1), qui écrivait les chroniques d'Espagne au commencement du treizième siècle, se borne à dire que Pelage était maréchal du palais du dernier roi des Goths, et que, s'étant soumis, avec le reste de la Péninsule, à la domination des Arabes, il se révolta pour venger rhonneur de sa sœur. Si on sent dans ce récit l'in-
(i) Roderici Tolelani de Rébus /uspiui.^ 1. IV, c. i.
^54 JÉTUDB SUR l'histoire D^ESPAGME.
fluenoe des Romanceros ^ qui ont défiguré pareilh ment Thistoire d\\ roi Rodrigue ^ da moins n' trouve-t-on rien qui ressemble à une intention fée de prêter une base ans spéculations et à la va* nité de la politique moderne. On n'y voit même rie/7 qui empêche de croire que Pelage, comme so& notin le prouverait, et comme semblaient aussi l'indiquer les Aral>es , qui l'appelaient El^Roumi, n'appartînt plutôt à une famille mmaine qu'à la race des Goths. Mais là ne doivent point se borner les réserves de la critiqoe.
Un historien espagnol dont l'esprit sagace et libre tranche avec la littérature servile du siècle de Philippe 11, Jérôme Zurita, annaliste de la couronné d'Aragon, insinue clairement que, si les populations réfugiées dans les montagnes des Asturieslinrent les Ai'abes en échec, c'est qu'elles furent secondées par l'opposition que firent les Francs aux ennemis communs de la chrétienté. Comme Pelage, révolté, selon les calculs ordinaires, vers l'année 718, a dû mourir vers 736, et que Charles Martel n'a rencontré les Arabes à Poitiers qu'en 732 , il serait difficile d'admettre c|ue ce soient les forces de Taïeul de Cliarlemagne qui aient pu favoriser l'insurrection du premier roi des Asturies. Mais il faut se hâter de faire observer qu'avant la journée de Poitiers les musulmans avaient trouvé dans la Gaule des armées qui leur avaient opposé une vive résistance, et qui, par exemple^ dès 721, leur avaient fait essuyer dans les plaines de Toulouse une défaite complète.
Ces armées, recrutées parmi les Aquitains, de quelle puissance politique dépendaient-elles? £udes,
ORIGINE DES KOTAl MES CHHÉT. 1>C Lt:$FAG3iE. a55
duc d'Aquitaine , leur chef, à quelle race apparte* nait*il?Dequi relevait-il ?Ces questions importantes sont malheurausement encore enveloppées d*un grand mystère. La charte d'Alaon^ sur laquelle on a fondé depuis deux siècles Fhistoire d'Aquitaine, fait descendre Eudes de la souche mérovingienne par Cliaribert , frère de Dagobert r*"; et M. Fauriel , en admettant cette version dans sa belle histoire de la Gaule méridionale, a représenté le duc mérovingien, à la fois détaché des Francs de la première race et opposé à ceux de la seconde, soutenant dans le midi une nationalité révoltée contre celle du nord. En ruinant, dans une dissertation savante, l'authenticité de la charte d'Alaon, M. Rabanis (i) a renversé le fondement de ces opinions et ceux même de l'histoire d'Aquitaine, que, mieux que tout autre, il pourrait reconstruire aujourd'hui. Quelle sera la base de cette réédification devenue nécessaire? Depuis quelques années, en étudiant l'histoire des Francs dans leurs rapports avec les populations du midi, on a été trop porté, ce semble, à les peindre comme des barbares venant dévaster un sol béni par la civilisation; et, dans cette opinion , on a repoussé l'idée qu'ils aient rien pu fonder de durable, ni inspirer aux populations parmi lesquelles ils se répandaient cette con- ■ tiaoce qui assure l'obéissance en échange de la protection. Au contraire, si on considère les relations que les Francs ont eues avec les nations germaniques, on ne peut s'empêcher de voir en eux des re-
(i) Essai historique et critique sur les Mérovingiens d* Aquitaine el la charte d*Maon. Bordeaux, 18A1
256 CTCDE SCR I.'h1STOI1E D ESPAGNE.
préseotaots armés de la puissance rtuiuiiiie, don ils Teuleot soutenir la civilisation , tout en s'effo çant de succéder à son autorité. Il me semble qu*o doit se rapprocher chaque jour davantage de ceti idée, dont il faut toutefois encore redouter lexi^i ration. Mais en admettant que sous les formes maines c était le pouvoir des Francs qui s^eserça dans le Midi on arrivera a comprendre qu'ils ai pu avoir une influence marquée sur les oommenc^^ menis mêmes du rovaume «rhrétien des Asturies.
Si Pelage a été suscité par les victoires que les Francs d'Aquitaine ont remportées sur les Arabes, ses successeurs ont été soutenus aussi , d'aune manière plus directe encore , par les Francis d*Austrasie, qui n'ont pas tardé d^arriver aux Pyrénras. Zurita^ critique éclairé , qui avait à sa disposition les archives royales de l'Espagne , affirme positivement que le roi Pépin, chassant devant lui les Arabes hors de la Gaule, traversa les monts et porta secours aux chrétiens révoltés i\ Pour adopter le calcul commun, Alphonse l^, surnommé le Catholique^r^;nait alors dans les Asturies; et c'est lui, dit-on« qui, pendant les troubles semés parmi les musulmans par Tinsiirrection des Berbères et par Tarrivée des troupes syriennes, commença à alTermir et à étendre le royaume , dont il u^est même point assuré que Pelage ait pensé ù relever le titre.
Le (ils de Pépin fit plus encore pour un roi qui,
'i^ c Pero pasjiron adeUule a dar faror r smoito a los chrts- « lianos que c]iictia%'an reco^idos m la Cantabria. > Ziirita, Ht.I, ch. II, p. 4. Saragosse, 1610.
ORIGINE DES ROYAUMES CHRÉT. Dh l'eSPAGNE. ^67
lui-même servait mieux aussi la cause des rebelles des Âsturies. Alphonse II , dit le Chaste (792-842), descendu des montagnes où avait été planté Tétendar|d chrétien , le porta dans le bassin du Duero, plus loin qu'Alphonse!®' n'avait fait, et, en revenant à Oviédo, capitale des Asturies, y releva, au dire des chroniques, toute l'organisation civile et religieuse que les Goths avaient autrefois établie à Tolède (i). Ce prince, qui fut ainsi le véritable restaurateur de la monarchie des Visigoths, semble inspiré par les exploits de Charlemagne. Dans les commencements de son règne, en 778, le grand roi des Francs, profitant de la division des Arabes, et appelé sans doute par eux, avait franchi les monts, avait pris possession de la Navarre, était descendu dans le bassin de l'Ebre, et, forcé par la défection de revenir sur ses pas à traveis le détroit de Roncevaux, où il perdit une partie de son armée, avait fait son fils Louis roi d'Aquitaine, en le chargeant de poursuivre au delà des Pyrénées les entreprises dont il se sentait détourné lui-même, moins encore par un revers pas* sager que par les vastes affaires de son empire. Louis pénétrait ep Espagne tour à tour par les vallées de la Navarre et par celles de la Catalogne, au gré des avis die Charlemagne, qu'Alphonse le Chaste cherchait à se concilier par ses ambassades et par une continuelle déférence. Les Romanceros, commen-
(1) Omnem Gothorum ordmeniy sicuti Toleto fuerat^ tam in eccle* sia quant inpalatio , in Oveto statuit, (Chron. d'AIbelda.) Gotho^ rum gloriam tam in ecclesiis quam in palatiis , utoli/n Toletiful^ serat, proat potuit, reparapU. (Roderici Toletani,c/e Rebiis Hisp^^ lib. IV, c. viii.)
aSS ixcDE SUR l'histoire J)*ESPAGNK.
faire souvent heureux de l'hisloîre obscure de ces temps^ témoignent tout à la fois de cette obséquiosité du roi des Astu ries pour l'empereur, et du ressentiment qu'elle excita parmi les seigneurs espagnols. Bernard del Carpio^ dont elles font l'organe de ces haines nationales, est représenté par elles tour à tour révolté contre son roi, et conduisant les enfants des Goths contre les Francs. Ce qu'il y a de certain, c'est que le passage de Roncevaux, qui avait été fatal à Charlemagne en 778, le fut encore à Louis le Débonnaire en 802 et en 8^22 , dans deux rencou* très meurtrières que les traditions ont confondues avec la première , et qui firent éclater la résistance delà monarchie des Goths, en même temps que la persévérance de la politique des Francs.
Cest assez pour établir que, si le royaume fondé dans les Asturies fut en efTet une création de la race gothique, il ne surgit point aussi vite ni aus^ spontanément que l'ont écrit les historiens des*Castilles: il ne mit pas moins d'un siècle à se reconstiluer, et il ne se releva point sans l'intervention des Francs. Mais la puissance française, qui étendit sa protection sur cette couronne , se fit encore sentir avec plus de force dans des contrées plus voisines, et où devaient s'élever d'arutres royaumes destinés à disputer à celui d*Oviédo la possession de la Péninsule.
Le père de Charlemagne, Pépin , en poursuivant ses victoires sur les Arabes de la Septimanie, descendit jusqu'à Barcelone, où il inaugura l'influence français. Son fils fy étendit de nouveau ; T-^ouis le Débonnaire l'y établit en pous&ant ses expédilioos, du vivant même de Charlemagne, jusqu'à Torlose,
0R1GII9E DES ROYAUMKS CHRÉT. DE L*ESPAGNE. aSg
sur les bouches de FÉbre : après lui , Charles le Chauve Yj consolida encore en assimilant les habitants du pays aux Francs; mais le même prince devait aliéner celle contrée en Vinféodant à des comtes héréditaires. Détachée du domaine direct de la France , la Catalogne demeura cependant liée à elle par les intérêts et par le génie; et les événement^ se sont accordés à resserrer ces rapports naturels.
Les Carlovîngiens s'eflForcèrent aussi d'établir Tinfluence de la France dans une autre partie de la marche d'Espagne; Le général Auréolus , qu'à son nom on peut croire de race romaine, fut investi par Charlemagne du commandement de ce pays de Navarre d'où le grand roi était sorti vaincu , mais non pas dépossédé. Mort en 807, ce chef militaire était remplacé dès 8t5 par Asnar (Asinarius), qui était Vascon d'origine, et qui reçut l'inveslilure de Louis le Débonnaire. Soit que la Navarre eût été, dans cet intervalle, reconquise parles Arabes , soit que les Francs se portassent naturellement vers un passage moins dangereux que celui de Roncevaux, le nouveau gouverneur fixa sa résidence plus à l'est, dans le bassin auquel la vallée de Canfranc ouvre uqe ii^sue &cile vers le nord, et que les montagnes de Jaca défendent au midi. Retranché en ces lieux , dont les sources de l'Aragon forment comme les fossés, et qui plus lard servirent de berceau au royaume d'Aragon, il fut appelé comte Jaca, du nom même de la ville où cette principauté sortit des débris de la puissance française. En 8asi, Asnar, réuni à d'autres comtes, entrait en Navarre pour en chasser les Arabes. Pris par les ennemis, il fut , à ce que racontent les chro-
260 iTlIDE SUR L HISTOIRE d'kSPAGNK.
niques y renvoyé sans rançon par l^caliPe, qui, sans doute, voulait le détacher de ses anciens maîtres; et il retourna exercer une autorité indépendante dans le pays où il avait jusqu'alors servi la France. Il mourut en 836; laissant son comté de Vasconie ou de Jaca sous la garde de son frère Sanche Sanchez, qui le conserva en dépit de Pépin et deCharles le Chauve, successivement appelés à diriger contre la Péninsule les forces du royaume chancelant d'Aquitaine.
Pendant qu'Âsnar marquait les lieux d'où la puissance aragonaise devait descendre j un autre homme, couvert aussi de la protection des Francs, apportait dans la même contrée les germes de la race destinée à y régner, et à dominer de la sur tout le reste de FEspagne. Inigo Arisia (i), qui, selon les témoignages les plus probables, mourut en SSg, étaii un gentilhomme de Bigorre, venu à travers les montagnes jusqu'à la chaîne de Soprarbe, qui, entre les sommets de Jaca , où Asnar commandait , et ceux de EVibagorza, occupés par le comte Bernard, gendre d'Asnar, se détachait comme un poste avancé au-
(1) t*our éclaircir ces points si souvent débattus, je me suis servi des récits de Rodrigue de Tolède, qui, écrivant au treizième siècle, était étranger à tous les calculs de la vanité moderne, et qui a été pleinement confirmé, au seizième siècle, par les savants travaux du judicieux Zurita. Quant à la liste fabuleuse des anciens rois de Soprarbe, qu'on a dressée d'après les images du palais de Saragossc, et qu'on peut voir au tome II de VHispanîa Hlustrata de Schoot, il suffit, pour la démentir, de faire voir qu'elle répèle trois fois, avec de légères .modifications, la même série de personnages, reproduisant ainsi naïvement trois variantes écrites, sans doute, l'une après l'autre dans les chroniques de quelque couvent.
ORIGINE DKS ROYAITMES CHRET. OR l'eSPAGNE. a6l
dessus des Arabes d*Hiiesca. Sur cette cime, il avait rallié des liommes décidés comme lui à acquérir des terres en arrachant aux Arabes celles qu'ils avaient eux-mêmes enlevées aux Gotbs. Après avoir réglé avec ses compagnons le partage de leurs futures conquêtes et fondé ainsi tout un nouveau droit politique sur les bases du droit privé, il était descendu, sans doute en longeant les pentes de la Sierra de Jaca, dans les plaines de la Navarre, où, vainqueur des musulmans, il avait distribué leurs dépouilles et reçu de ceux qu'il venait d'envïchir (ricos homes) les titres de seigneur et de roi. Si on ajoute que» pour assurer l'équité des partages, ces guerriers associés ont eu soin de les placer sous la surveillance du juge romain ou du justice^ on aura j comme Jérôme Zurita l'a bien indiqué, une idée complète des origines delà constitution d'Aragon.
Comment la postérité d'inigo Arista, roi de Soprarbe et de Navarre , d'une part se répandit sur la Péninsule, de l'autre, remontant à son berceau, couvrit un instant le midi delà France, c'est ce que nous montrerons plus tard. Il faut s'arrêter ici, en achevant de marquer le principe de cette double direction. La race des Visigoths, dont les Pyrénées partageaient rempireen deux moitiés inégales, avait concentré au midi des monts, dans l'Espagne proprement dite , ce qu'elle avait de forces plus vives et de germes plus purs, et elle avait laissé dans l'ancienne province Narbonnaise, qu'elle nomma Septimanie, et qu'on appela longtemps après elle le Duché de Golliie , des populations plus exposées à se mêler, non-seulement avec les Romains, qui l'y avaient
•^Gti ÉTjDDK sua l'histoire d'espa&ne.
attirée, mais encore avec les Francs, qui tendaient à l'en exclure. Ces deiix parts du royaume des Goths souffrirent l'invasion des Arabes, et firent effort pour s'en affranchir. La première porta dans les Asturies le foyer de l'insurrection ; la seconde se rattacha insensiblement à celui qui s'était déclaré dans les montagnes de l'Aragon. Ni l'une, ni l'autre, quoi que prétende l'orgueil espagnol, ne renoua immédiatement les traditions gothiques et ne demeura exempte de l'influence des étrangers, toutes deux ayant au contraire trouvé dans l'intervention française les moyens de se reconnaître et de se relever. Charlemagne aida Alphonse le Chaste à reconstituer à Oviédo la monarchie de Tolède ; Louis le Débonnaire et son général Asnar fondèrent à Barcelone et à Jaea les deux centres de la puissance qui succéda à celle de laSep*. timanie, et qui essaya de la renouveler. Cette initia-' tive de la France, sur laquelle je n'insiste que pour mettre en lumière de grandes vérités méconnues, domine toute l'histoire d'Espagne et peut seule l'expliquer. Mais entre les deux royautés qu'elle fit naître dans le royaume des Asturies et dans celles de l'Aragon , il y eut toujours cette différence , que l'une fut soutenue par la race pure des Goths, l'autre par la race gothique mêlée au peuple qui vivait au-dessus des Pyrénées : de là vint la diversité des langues, des lois et des entreprises qu'elles développèrent en des sens opposés, lorsque les dissensions de l'empire arabe , qui avaient favorisé leur naissance, achevèrent d'assurer leur grandeur.