PHILIPPE II. Ô'2Ï
et pour supprimer par l'échafaud la charge de Justice. •
Ainsi il fondait en Espagne l'unité que son père avait essayé en vain d'établir en Europe. Cependant, afin que la Péninsule pût aussi prétendre à instituer un jour l'unité du monde, il mit en jeu les croyances qu'elle avait conservées ardentes dans une lutte de huit siècles, et il la chargea de défendre contre les révoltes de l'Occident la religion qu'elle avait sauvée des invasions de l'Asie et de l'Afrique. Cette passion que les Espagnols avaient vouée au catholicisme , et qui se confondait pour eux aveic l'amour du pays , était , même aux yeux de la politique, un élément plus positif que l'ambition tout abstraite deCharles- Quint pour la monarchie universelle. Quelle puissanciè plus réelle que celle qui faisait allumer, aux applaudissements de tout un peuple, les flammes de l'auto-da-fé, et à qui le roi même délibérait de livrer les restes de son père et abandonnait la vie de son fils! Sûr d'exciter ainsi un irrésistible élan , Philippe II savait s'en préserver lui-même afin de chercher, dans le cours ordinaire des négociations, des prétextes pour le faire éclater et des aliments pour l'entretenir. Lorsqu'il vit Pie IV, qui était dévoué à ses intérêts, prendre sur le trône de saint Pierre (iSSg) la place de Paul IV, qui avait servi ceux de la France, il le pressa de terminer, pour relever la papauté, le concile de Trente, auquel Charles-Quinl avait réduit Paul III pour la rabaisser. Dès que cette assemblée, sans cesse interrompue depuis vingt ans, eut promulgué ses canons, le roi d'Espagne, revêtu des titres de protecteur de l'Église