‹ Etudes d'archéologie et d'histoireChapitre 20 sur 28 · DÉGADERCE DE LA MONARCHIE ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

DÉGADERCE DE LA MONARCHIE ESPAGNOLE

cupés à ces jeu:c stériles de ia parole^ il ne manquait pas encore d'esprits plus élevés^ qui marquaient avec une clarté de plus en plus grande les tendances opposées de la nation. Francisco de Quevelot (i58o« i645)y élevé à la cour, formé aux écoles, unissant aux agréments du monde des connaissances presque universelles, en faveur à la cour du vice-roi de Naples sous le règne de Philippe III, persécuté pendant les révolutions ministérielles qui accompagné* rent l'avènement de Philippe IV, i*ettré dans ses domaines sous le gouvernement du comte d'Olivares, composa avec une facilité surprenante, avec un esprit admirable quoique exagéré, avec une raison supérieuœ, des ouvi*ages satiriques en prose et en vers , dans lesquels il donnait des leçons utiles à son pays, mais qui répandirent en Europe l'abus du genre burlesque. Ce Voltaire de l'Espagne portait la livrée de Scarron; il eut une triste fin. Attii*é * à Madrid dans les dernières années du ministère d'Olivarez, arrêté comme libelliste, il perdit dans les prisons sa santé et sa fortune, et ne recouvra la liberté que pour aller mourir dans l'indigence. Tel n'était pas le sori de Pedro Calderon de la Barca (1600-1687), qui, après Lope de Vega, employa son talent a peindre les passions à la fois les plus vives et les plus profondes du peuple espagnol. Chargé parPhilippe IV du soin de diriger le théâtre, il prit au milieu de sa can*ière l'habit ecclésiastique, et mourut comblé des faveurs de TEglise et de la cour. Il introduisit dans la comédie des récits, des surprises nombreuses, des pensées brillantes, un

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mouvement contiDuel, un style poélique; mats il se distingua surtout dans ces pièces qui accompagnaient les fêtes du Saint-Sacrement, qu^oa appelait pour cette raison autos sacramentales , et qui n'étaient qu'une suite de nos anciens mystères. Au milieu de l'appaml le ptus solennel, il intéressait le peuple espagnol à ses croyances , tantôt par des plaisanteries dont le moyen âge lui avait transmis l'exemple , tantôt par des symboles étudiés que lu théologie mystique avait mis en usage, tantôt par de magnifiques peintures où l'enflure de son siècle faisait tache sur les éclats de son génie. Ni les conseils de la raison ni l'enthousiasme religieux ne pouvaient plus se produire sans recherche et sans mauvais goût. •

La peinture, qui dès le siècle précédent était cultivée avec succès eu Espagne, acheva dan^ celui-ci d'en manifester le caractère. Avant que les artistes de la Péninsule eussent appris de ceux de l'Italie à imiter l'éclat de la nature, fidèles aux traditions de l'ait byzantin, ils traçaient, avec une austérité de pinceau qui n'excluait pas la douceur de l'expression , des images naïves et mystiques, pleines de Texaltation de leurs sentiments. Lorsque la Renaissance leur eut montré ses chefs-d'œuvre, où l'idéal antique relevait l'interprétation de la vie moderne, ils essayèrent de réformer leurs vieilles méthodes; mais ils attendirent, pour briller, que l'imitation de l'antiquité eût été sacrifiée à cellede la réalité par les naturalistes italiens. L'école qu'ils formèrent alorsa éprouvé de nos jours l'excès de la flatlcrie après celui du dédain.

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Elle se recrutai piincipalenient sur les rivages <]ue le commerce avait enrichis et que le voisinage de ritalie éclaira. Parti du royaume de Valence, Joseph Ribera ( iSSq- i656) alla mourir dans le royaume de Naples, et montra aux italiens, par la vigueur et quelquefois aussi par la noblesse de ses ouvrages, que sa nalion était plus capable de rivaliser avec le Caravage que d'imiter le Corrége, devenus tour à tour l'objet de ses études. Vêlasquez (1594-1660) alla de Séville à Venise, et revint à Madrid, où Philippe IV le nomma son peintre : en Italie il fut frappé par la mythologie païenne, qu'il travestit au retour avec le costume de l'Andalousie; à la cour, parmi ces seigneurs dont les pères avaient tour à tour connu la liberté et la gloire, il rencontra des figures sur lesquelles il exprima toute la puissance de l'Espagne au moment même de sa décadence. Âlonzo Cano (1600-1676), qu'OJivarez enleva à Grenade, peintre, sculpteur, architecte, le seul Espagnol qui ait étudié l'antiquité avec goût, et qui ait su l'imiter, composa des tableaux élégants et corrects pour rappeler l'hai*monie savante des Carrache à la noblesse castillane , formée par le séjour de l'Italie. En Andalousie, où était le foyer véritable de l'école, demeurèrent Zurbaran (1596-1662), interprète tour à tour fier et doux des rigueurs et des attendrissements de la vie monastique, et Murillo (16 1 3- 1682), le peintre de la lumière, le poète du peuple, qu'il retraça nonchalant et affamé et dont il prêta les haillons aux saints et à la reine même du

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ciel. Ainsi, dans ces deux grands arlisles sereti'ouvaient , avec la diflerence des deux partis que Lope de Yega et Cervantes avaient représentés avant eux, le secret des grandeurs de ta Péninsule et la pein* ture de sa misère.

Renouvellement de la nation espagnole.

Le drame commencé le jour où, dans les montagnes d'Oviédo, l'Espagne avait entrepris de se recouvrer d'entre les. mains des Arabes, fut achevé lorsque, par l'organe de Charles II, la monarchie, impuissante à conduire la nation affranchie, en remit le gouvernement à une dynastie étrangère. Dans la longue lutte de la délivrance, diverses puissances formées par des races diverses s'étaient élevées sur les lieux différents par où l'attaque avait été dirigée contre les conquérants. Après l'expulsion des Maures, elles s'étaient réunies comme pour célébrer en commun le triomphe des croyances qui les avaient menées à la bataille. La monarchie, née de leur rapprochement, devait prendre pour base la foi qui l'avait opéré; elle crut se maintenir et se perpétuer en excitant contre l'Occident les passions religieuses qui avaient vaincu les dominateurs de l'Asie et de l'Afrique; elle rencontra des résistances insurmontables dans la civilisation générale de l'Europe, à

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lac|uellc ses sujels, au milieu de leurs con)l)als, étaienl demeurés éhangers. Dès qu'elle fut condamnée à la paix, elle vit se dissoudre peu a peu tout sou pouvoir qui, créé par la guerre, n'avait organisé l.es peuples que pour elle ; les puissances qu'elle avait réunies faire reparaître leurs rivalités anciennes; la nation tout entière retourner aux divisions et au dénûment d'où elle était partie. C'est la loi commune de toutes les institutions humaines que la décadence, en les dépouillant de tout ce dont elles se sont grossies, les replace à la fm dans leur nudité première. A cette extrémité, comme à ses débuts, l'Espagne trouva encore la France. L'impulsion qui lui avait été donnée par Cliarlemagne étant usée, elle ne se remit en mouvement que sous la main de Louis XIV. Elle avait reçu du premier la force de défendre sa religion et son territoire; elle fut restituée par le second à la civilisation de l'Euiope, qui semblait se venger de ses hostilités en la laissant périr dans son isolement et sa paressé. En consommant cette réintégration, la France obéissait plus à l'entraînement de sa destinée qu'au calcul de ses intérêts. Lorsque Louis XIV envoya son petil-filsen Espagne, il ameuta toutes les puissances de l'Europe, qui entamèrent son royaume jusqu'alors accru de leurs dépouilles. Cent ans après^ lorsque Napoléon voulut compléter l'œuvre du grand roi, il ébranla sa fortune jusque-là triomphante. C'est par les malheurs de la France que la Péninsule s'est renouvelée. En recevant nos bienfaits, elle a souffert elle-même des afflictions que nos ennemis et les siens ont comptées avec joie. Mais sans chercher à prévoir quel peut être l'ave-

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nir que la France a Tait à celle nalion, nous vouloDs eu finissant établir avec iniparlialilé la balance des avantages et des préjudices qu'elle lui n apportés. Le lestanienl qui fit monter Philippe V (i 701-1 746) sur le trône d'Espagne, indépendamment des tempêtes qu'il souleva contre Louis XIV, et dont nous ne voulons plus parler, excita contre son petit-fils la haine de rAutriche, qui avait aspiré à en prendre la place, et la cupidité de l'Angleterre, qui cherchait des prétextes pour ruiner les restes de la marine castillane. La reine Anne, qui succédait (1702) sur fe trône de la Grande-Bretagne à son beau -frère Guillaume 111, détruisit d'abord par ses croisières les vaisseaux des Espagnols; puis elle s'empara de Gibraltar, qui garde la porte de la Méditerranée, et que les Anglais n'ont plus rendu. De son côté, Charles, archiduc d'Autriche, profitant des rivalités de l'Aragon et de la Catalogne contre la Castille, descend à Barcelone et s'achemine à travers le bassin de l'Èbresur Madrid, où une ai^née anglaise s'avançait de l'autre côté a travers le Portugal. Philippe V, obligé d^ fuir de sa capitale ([706), y est pourtant ramené par le zèle des Castillans, que réveille l'hostilité des Aragonais. Mais il n'y rentre que pour se voir enlever, par la valeur du prince Eugène, le Milanais, qui retourne pour toujours à la maison d'Autriche; par la défection des princes, le royaume de Naples (1707), qui est à jamais séparé de la couronne d'Espagne; par la trahison des seigneurs, le royaume deSardaigne (1708), que les Anglais reçoivent pour le livrer à l'archiduc. Au milieu de tous ces malheurs, auxquels les Maures ajoutent la prise d'Oran ,

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