ÉTUDE SIJK l'uISIOUîK d'kSPAGJN'E
Louis XIV, pressé par Marlhorougli el par Eugène, est obligé d'abandonner le roi d'Espagne à ses propres ressources. Privé des troupes françaises, Philippe V a encore une fois la honle de fuir de Madrid (1710) devant l'archiduc qui y rentre. Mais cette même année, Vendôme, que le roi de France a cédé à son petit-fils, plus fort que toutes les armées, délivre l'Espagne par la victoire de Villaviciosa, et affermit en un jour la dynastie des Bourbons. L'archi- ' duc Charles, devenu empereur par la mort de son père, alarme à son tour la politique anglaise, que la disgrâce de Mariborough fait pencher vers la paix! La reine Anne rend enfin la tranquillité à l'Europe ( f 7 1 3) ; et l'Espagne est forcée de sacrifier l\ la Grande- Bretagne, outre Gibraltar, Minorque, le <:ommerce de l'Amérique et le monopole de la traite des nègres; à la Savoie, la Sicile, que le duc Victor-Amédée II échangera bientôt (1718) avec l'empereur conhe le royaume de Sardaigne.
A !a fin de celte lerrible guerre de la Succession, l'Espagne se trouva donc réduite à ce qu'elle possédait dans la Péninsule et dans le Nouveau Monde. Pour compenser ces revers, la France lui avait déjà donné le senlimenl de l'ordre et l'exemple de la discipline. Philippe V avait réformé les abus de l'ancienne cour, supprimé les charges inutiles, établi le ton de Versailles dans sa maison, qui devait le répandre. Les généraux français qui étaient venus combattre pour lui, le duc d'Orléans, Berwick, Vendôme, avaient appris aux Espagnols le nouvel art de la guerre que Turenne, Condé el Vauban avaient inauguré. La puissance politique de l'Espagne commence*
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à renaître au moment où les traités semblaient l'avoir anéantie. Un ministre que Vendôme avait apporté dans ses bagages, labbé àlbéroni, put alors s'élever jusqu'à rêver pour elle une suprématie nouvelle. Après avoir marié le roi, déjà veuf d'une princesse de Savoie, à la princesse Farnèse, qui devait hériter du duc de Parme et du grand duc de Toscane, il usa de son pouvoir pour achever d'organiser l'armée surle pied de France, et pour rétablir la marine; puis, mettant à profit la mort de la reine Anne ( 1 7 1 4), qui appelait à sa succession les électeurs* de Hanovre, et la mort de Louis XV (17 r5), qui laissait au duc d'Orléans l'administration de la minorité de Louis XV, il Forma des complots pour rétablir sur le trône d'Angleterre la dynastie proscrite desStuarts, et pour faire nommer Philippe V régent de France. En même temps, il nouait des intrigues pour recouvrer l'Italie. La crainte qu'il inspira fut capable de réunir de nouveau l'Europe contre l'Espagne, dont la France, l'Angleterre et l'Empire s'accordèrent pour entamer les côtes et les frontières, tandis que les Maures, toujours prêts à se venger sur ses ruines, destinaient à la conquête de l'Andalousie une flotte que la tempête dispersa. Lorsque ce minisli^, qui, en moins de cinq années avait agité tout TOccident, fut tombé en disgrâce (1719), l'Espagne, qui l'avait abandonné, se trouva relevée par l'effroi même qu'il avait répandu en son nom.
Philippe V, honteux peut-être de son sacrifice, ayant remis le sceptre (17^4) à son fils Inouïs V^, puis, la même année, ayant été obligé de le reprendre par la mort imprévue du nouveau roi, s'ef- II. 23
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força de donner une suite aux plans de son ministre et) pour Taire gai*antir les droits de sa seconde femme sur le duché de Parme et sur le grand-duché de Tescane, s'allia avec son ancien rival l'empereur Charles VI, qui était maître de l'Italie. C'était forcer la France, qui ne pouvait laisser périr l'œuvre de Louis XIV, à intervenir pour rompre cette alliance et pour en assurer elle-même les effets. Le cardinal Fleury, successeur économe des prodigues de la Régence, sut amener Walpole, qui parla corruption et pur le commerce avait consolidé la maison de Hanovre, à réunir les flottes de l'Angleterre aux armées françaises pour soustraire l'Espagne à l'influence de l'Empire. Le traité deSéville (1729), où les deux ministres engagèrent leurs nations à mettre les enfants de la reine d'Espagne en possession de Parme et de Florence, reçut bientôt un commencement d'exécution. Deux ans après (173 1), le dernier Farnèse étant mort, don Carlos, fils aîné de son héritière, fut conduit en Italie parles vaisseaux anglais, rendit visite au dernier Médicis, dont il attendait encore les Etats^ et s'établit à Parme, où Tempereur fut contraint de reconnaître son pouvoir. Lorsque les puissances confédérées eurent mis le pied en Italie, elles ne tardèrent pas de s'y étendre : d'un côté le maréchal de Villars aidait la Savoie, qu'il avait fallu détacher de l'Empire, à conquérir le Milanais (1733); de l'autre le comte de Monlemar ressaisissait, avec don Carlos, le royaume de Naples et celui de Sicile(i734). L'Autriche, forcée à subir la paix, reconnut, par le traité de Vienne (i73()), don Carlos roi de Naples et de Sicile, à condition qu'il ne pourrait jamais i*éunir ces