‹ Etudes d'archéologie et d'histoireChapitre 4 sur 28 · LES STUARTS ET LES BOURBONS · texte numérisé non relu

LES STUARTS ET LES BOURBONS

tradition et le sens des idées qui avaient conduit le chef de leur maison à l'autorité suprême; et leur trône, trahi par la politique, ruiné par la philosophie, disparut dans l'abime révolutionnaire.

Il y eut cette ressemblance entre notre Henri IV et Jacques V^ d'Angleterre, que tous deux changèrent de religion. Jacques fut élevé dans le presbytérianisme pour que la couronne d'Ecosse pût passer sans trouble du front catholique de sa mère sur le sien; il devint anglican pour recueillir l'héritage d'ElIisabeth. Mais à travers toutes ces métamorphoses il garda fidèlement la tradition de ses ancêtres ; il la transmit intacte à ses descendants. Lorsque le plus faible dVntre eux, Jacques II, tenta d'écarter les déguisements imposés par la nécessité des circons^ tances, il fut frappé du même coup sous lequel succomba là cause que moins d'éclat pouvait sauver; Eu sorte que les àStuarts se sont perdus pour avoir été fidèles à leur passé, et les Bourbons pour n^ pas s'être appuyés sur le leur.

Bonwmrtîoa âm Stvarto

C'est au commencement du douzième siècle qu'on place le berceau des Stuarts; en ce temps-ià Walter Fitz-Âlan occupait la place de sénéchal ou stewarl auprès de David V^y roi d'Ecosse. Cette dignité de* meura héréditaire dans sa maison , et le nom de la charge devint celui de la famille. Le septième sénéchal fut couronné à Scone, sous le nom de Robert II, le 27 mars 1371.

Les Fitz-Àlan étaient une grande souche anglonormande, dans laquelle se mêlait le sang des deux peuples qui avaient successivement conquis TÀngle-terre. Ces races s'étaient répandues jusqu'en Ecosse; établies dans les basses terres (lowlands)qni forment le centre de cette contrée, elles avaient refoulé dans les montagnes (highlands) qui en occupent le nord les clans sauvages des populations galliques, reste des plus anciens habitants de l'extrême occident. Elles avaient même fini par les plier, jusqu'à un certain point y sinon sous leurs lois, du moins sous leur

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commandement. Ainsi elles avaient apporte cTans rancienne Calédonie et elles y protégeaient le germe delà civilisation anglaise, qui devait plus tard amener la i*éunion définitive de ce pays avec l'Angleterre.

Cette réunion^ qui n'a été entièrement consommée que sous le règne de la reine Anne, en 1707, avait élé tentée depuis un siècle, lorsque les Stuarts montèrent sur le trône d'Ecosse. L'un des grands princes de la maison des Plantagenels, que la France avait donnée à TAnglelerre , Edouard I^^, poussé aux entreprises hardies par l'ardeur traditionnelle de son sang et par le mouvement des croisades , fit , au retour de la terre sainte, la conquête du pays de Galles^ et, après avoir étendu les limites de son royaume à l'ouest, résolut de les agrandir au nord. S'il n'eût trouvé en Ecosse, comme dans la Cornouaille, que les débris des anciennes races galliques, il en eut peut-être également triomphé ; les Anglo-Normands qui s'étaient établis au pied des clans écossais sauvèrent leur indépendance. La France contribua aussi puissamment à ce résultat ; et il est curieux d'étudier dans ces siècles barbares les premiers essais de notre politique extérieure.

Pendant qu'Edouard V^ déployait toutes les ressources de la ruse et de la violence pour soumettre l'Ecosse, déjà convoitée par ses prédécesseurs, Philippe le Bel, ranimant les querelles que saint Louis, son aïeul, avait cru terminer, voulut arracher aux Plantagenets le duché de Guyenne, qu'ils possédaient encore sur le sol de France, et donna, à propos d'une rixe entre deux matelots, le signal de cette guerre

lOa ETUDR SUR L\ MAISON Dfi STUART.

anglaise qui dura près de deux siècles. Ainsi la France et rÉcosse se trouvèrent réunies par un intérêt commun contre un même ennemi. Dès l'année laoS, Philippe le Bel contracta avec Je^n Baliol, qui portait alors le tilre de roi d'Ecosse, une alliance formelle, qui fut renouvelée par les successeurs de ces deux princes et devint fondamentale dans les relations des deux pays. L'Angleterre, de son côté, se ligua avec les comtes de Flandre, et plus tard avec les ducs de Bourgogne, qui recueillirent leur riche héritage. Cette double coalition fut , jusque vers la fin du quinzième siècle, le point le plus important de la politique internationale de l'ouest de l'Eu* rope. Nous verrons quels avantages la France en retirera dans la suite des temps; mais dans les commencements la destinée de l'Angleterre sembla vaincre celle de ses ennemis. Sous le règne d'Edouard III, 3oixante ans après la conclusion des traités dont nous venons de parler, David II, roi d'Ecosse, et Jean le Bon, roi de France, se rencontrèrent, prisonniers tous deux , à la Tour de Londres.

C'est à la mort de David II que la maison de Stuart fut appelée au trône par le droit naturel de succession. Robert Stuart avait épousé Marjory Bruce, sœur de David, et fille du célèbre Robert Bruce, le plus grand homme qui fiît sorti des luttes de l'Ecosse contre rx\ngleterre. Ce premier des StuarLs couronnés avait été dans son temps un brave militaire; mais, âgé de cinquante-cinq ans et presque aveugle lorsqu'il devint roi, il ne put prendre une part directe à la guerre qui était alors flagrante entre les Français et les Anglais. Cependant la France ^

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relevée un instant par la sagesse de Charles Y^ qui récupéra sur le terrible prince Noir la plus grande partie de ses provinces, resserra les liens qui l'unissaient à l'Ecosse. En i385y elle envoya dans ce pays un corps de cinq mille homnies commandés par l'amiral Jean de Vienne, et destinés à tenir télé aux projets d'invasion par lesquels Richard II, le successeur d'Edouard III , prétendait se dédommager des échecs subis par sa nation sur le continent. Cette troupe brillante, que Froissard appelle une guirlande com-» plète de chevalerie , débarqua au milieu d'un peuple dont les plus riches demeures n'étaient que de tristes masures, dont les mœurs simples s'efTarouchèrent des galanteries françaises, et qui , ayant une manière particulière de faire la guerre, ne put tirer grand parti de la valeur de nos soldats. Les Écossais por^ taient toutes leui^ provisions entre la selle et le dos de leurs montures; s'ils en venaient aux mains, ils luttaient contre leurs ennemis à la manière des animaux, appuyant front contre front, et la lance sur le bouclier, en sorte que ce n'était pas l'adresse des coups, mais la force physique des combattants qui décidait du succès de la rencontre. Dans les cas d'invasion , au lieu de se défendre , ils avaient appris de Robert BruCe, leur héros, à se retirer devant l'ennemi, après avoir dévasté les champs, de façon à le vaincre par la fatigue et par la famine. Nos cavaliers s'en revinrent donc assez mécontents de ce qu'ils avaient vii outre-mer; cependant, une trêve ayant été conclue en i389 ^"^^''^ '^ France et l'Angleterre, l'Ecosse y fut comprise comme notre alliée.

1^ même année, Robert II mourut. Son fils

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John, qui prit en lui succédant le Dom de Ro« bert m, avait reçu un coup de pied de cheval qai l'avait rendu boiteux. Il était aussi faible d*espril qu'inBrme de corps. Son frère Robert, comte de Fife, qui devint plus tard duc d'Âlbany, conserva sous son règne la puissance qu'il avait cooinoence d'exercer pendant la vieillesse de son père. La démence de Charles VI, qui livra la France aux fac* tions des grands seigneurs, et la révolution qui arracha la couronne d'Angleterre à la maison d*York pour la donner à celle de Lancastre, auraient laissé quelque répit à l'Ecosse si elle n'avait été dévorée par une plaie plus dangereuse que celle de la guerre étrangère.

Les démêlés continuels qu'elle avait avec VAn^ gleterre avaient attiré sur les frontières une foule de bandits de toute espèce qui vivaient de pillage, avec la liberté des clans montagnards et sous la protection des hauts barons. I^ famille des Douglas se signalait parmi ces seigneurs par son audace et par son courage; elle avait disputé le trône à la maison de Stuart, et ne le lut avait abandonné qu'à regret, l-i'autorité royale, bornée aux comtés du centre, prise entre les tribus des Highiands et celles des frontières, avait à lutter non-seulement contre leur indépendance naturelle, mais encore contre l'ambition de l'aristocratie , qui s'appuyait sur leurs sauvages instincts pour s'affranchir de toute obéissance envers le trône. Dompter cette féodalité et cette barbarie qui se soutenaient mutuellement, et les discipliner pour repousser les invasions toujours menaçantes de l'Angleterre, telle était la mission

nOMIlf ATJON . OES STT ARTS EIT ECOSSE. to3

que devait se proposer le pouvoir royal. Les Stuarts montrèrent qu'ils étaient dignes de la remplir; mais ce n'était pas sous le règne d'un prince faible comme Robert III et sous l'administration d'un tuteur intéressé à se maintenir par tous les moyens que la royauté pouvait posséder assez de force et de feiv meté pour atteindre ce but.

. Déjà, à l'avènement de sa famille, Robert 11 avait donné une de ses filles au chef des Douglas pour çi>t>solider pacifiquement sa puissance naissante. £a 1 399^ un autre Douglas força le duc d'Àlbany à marier dans sa maison le fils de IU>bert III, David, duc de Rothsay, héritier présomptif de la couronne. On ne put conclure ce mariage sans s'aliéner d'autres seigneurs redoutables^ qui passèrent en Angleterre et amenèrent une nouvelle invasion en Ecosse. Le duc de Rothsay défendit vaillamment son pays ; mais son ardeur et son habileté étaient un sujet de mortel déplaisir pour son oncle, qui voulait prolonger sa tutelle sur le faible roi. Les désordres qui déshonoraient les qualités du jeune prince fournivent au duc d'Albany l'occasion qu'il cherchait pour se débarrasser de son neveu ; Robert lui-même donna tordre d enfermer son fils dans une prison, où on le laissa mourir de faim. Jacques était le seul enfant qui restât au vieux roi; pour le soustraire aux pièges du duc d'Albany, on résolut de l'envoyer en France, sous prétexte de lui faire donner une éducation au niveau de sa position. Le vaisseau qui le portait fut pris en mer par un corsaire anglais, et rhérilier du trône d'Ecosse fut livré à Henri IV , roi d'Angleterre, lequel le retint en capti-

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vite contre le droit des gens. L'année suivante, 1406, Robert 111 mourut.

Le duc d'Âlbany, qui devint régent du royaume, se garda bien de racheter son neveu prisonnier; obligé, aux yeux de la nation, de solliciter l'élargissement du roi, il sut intéresser Henri IV à ne pas accorder ce qu'il ne lui demandait que contre son gré. Les chroniques parlent d'un aventurier qu'il nourrissait à Edimbourg, et qui passait pour être Richai*d II, que Henri IV avait renversé du trône. En intimidant le roi d'Angleterre au nom de ce mystérieux personnage, il parvint à lui faire comprendre son véritable désir, qui était de garder le pouvoir. Ses libéralités envers le clergé et ènversia noblesse, qu'il enrichit au préjudice de la couronne, lui acquirent une certaine popularité. Dans une des circonstances les plus critiques où se soit trouvée l'Ecosse, il montra une fermeté qui garantit l'avenir de ce pays. Donald, qui , en sa qualité de lord des Iles, était le boute-feu des tribus celtiques répandues dans les ilighlands et dans les Hébrides, ayant voulu s'emparer du comté de Ross, souleva tous les sauvages des lies et des clans , et se jeta avec eux sur les basses terres , dont il menaça sérieusement la civilisation. Un bâtard de la maison deStuart le défit à la bataille d'Harlaw; le régent rendit cette victoire décisive en occupant aussitôt le comté de Ross, et en poursuivant Donald jusqu'au milieu de ses Iles, 011 il lui imposa une capitulation qui assura à jamais la supériorité des contrées civilisées de l'Ecosse sur celles qui étaient encore à demi bai*- Imres.

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Albapy mourut en 1419; il ^ut remplacé dans la régence par son fils Murdac, qui n'avait ni les vices ni les qualités de son père. Pendant que ce nouveau régent administrait le royaume, les Écossais se signalèrent en France, où Albany les avait envoyés pour se débarrasser des seigneurs les plus remuants. On touchait alors aux dernières années de la démence et de la vie de ce Charles YI dont la femme faillit causer la ruine de notre pays. ,Dès que le dauphin fut parvenu au trône sous le nom de Charles YII, il donna la charge de connétable de France, avec le litre de comle d'Aubigny, au comte de Buchan, frère de Murdac, et qui commandait les troupes écossaises sur le continent. Cependant, comme pour rendre plus miraculeuse Tintervention de Jeanne d'Arc, tous ces braves cavaliers étrangers ne purent rien pour la cause du roi de Bourges ; battus nue première fois à Crevant, ils furent écrases à Verneuil en i/|a4; de leurs débris Charles VII forma le régiment des gardes écossaises, qui servit pendant longtemps d'escorte à la royauté.

Cependant Murdac, aux prises avec l'aristocratie écossaise, et ne pouvant même contenir l'insubordination de ses propres fils, prit le parti de demander aux Anglais la délivrance de l'héritier du trône, qui était depuis dix -huit ans en captivité. Les Anglais, croyant ce jeune prince favorable à leurs projets, se décidèrent à le relâcher. Dès que Jacques 1^"* fut de retour dans son royaume, il dessina nettement la politique des Stuarts, que nous allons voir se déployer désormais sans interruption et sans repos à travers une suite.de catastrophes continuelles.

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Jusque-là cette maison , peu affermie sur le ti-ôue et affaiblie encore par ses jalousies intérieures, avait éié obligée de procéder par les voies de la conciliation et de lastuce contre les révoltes qui assiégeaient sans cesse le pouvoir royal. Jacques r% doué de qualités brillantes, qu'une excellente éducation avait développées, mit à profit l'éclat qui s'attachait à sa personne et à ses malheurs pour améliorer le sort de l'État. Il commença par faire tomber la vengeance des lois sur Murdac et sur ses tils, qui avaient abusé de l'absence et de l'aulorité du roi pour désoler l'Ecosse. 11 pénétra ensuite, avec une forte armée, au milieu des .Highlanders, qui étaient dans une complète anarchie, s'empara de plus de quarante de leurs chefs, et força Ala^ler Mac-Donald, loixl des lies, à se remettre à sa merci. Après avoir châ* lié ces sauvages, il tourna sa puissance contre les grands seigneurs, révisa les donations qu'ils avaient reçues de la couronne, interdit leurs ligues, les livra à la justice toutes les fois qu'il s'éleva des plain* tes contre eux, et confisqua leurs biens lorsqu'ils furent condamnés. L'aristocratie était trop peu accoutumée à de semblables traitements et trop considérable encore pour souffrir patiemment le niveau qu'on voulait faire peser sur sa léle. Le ao février 1437, comme Jacques l**^ avait passé la journée eu fête dans la ville de Perth, il se retira le soir dans le couvent qui lui servait de demeure; ses gardes étaient logés dans la ville, et les dames et leâ seigneurs qui faisaient sa cour s'étaient retirés. Tout à coup son appartement fut envahi par des barons qui avaient juré sa perte et qui le massacrèrent

DOMIMATIOJX D£S STUARTS KJV ECOSSE. lO()

avant que personne eût pu prendre sa défense. Sa veuve sut pourtant les saisir dans les Highlands, où ils s'étaient retirés , et les fit expirer dans des supplices àfTrèux.

Son fils Jacques II n'avait alors que six ans. Pour la seconde fois, TÉcosse se vit exposée aux maux d'une régence. Le chancelier Cbrichton, qui avait été associé aux exécutions de Jacques 1^^ contre la noblesse, poursuivit ses plans avec une rigueur qui faillit tout compromettre. Les Douglas, un moment affaiblis par les pertes qu'ils avaient essuyées en France, relevèrent la tête; Crichton employa la ruse pour attirer leurs deux cbefs à la cour; à un repas qui leur fut servi, on plaça sur la table la tête d'un taureau Hoir; c'était leur annoncer la mort, qui leur fut donnée après quelques procédures dérisoires, malgré les prières du roi. Lorsque ce jeune ptince commença à régner par lui-même, il voulut se faire pardonner la violence de son ministre en comblant les Douglas de faveurs; mais, alarmé par leur ambition, il les retira bientôt. Ce fut pour eux l'occasion d'ameuter la moitié de l'Ecosse contre le roi, et de lâcher la bride à leur férocité naturelle. Jacques II témoigna au nouveau comte de Douglas l'intention de traiter,' et lui donna un sauf-conduit scellé de son grand sceau; il l'amena ainsi jusque cjans son château-fort de Stirling; il le pressa de se séparer de ses confédérés; et, comme le comte re- Fusait hardiment, sans plus attendre le roi lui enfonça son poignard dans le cœur. La mort de Douglas souleva ses parents, sa nombreuse tribu, tous les seigneurs dont les intéiéls étaient semblables

JIO ETUDE SDK LA. MAISON DE STUAHT.

aux siens. Jacques II fut tellement effrayé de leur ligue qu'il délibéra s'il ne fuirait pas en France pour éviter une lutte inégale. Son cousin Kennedy, archevêque de Saint*Ândré, qui possédait la plus haute digilité ecclésiastique de l'Ecosse^ lui débita la fable du faisceau^ et lui donna le conseil de désunir les insurgés pour en triompher. Cet avis prévalut et réussit. Le comte d'Angus, chef d'une des lignées des Douglas, fut le premier à se détacher de la confédération; et l'on dit bientôt que Douglas le Roux avait écrasé Douglajs le Noir. En effet , après une guerre sagement menée , la branche principale des Douglas fut anéantie, et son chef, forcé de s'exiler en Angleterre, ne revint en Ecosse^ vingt ans après ^ que pour demander un tombeau dans un couvent.

Le roi mit à profit cette heureuse victoire. Il ob* tint du parlement le retour immédiat de toutes les aliénations du domaine royal, la révocation des fonctions héréditaires, leur interdiction à l'avenir, et l'extension de la juridiction royale, que les peti*tes juridictions féodales restreignaient et rendaient presque inutile. Pendant tout son règne, Jacques II se proposa l'abaissement de l'aristocratie; le pouvoir qu'il avait acquis et la trêve que lui laissaient les Anglais, absorbés par les sanglantes querelles des deux maisons d'York et de Lancastre, lui donnaient les moyens de consolider son ouvrage et de domp* ter à tout jamais la féodalité écossaise. La mort ne lui accorda point le temps nécessaire à Tachèvement de son ouvrage. Ayant voulu reprendre sur l'Angleterre le fort de Roxburg, que ses ancêtres avaient été

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obligés d'abandonner, il fut blessé pendant le siège par l'éclat d-un canon qui creva près de lui. Il mourut sur le coup (1469), n'ayant encore que vingt-neuf ans.

La minorité de son fils Jacques III fut sagement administrée par l'archevêque Kennedy, qui réunit au royaume le fort de Roxburg, la ville de Berwick et plusieurs iles du nord. Lorsc{ue le roi fut en état de gouverner, il continua les plans de sa famille : son caractère et ses goûts le portèrent même à les exagérer. Au lieu d'assujettir la noblesse en l'attirant à sa cour, la crainte lui conseilla de l'éloigner dans ses châteaux, où elle put conspirer à l'aise. Son avarice la révolta encore; les architectes et les musi*' ciens, dont il faisait sa seule compagnie, excitèrent à la fois la jalousie et l'indignation. Les deux frères du roi , le duc d'Albany et le comte de Mar, se rangèrent parnii les mécontents; ils furent les premières victimes de sa défiance. Le comte de Mar fut étouffé dans le bain; le duc d'Âlbany, enfermé dans le château d'Éditnbourg, ne s'en tira que par une évasion périlleuse. Réfugié en France, il en fut rappelé, en i48a, par Edouard 11, roi d'Angleterre, qui voulait s.e servir de son nom pour envahir l'Ecosse. Les barons écossais répondirent à l'appel de Jacques III, qui les convoquait à la défense du territoire; mais quand ils se virent rassemblés au camp, ils profitèrent de leur puissance pour s'emparer des favoris du prince, en sa présence même, et pour les faire exécuter sur*le-champ. Ils confinèrent ensuite le roi dans le château d'Edimbourg. Le fameux duc de Glocester, qui régna depuis en Angleterre sous

fl'i ihUOE SLiK LA MAISON DB STUART.

le nom de Richard III, commandail les troupes angbises dans cette expédition. Après s'être emparé de la ville de Berwick, il se rendit à Edimbourg avec le duc d'Albany, et non-seulement il y traita des intérêts des deux nations entre elles, mais il s'ingéra même à régler les relations de la qouronoe avec la noblesse. Albany se réconcilia avec son frère, qui lui abandonna une partie du gouvernement; tl s'en servit avec indiscrétion. Ayant trahi son attachement piour l'Angleterre et les plaus qui lui avaient été inspirés par le duc de Glocester, il fut obligé de se reti* rer chez ceux dont il soutenait la cause, et combattit êous leurs drapeaux contre ses compatriotes. Débar^ rassë de son frère une seconde fois, Jacques se livra tout entier à ses goûts, éloignant les seigneurs de sa personne, ou les forçant à ne paraître devant lui que désarmés; faisant construire au château deStirling une grande salle et une chapelle dans le plus beau style d'architeciure gothique fleurie; attachant à son service deux bandes complètes de musiciens et de choristes, Tune destinée à demeurer au château, l'autre à le suivre partout où il irait; paradessus tout, emplissant sa caisse noire, comme le peu* pie appelait son coffre-fort. Mais les seigneurs des frontières, à qui il voulut enlever les revenus d*nn riche prieuré, formèrent une ligue dans laquelle ils firent entrer toute l'aristocratie du 'midi de l'Ecosse. Taudis que le roi s'en allait demander secours à la noblesse du nord, les insurgés s'emparèrent de son fils et le firent marcher dans leurs rangs. Jacques, dont kl bravoure n'était pas à Tépreuve, fut épouvanté en voyant ses propres bannières s'avancer contre lui.

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incapable de se tenir sur le cheval qu'on lui avait donné pour le jour de bataille, il fut violemment désarçonné près d'un moulin, où on lui porta secours. La première chose qu'il fit, quand il put parler, fut de demander un confesseur. L'homme qu'on lui amena, de caractère suspect, après lui avoirentendu avouer qu'il était le roi, le poignarda. Pour compléter la mystérieuse obscurité de sa fin, on ignora toujours ce que devint son cadavre. Pendant que Jacques III mourait ainsi, les seigneurs insurgés remportaient la victoire, le iSjuin i488.

Jacques IV ne larda pas à se repentir de la violence qu'il s'élait laissé faire en consentant à marcher avec eux ; et il se mit autour des reins une ceinture de fer à la(|uelle il ajoutait un chaînon tous les ans, autant, sans doute, pour expier la faute qu'il avait faite en prêtant la main à la révolte des barons que pour racheter le crime qu'il avait commis en participant au renversement de son père. H continua le système de ses aïeux ; mais, heureusement inspiré par son caractère, ce fut en comblant l'aristocratie de caresses et de cadeaux qu'il lui apprit l'humilité. Il fît administrer rigoureusement la justice, protégea le commerce naissant, et encouragea sa marine, la plus florissante qu'il y eût dans tous les états du Nord. Henri VII, qui venait de faire monter la dynastie des Tudors sur le trône d'Angleterre, eut quelque sujet de discussion avec le roi d'Ecosse à propos d'un personnage qui prétendait être le second fils d'Edouard IV et avoir échappé au massacre stir lequel Richard III avait fondé l'espoir de sa courte prospérité. Mais Jacques IV se II. 8

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désista promplement des poursuites qu'il avait tentées en faveur de ce prétendant , soit qu'il découvrit que c'était un imposteur, soit, ce qui est plUs probable, qu'il fût gagné par Hçnri VIT; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il épousa Marguerite, fille du premier des Tudors, laquelle apporta à ses descendants le sanglant honneur de régner sur l'Angleterre.

Il était dans la destinée de l'Ecosse d'être réunie a l'Angleterre ; mais, du jour où la famille des Stuartâ parut investie du soin d'opérer celle réunion, la fatalité qui s'était déjà lourdement appesantie suf elle l'accabla avec un redoublement de rigueur qui ne s'arrêta que lorsque celle malheureuse race eut été anéantie. D'un autre côté, l'alliance française, qui tendait à faire de l'Ecosse une nationalilé distincte pour diminuer d'autant la puissance de l'Angleterre, ne fut pas une plus heureuse conseillère pour les derniers Stuarls. Habituée à se faire écouter de leurs ancêtres, elle prolongea jusqu'à la fin son influence sur eux, et les domina même lorsqu'ils furent montés sur le trône des Planlagenels et des Tudors, qui ne semblait fait que pour porter nos ennemis. Dès le temps de Jacques IV , elle faillit causer l'anéantissement du rovaùme d'Ecosse.

Le roi de France Louis XII fut, sur la fin de son règne, exposé à une redoutable coalition que la politique du pape .Iules 11 ameuta contre lui de tous les points de l'Europe; parmi les ennemis les plus dangereux qui se disposaient à envahir son royauitie^ se trouvait Henri VIII, qui venait d'hérîlet' récekiltnent de la couronne d'Angleterre. Dans cette con-

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joncture difficile, Louis XII se souvint de nos anciens alliés les Écossais; et sa femme, Anne de Bretagne, connaissant le caractère chevaleresque de Jacques IV, lui envoya un anneau en le désignant pour son chevalier et en le priant de s'armer pour elle. Jacques s'était si bien fait aimer de son peuple qu'il triompha des répugnances de son parlement et de sa noblesse, et qu'il entraîna à sa suite une armée nombreuse avec laquelle il pénétra en Angleten'e, tandis que Henri VIII débarquait en France. La bataille de Flowden, qu'il livra au comte de Sur* l'ey le 9 septembre i5i3, est célèbre dans l'histoire. Il y perdit la vie ; la fleur de la noblesse écossaise y fut écrasée avec lui. La nation y fut sensiblement affaiblie; les Anglais ne l'épargnèrent que parce qu'ils comptaient sur les dispositions de Marguerite, sœur de leur roi, et qui devenait, par l'issue de leur victoire, régente d'Ecosse.

Jacques V n'avait que deux ans lorsqu'il succéda à son père. Sa minorité, la quatrième, et non pas la dernière que l'on compte dans Thistoire des Sluarls, fut des plus orageuses. Sa mère, qui gouverna d'abord au profit des Anglais, se remaria avec un Douglas, le comte d'Angus, dont l'insolence devint insupportable à la nation ; on appela de France le duc d'Albany, fils de celui que nous avons vu s'y retirer sous le règne de Jacques III et cousin germain du dernier roi. Celui-ci servit aveuglément les intérêts de la France, fit périr les seigneurs de la faction opposée, et se vit contraint à retourner dans le pays qu'il se repentit bientôt d'avoir quitté. La puissance des Douglas fut alors combattue par celle des

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