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et s'il était témoin de quelque méfait, il ne manquait pas de le punir. On lui a fait cependant trop d'honneur en le comparant à Henri IV; Içs lois qu'il publia, la rigueur qu'il employa contre les déprédations des clans de la frontière, la sombre familiarité dont il fit quelquefois usage ne sont pas des titres qu'on puisse comparer à ceux du prince à qui la France dut les prospérités du grand siècle.
Avant de mourir, Jacques V entendit gronder la tempête qui emporta ses descendants. C'est sous son règne que la réformation commença à pénétrer en Ecosse ; il est à remarquer que ce mouvement, qui créa plusieurs dynasties dans le centre de l'Europe, brisa lès deux races qui régnaient à ses deux extrémités : au midi, celle de Cbarles-Quint; au nord, celle des Stuarts. Le dix-septième siècle vit s'écrouler ces deux puissances. La France contribua à la ruine de l'une et de l'autre : delà première, par sa rivalité et par ses armes; de ta seconde, par son amitié et par son exemple. Mais de ces deux agonies qui durèrent plus d'un siècle , celle que nous allons raconter est, sinon la plus extraordinaire, du moins la plus féconde en péripéties et en enseignements.
Henri VIII, ayant proclamé l'indépendance de l'Église d'Angleterre dès l'année i53i, voulut persuader au roi d'Ecosse , son neveu , de soustraire aussi ses États à l'autorité du pape. 11 lui proposa, pour l'y déterminer, la main de sa fille Marie et le titre de duc d'York. Jacques V n'avnit alors que vingt ans; l'archevêque Beaton, qui possédait sa confiance, Tempècha d'accéder aux sollicitations de son oncle.
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que, qui s'appela aussi Marie. Lorsqu'on avait annoncé cet événement au roi, qui était déjà malade, pensant à la couronne qui avait é\é apportée dans sa maison par la fille de Robert Bruce, il répondit : «Par fille elle est venue, par fille elle s'en ira,» Telles furent les paroles qui accueillirent la naissance de Marie Stuart. Ce n'était pas la couronne qui devait s'en aller encore, mais quelque chose de plus précieux , le droit de vivre libre et respecté comme le reste des hommes.
La première pensée de Henri VIII fut de réunir rÉcosse à l'Angleterre par un mariage entre la reine qui venait de naître et son fils Edouard, qui n'était encore qu'un enfant. H se trouva en mesure depro* poser prompleraeut cette union au parlement écossais; mais ayant demandé qu'on lui remit la tutelle et la garde de Marie jusqu'à ce qu'elle fut en âge de I consoromer le mariage qu'elle allait contracter avec son fils^ il fut éconduit sur le point par lequel il pensait assurer le succès de ses desseins. Le parlement, oîi les seigneurs de la faction anglaise étaient en majorité, décida que Marie ne serait envoyée en Angleterre que lorsqu'elle serait âgée de dix ans. Henri VIII voulut obtenir par la guerre ce que sa politique n'avait pu lui donner; mais les combats qu'il livra aux Écossais, et qui furent à son désavantage, ne firent qu'accroître la puissance du parti français, à la tête duquel se trouvaient Marie de Guise, le cardinal Beaton et le rcgenl Hamilton , comte d'Arran. Les bûchers s'allumèrent alors pour les partisans delà réformation; l'Ecosse protesta dès l'origine contre ces supplices; et le cardinal Beaton, qui
laO KTUOK SUR TA MAISON DE STUART.
les avait conseillés, les paya de sa vie. Le meurtre de ce prélat ne diminua pas sensiblement le crédit de la faction française, parce que, Henri VIII étant mort dans ces conjonctures, le duc de Sommerset, régentd'Angleterrependantla minorité d'Edouard VI, continua envers TEcosse les hostilités du feu roî. Au mois de juillet i548, Marie Stuart, âgée à peine de six ans, monta sur un vaisseau qui la conduisît en France, où elle devait être élevée en attendant qu'elle pût épouser le dauphin, fils de Henri II, qui venait de succéder à François V^.
Marie de Guise, qui avait eu le pouvoir de décider ce grand coup, eut aussi celui de se faire déclarer régente. Investie de l'autorité, elle voulut fonder en Ecosse tous les établissements qui faisaient depuis un siècle la force de la monarchie française. Elle essaya, comme avait fait le père de Louis XI, d'arracher aux nobles la direction des forces militaires , de l'État, en proposant la création d'une armée permanente et en demandant un impôt régulier pour la solder; elle fit aussi défense aux barons de se présenter au parlement en armes et avec le cortège menaçant qu'ils tramaient toujours après eux. Mais ces mesures échouèrent contre l'indépendance de la noblesse, soutenue désormais par l'esprit hardi du protestantisme, qui, en dépit des obstacles, commeu- . çait à triompher. John Knox, Tapôlre de la réformalion écossaise, homme plein de fougue et d'intelligence, était allé à plusieurs reprises chercher à Genève un refuge et des instructions. Il y avait appris de Calvin à donner à son Église des institutions qui en rendissent les conquêtes sures, mais immo-
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biles; rétabli eofiu dans son pays, il parvint à l'entraîner et à le dominer, La noblesse presque entière, à l'exception de quelques hauts seigneurs du Nord, embrassa avec empressement une doctrine qui était un continuel prétexte de révolte et une garantie contre les empiétements de la couronne; Marie de Guise elle-^niéme se vit^ dans ces circonstances difficiles^ conduite à soutenir les réformés, qui lui prêtèrent leur appui contre les Hamiltons, auxquels elle avait enlevé la régence.
Le changement qui survint dans la politique de l'Europe à Tavénement d'Elisabeth au Irône d'Angleterre (i558) força la régente d'Ecosse à prendre un parti tout contraire. Elisabeth, ayant rétabli dans son royaume le protestantisme, qui avait été proscrit par sa sœur Marie, les puissances catholiques prétendirent que, née d'Anne de Boulen, elle était illégitime et n'avait aucun droit à s'asseoir sur le trône; elles voulurent y porter Marie Sluart, qui, en qualité de petite-fille de Marguerite d'Angleterre, était, à leur avis, la véritable héritière des Tudors. Aussi, dès cette époque, Marie Stuart .piit-elle le titre de reine d'Angleterre aussi bien que d'Ecosse, et en fit-elle graver les armes sur ses monnaies et sur sa vaisselle. Telle fut la première origine de la lutte qui la mena à l'échafaud. Pour soutenir convenablement les droits que les catholiques anglais reconnaissaient à sa fille , Marie de Guise reprit alors ses persécutions contre les protestants écossais , dont les chefs s'étaient formés en congrégation , et dont un bâtard de Jacques V ^ le comte de Murray , se déclara le protecteur. Mais les premières menaces de réaction ame-
laa ETCDi': sur la maisoti di^ stuart.
nèreut des soulèvements qui parurent tout d'abord invincibles, et qui dëbulèrent parla destruction des images et par la démolition des plus beaux édifices gothiques consacrés au culte romain. La querelle étant engagée, Elisabeth fit entrer une armée et une flotte en Ecosse, sous prétexte de prêter main-forte aux lords de la congrégation ; la régente leur opposa des troupes françaises qui étaient venues appuyer son autorité. Pendant que nos soldats soutenaient k Leith un siège laborieux, la régente mourut de fa* tigue et de douleur au château d'Edimbourg, le lo juin i56o.
Il y avait à peu près un an que Marie Sluart était devenue reine de France par la mort de Henri H, auquel François II, le mari de la reine d'Ecosse, avait succédé. Mais ce nouveau titre, qu'elle ne de* vait garder que quelques mois encore, ne lut don* nait pas des moyens efficaces pour réprimer immé* diatement le feu qui dévorait l'Ecosse en l'absence de tout pouvoir constitué. Le danger étant pressant, on prit le parti de le conjurer par des concessions. D'un côté, François et Marie renoncèrent solennellement à disputer à Elisabeth les droits et les armes de la couronne d'Angleterre; de l'autre, ils consentirent à laisser au parlement écossais la mission de pourvoir à l'administration du royaume et aux affaires de religion. Le parlement profita largement de ses pouvoirs; sous la double influence des réformateurs et des barons, il condamna à l'unanimité tout l'édifice du catholicisme, et adopta un formulaire de foi rédigé par les principaux ministres protestants. La doctrine qu'il adopta fut celle de
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Calvin y qui avait aussi prévalu en grande partie en Angleterre; mais il y eut plusieurs points essentiels sur lesquels le calvinisme écossais différa de l'Église anglicane.
C'était au profit de la royauté que Henri VllI avait entendu changer la religion dans son pays; aussi avait-il déclaré que le roi serait le chef suprême de la nouvelle Église. Quoique les théologiens anglais aient établi depuis lors que cette suprématie ne pouvait pas s'étendre à rien innover dans les doc* trines, et confiait seulement au prince la direction du gouvernement en matière religieuse comme en matière civile, il n'en est pas moins certain qu'elle devenait un des instruments les plus puissants du pouvoir royal en lui donnant un empire jusque dans la conscience des peuples. Pour accroître encore cette autorité, Henri VIII, tout en abolissant la religion romaine, avait conservé dans sou intégrité l'épiscopat anglais, qui lui fournissait les moyens de sa* tisfaire les ambitions' de la noblesse, de l'allacher tout ensemble à la réformalion et au trône, et d'agir puissamment par son intermédiaire sur le clergé in* férieur. Les choses se passèrent tout autrement en Ecosse. Ici, ce furent les prédicateurs de la réforme qui eurent l'initiative et qui Hécidèrent de l'organisation du culte; ils purent donc faire prévaloir entièrement la pensée qui les animait dans la forme qu'ils imposèrent à l'Église. Les bornes qu'ils mettaient au pouvoir royal étaient déjà un motif suffisant pour engager l'aristocratie ; ils y joignirent un autre appât en arrachant au clergé catholique ses immenses possessions et en renonçant à s'en em-
iq4 ktudk srn la maison dk stuart.
parer pour leur propre comple. Ce fut la noblesse qui mit la main sur tous les domaines des couvents, des églises et des évéques; la conservation de tant de richesses les intéressa à celle de la religion nouvelle. Quant aux ministres, ils se contentèrent d'un modique salaire; mais ils s'arrogèrent, en revanche, toutes les libertés et tous les droits d'un corps républicain ; ils proclamèrent l'égalitéde leurs différentes charges, et convinrent que les matières de foi et de discipline seraient réglées dans des synodes périodiques où chacun d'eux aurait sa place et sa voix. Telle fut la constitution qui prit le nom de presbytérianisme, et qui joua plus tard un rôle important dans les révolutions des deux rovaumes.
François II, qui avait le titre de roi d'Ecosse et qui aurait pu déployer des forces redoutables pour supprimer les déterminations du parlement écossais, étant mort quelque temps après en avoir reçu la nouvelle, le 5 décembre ï56o, Marie Stuart tomba en disgrâce auprès'de Catherine de Médicis, jalouse de l'autorité qu'elle avait enfin ressaisie. La reine d'Ecosse passa l'hiver à Reims , chez le cardinal de Lorraine, son oncle; elle y fut mise en demeure par les envoyés d'Elisabeth de ratifier le traité conclu par ses ambassadeurs pour reconnaître la légilimilé et les droits de la reine d'Anglelerre. Le refus de Marie Stuart explique seul la chasse que les navires anglais donnèrent à ceux qui, au mois d'août i56r, la ramenèrent dans le pays où elle devait payer tant de fautes par tant de mallieurs.
Marie Stuart considéra les décisions du parlemeni, au sujet de la religion, connue une nécessité qu'elle
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lie subissait provisoirement que pour s'en affrancliir plus sûrement en temps opportun; mais elle ne rallia point les réformés par sa feinte tolérance, et elle eut le tort non moins considérable d'irriter les catholiques, ses partisans naturels, par des spoliations particulières destinées à capter d'irréconciliables ennemis. La prudence dont elle fil preuve, même au milieu de ces fautes presque inévitables ^ serait peut-être parvenue à en pallier l'effet si une circonstance, plus difficile encore que toutes celles dont elle avait été environnée, n'avait donné à ses passions un prétexte pour éclater, et ne l'avait précipitée dans de^ désordres qui auraient ébranlé des puissances mieux afferniics. Pressée de se marier pour que le trône ne restât point sans héritier, elle comprit qu'elle ne pouvait faire cet acte important sans l'agrément d'Elisabeth, à laquelle il paraissait probable qu'elle devait donner un successeur. Mais, de son côté, la reine d'Angleterre, destinée, par son vœu et sans doute par la nature, à être une souche stérile, comme elle s'appelait elle-même, ne pouvait penser sans désespoir à léguer sa couronne à la postérité d'une rivale qui avait déjà voulu usurper son pouvoir, et dont la réputation et la beauté étaient pour elle d'éternels sujets d'ennui. Marie Stuart repoussa toutes les offres que la diplomatie lui fit pour l'embarrasser ou pour la séduire; elle refusa la main de Leicester, du duc d'Anjou, de don Carlos, de l'archiduc d'Autriche, du prince de Condé, des ducs de Ferrare, d'Orléans et de Nemours ; elle accorda la sienne à son cousin lord Henri Darnley, (ils de la comtesse Lennox , laquelle était née du se-
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cond mariage de la reine Marguerite. Celte union avait l'avantage de confondre dans la maison de Stuart tous les droits que les descendants de la fille de Henri Vil avaient au trône d*Angleterre.
Sous l'apparence des qualités les plus brillantes Darniey cachait des vices afFreux. Six mois après avoir épousé Marie, il les laissa éclater dhns toute leur laideur ; et , comme il parait que sa femme était en mesure de les oublier, le septième mois, il fit massacrer dans^a chambre et à ses pieds 'David Rizzio, musicien piémontais, qui était le domestique de la reine, et qu'il livra aux poignards comme sou favori. Effrayée et (le croirait- on ?) captivée par l'audace du crime, Marie revient dès le lendemain à son époux, et l'arme contre les meurtriers qu'il avait armés lui-même contre elle. Deux mois après, elle accouche d'un enfant qui s'appelle Jacques, et à qui le sort réservait de poser sur son front deux couronnes, dont l'une fit tomber la tête de sa mère, et l'autre celle de son fils. Avant que cet enfant eût été baptisé, elle avait déjà été forcée par le dégoût ou entraînée par la passion à rompre de nouveau avec son mari et à écouter les avis du comte de Bolhwell , seigneur puissant, homme rude et effréné, qui lui conseilla de s'affranchir par le divorce et sans doute par une séparation sanglante. Deux mois ne s'étaient pas écoulés qu'elle s'était réconciliée avec son mari ; mais au commencement du troisième Henrv Darniev mourut victime d'un ffuelapensdont tout le royaume accusa Bolhwell ; à la fin du cinquième, Marie avait fait absoudre Bolhwell , s'était fait supplier de l'épouser, s'était laissé enlever
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par lui, élail resiée dix jours enfermée dans un cliàleau sous sa garde, et était revenue avec lui à Edimbourg. Le sixième, elle hâta le divorce de ce scéleFal , qui était marié, et elle l'épousa; le septième, elle se livra piisonnière à la noblesse écossaise, soulevée peul-élre par elle-même contre son nouvel époux ; le huitième, Bothwell, sans avoir pii tenter un seul effort pour conserver le rang qu'il avait pris la peine de conquérir par tant de crimes, fuyant vers les lies du nord, avait été saisi par des corsaires danois et jeté dans une prison, oii il devait mourir; Marie Stuart, renfermée au château de Lochleven , avait abdiqué le pouvoir royal ; son fils avait été couronné sous le nom dç Jacques VI, et le comte de MurTay, instigateur obscur de tous ces complots, était proclamé régent du royaume sous la protection d'Elisabeth, qui , malgré tant de déshonneur, ne se consolait pas encore de la fécondité de sa rivale.
L'explication de ces trames funestes n'est point tout entière dans le délire d'une jeune reine qui assouvit par ses passions l'insatiable besoin d'action qu'elle ne peut satisfaire dans son gouvernement; il semble qu'on y sente la main de Dieu abandonnant à elle-même une race condamnée. C'est, en effet, au moment où nous sommes arrivés qu'il faut faire remonter la ruine véritable des Stuarts : nous allons les voir, du sein de leur mauvaise fortune , s*élever à des prospérités plus grandes que ce que leurs plus beaux jours auraient pu faire pressentir; mais la Providence ne sembla leur permettre cet accroissement hiomentané de puissance et de splen-
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denr que pour donuer plus d'éclat à la sentence qui était déjà rendue contre eux. Pour réprimer l'anarchie féodale, pour combattre toutes les résistances individuelles que l'aristocratie écossaise opposait à la formation d'un État homogène, pour les ramener à l'unité, les Stuarts avaient trouvé jusque alors une énergie presque surnaturelle, qui les avait fait triompher de tous les obstacles et de tous les dangers. Mais, vers le milieu du seizième siècle, leur politique rencontra, à son tour, une domination qu'elle ne put vaincre. Dès lors le mouvement qui, depuis Charlemagne, entraînait tous les peuples de l'Europe vers une mystérieuse unité fut compliqué par un mouvement en sens inverse, dont la réforme fut à la fois le produit et la continuation. Les peuples, en se partageant sous l'action des croyances rivales, établirent dans le monde une diversité qui devint le piincipal élément de l'équilibre occidental. Dès lors se prononça fortement l'indépendance des États vis-à-vis les uns des autres, celle des citoyens d'un même Etal entre eux. Une ère de luttes orageuses s'ouvrit pour l'Europe, qui ne vit point tomber de victimes plus fascinées ni plus constantes (|ue celles de la maison de Stuart.
C'était à la cruelle jalousie d'Elisabeth qu'il était réservé de venger par un crime nouveau tous les crimes de Marie Stuart. La reine d'Ecosse s'était échappée, après quelques mois de détention, du château de Lochleven , et avait rassemblé assez de partisans pour disputer au comle Murray les pouvoirs qu'elle lui avait conférés sous l'empire de la contrainte : elle fut battue à Langside; malgré les
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instances de tous ceux qui l'accompagnaient j au lieu de chercher un refuge en France , elle traversa le détroit de Solway, aborda en Angleterre, et se livra (i568) à sa rivale, qui avait accordé à ses malheurs quelques marques d'une feinte pitié. Pendant les trente-cinq années ^ui suivirent le jour où Marie toucha la c6te deCumberland, l'histoire des Stuarts n'est qu'un appendice à celle d'Elisabeth. Tenant directement^spus sa main la reine d'Ecosse et la promenant de prison en prison jusqu'à celle de Fotheringay, où elle lui fit trancher la tête après dix«*huit ans de captivité; d'un autre côté, administrant l'Ecosse par les quatre régents qui s'y succédèrent, et que la foudre semblait dévorer sans pouvoir porter atteinte à son influence; faisant élever lé jeune roi dans les doctrines de la réformation, et, lorsqu'il fut en âge de régneir par lui-même, le gouvernant au nom de leurs crovances communes et des espérances de succession qu'elle lui laissait en* trevoir, la reine d'Ângleterœ eut jusqu'à sa mort , dans les affaires des deux royaumes, une initiative devant laquelle tout plia et tout disparut.
Les Stuarts, qui représentaient, dans cette lutte, le principe attaqué, firent pourtant de nombreux efforts pour échapper à la domination d'Elisabeth. L'Espagne, qui était dans l'Occident à la tète du parti qu'ils servaient, la France, qui agissait alors sous la direction de l'Espagne et qui était son intermédiaire auprès de l'Angleterre , l'Ecosse elle-inéme les secondèrent dans leur résistance. Sous la régence du comte Lennox, qui remplaça Murray assassiné, il y eut en Ecosse une réaction en faveur de la reine; le régent 11. 9*
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en élant mort victime, le comte de Mar, qui obtint ce titre après lui, succomba en quelques moîà sous la lâche qu'il s'était imposée par dévouement pour son pays. Morton , qui fut son successeur, et qui avait trempé depuis vingt ans dans toutes les canâptrations, était, plus encore que Murray, la bréatlire dévouée d'Elisabeth; il reçut d'elle des troupes avec lesquelles il défit les derniers défenseurs de Marie Stuart ; ce fut lui qui commença, pour complaire à celle dont il tenait son autorité, à rétablir en Ecosse l'épiscopat, qui devint dans la suite Fun des plus puissants ferments de discorde que la révolution vît éclore. Les exactions qui acconij^agdèrélnt ciettè mesure, odieuse aux presbytériens, achevènEfilt de soulever l'opinion publique, qui le força à se démettre de la régence. Jacques VI, passionné polir des favoris dès sa plus tendre enfance et n'étant encore âgé que de treize ans, avait mis toute sa confiance dans deux courtisans du nom de Stuart, dont il suivait aveuglément l'impulsion. Par leur conseil, Morton fut mis en jugement, condamné à mort et exécuté par une machine appelée maiden (la jeune 6lle), que, pendant son pouvoir, il avait importée d'un comté d'Angleterre en Ecosse et qui n'était autre que la guillotine. Les deux favoris appartenaient à la faction française. Marie Stuart profita de leur crédit pour réclamer l'assistance de sou fils par l'entremise de la France; les jésuites, chargés de cetle négociation , retendirent jusqu'à appeler la faveur du roi d'Ecosse sur l'Église romaine. Pour aplanir le conflit élevé entre la royauté dont Marie Stuart se prétendait toujours investie
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et celle que sèo abdication avait conférée à son fils, les puissances catholiques décidèrent (i 583) que Marié et Jacques seraietit désormais associés au trône d'Ecosse. En ce moment , malgré la conspiration du comté de Gowry, chef du parti anglais, l'influence française prévalut hautement à la cour de Jacques VI , qui s'etiigagea à envahir le nord de TAngleterre, tandis que le duc de Guise débarquerait dans les provinces du sud , pour délivrer Marie Stuart. Voyant son autorité décliner en Ecosse, Elisabeth voulut Ifi l'éissaisir en traitant avec sa captive (i584)- Sur ces. entrefaites ses agents découvrirent les conspirjiiipûs ijrâmées contre sa vie et contre son royaurtié. Elle effraya Jacques VI en lé menaçant de le friistrer. clé ses dt'oits à la couronne d'Angleterre (i585), et, le trouvant dès lors docile, elle conclut avecîui un traité (i 586), dans lequel elle s'etigagea à ne rien faire qui pût leur porter atteinte. Puis, affermie de. ce côté et n'étant pas assez vengée par les supplices de Trocmorlon, de Parry et de Babington, elle voulut prévenir leurs imitateurs, et acheva de se satisfaire en livrant la reine d'Ecosse au jugement d'une commission anglaise, et en la faisant exécuter le 8 février 1587. Il est aujourd'hui avéré que le seigneur dé Gray, envoyé par Jacques VI auprès d'Elisabeth pour s'opposer à l'exécution de Marie Stuart , insista clandestinement pour qu'elle eût lieu , et donna à entendre que les sentiments intimes du roi étaient contraires à ceux que la bienséance lui ordonnait de montrer. Il est vrai qu'après la mort de sa mère ce prince témoigna son ressentiment; cependant , non-seulement il ne fil rien pour
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la venger, mais il devint par la suite le complaisant serviteur d'Elisabeth, jusqu'à plaider lui-même dans le parlement contre un de ses sujets qui avait Eût une incursion sur le territoire anglais et dont la reine demandait l'extradition. Du reste, le chancelier John Maitland , qui avait acquis un grand empire sur son esprit, lui donna des conseils qui ramenèrent quelque repos dans ce pauvre pays d'Ecosse, si longtemps agité. Les seigneurs du Nord qui cherchaient en Espagne des secours pour rétablir leur religion ayant été défaits en bataille rangée, les dernières tentatives de l'indépendance aristocratique furent déjouées; des lois furent portées pour apaiser les discordes et consolider la paix. Aussi, lorsqu'en i6o3 Elisabeth mourut sans postérité , Jacques VI , qui était considéré comme un des plus sages princes de l'Europe , monta sans obstacle au trône d'Angleterre sous le nom de Jacques F**, que nous lui donnerons désormais.
DomiaatîoB des Sioarlt en Angleterre.
Sully a écrit que Jacques l^'' étail le plus sage fou de toute la chrétienté; Henri IV a expliqué ce mot en appelant le même prince capitaine es arts et clerc aux armes. Effectivement le nouveau roi d'Angleterre était l'homme du monde le plus capable de faire de beaux raisonnements et le moins propre à diriger un grand peuple. Son extérieur annonçait assez son caractère : il avait les jambes si faibles qu'il était toujours obligé de s*appujer sur l'épaule de quelqu'un ;; on pense que c'est aux circonstances affreuses au milieu desquelles il naquit qu'il dut celte faiblesse et Finvolontaire.frisson qu'il éprouvait au seul aspect d'une épée nue. Sa barbe aussi était rare; mais ses yeux étaient grands et sa langue démesurée; il parlait beaucoup, avec éloquence, non sans affectation et sans pédantisme; quand il ne connaissait pas les gens il les regardait de telle
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manière qu'ils étaient souvent obligés de se retirer -^ 11 portait son pourpoint large et matelassé à l'épreuve du stylet. Le célèbre Buchanan lui avait inspira l'ambition d'être l'homme le plus instruit de son royaume. La théologie avait été le principal sujet de* ses études; mais, quoi qu'on en ait dit, c'était le^ gouvernement qui en avait été le but. Sur toutes les questions, de quelque nature qu'elles fussent, sa pen— sée était toujours déterminée par le plus ou moins d'utilité que la monarchie pouvait tirer de leur se— lution. La haine qu'il témoigna contre les doctrine» libérales d'Arminius, dont il persécuta le principal disciple, Vorstius, par la main des états généraux de Hollande^ suffirait pour en Faire foi, lors même qu'k travers ses controverses religieuses il n'atirait pas eu soin d'écrire lui-même le BasiUcon Doron^ pour transmettre sa politique à sa postérité et à celle des hommes. A peine monté sur le trône d'Elisabeth, il reponça au presbytérianisme, pour prendre, hautement le parti de l'Église anglicane. Il était assez intelligent pour avoir besoin de s'expliquer son pouvoir à lui-même; conséquent avec le passé de sa famiiley il considérait la royauté comme chargée de représenter l'unité divine sur la terre et d'y établir la justice céleste ; c'était de cette idée qu'il tirait toutes les maximes qui remplissaient ses discours, et qui lui avaient fait donner par ses courtisans le surnom dt Salomon de r.Ingleterre; mais s'il avait assez de persuasion pour inculquer à ses enfants cette théorie du droit divin, qui leur fut si funeste, il n'avait point assez (le force pour l'imposer au peuple, ni même pour en réaliser par lui-même les premiers corol-