‹ Etudes d'archéologie et d'histoireChapitre 6 sur 28 · DOMINA.TION D£S STUARTS EN ANGLËTEHRE · texte numérisé non relu

DOMINA.TION D£S STUARTS EN ANGLËTEHRE

laire^. Amoureux par-dessus toul de son bieu-étie et craignant les affaires plus que les hommes, il s abandonna à des favoris, qui abusèrent de son pouvoir et qui avilirent sa personne.

Cependant la nation sur laquelle il venait d'être appelé à régner se trouvait dans un état de civilisation qui rendait son gouvernement difficile. Ce n'était pas, comme en Ecosse, un peuple rude dont on n'avait à craindre que la violence et à la répression duquel une mesure ordinaire de ruse et d'énergie suffisait. Shakspeare et Bacon étaient dans tout l'éclat de leur jeunesse et de leur gloire; c'est assez dire que le pays qui s'exprimait par de tels génies était doué d'une puissance intellectuelle et morale au niveau de laquelle il n'était pas aisé que Jacques l^ se soutint. En Ecosse, le peuple, ayant fail sa révolution religieuse par lui-même, avait été jusqu'à la borne que lui assignaient ses désirs; en Angleterrcy au contraire , la réforme que les rois avaient successivement introduite et réglée n'avait pas satisfait tous les vœux; depuis plusieurs années le presbytérianisme écossais y avait fait des partisans, qui, sous le nom de puritains , critiquaient les pompes et l'épiscopat de l'Eglise anglicane , de façon qu'entre la religion officielle et les idées qui feriQentaient encore dans les esprits il pouvait survenir un choc violent et périlleux pour la couronne, vivement engagée à soutenir ce qu'elle avait fondé. Enfin des deux classes qui formaient jusqu'à ce jour toute la nationalité écossaise , de l'aristocratie et du clergé, les Stuarts savaient par tradition comment on devait dompter la première, et ils

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avaient appris qu'on pouvait la tourner contre la seconde depuis que la rëformation avait soustrait celle-ci à leur influence directe. Mais dans leur nouveau royaume, sous Henri VIII et surtout sous Elisabeth , s'était formée une classe qui n'était point encore apparente dans la plupart des États occidentaux et qui avait acquis en Angleterre une puissanrce formidable; je veux parler de la bourgeoisie, qui, enrichie par le commerce, par la marine, par les colonies, et tenant en ses mains la fortune publt^ que, présentait un élément tout neuf, bien capfibte d'inspirer l'effroi qui s'attache à l'inconnu. En dEfiet, ce qu'on avait à craindre d'elle, ce n'étaient pas l'insubordination et les défis, vieux crimes féodaux dont on savait les remèdes, mais l'inertie et l'opinion, deiix puissances qu'on n'avait pas encore éprouvées. C'est pour s'être trompés sur l'avenir de cette classe et pour avoir procédé contre elle au nom du droit divin, comme ils avaient agi en Ecosse contre l'aristocratie des Highiands et des frontières, que les Stuarts provoquèrent la révolution qui finit par engloutir leur race. Leur politique obstinée à chercher l'unité sans reconnaître d'obstacle avait déjà été vaincue en Ecosse par l'invasion du calvinisme; loin d'être abattue ou éclairée par cette défaite, lorsqu'elle avait vu l'Angleterre lui livrer une puissance et des trésors auxquels elle n'était pas accoutumée, elle n'avait songé qu'à accroître son ambition , sans tenir compte de celle de la bourgeoisie anglaise. Il arriva un moment où ces deux pouvoirs, qu'elle avait méprisés, se réunirent des extrémités des deux royaumes, et engendrèrent de leur

BOMIICATION DKS STDARTS EUT ANGLETERRE, l^']

sein celui qui la réduisit à néant après les avoir euxmêmes terrassés.

Jacques V^ n'eut affaire qu'avec les anciennes idëes et les anciens intérêts qui formaient depuis un demi-siècle la matière politique de l'Angleterre; c'est ce qui explique comment , malgré son impéritie, qui les froissa tous, il ne rencontra point en eux cette force violente qui renversa son fils, et qui n'appartient qu'à la nouveauté. 11 eut d'abord à s'expliquer sur le sys^ tème des relations extérieures. Parmi les ambassadeurs qui vinrent saluer son avènement, se trouvait Sully, que Henri IV avait envoyé au successeur d'Elisabeth pour savoir s'il voulait continuer les plans de sa devancière et entrer dans une ligue qu'elle avait approuvée, et qui avait pour but de consommer la ruine de la maison d'Autriche. Jacques n'admit point les plans de coalition qu'on lui proposait et qui étaient trop grands pour lui; il se borna à former une alliance avec la France contre l'Espagne, dans l'intérêt de la Hollande; encore fit-il l'année suivante sa paix avec l'Espagne. Quant aux partis qui divisaient la nation , tous l'avaient attendu avec espérance : les catholiques, comme fils de Marie Stuart ; les puritains, comme Écossais; les anglicans, comme roi. Aux premiers il défendit sévèrement de faire des démonstrations publiques, tout en leur donnant des marques personnelles de satisfaction; pour accorder les seconds avec les derniers, il assembla à Hampton - Court une conférence qui dura trois jours et dans laquelle il étala une science extraordinaire. Tje soin qu'il mit à professer l'anglicanisme,

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et à répéter la fameuse maxime : Point ctéiféquesy point de roi, irrita les théologiens dissidents , qiic des concessions peu importantes i>e purent fléc]i\\\ Dans le parlement, qui s'ouvrit bientôt, il ren^ çpptra pour la première fois ces terribles bourgeois <}u'il ne connaissait point, Ayant voulu régler luimême les conditions de leur élection, il ne put qbtenir d'eux ni les mesures qu'il destinait à la répression des non-conformistes ni un subside extr^rdinaire qu'il demandait pour lui-même. Confondu et irrité par cette puissance négative, il s'en prit aux catholiques et aux puritains, qui murmuraient , et qu'il persécuta. Le résultat de ces persécutions fut la conspiration des Poudres, qui ne se proposait rien moins que de donner la mort au roi, à sa famille et à tout le parlement à la fois, en fai' sant sauter la salle de Westminster. Les conjui^és furent découverts et saisis presque au moment fixé pour l'explosion; la plupart furent massacrés. Le parlement, voulant témoigner au roi sa sympathie à l'occasion du péril qu'ils avaient couru ensemble, lui accorda Tannée suivante (1606) un subside considérable; mais ce fut le dernier acte de comptai-, sance qu'il Ht en sa faveur.

Au milieu des agitations de son avènement, Jacques r^ n'oublia point l'Ecosse; il avait formé le projet vaste, mais prématuré, de faire un seul royaume des deux États dont il était le chef. Le parlement anglais, qui méprisait l'Ecosse, reçut cette proposition avec froideur; le parlement écossais , doni les haines étaient beaucoup plus vives, la repoussa avec indignation. Tout ce que le roi put obtenir des

DOMfVATIQ» DBS STUABTS EN ANG.LET£RRE. 1 Sq

deujL pays ^ ce fut la suppression des douanes et des tribunaux de leurs frontières; puis^ comme s'il avait opërif leur réunion , il prit le titre nou« veau de roi de la Grande-Bretagne. Pour préparer les voies à une fusion plus complète, et plus encore pour consolider son autorité , il voulut imposer répiscopat anglais au clergé d'Ecosse. Les ministres qu'il avait laissés dans son ancien royaume mirent la main à cette œuvre difficile, déjà ébauchée par le régent Morton; il alla lui-même la consommer (16112) par la ruse et par la terreur, lorsqu'il eut vendu quelques villes aux Hollandais pour pouvoir payer les frais de son voyage. Mais cette entreprise excita dans Iç peuple écossais des rancunes qui éclatèrent plus tard avec une sombre violence. L'Irlande, qui conservait le catholicisme, fut celui des trois royaumes qui eut le plus de part à la bienveillance du fils de Marie Stuart; elle reçut de lui une administration qui, en quelques années, améliora sensiblement la civilisation du pays.

Elisabeth avait justifié son autorité suprême en plaçant le peuple anglais à là tête des États protestants. Jacques affecta le langage du pouvoir absolu sans en avoir ni l'éclat ni la majesté; il n'employa les formes de la monarchie qu'à faire descendre son pnys aux yeux de l'Europe. En 1609, il avait tiré d'une condition inférieure un jeune Écossais, Robert Carr, qui n'avait auprès. de lui d'autre sujet de recommandation que ses manières agréables; il lui avait donné toute sa confiance, le titre de vicomte de Rochesler, puis celui de comte de Som-

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merset, et enfin la direction entière du gouvernement. Ce favori commit des crimes si scandaleux que le roi fut obligé de Fabandonner à la justice; condamné à mort en i6f5, il obtint des sursis et enfin son pardon. Un autre gentilhomme succéda à celui-ci; Georges Villiers, célèbre sous le nom de duc de Buckingham, devint en peu de temps , grâce à sa physionomie et à son audace, gouverneur de cinq ports, grand écuyer, grand maitre de West* minster, connétable de Windsor, grand amiral d'Angleterre. Ses prodigalités insensées firent violence aux goûts économes de Jacques I^^, et achevèrent de le ruiner ; ses caprices bouleversèrent tout le système de la politique extérieure de la nation; son effronterie suscita des ennemis à son prince dans toutes les cours de l'Europe. Il vint à sa pensée de contracter une étroite alliance avec l'Espagne, l'ennemie jurée d'Elisabeth , de sa religion et de son peuple ; et on entreprit de longues négociations à Madrid pour conclure un mariage entre Tinfaute et le prince de Galles. Les événements accrurent l'impopularité de cette idée, qui blessait tous les sentiments anglais. Le protestantisme, dont Jacques l^ semblait abandonner la cause, avant donné dans le même temps le signal de la guerre de Trente ans, le gendre du roi, l'électeur palatin , qui avait été le provocateur et la première victime de cette guerre, sollicita de son beau-père une intervention qu'Elisa** beth n'eût sans doute pas refusée. Jacques 1^% lié par ses négociations avec l'Espagne autant que par la timidité de son caractère, s'abstint de toute espèce de démonstration ; mais ralliance espagnole, à la-

DOMIHATfON BBS STUA.BTS £N AICGEETEflRE. l4l

quelle il sacrifiait ainsi la confiaoce des protestants^ finit pat* lui manquer. Buckingham ayant déterminé le prince de Galles à faire à Madrid un voyage secret| qui devait amener une conclusion , cette démarche détruisit au contraire l'effet de six années de dipl<>> matie, et compromit Forgueil britannique. Après avoir condamné Jes remontrances des parlements^, qui Tavaient exhorté à prendre les armes pour soutenir les principes et les intérêts de la religion , Jac^ ques fut forcé dé leur demander (1624) des subsides pour faire une guerre qui ne semblait plus avoir d'autre motif que la vanité blessée. Les chambre», qui , chaque fois qu'elles avaient été convoquées depuis 1606, n'avaient cessé de protester contre lés prérogatives du pouvoir royal , et d'opérer un minutieux contrôle sur la perception et l'emploi des subsides votés, trouvèrent dans la nouvelle position du roi une occasion favorable pour le fèixer a reconnaître leurs droits, pour abolir les monopoles, et pour sanctionner par un bill la liberté individuelle, souverain objet des désirs de ce peuple marchand. Ainsi, à la fin de son règne, Jacques 1^^ se vit à la fois forcé de reprendre à l'extérieur le système politique d'Elisabeth , qu'il détestait , et de consacrer au dedans les libertés que cette reine avait proscrites; ce furent deux échecs auxquels il ne survécut guère. Après avoir envoyé six mille soldats au secours du protestantisme allemand, et avoir obtenu pour son fils la main de Henriette de France, sœur de Louis XIII, il mourut en Irlande,le27mar$ ]6a5, âgé de cinquante-sept ans. Charles 1% son fils, lui succéda.

i4i ^TUDE Sur la maison de stuart.

Le règne de Charles l^'' se partage en Irois époques bien distinctes: dans la première , le roi lutté contre les parlements; dans la seconde, il gouverne seul; dans la troisième, il est attaqué par les enil0^ mis qu'il a crus domptés. Nous passerons rapidement sur lés deux premières époques, pour avoir le loisir de considérer avec quelque attention les révolutions qui remplirent la dernière.

À la mort de Jacques V^j Charles 1®"* demeurait son unique fils; mais il avait eu des Frères atnés. Destiné pour cette raison à entrer dans le clergé, i\ avait reçu une éducation théologique. 11 ressetnblàît à son père sous ce rapport et sous d'autres encore; îl avait appris à son école la théorie du droit divin, qui était, comme nous l'avons montré, l'héritage nécessaire de leur famille; souvent aussi il mettait, à son exemple, de l'excès dans la confiance qu'il témoignait aux gens, ou dans h défiance qu'il se sentait pour eux; il préférait enfin, par le même besoin de repos et de bien-êlre, la vie privée à la vie publique; mais pour le reste il différait complètement de Jacques V^ : il avail le cœur haut et calme; si soii caractère n'était point hardi, il ne se laissait pas abattre; le^s influences auxquelles il se soumit concoururent à sa perte, mais n'entachèrent ni sa réputation ni même son esprit. 11 ne manquait ni d'habileté ni de noblesse, deux qualités difficiles à accorder; il s'honora par la sérénité qu'il montra dans le malheur, et à laquelle il semble qu'il ait dû se préparer de longue main, si l'on eu juge par ces trisles pressentiments dont Van Dyck a chargé son front.

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