DOMINATION DES STUARTS EN ANGLETERRK
I^es points dé rapport et de dissemblance qtt*if y avàil entre lui et son père se dessinent nettement dès les commencements de son règne. Il continue la guerre commencée contre TEspâgne, et prolonge la faveur dii' duc de Buckingham. Les nécessités de la guerre Tobllgent à convocjoer le parlement; le crédit du favori fait éclater lès plaintes de l'assemblée, qui n'accorde que de (aiBles subsides. Charles P' la dissout avant de lai laisser lé temps de devenir factieuse. Voila toute sa politique, tout son caractère ; il a la faiblesse de céder a un indigne favori qui compromet la liatioh ;^ il a le courage de braver une réahion puissante, qui censure son autorité. Mais apïPés avoir essayé dii pouvoir absolu pendant six liiois, n'étant pas encore bien affermi dans cette carrière, il convoqua un second parlement. On lui renvoya la plupart des députés qu'il aurait voulu écarter.
L'assemblée nouvelle songea à faire redresser les griefs de là nation avant de voter les subsides, et donna par cette détermination un exemple à toutes celles qui suivirent. Une accusation fut même dressée contre Buckitigham, qui , malgré ses vices et ses fautes, sut se tirer d'un danger où de plus sages et de plus forts succombèrent. La chambre basse du parlement, ayant échoué contre le ministre, prépara des remontrances générales contre le gouvernement. Le bruit courut que le roi les devait prévenir par une dissolution ; la chambre haute, attentive à seconder le mouvement du pays et à mériter sa faveur, adressa une pétition au roi pour le détourner de ce dessein. Il n'en fallut pas davantage pour décider Charles l^^ à dis-
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soudre le parlement. Mais chaque acte d'autorité que faisait le roi était bientôt rendu inutile par les caprices de son favori. Pendant le temps que Buckinghara avait passé en France pour négocier le mariage de Charles, il s'y était conduit plus insolemment encore qu'il n'avait fait en Espagne. Pour le punir de l'audace av.ec laquelle il avait poursuivi la reine Anne d'Autriche de son amour, le cardinal de Richelieu , qui commençait à disposer de tout à la cour de Louis XIII , lui avait interdit à jamais l'entrée du royaume. Buckingham voulut se venger et tout ensemble redevenir populaire en Angleterre ; il engagea le roi à secourir les protestants français que Richelieu bloquait dans la Rochelle. Pendant qu'il se mettait lui-même à la tête de la flotte destinée à cette guerre, Charles V^ faisait lever des impôts par sa seule autorité. Le peuple fut rebelle au roi , et la fortune à son favori. Pour réparer tous ces revers, il fallut convoquer un troisième parlement.
Celui-ci, qui fut le dernier élu dans la première partie de ce règne, posa les bases de tout ce qui se fit dans la dernière : il réunit la plupart des hommes qui figurèrent dans la révolution. Pym , qui devait marcher à la tête des agressions de la boui*geoisie, et sir Thomas Wentworth , qui , sous le nom de Strafford, devait verser son sang pour la défense du trône, se rencontrèrent sur les mêmes bancs et dans les mêmes idées; Cromwéll, grossier et obscur pour lui-même, y était perdu dans la foule. L'assemblée commença par dresser un bill pour accorder cinq subsides; mais avant de lui donner force de loi elle
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fédigea, sous le uom de pet/ lion des droits, un formulaire dés garaâlies qu'elle trouvait dans lancienne constitution, et devant lesquelles elle voulait que vinssent ex|)irer les prérogatives de la couronne. Le droit de refuser Timpôt qgi serait levé sans le couse ntennient . des deux chambres, la liberté individuelle, labolition de la loi martiale, la défense de jamais suspendre le cours ordinaire de la justice et des lois/ tels étaient les règlements politiques dont elle demaqdait la consécration. Le roi essaya vainement de faire surgir une opposition du sein de la chambre des lords; il fut obligé lui-même de sanctionner ce bill; mais comme les communes, dans r-orgueil de Jeur victoire, préparaient une nouvelle remontrance contre son favori , il prorogea le parlement.
Daps Tintervalle des deux sessions, le duc de Buckingham fut assassiné par un plébéien qui se nommait Felton, et qui avait résolu, dans sa solitude, de rendre par ses mains justice à la nation. Ce meurire rejeta le roi dans les emportements qu'il essayait encore de modérer. La faveur de tous les ennemis du parlement s'en accrut; l'évêque Lawd , le conseiller et le confesseur de Buckingham, fut appelé au siège de Londres et investi de la confiance du roi; mais, comme pour compenser ce choix , sir Thomas Wentworth, qui avait fait passer la pétition des droits , fut créé baron et entra au conseil. Cet acte d'habileté donna momentanément de la force au pouvoir, et perdit sans retour l'homme qui aurait pu lui elre le plus utile. Quand le temps fixé pour la 11. ïo*
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prorogation du parlement fut arrivé, Charles T' demanda aux chambres la concession des droits de tonnage et de pondage; c'est ainsi qu'on appelait un impôt de douane que la couronne levait sur tout^ les marchandises iraport^ps^ et qui Faisait un de ses plus gros revenus et un des principaux sujets de plainte du commerce anglais. Les Tudors avaient pris rhabitude de le percevoir dès leur avénementy et de se le faire concéder ensuite, pour la durée entière de chaque règne, par le premier parlement qu'ils convoquaient. Mais les communes, décidera mettre la royauté dans leur entière dépendaôce^ déclarèrent ennemi public quiconque exigerait cette taxe et traître à la patrie quiconque la payerait. Le roi ne voulut pas en entendre xlavantage; en 1699 il cassa le parlement. £taîl-il assez fort pour gou- "verner «aiis Itti -et pour se charger seul des destinées de l'Angleterre?
Il voulut se donner tout le loisir de brider la nation et de la façonner à de nouvelles mœurs; en conséquence, il fit sa paix avec la France^ qui l'avait vu échouer ti*ois fois devant la Rochelle, et avec l'Espagne, dont il n'aurait du ni rechercher l'alliance ni craindre l'inimitié s'il fut resté fidèle à la politique d'Elisabeth. Mais il porta au système qui avait fait la puissance de cette grande reine de plus graves atteintes que celles que nous avons signalées .dans le règne de Jacques 1^^; car, non content de flatter l'Espagne, comme avait fait son père, il reconnut par un traité, qui heureusement demeura seci*et, les droits de cet Étal sur les pro-
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viDces hollandaises qu'Elisabelh avait arrachées à $011 joug, s'engagea à lui prêter main-forte pour les conquérir et se réserva une part dans leur démembrement ; d'un autre côté, les Flamands cherchant I0iijoirrs*a se soustraire à l'obéissance de l'Espagne, que leurs voisins avaient secouée depuis plus d'un demi«*siècle, il leur laissa espérer son intervention contre le souverain envers lequel il venait de se lier. C'était en même temps méconnaître les intérêts de son peuple et violer la foi des nations.
Pendant les onze années qui suivirent (1620-1640) Charles T"" gouverna sans parlement; il leva des taxes par sa seule autorité, et seul régla avec sévérité les affaires religieuses. 11 avait abandonné à l'extérieur le système politique par lequel Elisabeth avait justifié l'autorité; cependant, après avoir ruiné la base stir laquelle le pouvoir de la reine reposait, il eut l'imprudence d'en accroître le poids; on put même l'accuser de*ti*ahir au dedans comme au dehors la politique des Tudors. Le zèle qn'il montrait pour l'épiscopat fut commenté par la tolérance qu'il accordait aux catholiques. Henriette de France, sa femtne, était fille de Henri IV et de Marie de Médicis; sans rien avoir de la prudence de son père, elle avait pris à sa mère soii caractère turbulent; les catholiques dont elle s'était entourée furent plus d'une fois menacés, exclus et même poursuivis par son mari; ils formaient cependant à la cour un parti puissant, toujours en lutte contre les ministres. Ceux-ci, quoique officiellement dévoués à l'anglicanisme, n'étaient pas cependant
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exempts de tout soupçon. Lawd hii-méme , à qui Charles V^ avait entièrement remis le gouvernement de l'Eglise et qui écrivait publiquement contre le culte romain , se conduisait néanmoins de telle façon que le pape put lui offrir le cardinalat. La fille du duc de Devonshire, qui se convertit au catholicisme, expliqua parfaitement les tendances de Lawd en lui disant à lui-même : a Je n'aime pas à « marcher dans la foule; je vois que Votre Grâce «et bien d'autres se hâtent vers Rome; je veux y «arriver seule et avant vous.» L'Église, telle que Charles V^ et son ministre la rêvaient, se confondait en effet avec le catholicisme pour tout ce qui constituait la pompe et la hiérarchie monarchique de la discipline; quant à ce qui était du dogme, on s'efforçait aussi de se rapprocher des croyances qui font pénétrer jusqu'au fond des consciences le sentiment et le respect de l'autorité.
Une opposition d'autant* plus forte qu'elle comnlença par être tout individuelle s'organisa dans les villes, dans les campagnes , dans les familles. Les taxés arbitrairement levées en avaient donné le premier signal; les passions religieuses la soutinrent, et lui communiquèrent une force irrésistible. Loin d'être terminées, les grandes tragédies de la réformation semblaient alors fournir leurs plus terribles péripéties ; la guerre de Trente ans se continuait au milieu de dévastations dont on ne pouvait encore entrevoir la fin. Gustave-Adolphe venait de passer la Baltique pour donner du sang nouveau à ces batailles qui ne pouvaient s'en rassasier; six mille Ecossais qui