DOMINATION DES STUARTS JEN ANGLKTEHRE
avaient servi dans son armée s'en revinrent après sa mort (i 633) dans leur patrie, et y ravivèrent le sentiment de la rérormation. Au sein même, de l'Angleterre y les puritains devenaient chaque jour plus sombres et plus hardis, et, malgré les persécutions qu'on n'épargnait point aux dissidents, ils osaient se distinguer par leur costume, par leur langage et par les prophéties qu'ils se chargèrent plus tard de réaliser. Ceux qui n'avaient point cette audace et qui préféraient la liberté à leur pays prirent le parti de s'expatrier et de chercher un asile en Amérique. L'émigration devint si alarmante pour les intérêts matériels de l'Angleterre qu'on fut obligé de l'interdire; l'ordre qui la défendit arrêta, sur l'un des navires qui allaient partir, Pym, Cromwell et Hampden.
Ce dernier, qui était cousin germain de Cromwell, fut le premier qui força la cour à se repentir de l'avoir retenu. Avec les dehors les plus doux et les plus froids, il avait, selon l'expression d'un contemporain, un esprit pour tout inventer, une langue pour tout persuader, un bras ^our tout exécuter. Il refusa de payer la taxe de mer {ship monef)^ qui se montait, pour sa part , à vingt schellings seulement , ne voulant, disâit^l, que faire décider juridiquement une question de légalité. Il fut condamné (1637); mais les longues discussions de son procès tirent sortir la nation de son apathie, que le supplice des principaux puritains n'avait que légèrement ^veil-^ lée. L'Ecosse vil naître daus cette même année un mouvement qui commença à ébranler plus violeinluenl les principeîvqu'elie avait doiniésa l'Angleterre.
i5q £TUDE sur la MAISaii DE STUART.
En i655, Charles, étant allé à Edimbourg pour se faire couronner^ avait constitué une commission d'évéques chargés de rapprocher la liturgie des Écossais de celle des anglicans : pour régler quelques questions de forme, cette commission travailla pendant quatre années. Au bout de ce temps, lorsque le doyen d'Edimbourg parut pour officier selon le nouveau rituel , il s'éleva dans le temple même uu effroyable tumulte, qui gagna bientôt tout le pays. Le presbytérianisme, qjii'on croyait dompté, reparut de toutes parts avec une violence extraordinaire; et quatre comités, composés de la haute noblesse, des gentilshommes, du clergé presbytérien et des bourgeois, rédigèrent, sous le nom de Coi^enant, un acte d'alliance qui contenait la déclaration des libertés civiles et religieuses de l'Ecosse, et qui, par l'effet d'un entraînement soudain, fut signé presque en même temps dbns les endroits les plus éloignés du royaume. Charles V^ pensa qu'il pourrait sauver l'épiscopat en accordant l'abrogation de la liturgie; mais une assemblée ecclésiastique, tenue à Glascow, supprima l'institution des évéques^ et rapporta toutes les lois de doctrine et de discipline qui avaient été faites depuis l'avènement de Jacques V^ à la couronne d'Angleterre. Ces résolutions furent appuyées par un prompt appel aux armes. Une arméefut levée qui prit le nom de Jésus-Covenantaire, et à laqiielle le i^ardinal de Richelieu, par haine pour TAngleterre, fournit des.équipements et de l'argent- Contre ces soldais soiilenus parla ferveur- religieuse^ Charles I*"" conduisit lui-même des troupes indiffé—
DOMINATION OKS STUARTS EU AlKGLfiTBRKE. f5f
i^eiites à la cause qu'elles servaient. 11 se hâta de faire la paix avaot d'avoir combattu; il conclut à Berwik (18 juin 1639) ^^ traité qui ne décida rien, et qui ordonna seulement la prochaine convocation d'un synode et d'un parlement écossais.
Les conseillers qui entouraient ordinairement Charles V^ avaient tremblé à l'approche du péril ; et ce roi, qui avait depuis quinze ans affecté tant de force, livra alors le secret de sa faiblesse. Sa fermeté venait plus de son intelligence que de son caractère, et lorsqu'il pai*aiâsaît le plus courageux il avait toujours besoin que quelqu'un le soutint. Il avait d'abord choisi Buckingham , qu'il avait trouvé [>rès dti trône en y montant. Lorsque ce favori eut été assasiHné, il voulut s'appuyer sur la reine, dont l'esprit remuant et trop hardi l'effraya. Enfin il jeta les yeux sur I^wd^ qui organisa à son gré l'Église d'Angleterre, tandis qne lui-même pensait être remonté au rang <les grands monarques parce qu'il avait une cour somptueuse. Lorsque la guerre d'Ecosse le vint trouver.au milieu de ses fêtes, il cher-» cha un homme qui fût propre à le rassurer contre ce danger imprévu, et il créa la gi'andeur de Strafford potH' étayer ia sienne. Thomas Wentwoiih, en passant des communes dans le conseil, avait fait avec éclat l'apprentissage des affaires. Nommé gouverneur de l'Irlande en i633, il y avait déployé un talent supérieur d'organisation et une énergie pleine d'intelligence. Charles T"^ le i*api)ela près de lui, et demanda son avis; Wentworlh répondît par la pr<>f)Ositîon des mesures les pins rigoureuses.
l5a éXUDE SUR LA MAISON DE STUAUT.
}je, parti dé la reine , froissé par ses airs dominatetirsy lui fit subir aux yeux du public toute la responsabi*^ lité de ses conseils, et ajouta aux griefs de sa défeettoa celui de ses violences. Mais le roi le combla de dignités, le nomma comte de Strafïbrd etlord-lieU'^ tenant dlrlande.
En Ecosse, les troubles devenaient de plus en plus sérieux; le syfiode et le parlement qu*on y avait, assemblés avaient accru l'agitation des esprits sans rien cédera l'autorité royale. Pour suivre les avis de Strafférd, pour entreprendre une guerre efficace, il fallait se procurer de l'argent. Comptant sur la haine héréditaire des Anglais pour les Écossais , le roi se détermina à convoquer le parlement, qu'il avait si longtemps regardé comme son plus dangereux ennemi. Les deux chambres se réunirent aux acclamations du peuple entier (le i3 avril 1640), et, quoi: qo'ielles comptassent dans leur sein les hommes qui furent ensuite si funestes à la royauté, elles ne témoignèrent point d'hostilité systématique. Mais, reprenant, avec une persévérance qui n'appartient qu'à l'Angleterre, la tradition de leurs devancières, elles voulurent faire passer l'examen des gnefs avant le bill des subsides. Cette assemblée a gardé le nom de Court Parlement, Le roi la cassa lorsqu'elle n'était encore réunie que depuis trois semaines.
Slrafford, qui durant ce temps était retourné en Irlande, en revint avec des sommes extraordinaires (|u'il avait obtehucs du parlement irlandais. Cet argent, celui qu'on obtint du clergé anglais et les (Ions volontaires furent destines à la f^uerre d'Ecosse.
DOMINATION DES STClARTS EN AJNGLIiïliRHE. 1 53
Pendant que le peuple de Londres témoignait hautement ses sympathies pour les Écossais insurgés, le roi ti Strafford partirent pour aller les combattre; mais ils se laissèrent prévenir, et sur une seule démonstration des covenantaires leurs soldats se dispersèrent sans qu'il fût possible à Strafford de les ramener au combat. Le roi , accablé de pétitions qui le. suppliaient de faire la paix, les accueillit, pour se garantir contre la vigueur implacable de Strafford, qui commençait à son tour à Tépouvanter. Ce fut sôus cette impression qu'ayant déjà dépensé inutilement toutes ses ressources il se détermina a convoquer un parlement nouveau pour le 3 novembre 1640. Celui-ci reçut le nom de Long Parlement. - Dès les premières séances, il fut facile de voir que FAngleterre allait subir une révolution; mais il eut été évidemment impossible de deviner celle qui arriva, et qui fut le résultat d'une complication nouvelle. La bourgeoisie, qui gouvernait la chambre basse et qui entraînait la chambre haute, voulait donner des limites au pouvoir royal, mais non point l'abolir ; Cromwëll représenta des principes et des intérêts tout différents, au nom desquels il put disputer à la bourgeoisie sa domination, la lui arracher un instant, immoler le roi, mais non pas rien fonder qui fût capable de remplacer la royauté. Ces deux puissances se divisèrent les deux périodes qu'il faut désormais distinguer dans la dernière partie du règne de Charles l^*.
Les membres des communes arrivèrent avec des mandats s[)éciaux, diargésdes plaintes de leurs villes
l54 ÉTUDE SUR LA MAISON DE STUART.
et de leurs comtes. La cbambre ne se contenta point de proclamer tous les griefs y elle lança une proscription générale contre leurs auteurs, marquant du nom de délinquant tout agent du pouvoir, quel que fût son titre, qui avait coopéré à des mesures arbitraires et vexatoires. Ija cour resta frappée de stupeur; les partis relevèrent la tête, reprirent leui*s desseins, leurs discours, leurs assemblées, sans qu'on les y eût autrement autorisés et sans qu'on pût les en empécber. Strafford voyait sa perte assurée, et, n'osant l'affronter^ suppliait le roi de le laisser hors de Londres, en Irlande ou dans le Nord, dont il dirigeait les forces militaires. .« Je ne puis me passer ici de vos conseils, lui écri- « vit Charles 1^"^; aussi vrai que je suis roi^i'Angle- « terre, vous ne courrez aucun danger; ils ne tou- « cheront pas un cheveu de votre tête. » Strafford ne se décida à venir que lorsque le roi lui eut adressé son invitation encore une fois. Mais, hardi jusque dans ses craintes, il résolut de prévenir le péril en accusant lui-même, devant la chambre haute, les meneurs des communes d'avoir provoqué et soutenu l'invasion des Écossais. La fièvœ qui dévorait son tempérament ardent et qui l'avait déjà conduit aux portes du tombeau le retint au lit le lendemain de son arrivée à Londres. Le surlendemain", Pym, instruit de ses projets, fait fermer les portes des communes, accuse le comte de haute trahison , obtient l'appui de l'assemblée et va porter Taccusalion à la chambre des lords. Strafford reçoit chez le roi l'avis de celle démarche; il court aussitôt à la chambre
DOmnATlOM DES SrUARTS E3i AXGLKTERftE. l55
liante, trouve la porte fermée, frappe rudemeat, s'emporte contre l'huissier, qui tarde à lui ouvrir. Il traversait la salle pour aller prendre sa place lorsque plusieurs voix lui crièrent de se retirer. Rappelé une heure après, on lui enjoint de se mettre à ge* noux à la barre. Là il apprend que les lords ont admis Taccusation des communes. Sans qu'il puisse parler, il est aussitôt conduit à la Tour de Londres. C'est ainsi qu'autrefois lui-même avait conseillé de procéder contre le duc de Bucking^ham. D'autres ininistres furent accusés les jours suivants; Lawd, moins redouté, mais plus odieux que SlralTord, partagea seul sa prison.
Quand les communes eurent commencé à se donner cette satisfaction , elles songèrent à faire usage du pouvoir que la cour était désormais trop faible pour leur contester. Sur quelques mesures politiques il ne fut pas difficile de s'entendre. Le retour triennal des parlements, l'inamovibilité des juges, la suppression des cours exceptionnelles, des emprisonnements arbitraires, des taxes illégales, le rè:glement de la comptabilité publique, la responsabilité des dépositaires du pouvoir étaient demandés hautement, et furent volés avec un ensemble qui força le consentement du roi. Mais au delà de ces points pratiques la chambre basse, comme le pays lui-même, retombait dans une multitude de plans différents et de vœux contraires. Chez nous, lorsque la révolution éclata il y avait près d'un siècle qu'on raisonnait sur les droits et les devoirs de la nation. Aussi, dès que la piemière asseni-
l56 ÉTUDE SUR LA MAISON DE STUART. '
blée nationale eut assuré son autorité, elle put tracer en quelques instants le programme complètement nouveau d'une constitution destinée à remplacer les anciens établissements. Rien de semblable en Angleterre : les institutions du passé n'étaient un objet de baine pour personne. C'était un arsenal où tous les partis trouvaient également des armes. Si les traditions particulières de la race saxo-normande et l'éducation que la réforme lui avait donnée avaient développé chez elle d'une manière précoce le besoin de l'indépendance individuelle, aucune théorie générale publiquement discutée ne lui avait appris à substituer tout à coup à l'ancien ordre politique un ordre politique entièrement différent. Pyifn et Hampden , les plus prévoyants d'entre tre les hommes qui disposaient alors d'une autorité véritable, bornaient toute leur ambition à établir d'une manière solide le gouvernement du pays par les communes, sous l'impassible garantie d'une royauté captive; mais, désireux d'arriver à ce but, ils ne pensaient point à le faire proclamer d'une façon absolue par un acte constitutif. Attirer de fait toutes les affaires dans les discussions de la chambre basse, et par ce moyen concentrer peu à peu le pouvoir dans les mains de la bourgeoisie, telle était leur prétention la plus secrète et la plus téméraire. Les opinions qui s'agitaient au-dessous d'eux dans la chambre et qui avaient déjà prononcé le mot de république arrivèrent plus lard au gouvernement, et n'y purent guère réaliser, sous d'autres noms, que les souhaits formés avant qu'elles eussent paru.
DOMINATION DES STU\RTS £N ANGLIîTKRRE. 167
La religion, il ^sl vrai, donnait aux sentiments de la chambre l)asse l'élévation iqui leur manquait du côté de la politique ; mais le chaos naquit de la contradiction des idées. Le Long Parlement se trouva décomposé en une foule d'opinions^ de croyances et de sectes qui se coalisèrent et se combattirent aveuglément, et qui auraient expiré de lassitude et d'impuissance si l'audacieux génie de Cromwell ne les avait nourries pour entretenir sa propre fortune. Lors donc qu'après avoir ei^trepris de remédier aux maux politiques il fallut songer à la réforme religieuse, tous les membres des communes furent d'accord pour renouveler contre 1^3 catholiques les proscriptions, qu'Elisabeth avait poussées aux dernières extrémités; on se concerta même pour faire enlever des temples tous les ornements, toutes les images, tous les souvenirs, que Lawd y avait fait restaurer. Mais, une fois ces satisfactions obtenues, les anglicans, les presbytériens et toute la diversité des non-conformistes se retrouvèrent aux prises sans pouvoir rien décider. Les Écossais, dont l'insurrection avait été la cause première de la réunion du parlement, demandaient qu'on imitât leur exemple et qu'on abolit l'épiscopat en Angleterre. Leurs commissaires, qui se promenaient à Londres comme des maîtres, passaient de la sollicitation à une propagande active; mais la curiosité et Tenipressement qu^îls excitaient tournèrent contre leur cause; on finit par murmurer contre ces étrangers, qui voulaient imposer à l'Angleterre un culte fait pour les barbares des clans. T^es députés qui voulaient main-
tenir la monarchie en la plaçant sous la tutelle de la l>oui^eoisie répétaient alors à leur tour la fameuse maxime de Jacques I^' : Point dévequeSy point de roi. Enfin ^ entre les épiscopaux et les puritains, et parmi les autres sectes, quelques hommes encore rares et peu compris, qui prenaient le nom dV/z- (lépendants y prêchaient un fanatisme nouveau qui s'accordait avec la tolérance, parce qu'il faisait consîster toute la religion dans la communication libre et immédiate de chaque individu avec Dieu. Il semblait dès lors que ce fut la destinée de la reformation de multiplier les divisions et de fractionner chaque jour davantage l'unité de l'esprit humain et de la vérité.
Assailli par toutes ces prétentions rivales , on comprend que Charles I^' , si peu qu'il fut habile à les opposer les unes aux autres, dût se remettre des ft*ayeurs que les débuts du parlement lui avaient inspirées. Dans les premiers moments, suivant l'avis de ses conseillers, il avait songé à absorber dans le pouvoir les principaux meneurs des deux chambres; il avait déjà admis plusieurs lords de l'opposition dans son conseil privé; il fit faire des offres directes à Pym , à Hampden , aux autres membres influents des communes, leur accordant tout et ne leur de* mandant que de sauver Strafford et l'Église. Mais les divisions qui se manifestèrent bientôt dans la chambre basse lui firent chercher appui dans un parti plus solide et plus uni, dans l'armée, qui, coniposéede gentilshommes dévoués, parlait démarcher sur Londres et pétitionnait à son tour contre le parlement.
DOMINATION DES STUARTS EN ANGLCTERRK. 1 Sg
Ije complot fut découvert parles espions du parti populaire ; les ebefft de la chambre basse résolurent de frapper SlrafTord pour réduire le roi par la terreur.
au bout de plusieurs mois d'enquête, on commença le procès du ministre. Son hostilité contre toutes les idées populaires était flagrante; mais le crime de haute trahison était difficile à prouver; et réloquence de l'accusé combattait pour lui plus encore que son innocence. Les communes virent l'instant où les lords saisis du jugement allaient prononcer un acquittement; elles préjugèrent la culpabilité de Strafford en portant contre lui un bill de proscription (attainder) ; la chambre haute fut subjuguée par leur initiative. Sur quatre-vingts pairs qui avaient suivi les débats, il ne s'en trouva, au bout de dixsept jours, que quarante-cinq qui voulurent prendre part à leur solution. Parmi les présents, vingtsix volèrent pour le bill, dix-neuf contre. (Charles!*'' manqua de liberté et de courage pour sauver le ministre qu'il avait lui-même redouté; les cris du peuple, les frayeurs de la reine, une lettre du condamné, qui demandait à mourir, le décidèrent. 11 nomma une commission chargée de signer le bill de l'exécution parmi quelques autres. Strafford eut la tête tranchée le 12 mai i64i* Sa mort laissa le trône sans défense; sa vie l'aurait peul-éire exposé à être plus tôt brisé.
En ce moment, le roi dut faire un triste retour sur toute sa conduite passée. Par ses idées de pouvoir absolu, il avait rendu nécessaire la dissolution
l6o ÉTUDE SUK LA MAISON DK STUART.
(les premiers parlements; par Tapparat de sa cour^ la levée de subsides arbitraires; par la dissolution 4u Court Parlement, la convocation du Long Parlement; par l'agitation de Tarmée, la condamnatioa de Strafford. En voyant d'un seul coup d'œil lés tristes conséquences qui avaient nécessairement découlé de ses théories de droit divin, il semble qu*il com«^ prit combien la nature même du génie anglais résislait à la politique de sa maison. C'était TÉcosse qui, par son insurrection religieuse, avait provoqué la révolution politique de l'Angleterre; mais c'était elle aussi qui avait été le berceau des Stuarts , dont le système, incompatible avec la bourgeoisie anglaise, avait eu de salutaires effets au milieu de l'aristocratie des Highiands et des frontières. Deux ans auparavant, lors de la convocation du Court Parlement ^ le roi avait cherché à se rattacher l'Angleterre en mettant en jeu sa haine indélébile contre l'Ecosse. Après le supplice de Strafford^ faisant tout à coup reculer sa pensée d'un demi-sièclê, il fonda son espoir sur la fidélité et sur les rancunes nationales des Ecossais; mais, afin que rien ne manquât à cecom-» plet retour vers le passé des Stuarts, il eut le dessein d'envoyer sa femme en France pour engager l'ancienne alliée de sa famille à secourir le roi d'Ecosse contre la perfide Angleterre. Ces projets furent cléjoués comme tous ceux qu'il avait formés jusqu'à ce jour. Une humble supplique des communes força la reine à rester en Angleterre; et tandis que le roi était allé en Ecosse pour y chercher des vengeurs, une effroyable tempête qui s'éleva en Ir-
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lande le rejéla seul ç\ désarmé dans ]e cercle qu*il avait essavé de franchir.
L'Irlande Tenait de faire «a Saint-Barthëlemy au mrlieudu dix-septième siècle. Les protestants avaient été Tobjet d'un odieux attentat dans ce pays , qui pensaitpouvoîrs'afFranchir à lafaveurdes troubles de TAngleterre et de TÉcosse, et qui se rendait indigne dé là liberté en la proclamant dans le sang. L'horreur que causèrent ces massacres rejaillit sur le roi et sur la reine, dont les insurgés avaient invoqué l'autorité dans leur soulèvement. Le roi , voulant dissiper les soupçons, déféra toute l'affaire au parlement; les communes en prirent occasion de rédiger un manifeste qui, sous le nom de remontrance, contenait moins un avis donné à la royauté qu'un appel fait ail jpëuple au nom de tous les griefs qu'il avait contre le gouvernement et de toutes les passions que le puritanisme avait développées. Cet acte, qui n'était qu'un formiilaire de plaintes, servit en quelque sorte de constitution au parlement; mais il partagea la nation en deux partis. Il parut exorbitant aux gentilshommes des comtés, aux soldats de fortune, aux légistes, qui affectaient le ton de l'aristocratie, et il les décida à se rallier autour du roi, qu'ilis avaient censuré tous les premiers, mais qu'ils ne voulaient pas voir descendre sous la tutelle de la bourgeoisie. A toute la partie du peuple qui vivait du commerce, et qui pouvait s'associer au mouvement politique, il révéla au contraire les liens qui l'attachaient au parlement, et inspii*a le désir de les resserrer. Dès lors circulèrent les noms de cat^alrers et de têtes rondes ^ qui étaient II. ri"
iiii éruoE SUR la maison dk stuart.
chaque jour échangés entre les membres des deux partis rassemblés àWhitehall sous les fenéires, du roi, et à Westminster devant la porte des chambres. Au milieu de ces émeutes journalières , le parlementy pour satisfaire le parti puritain et pour empêcher qu'il n'exigeât un jour la suppression totale de l'épiscopat y déclara les évéques déchus de leurs droits politiques^ et les exclut de la chambre haute. Le roi, de son côté, se sentant appuyé par les cavaliers, voulut faire une démonstration énergique; il accusa de haute trahison les principaux agitateurs des deux chambres. Les communes refusèrent de livrer leurs chefs; le roi vint les chercher en personne dans son sein; il ne les y trouva pas. La Cité, dont les privilèges étaient inviolables, les avait reçus et cachés. Le lendemain, le roi alla les demander au conseil de la Cité, dina chez Tun des shérifs^ qui était connu pour son puritanisme, mais n'obtint rien, ni par autorité ni par condescendance. 11 sebâta de quitter Londres, ôti il se sentait vaincu, pour aller chercher un appui parmi la noblesse des»comtés. Dès qu'il fut parti, les chefs des communes^ furent ramenés en triomphe de la Cité à Westmins — ter. Pour lui, s'étant replié de Hamplon-Cort sur — .Windsor, il descendit jusqu'à Douvres pour protégée — l'embarquement de la reine, qui s'en allait vendr^^ ses bijoux en Hollande, afin de payer des soldats r^ puis il se retira à York, qui était la vi)le principal^^ du nord de l'Angleterre, et dont son séjour fit un^^r seconde capitale. De là, par de nouvelles conces — sions, il marchanda la paix en préparant la guerre^ Les partisans que la prérogative avait encore dam
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les chambres et dans les hautes fonctions le vinrent rejoindre Ven cet endroit^ et livrèrent ainsi Londres au parlement. La bourgeoisie, qui restait seule dans les .communes, et qui était secondée jusqu'au bout par utie. partie de Taristocratie fidèle à ses anciennes rancunes contre la royauté, ne songea point alors, malgré tout son pouvoir, à aucun coup d'État qui ressemble à la suppression du principe monarchique volée par nos assemblées révolutionnaires; elle ne cessa de négocier avec le roi, et elle lui proposa des conditions qui devinrent plus tard le programme de la monarchie constitutionnelle. Ce qu'elle fit de' plus hardi , ce fut de décréter que les forces militaires seraient levées en son propre nom, et non point en celui du roi ; mais cette mesure, la seule ; parmi celles qu'elle pressait , qui dépassait les formes de la royauté tempérée^ était évidemment un^ défense dont l'imminence de la guerre lui ordonnait de se pourvoir. En effet, Charles 1®^ ayant rejeté les articles qui firent plus tard asseoir le prince d'Orange et la maison de Hanovre sur le trône d'Angleterre, se trouva dans la nécessité, pour poursuivre ses desseins, de violer la loi du nouveau parlement et de lever des soldats par son propre pouvoir. Quand le roi eut fait cette démarche, qui prouvait assez qu'il voulait regagner le terrain qu'on Jui avait pris, le parlement, à la tête des troupes qu'il avait levées par son autorité, se trouva en état de proléger son indépendance contre un ennemi, et eut l'air de ne le combattre que défié par lui.
Lorsque Charles V^ eut planté son étendard à Nottingham (24 août 164^^), et que le parlement
iG4 ÉTUDK SUR LA MAISON DE STUART.
eut donné au comte d'Ëssex, général de ses armées, Tordre de répondre à cette provocation de guerre, on commença à voir éclater une puissance qui avait jusque-là grondé sourdement sous les rangs des bourgeois puritains et qui devait faire, au milieu de leurs entreprises bornées , un sombre et mystérieux interrègne. Cette puissance se i*ésume tout entière dans le nom de Cromwell.
La bourgeoisie anglaise faisant alliance avec le calvinisme écossais pour restreindre le pouvoir royal et le pouvoir épiscopal, sans détruire entièrement ni l'un ni l'autre, tel est le grand fait que nous avons pu signaler jusqu'à présent dans les commencements de la révolution d'Angleterre. Cromwell représentait un principe plus absolu que ceux que nous venons de voir en jeu au milieu des événements. Il appartenait à la secte des indépendants, dont nous avons déjà prononcé le nom. 11 y avait dans ces sectaires plus de Luther que dé Calvin. La maxime du père de la réforme, que par le baptême chacun devenait son prêtre, son évéqueetson pape à lui-même, reçut par eux en Angleterre sa complète réalisation « Car les anglicans avaient renié le pape, les presbytériens avaient renié les évêques; mais les indépendants arrivèrent seuls à accomplir toute la parole du maitre en reniant les prêtres euxmêmes. L'autorité du pape avait été abolie au nom de l'indépendance de la nation; l'autorité des évêques avait été abolie au nom de l'indépendance du clergé; l'autorité des prêtres fut abolie à son tour au nom de l'indépendance de l'homme. I^ premièt^ révolution avait été l'œuvre des princes , qui s'af-
DOMIffATIOM DKS STLARTS EJS ANGLETKllHE. l05
rraiicbissaîeni eu affranchissant leurs peuples; la seconde avait été l'œuvre des théologiens calvinistes, qui, tout en préchant l'égalité , avaient encore maintenu deux castes bien distinctes dans l'Église, celle des ministres et celle des fidèles ; la troisième fut l'œuvre de l'inflexible logique qui, avec le temps, produisit ses dernières conséquences et proclama l'affranchissement de l'individu comme le terme suprême de la réformation : c'était aussi son point de départ. En niant le libre arbitre, Luther avait placé l'homme, par rapport à son salut, hors de l'atteinte de toute tutelle et de toute direction efficaces* En mettant en Dieu seul la raison de nos mérites, et dans la foi l'unique moyen de communia cation entre la conscience et le ciel, il avait également jeté les bases de l'oppression des individus au nom de Dieu et de la souveraineté individuelle absolue, selon que l'esprit de système s'arrêterait à considérer dans sa doctrine ou la fin ou le moyen du salut. Pour lui , il se préserva de ces deux extrémités en reconnaissant au pouvoir temporel, ou à la loi, le droit de régir les sociétés politiques suivant ses propres principes. Mais cette barrière purement arbitraire n'empêcha point ses idées d'obtenir leurs résultats inexorables; et l'on vit, à un siècle de distance , en Allemagne, les anabaptistes obéir aveuglément à un despotisme sacerdotal; en Angleterre, \é» indépendfints se réunir au nom de l'émancipation complète de l'individu dans l'ordre religieux et politique.
La secte des indépendants procura pourtant à L'Angleterre deux avaiilciî^jes en écliangr clesquelN elle
]66 àrvDE SUA la maison dk stuabt.
obtint le pouvoir. Le principe de rinviolabilité in* dividuelle qu'elle proclamait la conduisait à soutenir la liberté des consciences; n'admettant d'autre r^Ie religieuse que celle que l'individu se révélait à lui-même dans ses relations directes avec Dieu , eHe devait accorder une entière tolérance à toutes les manières diverses d'adorer l'Être suprême; et c'était im véritable progrès qUe de substituer à l'anglicaniâimey jusque-là si ardent dans ses persécutioùs, un état de choses qui accordait aux catholiques la permission de se produire aussi libremeal qtîe les protestants. Le second service que les indépendants rendirent à la révolution anglaise fut de lui donner des soldats sans lesquels elle aurait à coup sûr été vaincue. La force que les peuples déploient dans les luttes de leur histoire est toujours proportionnée au terme qu'ils veulent atteindre. Pour conquérir la monarchie constitutionnelle, dont il ne se rendait même pas un compte très-clair à lui-même, le parlement n'avait trouvé que dès troupes sans discipline, sans audace , sans élan'; en plaçant le but plus loin , Gromwell éleva l'âme des soldats qu'il enrôla. Ayant reçu, comme là plupart des autres membres des communes, une commission de capitaine dans les armées , et ayant recriilé dans sa province une compagnie de cavalerie, il lui apprit à se conduire de manière à mérite le ciel, qui le louchait peut-être déjà moins que lesgrandeurs de la terre ne l'attiraient. L'exaltation qu'ifc avait fait naître parmi les siens fui féconde en traits der bravoure, qui lui valurent en rfconipense le grad^' de colonel; et lorsqu'il enl mille cavaliers sous soi*»
BOaUlATlOS DES STr%llTS kN A?(GLIiTEmillL Ib"*
ordre y attachés à sa personoe, non-seuleaienl |mr le lien CHtIiiiaire du de\oir mililaîre, mais par le de* «ooemeot de Feolliousiasine religieux , il songea seneosemeut a sortir de Fobscunté dans laquelle il était resté plongé jusques alors, et à triompher de la pqGtiqoe du roi et de cdle du parlement tout encemble.
Cependant le parlement avait de la peine à tenir léle aux premières attaques de Charles T'. Dans les oônibats de Worcester et d'Edge-Hill ( i64'^)9 Fa vanlage put être revendiqué par les deux partis. L année suivante, le roi s'empara de Brislol, la seconde ville du royaume; le comte d'Essex Tempécha de prendre Glocester, et obtint à Newbury ^ao se|;tembre i643) une victoire douteuse et stérile. Le parlement crut décider la question en appelant à son aide les Écossais, qui, depuis leur iusnrrection, vivaient dans une indépendance presque complète « sous le régime de leui*s propres lois; il acheta leur intervention en signant un coK'enant qui stipulait lu suppression de Tépiscopat en Angleterre et la rru- Dion des Eglises des deux royaumes. Le roi s'était mis en mesure de parer à ce coup en faisant une tré\e avec Firlande. Par suite de l'armistice conclu avec ce pays , il retira les troupes (|ui y étaient occupées et les appela à Oxford, la ville la plus dévouée du royaume, dans laquelle il avait fixé sa cour, pour tenir de plus près ta capitale en échec. Le i3 janvier i644^ 1^ chevalier Fairfax dispersa les troupes irlandaises avant (pfelles eussent rejnint le roi, et il opéra lui-niénie sa jonction
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avec Lesley ) comte de T4even ^^ soldat formé daus (es guerres d'Allemagne ^ qui amenait vingt mill^ Écossais au secours du parlement. Une bataille générale s'engagea à Marston-Moor le a juillet i644} 1^ victoire resta aux parlementaires. Çromwell, qui était devenu lieutenant général et qui pourtant ne cpinmandait encore qu'en sous-ordre , eut l'honneur 4e la décider.
Dès lors la défaite du roi et la fortune de Cromwell parurent également inévitables. Hampden et Py m ^ les deux cliefs du parlement , étaient morts l'année précédente; parmi les généraux de l'assemblée^ le comte d'Essex , depuis longtemps en butte aux soupçons j se laissa désarmer dans le comté de Cor* nouailles; Waller fut défait à Copredy-Bridge parle roi lui-même; le comte de Manchester fut une seconde fois vainqueur à la seconde bataille de Newbury, grâce au concours de Cromwell. Celui-ci obtint, dans les intérêts de sa politique, un autre avantage plus signalé en amenant les chambres au fameux acte de renoncement à soi-même^ par lequel tous les membres du parlement qui occupaient des fonctions à l'armée s'engagèrent à les résigner. Essex, Manchester, tous les autres seigneui*s qui avaient de grands commandements, s'élant ainsi démis de leurs commissions, le chevalier Fairfax fut nommé général unique. Gouverné par Cromwell , il le retint dans son armée comme indispensable , lui seul d'entre les parlementaires, et remplit les cadres de l'armée d'officiers indépendants, A mesure que le roi devenait moins redoutable, le parlement voyait ainsi naître.
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au nouvel eDoemi; il crut avoir encore assez de pouvoir pour les enchaîner tous les deux , et peutêtre aurait-il réussi s'il était parvenu à terminer la {;uerre. Mais les négociations entamées a Oxbrige furent rompues par le refus de Charles V^, dont le comte de Montross venait de relever l'étendard au fond de l'Ecosse, de façon à lui présager un meilleur avenir. L'exécution de l'arche véque I^awd et celle de quelques autres prisonniers politiques, par lesquelles le parlement avait voulu soutenir sa puissance révolutionnaire et compenser les pourparlers entrepris avec le roi, ne semblèrent plus qu'une cruauté inutile lorsque ces négociations eurent échoué. La bataille de Nazeby (i4 juin i645) , qui fut encore gagnée parla cavalerie de Cromwell, entraîna la chute du trône; et après avoir attaqué le pouvoir royal, les chambres virent s'dbîmer avec lui le seul appui qui leur restât. Les dernières forces de Charles V furent détruites par la reddition de Bristol , par la défaite du prince de Galles dans le comté de Cor- Douailles, par la dispersion des montagnards écossais que Montross. avait soulevés; mais Tespérance ne l'abandonna point encore. Près d'être assiégé dans Oxford y il i*evint à l'ancien projet qu'il avait fondé sur la fîdélité des Écossais, et, ayant fait préparer les voies d'une réconciliation par l'ambassadeur de France, il alla se livrer à eux. Les Écossais le traitèrent non comme leur prince, mais comme leur prisonnier; après l'avoir foicé à abandonner les dernières places qui tenaient pour lui, ils le remirent dans les mains du parlement, qui leur paya en échange quatre coni mille livres sterling pour les frais de l.i guerre.
Il $einbla d'abord que là captivité de Charles 1^ n'eût fait que relever sa fortune; car, entre les deux partis qui se disputaient désormais les fruits de la victoire qu'ils avaient remportée sur lui, il devenait arbitre et pouvait décider de la suprématie. Le parlement songeait si peu à renverser la monarchie qu'il voulut licencier l'armée, asile et instrument des hommes qui rêvaient une constitution nouvelle. Mais Cromwell en prit occasion d'ériger l'armée en parti; il forma dans son sein un parlement militaire, dont les îmlépencùmts étaient les maîtres, et qu'il opposa au parlement de Westminster; puis il fit en* lever le roi par un détachement dévoué, et envoya à Newmarket ce prisonnier, qui tenait encore toute l'autorité dans ses mains. Il lui manquait un prétexte pour amener ses soldats à Londres; il l'eut bientôt créé en faisant réclamer leur secours par les députés indépendants qui siégeaient au milieu des pre^ytériens des communes. Plus la bourgeoisie puritaine de la chambre basse était serrée de près par le parti nouveau, qui lui disputait le pouvoir après le lui avoir donné, plus elle cherchait à se rapprocher du roi; profitant du voisinage de Hampton^ort , on les indépendants l'avaient conduit, elle reprit avec lui ses négociations secrètes.
Cromwell, lent à développer son ambition, ou prudent à assurer ses avantages , n'avait pas cessé de isôn côté de traiter avec Charles 1^^ et d'essaver de l'employer à ses desseins; voyant qu'il n'en pouvait rien attendre, et n'ayant pas encore lui-même assez d'empire sur l'armée pour la déterminer selon ses secrets désirs, il ne songea qu'à compliquer la situa-
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Ijon pour «e ren'cii'e de plus en plu& nécessaire; il fit ëvadèr leroi de Hàmpton-Cort pour le faire retom* lier- prisonnier dans File de Wight, entre les mains d'une de ses créatures. Il voulut alors consolider sa propre autorité parmi ses soldats, dont les derniers raDgs, non contents de demander l'abolition de la -monarchie et de la noblesse, voulaient que l'égalité dés biens et du pouvoir fut complète, et qu'on réalisât immédiatement sur la terre la société chrétienne deô élus. Suspect aux yeux de ces niveleursy Cromwell les réduisit en écrasant leurs chefs par la terreur, et en se conciliant la foule par la haine qu'il afficha désormais pour la royauté. Il raffermit ainsi le parti des indépendants^ en le forçant à conserver sa discipline, que les dissensions avaient failli rompre. Il avait vaincu parla ruse celui des puritains; comme il cherchait encore une occasion de l'anéantir par la violence, les Écossais la lui fournirent bien à point. Désespérés devoir le presbytérianisme succomber en Angleterre ils vinrent pour l'y rétablir et pour défendre le coifenant et le roi qu'ils avaient livré. Cromwell marcha à leur rencontre, les battit dans le comté de Lancastre, à trois reprises successives , à Preston, à Wigan, à Warrihglon (août 1648), et les poursuivit jusqu'en Ecosse. Pendant qu'il s'éloignait de l.ondres, les parlementaires avaient recommencé leurs négociations auprès de Charles 1^', et reconquis une sorte de popularité. Cromwell victorieux se hâta de revenir sur ses'pas, et de briser d'un seul coup les deux pouvoirs qui conspiraient contre celui dont il était investi. L'armée marcha de nouveau sui* la capitale, et ses agents, aposlcs devant Westminster, en
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interdirent rentrée à cent quarante et un membres presbytériens. Quand le parlement eut été ain«i pui^é, Cromwell, qui savait fair^ ces grands coups d'État sans agir de sa personne, vint y prendre sa place , et alla, en sortant, occuper à Whiteball les appartements mêmes du roi. Pour Charles F% enlevé de rile de Wight, d'où il n'avait pas voulu se sauver, il fut transféré à Windsor ^ et au bout d'un mois à Londres, oii ce qui restait de la chambre des communes, subissant la volonté de l'armée^ institua, malgré les protestations de ta chambre haute, un comité de trente-huit membres pour Taccuser, et une commission de cent trente-troiâ personnes pour le condamner. Le ao janvier 1649, Charles l*'^ comparut pour la première fois devant ses juges; le 3o janvier il monta sur l'écliafaud, dressé devant Whiteball, et fut exécuté par un bourreau masqué. Jusqu'au dernier moment il avait entretenu ses espérances et réservé ses prétentions. Quelques jours avant d'être amené devant le tribunal il disait : a J'ai « encore trois cartes à jouer, dont la plus mauvaise (c.peut sufQre à me faire tout regagner. » Durant le procès il montra la noblesse qu'on devait attendre* d'un esprit préparé à subir toutes les fortunes plutôt que de faire plier ses opinions de dignité innée et de droit divin. Lorsqu'il fut condamné et qu'il lui fut permis d'embrasser ses enfants pour la dernière fois, les tenant sur ses genoux, il leur enseigna, au nom de sa mort, les principes qui le. faisaient mourir; sur Téchafaud même, conversant tranquillement avec les officiers, il marqua la difTérence qu'il y avait entre un souverain et un sujel.
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Ainsi la liaclie du bourreau qui trancha sa télé ne fit point fléchir ses idées et ne leur 6ta rien. La politique des Sluarls resta- entière dans son esprit tant qoe son esprit anima son corps; après qu'il eut ceiisë <le vivre, elle respirait encore. Pour lui faire perdre ce que, par Feffet d'une réaction naturelle, l'audacieuse exécution du roi lui a\ait rendu de force et de sympathies, il fallait toute la résolution et toQt le bonheur de CromweU.
La chambre mutilée qui subsistait à Westminster, réduite par les phases successives de la révolution de (ânq c^ent treize membres à cent quarante , «est flétrie dans Thistoire du surnom de croupion (tbe rump), comme si elle n'était que le reste décharné de la partie la plus vile du parlement : c'est cette assemblée qui fut appelée à formuler une constitution nouvelle pour l'Angleterre. L'abolition de la royauté et celle de la chambre des lords furent les gages qu'elle donna au parti des indépendants. Mais ce ne fut pas réaliser suffisamment à leur gré l'^alité chrétienne . pour laquelle ils avaient combattu ; ils demandaient encore, entre autres établissements, l'entière liberté de conscience, la promulgation des lois dans la langue nationale, l'alité de tous devant la loi, le jugement des détenus dans un court délai, l'exclusion de la force militaire dans toute affaire civile; quelques-unes des sectes comprises dans leur sein voulaient en outre la distribution égale de ton* tes les jouissances, de tous les biens, de toutes les prérc^atives, la suspension de toutes les lois, la substitution du principe de rindividualisme pur à
celui qui avait jusques alors régi les bommes au oôni de leur communaulé. Ce fut Cromwell, tonjours habile à saisir le rôle de modérateur, qui se chargea d'arrêter ce débordement; il écrasa du même coup les pétitions qui pouvaient être justes et les théories qui étaient inconciliables avec Tidée même de la société.
Après avoir ainsi posé des bornes à la nouvelle république, il partit pour la défendre contre ses adversaires. L'Irlande et l'Ecosse s'étaient révoltées, Tune au nom du catholicisme, l'autre au nom du presbytérianisme, toutes deux en faveur de la maison de Stuart. Cromwell marcha d'abord contré i'IrlaDde, y fit une guerre d'extermination, tristes représailles du sang versé huit ans auparavant par les catholiques, et y établit la loi du parlement sur un désert. Bourreau de l'Irlande, ce génie à toutes faces courut aussitôt pacifier l'Ecosse par de brillantes victoires et par les mesures les plus prudentes; puis, s'attachant au prince de Galles, qui avait excité Tihsurrection de ce pays et qui la fomentait en Angleterre, il le battit à Worcester et le força à s'exiler sur le continent, tandis que la marine anglaise, poursuivant au delà des mers la race des Stuarts, attaquait les Hollandais, (|ui s'étaient toujours déclarés pour elle. Celait un coup hardi et qui porta ses fruits que de s'en prendre, au nom même de l'élément le plus révolutionnaire de l'Angleterre, à cette puissance de& Provinces - Unies qu'Elisabeth avait dû respecter comme une alliée, mais que la politique britannique avait sujet désormais de traiter comme une rivale^