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er dont le commerce devait un jour devenir sa proie. Au milieu de rëmotion causée par les triomphes de Tamiral Blake sur Tromp et sur Ruyter, et par l'attitude que la i^publique prenait vis-à-vis de l'Europe, le rump se sentit quelque envie de s'attribuer la gloire de diriger en réalité le mouvement du peupie anglais, et il témoigna ses défiances au pouvoir irrésistible de Cromwell. Celui-ci s était rendu trop considérable par Tenlhousiasme de ses victoires et parle fanatisme de ses croyances pour reculer devant l'imprudente provocation du parlement. Il arriva à Westminster, suivi de ses soldats, entra.seul dans la salle des séances, injuria les députés avec cette langue vive des prophètes dont il jouait le rôle, les fît pousser dehors, ferma la porte, en mit la clef dans sa poche, et rentra tranquillement à Whitehall {20 avril i653), ayant terminé impunément par sa volonté l'existence d'une réunion que la volonté du pays n'avait pas rendue inviolable. Une assemblée de cent quarante-quatre membres qu'il fit élire par ses officiers, pour remplacer celle qu'il venait de dissoudre, et à qui il conféra le pouvoir législatif par sa propre autorité, ne délibéra que pendant le temps nécessaire pour démontrer sa propre impuissance; elle résigna , au bout de cinq mois, son autorité entre les mains du conseil militaire (26 décembre i653). Assuré par ces épreuves successives qu'il ne rencontrerait plus d'obstacles, Cromwell se fit donner par ses officiers le titre de Protecteur de la république d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande; il le garda cinq ans, et la mort seule le lui enleva (3 septembre
Sous le nom nouveau àepmtecteury on a dit qû Cromwell exerça toutes les prérogatives du Stuari dont il avait signé la sentence de mort, comme si le changement opéré en Angleterre s'était borné à une substitution de personne; en exagérant les ruses qu'il pratiqua pour conquérir la suprême puissance, on a fait de la révolution anglaise une intrigue oui
die dans le sang par un hypocrite. Ce qui est i*are, c'est non pas d'être un fourbe et de joindre de basses menées à un courage héroïque pour parve-^ nir, mais de se maintenir par la justice et par la gloire, et d être en tout un grand homme quand on est arrivé. Telle fut la destinée de Cromwell. Son avènement fui une innovation proportionnée aux forces de la révolution qui l'avait porté. En prolestant contre la race des Stuarts^ la bourgeoisie avait deux buts avoués : défendre contre elle la politique des Tudors, et faire consacrer l'autorité qui la représentait. Cromwell satisfit ces deux conditions. Il con« tinua vis-à-vis de l'Europe le règne d'Elisabeth; il obtint la suprématie des mers, put choisiV entre les alliances des plus puissants Etats de l'Europe, et fit porter son deuil à Louis XIV. Au dedans, lorsqu'il prit le titre àe protecteur , il accorda des garanties suffisantes aux parlementaires, en s'engageant dans l'acte constitutif à ne rien faire sans un conseil , à convoquer le parlement tous les trois ans, à le maintenir ctn(| mois entiers sans ajournement ni prorogation, ce qui était précisément le voeu de toutes les assemblées précédentes. Mais il ne suffit pas au génie de Cromwell de satisfaire la bourgeoisie; sa grandeur vint même de ce qu'il représenta
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au pouvoir queiquie chose de plus complexe, de plus vaste et de plus hardi.
Pour obéir à la loi de sa nature, plus encore qu'aux calculs de son ambition , Cromwell s'était fait la tête et le bras du parti des indépendants y qui était une expression extrême, mais sincère de la nation. Avant que ce parti entrât dans la lice , tout le débat était resserre dans les limites fixées par les anciennes lois du pays. Au nom de la vieille constitution , la bourgeoisie venait prêter appui à l'aristocratie , pour s'opposer aux accroissements du pouvoir monarchique qui, à cette époque, était vainqueur dans tous les autres États où il n'avait eu à triompher que d'un seul de ces deux éléments. D'une crise constitutionnelle, les indépendants avaient fait une révolution; bientôt ils avaient donné à la lutte les proportions d'une bataille livrée à l'ancien droit tout entier. Le droit nouveau qu'ils voulaient lui substituer et qui ne se proposait rien moins que l'affranchîssement complet de l'individu , avait des racines naturelles dans le caractère du peuple anglais; mais il manquait dé deux conditions essentielles de viabilité. Absolu, comme il était sorti de l'eflervescence théologique de la réformation, bien loin de pouvoir servir de base à une organisation spciale, il était diamétralement contraire à toute idée de société humaine; incapable de former un lien durable dans une secte ^ comment aurait-il pu subvenir au gouvernement de tout un peuple? En second lieu, une discussion préliminaire, semblable à celle qui précéda d'un siècle la révolution française, n'avait point soumis ce principe à l'épreuve de l'opinion et des IL 12*
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faits, et n'avait point tiré de lui et mis en iu-> mière ce qu'il pouvait avoir d'applicable et d'efficace. La chimère de la souveraineté individuelle, que les indépendants avaient prise pour un système complet et réalisable, se réduisit donc à l'action de l'in* dividualité de Cromwell : le protecteur dut faire passer ce système au crible de son génie. Avant de parvenir au pouvoir, il avait dompté les sectaires qui l'y poussaient; lorsqu'il y fut arrivé, il ne leur accorda que ce que ses grands instincts jugèrent compatible avec l'administration du pays dont il se trouvait , sans doute après l'avoir souhaité, l'arbitre suprême. Il garda quelques habitudes étranges qu'il avait empruntées à leurs convictions. Le don de prophétie, qu'il s'était attribué, n'était pas seulement la justification de sa puissance aux yeux de la société chrétienne des indépendants ; c'était aussi la plus haute manifestation de cet individualisme britannique qui, en soustrayant l'homme à la tutelle d'une autorité sociale, est obligé de le placer ds^ns un mystérieux et éternel dialogue avec Dieu. Elisabeth avait donné à l'orgueil de sa nation cette courtoisie qui tenait à son sexe; Cromwell hii donna je ne sais quoi de sombre, de sauvage et d'exalté gui était en lui plus qu'en aucun autre de ses contemporains. De ces deux espèces d'orgueil se forma d'une manière définitive le type poétique de l'Angleterre, peuple singulièrement doué, qui, du sein d'une société positive et toute marchande, voit sortir de siècle en siècle des figures terribles et sublimes comme celles de Shakspeare, de Milton et de Byron. Cromwell fut un génie de cette trempe;
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il représenta, a^ec une majesté dont on ne pouvait voir le fond , un pays dont la vie semble être entièrement à la surface; de là vint aussi qu'il Fentrafna pendant son existence, et qu'il le laissa sans tradition après sa mort. II disparut tout entier ; il emporta avec lui le rêve que les indépendants avaient couronné dans sa personne, et dont son règne avait suffi pour dissiper l'illusion; quant à la puissance qu'il avait fondée, elle périt avec le fanatisme dont il lui avait donné les formes. Mahomet aurait-il pu établir un empire solide au milieu du dix-septième siècle? Les négociants et les matelots de la Grande- Bretagne pouvaient-ils tenir leur esprit dans les régions où Cromwell les avait emportés un peu malgré eux? Leur commerce pouvait-il conserver longtemps les apparences idéales d'un gouvernement biblique?
Richard Cromwell , qui avait été désigné protecteur par son père mourant , se hâta , au bout de quelques mois de règne, d'abdiquer le pouvoir, dont il n'avait usé que pour se fatiguer inutilement à combattre l'influence de l'armée par celle du parlement, et l'influence du parlement par celle de l'armée. De la nombreuse famille de Cromwell , ce vulgaire personnage était pourtant le moins impropre à continuer son œuvre. Le conseil des officiers, demeuré maître, rappela l'assemblée qui avait institué la république; mais la mort de Cromwell, au lieu de donner aucune force à ce parlement qu'il avait tant mutilé, sembla le livrer plus faible encore et plus déconsidéré à toutes les attaques de l'ambition et du ridicule. Tandis qu'il se débattait contre l'oppres-
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sion du général Lambert, qui aspirait à succédera Cramwell, un autre général , le plus près du pouvoir après celui*là, Monk, qui commandait en Ecosse, s'avança vers I^ndres avec douze mille soldats. Il fut pris pour arbitre. Au lieu de se décider pour les officiers^ il constitua de nouveau le rump; mais il y appela tous ces bourgeois puritains qui avaient été exclus du Long Parlement lorsque les indépendants triomphèrent et qu'ils préparèrent le renversement du trône. La grande tragédie de Cromwell ayant eu dans sa mort un dénoûment naturel, la comédie qu'on jouait lorsqu'il entra en scène reprit ainsi son cours interrompu; la bourgeoisie, qui en avait le principal rôle, ne le ressaisit que pour s'en démettre. Le rumpy où elle avait déplacé la majorité, se déclara lui-même dissous et en appela aux élections. Le nouveau parlement, qui se réunit à Westminster le a5 avril 1660, se trouva composé de gens qui redemandaient tout ensemble la monarchie et le presbytérianisme. Quelques mois auparavant, Monk aurait pu prendre le pouvoir pour lui : soit modération, soit médiocrité, il s'estima heureux de l'offrir au fils aine de Charles l^'^. Le 129 mai suivant, Charles II, rappelé de Hollande par un vote solennel du parlement, rentra à Londres sans être lié par un acte formel, bien disposé au contraire à continuer tous les plans de son père envers cette boui^eoisie qui ne se doutait pas qu'il pût ou qu'il osât s'en souvenir.
Si la révolution anglaise diffère complètement de la révolution française, on n'en saurait dire autant des deux restaurations qui les ont suivies et qui
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ofTreat des points de ressemblance vraiment surprenants. I^ révolution d'Angleterre échoua par sa propre impuissance; conséquence d'un principe inapplicable et qui n'avait point été éprouvé par la discussion, elle rentra elle-même dans son lit ; et, ne laissant que des débris sur ses rivages , elle fournit à ses ennemis l'occasion d'un facile triomphe. Lorsque la révolution de France fut vaincue par la réaction des nations étrangères contre lesquelles Napoléon avait détourné ses forces et ses conquêtes , elle laissa sur le sol foulé par l'invasion des institutions profondément enracinées et une société toute nouvelle. Mais, en revenant dans le pays d'où ils avaient été chassés, les Stuarts comme les Bourbons prirent leur point d'appui sur les puissances extérieures pour recouvrer les lambeaux du pouvoir qui leur avait été arraché par leurs peuples»
Étant monté sur le trône sans le secours des étrangers , Charles II aurait pu soustraire son gouvernement à leur influence, s'il ne s'était pas mis peu à peu en lulteavec la nation. Oubliant de satisfaire les puritains auxquels il devait son rappel, il ne songea qu'à se contenter lui-même. Quand il punit les juges de son père^ quand il licencia l'armée dont ils avaient été les instruments, les presbytériens applaudirent avec lui à la ruine de leurs ennemis communs ; mais leur dissentiment commença à éclater lorsqu'il rétablit l'épiscopat avec de très-légères restrictions. L'année suivante (1661), un autre parlement, plus dévoué encore que le précédent, condamna au feu le coifenanf. j parmi d'autres actes républicains, et vota (i 66a) le bi II (t uniformité ^ qui proscrivait de
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nouveau les dissidents religieux. Deux mille minis-* 1res presbytériens renoncèrent en un seul jour m, .leurs bénéfices plutôt que de consentir à cet acte» Cette assemblée, plus royaliste que le roi n'osait: encore le paraître, ajouta à ces mesures le vote de subsides considérables ; mais le roi , plus prodigue k son tour que le parlement^ et ne sachant comment suflire au gouffre de ses plaisirs , vendit Dunkerque à la France pour 400,000 livres sterling. Ce n'était pas encore assez; et, pour avoir un prétexte de solliciter de nouveaux subsides, il déclara à la Hollande une guerre qui ne lui valut que des humiliations , puisqu'elle attira les vaisseaux ennemis jusque dans la Tamise, et qu'elle ravit à l'Angleterre quelques-unes des prérogatives de cet empire absolu des mers conquis par la république. Au même temps, la peste et l'incendie dévoraient Londres; et Shaflesbury, espèce de Cromwell subalterne , homme ayant une théorie et des ruses toutes prêtes au service des circonstances, introduisait au sein du pouvoir les divisions qui semblaient s'apaiser dans la société. Dans cette situation , Charles II ouvre l'oreille aux propositions de Louis XIV, et il se décide à proclamer les principes de politique étrangère et de politique intérieure de la France, cette antique alliée^ qui, après avoir contribué à la grandeur des Stuarts d'Ecosse, va entraîner la ruine des Stuarts d'Angleterre.
La femme de Charles P était sœur de Louis XllI; la sœur de Charles II avait épousé le frère de Louis XIV. Si malgré ces alliances la France n'était pas encore intervenue dans la révolution anglaise, il
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faut moins Taltribuer au désir qu'elle avait de voir une nation si longtemps sa rivale s'affaiblir dans les discordes publiques qu'aux soins politiques qui l'avaient préoccupée jusqu'alors, et qui avaient attiré toute l'attention de l'Europe sur un autre point. La guerre de Trente ans, dirigée contre les deux bran-, ches de la maison d'Autricbe, avait concentré les efforts de notre diplomatie en Espagne et en Allemagne, et avait absorbé le génie de Richelieu et celui de Mazarin. Cette lutte, qui fut le grand événement de la politique extérieure du dix-septième siècle , contribua bien plus que la situation des fies Britanniques à préserver de l'intervention des puissances étrangères la révolution anglaise, qui ne fut que le fait principal de la politique intérieure de la même époque. La monarchie française, qui avait fini par se ménager le pouvoir de diriger et de pacifier les guerres de l'Allemagne, en retira une grandeur et une force que n'affaiblirent point les troubles de la Frondevpâle imitation des complots de la bourgeoisie et de l'aristocratie anglaise contre la puissance des Stuarts. Victorieuse au dehors et au dedans, elle comment , dans la personne de Louis XIV, ce mouvement rapide d'ascension qui, avant la fin du siècle, menaça et coalisa l'Europe, dont elle n'avait semblé d'abord que protéger les libertés.
Louis XIV, qui joue désormais le premier rôle dans l'histoire de la maison de Stuart, était alors parvenu au point où il semblait qu'il ne lui restât plus qu'un pas à faire pour dicter des lois à l'Occident. La Hollande seule, qui avait mis des bornes à la puissance de Philippe II, en mettait encore à la
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sienne, li ne pouvait l'accabler qu'avec TaUiance d l'Angleterre. Charles II était déjà uni au roi d France par ses idées^ par ses mœurs , par les mode^ qu'il portait, par le faste qu'il déployait , par la Ut — térature qu'il encourageait, par les doctrines qu'il, professait, par un secret penchant pour la religiom' catholique, à laquelle le rétablissement de Tépiscopa^ conduisait, et que le duc d'York, sou frère, avait, embrassée publiquement. L'argent que Louis XIV" versa à ce prodigue acheva de vaincre les scrupules qui pouvaient lui rester. Mais s'il avait importé à l'Angleterre de diminuer les flottes et le comoierce de la Hollande et de s'assurer contre elle le soepire de l'Océan, il importait plus encore d'empêcher ce pays de devenir une province de la France, qui , par cette accession, aurait régné en souveraine nonseulement sur le continent, mais encm'e sur les met^.
Lorsque la nation anglaise vit ses vaisseaux mardier de conserve avec ceux de la France, qui avait résolu d'écraser le protestantisme hollandais, elle se jugea trahie; et comme, malgré les libéralités de Louis XIV, Charles II fut obligé, pcKir se procurer delargent, de rassenabler le parlement prorogé depuis deux années , il le trouva rebelle, et n'en put obtenir de minces subsides qu'en subissant âes conditions, et en approuvant le fameux billdu test y par lequel tout officier public devait, outre les serments à^allégeance et de suprématie ^ 'jurer qu'il ne croyait point à la transsubstantiation du corps de Jésus- Christ dans le sacrement de la Cène. Cette loi était destinée à fermer la carrière politique aux catholi-
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<|ues9 et notRmaieDt au duc d'York, leur chef avoué j qui fut force dé quilter ie commandement de la flotte. L'héroisme qui sauva la Hollande donna de nouvelles forces à l'opposition parlementaire. Persuadé qu'il n'obtiendra plus de subsides pour une guerre impopulaire , Charles II fait séparément sa paix avec les Provinces-Unies en 1674» et il en obtient 3oo,ooo livres sterling. L'Angleterre se prévaut des succès qu'elle vient de remporter sur son roi; elle veut le forcer à seconder tout à fait le vœu de ses intérêts et de ses sympathies. Voyant dans Louis XIV, comme Elisabeth dans Philippe II, le représentant des idées qu'elle combattait depuis un siècle, elle brûle de se jeter dans la coalition que les autres puissances forment contre lui. Charles 11 ne considère dans les souhaits de sa nation qu'un moyen d'avoir de plus riches subsides , et pour les solliciter il accorde la main de sa nièce la princesse Marie, fille du duc d'York, à Guillaume, prince d'Orange , qui a bravé , comme son aïeul ^ les forces d'un roi formidable; cepetidant il tend une autre main à Louis XIV, qui ne cesse d'y verser ses trésors sans pouvoir la remplir, mais qui gagne par là d'éloigner les Anglais de la lutte assez longtemps pour pouvoir commander encore à l'Europe en réglant le traité de Nimègue.
Il fallafit un piétexte aux Anglais pour manifester leur mécontentement. Shaftesbury, qui, après avoir conspiré pour le pouvoir nouveau, conspirait contre lui depuis qu^il l'avait vu braver de nouveaux dangers, se chargea de faire naître une occasion. Ce fut, a ce qu'il parait, par son inspiration qu'un men-
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diani , transfuge de toutes les croyances , s'en vint dénoncer au parlement une conspiration papiste, que des renseignements venus de haut rendirent vraisemblable aux yeux du public. Le parlement récompense le délateur et envoie au supplice le secrétaire de la duchesse d*York et plusieurs jésuites. Cassé par le roi en 1678, il fait place immédiatement à une assemblée plus ardente et plus audacieuse, qui exclut formellement le duc d'York du trône, qui bannit de son sein les créatures de la cour en établissant l'incompatibilité des fonctions de député avec tout emploi salarié , qui déclare illégales les troupes permanentes, même la garde du roi, et qui consacre à jamais la liberté individuelle par le célèbi*e bill d'habeas corpus.
En ce moment, tout était de nouveau en feu dans les trois royaumes. L'Ecosse s'était révoltée ouver» tement contre l'épiscopat, qu'on avait voulu lui imposer. Les presbytériens , poursuivis dans les Highlandspar les dragons de Claverhouse, qui donnaient l'exemple aux dragonnades des Cévennes, furent vainqueurs au combat de London-Hill ; mais ils succombèrent au pont de Bothwell. Leurs rancunes survécurent à leur armée. Le mot de whigy que ces montagnards prononçaient en chassant leurs bétes devant eux , fut donné dans ce même temps à tout un parti qui se forma dans la Grande-Bretagne des débris des puritains revenus de leurs illusions. Le nom de torjr, qui désignait les soldats catholiques de l'Irlande , fut appliqué par eux au parti contraire, qui finit par l'adopter. Ainsi placée entre l'Ecosse presbytérienne et l'Irlande catholique, l'Angleterre
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voyait les passions de ces deux royaumes, conquis ^ mais non domptes, fomenter des discordes élemelles dans son propre sein. Deux fois le roi crut mettre un terme à ces dissensions en cassant successivement les parlements, ou elles se livraient des batailles funestes à sa prérogative. Enfin, en 1680, il se décida à régner sans parlement , comme son père avait essayé de le faire; pour ne point voir entamer son autorité , il consentit à la faire dépendre de la générosité de Louis XIV, qui lui compta nue pension annuelle de cent mille livres sterling. Mais la réaction à laquelle il se livra pour affermir son pouvoir faillit hâter la ruine de sa race. Shaftesbury, qui avait vainement tenté de vaincre la cour en dénonçant ses desseins, était sur le point de faire éclater celui qu'il mûrissait lui-même depuis longtemps^ et dont il avait confié l'exécution au duc de Honmouth , fils naturel et unique de Charles 11. Il vit sa conspiration éventée, se sauva en Hollande, et y mourut au bout de trois mois, agité par toutes les espèces de doute. Pendant ce temps, ses complices, chefs de la noblesse et de l'armée, appartenant a différentes opinions, furent saisis et traduits en jugement. Lord Russel , partisan de la monarchie, mais ennemi du duc d'York, périt sur l'échafaud; le colonel Algernon Sidney, philosophe républicain , eut un sort semblable ; le comte d'Essex, animé des mêmes principes, se poignarda dans sa prison. Le duc de Monmouth ne dut sa grâce qu'aux calculs du ministre Halifax, qui, en la lui faisant accorder, se préparait un appui contre le duc d'York, dont il se défiait. Ces procès, où le juge
Jeffreys signala Texcès de son zèle, semblèrent en— cbainer l'esprit anglais , et condamner les whîgs k rîropnissance. Le duc d'York reprit ses fonctions de' grand amiral et tout son crédit; et lorsque, deux ans après (i685), Charles II mourut sans postérité, il put, malgré les bills d'exclusion et celui du iesl, monter tranquillement sur son trône. Ce duc d'York, c'était Jacques II.
Tous les motifs de suspicion que l'opinion publique avait signalés dans l'administration des Stuarts depuis qu'ils étaient montés sur le trône d'Angleterre se trouvaient ostensiblement réunis dans la personne de Jacques II. Ce prince professait la religion catholique; il avait été le conseiller avoué de tous les actes qui avaient marqué la fin du règne précé* dent. A ces deux titres , il pouvait être justement considéré comme disposé à maintenir la politique anglaise sous l'influence de Louis XIV, qui, de son côté , s'empressa de lui continuer la pension qu'il faisait à Charles II. Cependant les parlements d'Ecosse et d'Angleterre, convoqués àravénemeni du nouveau règne, ne témoignèrent d'abord aucune défiance , et votèrent les subsides ordinaires sans difficultés. Mais les anciennes rancunes politiques, réfugiées en Hollande avec l'élite des exilés, ne tardèrent pas à faire des tentatives sur les deux royaumes qui semblaient avoir désappris l'indépendance. Le ducd'Argyle, proscrit sous le règne précédent par l'influence du duc d'York, descendit le premier en Ecosse. Les .passions politiques n'avaient jamais été assez vives dans ce pays pour qu'il pût en attendre de grands effets ; les passions religieuses avaient été
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éloufTéés par les di*agonoades dé Ciaverhousé^ ou poussées à des excès sur lesquels il n'osa s'appuyer. Aussi j quelques jours après son débarquement, mis en fuite avant d avoir pu combattre, il fut pris lorsqu'il s'éloignait, à travers ses soldats dispei*sés, ef exécuté par la hache. Le duc de Monmouth , qui avait figuré dans les conspirations des whigs, partit d'Amsterdam , et arriva avec un petit équipement sur les côtes d'Angleterre, peu après que le duc d'Argyle eut touché celles d'Ecosse. En prenant le titre de roi , il glaça le zèle des républicains, qui seulâ auraient pu lui offrir des secours efficaces contre les partisans de l'Église anglicane et ceux de la royauté héréditaire^ blessés par ses proclamations. Atteint par l'armée de Jacques II, dans la plaine de Sedge- Moor, il fut complètement battu et fait prisonnier dans la fuite. Malgré les lâchetés auxquelles il s'abaissa pour sauver sa vie, il fut décapité le 1 5 juillet i685.
Ces deux victoires , au lieu de consolider la puis* sance de Jacques II , donnèrent le signal de sa ruiné , parce qu'il voulut forcer les avantages qu'elles lui promettaient. JefTreys et le colonel Kirk, qui voulut surpasser sa complaisance, furent chargés de poursuivre les complices de la rébellion , et répandirent la terreur que le roi jugeait nécessaire à l'exécution de ses desseins. Quand Jacques crut tout le royaume soumis, il commença ouvertement la restauration de la religion catholique. S'il n'avait voulu que proclamer la liberté de conscience, il y aurait sans doute réussi; il eût pu par cette mesure, que
l'Angleterre a toujours repoussée , consolider son pouvoir; mais il s'était proposé un but plus difficile à atteindre. Après avoir abrogé le serment du testj et rendu l'exercice public au culte qu'il professait lui-même y il appela les ordres religieux pour les mettre à la léte de l'éducation. Il les fit paraître à sa cour, y reçut un nonce du pape, et finît par déférer aux catholiques des emplois que la constitution réservait aux protestants. Le clergé anglican réclama contre ce changement décisif que le roi introduisait dans l'Étal; et pour protéger ce qu^l appelait la déclaration de tolérance, Jacques II poursuivit les évêques et les ministres qu'il trouva contraires à ses projets. Le parlement, qui, le premier, avait protesté contre la suppression du test y avait été aussitôt frappé d^ine prorogation dont le terme semblait indéfini. La nation murmurait à chaque acte du nouveau gouvernement, mais elle semblait incapable d'en changer elle-même les coo* ditions. De l'étranger lui Trot le seetRnrs qui hir âait néceflRÛ re^potfr se dérober au système que l'étranger ânrail contribué à lui imposer.
Pendant que Louis XIV, triomphant sur les ruines de la race de Charles-Quint , s'était fait le champion de toutes les idées d'unité qu'il avait vaincues dans ses ennemis, la Hollande, fidèle au rôle que son origine lui avait tracé , avait produit un homme en qui s'étaient personnifiées les idées de résistance sur lesquelles Henri IV et Elisabeth avaient voulu fonder la constitution générale de l'Europe. Cet homme, c'était Guillaume de Nassau, stathouder