L. 6 : DJ^: CV
2 L. 6 : Dr: b^ri^i
3 Plut, de Is, et Os. XV. Cf. ce que dit Eusôbe dans ses Chroniques (tr. de St. Jérôme, p. 7 : Noema quam et ipsam aliqui dicunt Minervam. £debs {Aeff. I, 173), qui explique comme moi Saôtis, veut voir aussi dans Ne{jl«vow; un mot égyptien.
^ Pline Hist. Nat, 2.3, 24 : flos nunquam se aperit, nisi vento spirante, unde et nonien accepere.
* Ovide, Métamorph, X, 735 sq. Nicander cp. Schol, Theocr. 5, 92. D'autres disent que ce fut la rose. BioN (I, 66) fait naître la rose du sang d* Adonis et l'anémone des pleurs de Vénus.
^ Cf. les jardina d^ Adonis ^AScuviBoç xi^:7oi.
' Ovide, Metamorph., X, 729.
^ Voir sur ce sujet mes obser\'ations dans la Revue Archéologique, Janvier 1S79, p. 36, en note.
La stèle de Byblos. 27
ressemblent trop pour que Ton prenne cette dernière fable pour argent comptant. La fleur de No'man n'est autre chose que la fleur d'Adonis.
L'anémone devait être une ASovr^fç au même titre que la laitue. La consécration de l'anémone à Adonis est bien conforme à ce que nous savons du culte de ce dieu, et particulièrement de ces fameux jardina d'Adonis, 'AScovt^oç xîjxot ', dont l'usage n'était pas moins répandu en Grèce qu'en Orient. Ils consistaient en plantes tendres et délicates, en boutures, en graines hâtives, fleurs, légumes, salades, branches à fruits, que l'on plantait, ou semait, dans des pots de terre, des paniers, des corbeilles. Ces petites plantations improvisées, graines à peine levées, branches sans racines, ne tardaient pas à se flétrir ; on les jetait alors dans les sources ou dans la mer, avec toutes sortes de manifestations de douleur; leur existence éphémère était censée figurer celle du dieu lui-même.
Je crois retrouver une allusion très nette à cette pratique si populaire dans un passage de la Bible où l'on n'a pas encore songé à la reconnaître, et où précisément apparaît notre vocable |ttp3. Cest au dix-septième chapitre d'Isaïe, verset 10:
: lipnîn nt nnan d^oûp: -piû3 •'pion p-bp niât k*? itpû msti ^ptr"» ^'^bK nraw -a
«Parceque tu as oublié le dieu de ton salut et tu ne fes plus souvenu du rocher de »ton refuge; car tu as planté les plantations des Na*man et tu as semé la bouture (de » l'étranger). »
Généralement l'on a entendu ce passage, qui ne laisse pas d'offrir plusieurs difficultés, d'une façon toute différente. On a fait de la seconde phrase, commençant par p'Sp, une proposition consécutive à la précédente : Tu as oublié ton dieu, c'est pourquoi^ à cause de cela, tu planteras et tu sèmeras (pour ne rien récolter, comme il sera dit au verset suivant). Je ne suis pas de cet avis : p~bp n'exprime pas la conséquence mais la cause; il a ici la valeur explicative qu'U possède souvent : car, parceque^. D''3Ûp3 a été pris par les exégètes comme une simple épithète : des plantations agréables, plantationes amœnitatum, i. e. amœnœ^, ce qui est bien faible; d'ailleurs le mot, à cette forme, ne se rencontre pas ailleurs*, et, de plus, la valeur laudative de D^3iDp^ est en plein désaccord avec la valeur manifestement péjorative du terme parallèle *1T. La suite va nous faire voir de quoi il s'agit en réalité; elle s'adapte singulièrement bien à l'interprétation nouvelle que je propose. Nous lisons en effet au verset 11:
: TTi^K nKDi nbna ora n^^cp 13 •^n'^nen ^p^t npMi •'^Tratrn ipw ors
«En (un) jour tu fais pousser ce que tu as planté, et en (un) matin tu fais épanouir »ce que tu as semé; et la moisson s'en va au jour de la cruelle (blessure) et de la doulou- > rense affliction. >
Ce verset vise aussi clairement que possible le second acte de la cérémonie adonisiaque qui consistait à jeter à l'eau les «jardins > fanés, image du jeune dieu frappé mortellement, . le tout accompagné de lamentations sacrées. Ce que veut dire par là le prophète, blâmant Israël d'avoir adopté les pratiques idolâtres de ses voisins, et raillant en même temps ces pratiques, c'est ce que dit en d'autres termes le proverbe grec : àxap^wiepoç A3(i)viSo<; xi^xwv.
* Cf. Meursius, Orœcia feriata 8. v. AScovia, et Raoul Rochkttk, Mémoire sur les jardins cCÂdonis (Revue Archéologique^ V série VU, à partir de la p. 105). On trouvera là toutes les références aux auteurs anciens. ' Il équivaut alors à lîVH p"^^?, par cela que. Cf. Gksenius, Thés, s. r. pD. ' Geseniub Thés, s. V.
^ Excepté comme nom propre.
28 Études d'Aechéologie Orientale.
Ce passage obscur; qui a été fort diversement expliqué, me paraît^ si on Téclaire à cette lumière, prendre une vie et une couleur des plus satisfaisantes.
La irmûl est proprement une branche chargée de fruits, un sarment de vigne. Le mot revient de nouveau, et cette fois à propos d'un acte dont on ne saurait méconnaître le caractère religieux, au chapitre VIII, veraet 17, d'Ezechiel : et ils approchent la zemorah de leur nez, nous dit le prophète, en nous montrant les hommes qui se prosternaient devant le soleil levant, dans le temple de Jérusalem. Les commentateurs modernes voient là un acte emprunté au rite perse et comparent cette zemorah au harsom, ou faisceau sacré de baguettes. Je ne partage point leur sentiment; ici encore j'estime qu'il s'agit d'une cérémonie se rattachant à la célébration des mystères et de la passion d'Adonis. En effet, Ezechiel vient de nous montrer, immédiatement auparavant ^, le temple de Jehovah livré à toutes les abominations du culte de Tammouz, autrement dit d'Adonis. Par conséquent la zemorah appartient bien à ce dernier culte, et nous sommes plus que jamais autorisés à chercher dans les ^jrtD3 D''3ÛP3, qui lui sont associés dans le passage d'Isaïe, l'équivalent des jardins d'Adonis-Na'amon, et de ces fleurs sans durée dans la catégorie desquelles se rangent les ^L»>JL.H ^,ULi. Il en résulte un argument de plus en faveur de l'explication de ,f|.p>; et anémone, par Na^aman, ou Na^mon, vocable d'Adonis parallèle au vocable Nsixavou; de sa parèdre inconsolable.
Autre fait montrant que no*mân ou en-no*mân n'est pas une simple déformation populaire de ûtv6(xa)VY;, et nous cache bien un vieux dieu phénicien. Au sud de la ville d'Acre \ient se jeter dans la mer un petit fleuve qui a nom nahâr Namân ou Norman, ^jUjù wJj, le fleuve de No'man. Or dans les géographes anciens ce fleuve est appelé Bdus, c'est-à-dire Baal^] comme beaucoup d'autres fleuves de la côte syrienne il porte le nom même d'un dieu ; ici No'màn est l'équivalent de Baal, de Baal-Adonis ; c'est ainsi que le fleuve Adonis, voisin de Byblos, est devenu un fleuve d* Ibrahim (j^aj^IoI j-gi); qu'un autre Belus de Palestine, le nah&r Baal^ de Yabné, est devenu, comme je prouverai un jour, un fleuve de Ruben, naJiâr Roubîl, Juj^^ «^ etc. . . : Ce n'est pas tout. Acre, ou Ptolémaïs, était célèbre par son tombeau de Memnon, situé sur les bords même du Belus ^. Ce Memnonium, comme tous les autres Memnonia de Syrie, était un saint-sépulcre d'Osiris- Adonis, monument congénèi-e de celui qui s'élevait à Byblos même^. L'origine de ce nom de Memnonium, mis en rapport avec le monde syrien, a toujours préoccupé les savants; je crois que c'est une transcription, légèrement altérée, à dessein (pour la ramener au nom fameux de Mé|jLvo>v), de l'épithète Na'man ou Na*mo7i, vocable d'Adonis.
Ce sanctuaire d'Acre s'est conservé, au même lieu, dans le sanctuaire, extrêmement vénéré, de neby Sâleh, prophète fabuleux qui, comme je l'ai montré ailleurs®, est, dans la tradition syrienne moderne, l'héritier direct d'Osiris-Adonis : neby Çâleb est le père de neby Siddîq ^3jJlo, c'est-à-dire du dieu phénicien SûéSuxoç^; la légende a conservé le souvenir de
» Ezech. VIII, 14.
2 Pline Hist. iV. XXXVI : 26 = BiJXaioç ap. FI. Josèphe, G. J. II, 10 : 2.
8 rhv^n nn est une faute de copiste pour rih^:^^ in: dans Josué XV, 11, ainsi que j'établirai.
* FI. Jos. G. J. II, 10 : 2.
* Lucien, de St/r, dea 7.
® Horuê et St. Georges, p. 50.
7 Juste, jttsticier (vainqueur). Correspondant à Horus, et particulièrement à Horus le justicier:
^s3— D. Voici les équivalences mythologiques de ce couple primordial composé du père et du
La stèle de Byblos. 29
sa fin tragique et elle voit encore dans les veines rouges du calcaire la trace de son sang divin. Le surnom de Sâlef^, J-Lo (le bon, le vertueux), est identique au surnom égyptien d'Osiris : Ounnowré \ et nous marque clairement le sens du surnom de son ancêtre : Norman, et, par suite, du vocable synonyme de la déesse associée à Osiris- Adonis : c'est l'idée de honte et non de beauté qu'il convient d'y chercher.
fT'H. — Valeph, bien que fruste, n'est pas à mettre en doute. Nous constatons plus loin, 1. 15, la même orthographe, fl^, de cette particule, marque d'accusatif déterminé. Il y a peut-être lieu d'attacher plus d'importance qu'on ne l'a fait à la variante orthographique que nous fournit l'inscription pour cette particule remplissant, à ce que l'on croit, une même fonction grammaticale : aux lignes 3 et 7, elle est écrite HK, sans yod. Ainsi nous avons, sur quatre cas, deux fois H'^K et deux fois riK. Est-il téméraire de se demander si cette différence orthographique est purement accidentelle; si elle ne nous manifeste pas une différence dans l'état phonétique de la particule, différence tenant peut-être elle-même à une variation dans l'état grammatical? L'on est tout d'abord frappé de ce fait que, dans les deux cas, Pl*^ régit un nom ou un mot masculin : I^Ûin^ tT)^, Yehawmelek, et : )IO DIHH n^ ledit homme; tandis que r\}K régit un féminin : ^13*1 riH. A ne s'en tenir qu'à la stèle de Byblos, l'on serait autorisé à induire de là que ÎVtK s'employait en phénicien, ou tout au moins dans certains dialectes phéniciens, avec les formes masculines, et riK avec les formes féminines^. Je n'avance nullement la chose comme certaine, je me borne à appeler l'attention sur cette possibilité. La première chose à faire serait de contrôler cette remarque par les autres textes phéniciens. Quelques-uns d'entre eux peuvent paraître fournir une contre-indication; ainsi dans l'inscription d'Ëchmounazar, 1. 4 ^, nous avons rhn D'^M ; il est vrai que ce nom est peut-être un de ces mascuUns à forme féminine que semble avoir possédés le phénicien, témoins : PlD^ÛÛ *, et le pronom masculin, pluriel de la troisième personne : flttn, dont j'aurai plus tard à montrer l'existence dans la même inscription d'Ëchmounazar^, En tout cas Ton peut toujours répondre que le dialecte de Sidon n'observait pas les mêmes nuances délicates que le dialecte de Gebal, car ce mot nbPI est justement suivi, dans l'inscription d'Ëchmounazar^, du déterminatif masculin T, là où la stèle de Byblos aurait probablement mis W, comme elle le fait après flD"lP '. Quatre fois ^ l'inscription d'Ëchmounazar fait usage de DM, mais c'est alors un tout autre mot, la préposition et non la particule. Il faudrait encore examiner de près les passages, matériellement douteux, de l'inscription de Larnax Lapithou ^ et du tarif de Marseille ^®. La confusion entre les deux formes a pu d'ailleurs
JUê : en Egypte : OairU et Horut; en Phénicie : Adonis et Sad^fk; dans la légende encore vivante : SaUk et Siddxq,
* Vètre bon,
2 Et peut-être aussi avec les formes plurielles.
3 Cf. 1. 7.
^ Aussi précédé de n'*M, 1. 10. A la 1. 9, si la lecture n^^fiâ est admise, remarquez la forme masculine de répithète n"7K.
» LL 11 et 22. Cf. Tarif de Marseille, 1. 17.
' Ll. 6 et 12.
s Ll. 4, 8, 9, et 20. A la ligne 9, si Ton coupe DJIR, Ton rentrerait dans le cas d'un pluriel,
* L. 4. Valeph est fruste; mais d'après la copie de M. ds VoguA il n'y a place que pour une lettre. »o L. 21.
s'établir de bonne heure; surtout dans certains dialectes; elle aurait été complète dans le punique qui écrit flK devant des masculins incontestables à l'accusatif *.
De toute façon je ne pense pas qu'on doive négliger dans notre inscription la variante orthographique de Pl^ et de flH et la tenir pour indifférente. Si l'on se refuse à l'attribuer à une cause du genre de celle dont je viens de parler, il faudrait peut-être aller jusqu'à admettre que DK est, comme dans l'inscription d'Echmounazar^ la préposition^ parfaitement distincte, de la particule, et que flH mp est l'équivalent de l'hébreu 23 Hlp, DTT^ H'Hp, et de Taraméen h H*1p ^ le verbe étant intransitif et gouvernant son régime non pas directement, mais par le ministère d'une préposition.
L. 8 à 10. — Le Domine salvumfac regem des GibUtes, commençant au milieu de la ligne 8, offre avec le Psaume XX, et surtout avec le Psaume XXI, des affinités frappantes qui valent la peine d'être relevées. Certes, les prières officielles dites, par ordre supérieur, à Jérusalem, pour la conservation et le salut du roi de Perse*, à l'époque même où le peuple de Gebal appelait sur la tête de son propre souverain, vassal des Achéménides, la bénédiction de la déesse nationale, devaient étrangement ressembler et à ces deux Psaimaes et à la teneur de ce passage de la stèle. De même que Yeha^vmelek se donne comme investi (lui et sa race?) par la déesse elle-même du pouvoir royal (^33 Sp DS^DÛ na'nn jnSpô tTH), de même le monarque du Psaume XX est sacré roi par Jehovah qui, de sa propre main, pose mr sa tête la couronne d'or fin : Tô THtùV ItTi^^lb fT'trn •\ Les Giblites appellent sur leur roi les bénédictions de la déesse : Sa3 PlSp3 ^*13n; l'auteur du Psaume dit : miD*13 13Û^pn<^. Les Giblites suppUent la déesse de prolonger les jours du roi : ^T\W^ Itt'' ^J'nKDI IIPIPlI; dans le même Psaume, le roi a demandé à Jehovah de le faire vivre et Jehovah a prolongé ses jours : n^iy T^H ^h nnPl3 *]ÛÛ htKfV DTT. Non seulement les idées, mais les termes sont identiques : cf. *]*1H lb nnn3 et [naiH )h] jnpn. Il n'y a pas jusqu'à la formule finale d'imprécation qui ne se retrouve presque textuellement dans ce Psaume qu'on dirait un écho de notre inscription : DIK ''33» Dp*in HSi^n pR» Ittnô ». Ji y a peut-être à chercher dans ces similitudes, dont on ne saurait contester l'évidence, une indication sur l'âge réel du Psaume XXI.
TlHn : Qu'elle le fasse vivre, — L'expression peut paraître une superfétation, à première vue, puisqu'il est dit; à côté, en toutes lettres : qu'elle prolonge ses jours et ses années sur Qebal, Mais en réalité les deux souhaits sont distincts et ne font pas double emploi : le premier se rapporte à la durée de la vie du roi d'une façon absolue; le second à la durée de son rhgne, ce qui est bien différent, car l'on peut concevoir telle vicissitude qui priverait le roi de la couronne sans le priver de la vie. Tous ces petits roitelets, inféodés à l'empire perse, n'étaient pas et ne se sentaient point fort solidement assis sur leurs trônes. Ils
» ScHROEDKR, Pkvn. Qt., p. 213. Cf. p. 29, 179.
* Se construit aussi avec Sk, by bV-
3 Cf. les inscriptions palmyréniennes citées plus haut à propos du mot sâÇaji^vi} dans une inscription grecque de Byblos.
* Cf. par exemple £sdras VI : 10.
5 Ps. XXI : 4.
6 Ps. XXI : 5.
7 Ps. XXI, 4. Cf. 3 : ^b nnr\: ia^ niKn.
8 Ps. XXI, 11. Cf. £chmounazar, et parriculièrement 11. 11—12, pour l'image complète de \ii semence, de la racme et du fruU figurant la postérité du coupable exterminé.
La stèle de Byblos. 31
dépendaient non-seulement d'un caprice du pouvoir central; mais du bon plaisir de l'administration provinciale ; un mot du satrape^ un geste du grand roi suffisait pour les renverser^ sans parler des mouvements populaires plus ou moins spontanés. L'histoire de la Phénicie sous la domination des Achéménides nous montre combien était précaire la position de ces principicules. C'est peut-être quelque incident politique de ce genre qui explique pourquoi le père de Yehawmelek n'est pas qualifié de roi. Le second vœu des Giblites est donc on ne peut plus eji situation. Us supplient la déesse de leur conserver leur roi; d'abord en prolongeant son existence, ensuite en prolongeant son règne. Cette vue paraît explicitement confirmée par la phrase suivante qui correspond membre à membre aux deux propositions que je viens d'énoncer, comme le fait ressortir le parallèle ci-dessous :
♦ ♦♦♦♦♦♦ ti-iH us p\ t nK DP ]vh^ nh^ ]v^ |n Sa: nb[» nann h] inni 11
Puisse le roi vivre longtemps — et que pour cela la déesse lui fasse trouver grâce aux yeux des dieux ; puisse-t-il en outre régner longtemps sur Gebal, car c'est un roi juste — et pour cela que la déesse lui concilie l'aflfection du peuple de Gebal, c'est-à-dire de ses sujets, et la faveur d'un autre peuple, c'est-à-dire de ses maîtres. L'on a vu, en effet, avec raison, dans ces derniers mots, malheureusement incomplets, une mention de la nation perse. A l'appui de cette idée de la divinité faisant trouver grâce aux yeux d'un peuple étranger. Ton peut comparer le passage biblique : Et je ferai trouver grâce à ce peuple, dit Jehovah, aiix yeux des Égjfptiens, >D''*15£Û Tp3 ntH DJ?n JPITIH Tin^l. La similitude de l'expression DPn nin avec î Y^)^ DP, est à noter.
Je pense qu'il y a en outre, dans l'emploi du mot linn, une allusion voulue à la signification du nom même de Yehawmelek : celui que Moloch fait vivre (IPC). Une telle allusion est bien dans le goût antique. J'ai déjà relevé autrefois une paronomasie tout à fait semblable dans l'inscription de Mesa, où le roi de Moab joue sur son propre nom ptTÛ, sauvé, aux lignes* 3, 4 : ''^PtTHD S^i**] nû3^ sanctuaire du salut (ou de Mesa), parcequHl m'a sauvé etc.
KTî pl5£ I^ÛÛ). — Car c'est un roi juste. Il est curieux de voir ainsi la justice royale expressément définie comme une vertu qui mérite de trouver sa récompense auprès des dieux et des hommes. Cette proposition est une très intéressante contribution à nos connaissances des idées morales chez les Sémites. L'inscription de Rosette, dont nous avons déjà fait ressortir, au point de vue matériel, le remarquable accord avec les données de notre stèle, peut nous fournir encore ici d'instructifs rapprochements. Il faut lire dans le texte cet éloge détaillé des bienfaits et de la philanthropie de Ptolémée motivant les honneurs publics et divins qui lui sont rendus. Parmi tant de qualités, sa justice n'est pas oubliée : b[>.oiiùç
L. II à 12. — L'on a proposé de restituer à la fin de la ligne 11 et au commencement de la ligne 12, soit : [l ÏWn PQîlÛ nbp, soit [T DplO Plbp. La première restitution est beaucoup trop longue pour remplir le vide disponible; la seconde est inadmissible, car le zaïn encore visible après le mem, à la fin de la ligne, peut être tenu pour certain. Je propose :
» Exode III : 21. Cf. id. XI : 3; XII : 36. Genèse, XXXIX : 21. 2 Inscr. de Rosette, 1. 19.
[Jî PO]tÛ PiSp, ce qui remplit exactement la lacune, comme j'ai pu m'en assurer en. y reportant matériellement les mots restitués dans les dimensions de l'original^ et ce qui s'accorde d'autre part avec le contexte. Seul, le mot ÏWn n'a pas été répété. Nous avons ici, comme je l'ai déjà démontré plus haut (1. 3 à 6), la récapitulation des trois œuvres du roi, nettes de tout détail.
Au sujet de cet aiUd d'airain je pense qu'il n'est pas inutile de rappeler la trilingue de Sardaigne ', qui n'est autre chose que la dédicace d'un aiUel d'airain^ tWT\l PQÎtt, faite au dieu Ëchmoun par un certain Cleon. L'inscription est gravée sur Vautel lui-même. H n'y aurait rien d'impossible, par conséquent, à ce que l'autel offert par Yehawmelek eût, lui aussi, porté une inscription spéciale, sans préjudice de la mention qui en est faite sur la stèle. J'insiste sur ce point, parce que l'on a pu supposer que l'autel de Yehawmelek devait être anépigraphe. Voilà un fait catégorique qui rend cette supposition, et les conséquences qu'on en pouvait tirer, fort problématiques. H est à remarquer aussi que le démonstratif t ou ÎK, cet autel que voici, n'est pas exprimé dans la trilingue de Sardaigne. Cela vient probablement de ce que c'est l'objet lui-même qui a reçu l'inscription. En général les démonstratifs ne se manifestent que lorsque l'inscription est en dehors et à côté de l'objet ; par exemple sur une
base de statue, ou de cippe, sur un iitulv^ quelconque constatant une offrande etc , Ton
trouvera : cette status, ce dppe, cette offrande. Autrement, quand c'est l'objet lui-même qui porte l'épigraphe, il est pour ainsi dire son propre démonstratif; tout au plus la définition est-elle nécessaire. En un mot le démonstratif implique l'objectivité.
Pour bien se rendre compte de ce qui va suivre, il faut se pénétrer de cette idée que Yehawmelek n'interdit pas ici d'une façon absolue de toucher, après lui, au sanctuaire de la déesse, mais qu'U se borne à faire certaines recommandations à ceux qui auraient l'occasion d'y faire des travaux additionnels. La réparation et la réfection des sanctuaires était chose licite et parfaitement dans les usages phéniciens. Plusieurs inscriptions en font foi, par exemple le début de celle de Gaulos : tnm SpB, et de la 195^ de Carthage : bpBI tTTT. A plus forte raison, l'embellissement. Yehawmelek prévoit une éventualité : il ne s'y oppose point; seulement il prend ses précautions. D'autres rois, ses successeurs, animés du même zèle, pouvaient avoir, comme lui, le désir de faire œuvre pie dans le sanctuaire de la déesse, de le doter, par exemple, d'un second autel, de l'enrichir d'un autre nnc, d'y consacrer leur propre effigie etc. Yehawmelek ne prétend pas leur défendre de faire ce qu'il a fait lui-même, ce que ses prédécesseurs ^ et ses ancêtres avaient pu faire avant lui ; ce qu'il entend c'est qu'on respecte son œuvre, qu'on ne la dénature pas.
Il n'entre pas dans l'idée de Yehawmelek de proscrire pour l'avenir tout travail nouveau danç un sanctuaire qu'il n'avait certes pas créé, un sanctuaire national où étaient venu probablement pendant des siècles s'accumuler successivement toute espèce d'offrandes analogues à celles de Yehawmelek. C'était en effet le propre de ces vieux sanctuaires, en Orient aussi bien qu'en Grèce, de recevoir, comme un tribut naturel, des dons de tous les temps, et même de tous les pays ; c'est ainsi que se sont formés peu à peu non-seulement ces trésors des temples qui faisaient plus tard l'admiration des pèlerins curieux d'art autant que de religion, mais ces temples eux-mêmes, les divers édifices, grands et petits, dont
> Latine, grecque et phénicienne.
5 EuTiNTï, Pun, SLy p. 16.
La stèle de Byblos. 33
Fensemble constituait le sanctuaire; les accessoires plus ou moins essentiels ^ autels ^ édiculeS; statues, bas-reliefs, colonnades etc. Si d'aventure quelque Pausanias phénicien nous eût laissé la description du temple de Byblos, nul doute qu'il ne nous eût montré les œuvres de Yehawmelek en bonne et nombreuse compagnie, tenant un rang honorable parmi des monuments d'âge bien différent, les uns remontant jusqu'aux plus hautes époques de l'influence égyptienne, les autres descendant jusqu'aux plus basses de l'influence grécoromaine. Il est à supposer, en effet, que Yehawmelek, en accomplissant son œuvre, ne faisait que suivre les errements des rois qui l'avaient précédé, notamment de ce roi d'aspect tout à fait égyptien qui reçoit l'accolade de la déesse de Gebal sur le beau fragment de bas-relief découvert par M. E. Renan ^, et aujourd'hui au Louvre. Il eût donc été fort mal venu à refuser aux autres un droit dont il usait lui-même, et à leur interdire de faire ce que tout monarque dévot devait tenir pour un devoir sacré.
PiSp. — Je doute qu'il faille traduire, comme on l'a fait généralement, cette préposition par mir, au-dessus, au sens propre. Je crois que dans notre inscription hs et n^J7, ne doivent pas être confondus : bp^ est pris dans le sens matériel de swr, et rhv dans le sens figuré de en sus, en plus. Je n'ai pas besoin d'insister sur l'importance de cette distinction ; Yehavrmelek n'a pas en vue des travaux qui seraient exécutés sur les siens, de façon, par exemple, à les masquer, à les écraser, mais simplement des travaux additioniiels ; il ne s'agit nullement de superposition, mais tout au plus dé juxtaposition. Je signalerai un exemple exactement pareil de nSp employé métaphoriquement comme ici, et précisément avec le verbe ^D**, ajouter, dans l'inscription d'Echmounazar ' : le seigneur des rois, dit Echmounazar, nous a
donné ^ les villes de Dor et de Joppé et nous les avons ajoutées à (jrh^ D33fiD'*1) la
limite du territoire.
Je rappellerai, à ce propos, que l'on pourrait, sous le bénéfice de cette observation, comparer la locution |fi hjï, que nous avons rencontrée au commencement de la Ugne 5, à la locution |fi rhy du tarif de Marseille ^, qui là semble bien avoir une valeur figurée : en plus, en sus de,
*]3K Dtr. — Je considère OV comme un verbe au participe présent, dérivant de DltT, placer, mettre. *]3K ÙV est exactement la même tournure que ynK bpfi, ^^ÏK K*^p. La phrase se rattache à la précédente ; le régime direct du verbe DtT se trouve dans la lacune initiale de la ligne 13.
L. 13. — Ce régime doit être un mot déterminant la nature de la recommandation^ de l'injonction. Peut-être est-ce le D3p que l'inscription d'Ëchmounazar nous a déjà fait connaître <^ précisément dans une formule analogue? H se pourrait que dans cette inscription le verbe Dtr, que nous avons ici, fât sous-entendu devant *03p, qui est, somme toute,, assez bizarrement construit.
1 E. Rkman, Miaaion de PkérUciej p. 179, pi. XX. M. de Rouoé retrouverait dans ce morceau le style de répoque des Saïtes plutôt que celui de la dix-huitième ou de la dix-neuTième dynastie. La déesse de Gebal a déjà ici les traits et les emblèmes dlsis-Hathor, qu'elle conservera jusqu'à la période romaine, comme l'a montré M. de VooiJÉ.
* Ou rendu f
* L. 8, 6, etc.
* L. 4 et 20.
34 Études d'Archéologie Okientale.
Le sens serait à peu près celiii-<;i : Quiconque . . .fera quelque travaU additionna .... moi Yekawmelek, roi de Oebal, f adjure l'auteur du travail euedit.
Les deux DM1 qni viennent ensuite sont peut-être déprécatife. L'on n'ignore pas en effet que DM a souvent cette valeur avec les verbes exprimant Tadjuration. Dans le Cantique des Cantiques nous avons par trois fois ^ : « Je vous adjure^ filles de Jérusalem, par les gazelles » et les biches de la campagne, de ne pas éveiller » etc. {littéralement : < si vous éveillez !»)...: n'nipn DK1 )!yvr\ dm . . . DSHK **np3ti^rî. Je comparerai surtout un passage de Néhémie ^ qui présente avec le nôtre, ainsi conçu, de frappantes similitudes à divers égards. D s'agit de la défense faite aux Israélites de s'allier, par des mariages, avec les nations étrangères:
< Et je les adjurai par Elohim de ne pas donner (littéralement : ri vous donnez !) vos » filles à leurs fils, et de ne pas prendre (littér. : et ri vous prenez /) de leurs filles pour vos »fil8 et pour roti^-mêmes. »
^ DD^i 03*»»^ Drrnoaû imtwi dmi arvah nyn:^ wn ok ff nbia orawn
Nous constatons dans ce passage le même changement de personne (de la troisième à la seconde) que celui auquel nous avons, à ce qu'il semble, affaire sur la stèle, changement qui a jusqu'ici beaucoup embarrassé et qui cependant s'impose presque à nous, car il est bien difficile de ne pas faire de rwr\ une seconde personne ^ du verbe ÏW, placer, d'autant plus que ces trois lettres sont réunies en un groupe naturel, nettement isolé, par un vide sensible, du mot précédent et du mot suivant. Nous aurions aussi sur la stèle, comme dans le verset biblique, la prévision de deux cas. H est vrai que le premier DM est, comme le second, précédé de 1; mais l'objection est loin d'être insurmontable. H s'agit peut-être d'une douUe éventualité dont les termes sont connexes et pour ainsi dire réversibles : et de... et de... L'on a voulu voir la négation hs^ dans le mot ^3K. C'est possible. Mais pourquoi cette négation n'est-elle pas orthographiée, comme dans l'inscription de Marseille^, avec le yodf Ce pourrait être tout aussi bien l'adverbe hébreu, tmmo, qui s'emploie quand on met deux idées en regard et qu'on passe de l'une à l'autre. Le mouvement de la phrase serait à peu près celui-ci : Je l'adjure . ..de placer (ou : de ne pas placer ^) là son ^ . . .et de...
La pierre est dans un trop triste état pour que Ton puisse avec quelque chance de succès essayer de déterminer les points visés dans l'adjuration de Yehawmelek. Que doi^on placer ou ne pas placer là f Quelque monument personnel, statue, naos, stèle (DM; ot f) pouvant donner le change sur l'individualité du véritable auteur de ces travaux ? Ce ^, QtT, a peut-être une très grande force démonstrative. Mets ce que tu as à mettre où bon te semblera, mm pas là. Cest une place réservée. Je ne saurais que renvoyer, pour compléter ma pensée, à ce que j'ai dit plus haut à propos de ce qui peut préoccuper Yehawmelek en ce qui concerne la conservation de ses œuvres.
L. 14. — Je n'ai rien à proposer pour la première moitié de cette ligne. Elle est désespérée. La leçon, mi-partie restituée, mi-partie déchiffrée : t D*TK HPH IDlKD nnf?P6 ynid,
» Cant. des Cant II, 7; III, 6; VUI, 4.
a Néhémie XIII, 25.
^ Soit plm-iel, soit singulier.
^ L. 18. Par uno coïncidence singulière elle y est suivie d'un mot presque identique à nVD t nv.
s Suivant le sens prêté à bsx; négatif, il donnerait au tour, au moins dans la prendére proposition, une valeur positive : ce serait une injonction; non négatif, la proposition redevient prohibitive : c'est une interdiction.
• Littér. ton.
La stèle de Byblos. 35
doit être écartée. Outre qu'elle offre en soi direrses invraisemblances, elle ne répond pas aux traits visibles sur la pierre. L'on ne reconnaît un peu clairement que quelques caractères épars. Le î final est probable : mais je me refuse à admettre que ce pronom désigne ïkomme (OUK) dont Yehawmelek a en vue l'acte possible. Le démonstratif T ne saurait s'appliquer qu'à une personne; ou à une chosC; visible^ réeUC; tangible, qu'on peut pour ainsi dire montrer du doigt; et non à certaines personnes ou à certaines choses hypothétiques dont on vient de parler. Dans ce dernier cas il y aurait KH; comme à la ligne 13 : Ml DSK^â h^Ù l'auteur dM dit travail; de ce travail dont je viens de parler, travail qui est une pure éventucdité. La ligne 15 est tout à fait décisive sur ce point : MH D*7lin n**K le dit homme, cet homme dont je viens de parler et dont l'existence est simplement conditionnelle, t OIH ne pourrait être autre chose que : cet liomme là, que vous voyez là. Telle est la différence essentielle qui existe entre les démonstratifs î et HH. Cette différence, qui est d'ailleurs bien conforme à l'usage de l'hébreu, se retrouve identique dans l'inscription d'Echmounazar K J'en reparlerai à propos de ce dernier texte et du mot nûH où je vois le pluriel de HH.
Si t est certain — et il paraît l'être — il doit déterminer une chose précise ; peut-être un lieu : T ^DpâH DK? On croirait voir cependant un yod avant le zaïn : ce mien . . . comme à la ligne 5 : ï ^nnfî ? Les deux actes défendus sont peut-être corrélatifs : ne place pas là ton . . .et n'enlh)e pas (de là) mon .... qae voicif
L. 14. — Si l'on accepte la lecture TVIDT^ (qui n'est pas sûre), l'on pourrait entendre la défense de jeter des ordures, dans le lieu saint, en s'appuyant sur le sens de '^HD dans ce passage biblique : « Tu nous a mis comme une balayure et un rebut (DIKâl ^T\0) au » milieu des peuples » \ Ce sacrilège était l'un de ceux qui faisaient le plus horreur à la piété des anciens. Ce sentiment est encore demeuré vivant chez les Musulmans ; un de leurs principaux griefs contre les chrétiens est que ceux-ci auraient, à l'époque byzantine, souillé la roche sacrée, où devait s'élever plus tard la mosqué dite d'Omar, en y jetant les ordures de la ville. Ce genre de souillure est prévu et condamné dans plusieurs inscriptions grecques, par exemple dans un décret des Amphictyons de Delphes, conservé au Louvre et remontant à l'an 380 avant notre ère* : [eici] taç îepaç y»? îwrpsv jjlyj oyev ^tfit^icct. On lit également sur un fragment provenant de Cypre* : ov ti<; PiXtj xdxpta, %exoX(i)(xévY;; luxot -njç Kspouviaç. Cette inscription est moins ancienne que la précédente, mais elle est plus intéressante encore peut-être à un certain égard. En effet ici, comme sur la stèle, c'est au courroux de la déesse qu'il est fait appel pour châtier celui qui se serait rendu coupable de cette profanation, et cette déesse appartient peut-être au même Olympe sémitique que la Baalat de Gebal, car cette Keraunia vengeresse est la parèdre du Zens Eeraunios en qui l'on a déjà proposé de reconnaître le Kecheph-Heç phénicien de Cypre*.
Mais, je le répète, cette interprétation est subordonnée à la lecture miD qui n'est rien moins que certaine. Par moment l'on croirait voir >^rîD : quiconque dégradera, dàruira? n semble de toute façon que les imprécations s'adressent à ce dernier cas, qui doit cacher
» Pour l'emploi de Kn voyez 11. 10, 11, 12.
> Le qof semble réel par moment.
' Lament. III : 45^
* Catalogue de» InacriptiUma grecque» du Louvre, n*^ 32, 1. 21.
* Citiam. Waddinotok et Le Bas, Voy. Arch. n^ 27. 39.
* M- DE VooûÉ, Mél. éTArck. Or, p. 19.
36 Études d'Aechéologie Orientale.
quelque grave manquement à la divinité elle-même^ au respect dû au lieu de son habitation^ plutôt qu'à une infraction aux premières recommandations de Yehawmelek concernant des points qui le touchent personnellement Ces recommandations étaient-elles suivies, elles aussi, d'une sanction spéciale? L'on peut supposer que cette sanction était formulée dans la lacune comprenant la fin de la b'gne 13 et le commencement de la ligne 14. Mais cette supposition n'est pas nécessaire. H se peut aussi que la phrase nnon ^3 soit une reprisé résumant les injonctions contenues dans la phrase précédente, et établissant par conséquent un lien direct entre ces injonctions et les imprécations comminatoires dirigées contre celui qui ne s'y conformerait pas : quiconque enfreindra ces preecriptianê ^ . . . . que la BcuUat de Gebal le etc. ... ?
^ Quelque mot comme D'*pn (Qpn)?