‹ Études d'archeologie orientale (volume 2)Chapitre 6 sur 9 · t»îpSp3 p nhvnss p jn» p s · texte numérisé non relu

t»îpSp3 p nhvnss p jn» p s

3 nnSnm i np»n n'»» -çvfh ibca »

6 Dp"? niP /// ?Ç2 Dsbo p6 ?îî 6

Dpi Dn laD"? 'S '»■? nst «

ï DOtpSps '3nK ùvù rmn ^

L. 1 à 2. — Les deoK premières lignes n'ofireot aucune prise au donte et je ne saurais mieux faire que d'adopter la traduction qui en a été unanimement proposée:

Première inscription phénicienne d'Oumm bl-'Awam1d. 39

A son Seigneur, à Baal^Chamcdm, vœu qu'a fcit Ahdelim,

jQs de Mattany JUs de Baaichamar,

Ce dieu Boal-Chamam, OOIvhy^f x6p(o<; oùpovou^^ dominuê ccdi^y se retrouve dans une antre inscription phénicienne récemment découverte en Sardajgne ^ ; il y est accompagné d'un intéressant déterminatif topique^ D2f 3 10; en VUe des Eperviers {Enosim de PlinC; lepûbuiiv v^9oç de Ptolémée, sur la côte de Sardaigne); et singulièrement orthographié : DâtTPS. Il ne faudrait pas croire que le lamed a été omis par suite d'une errreur du lapicide; il a été en réalité absorbé par la sifflante qui le suit ; Ton doit considérer le V comme frappé du dageeh réduplicatif : Baach-chamaimy pour Bcud-Chamaim. J'en puis fournir une preuve convaincante : la même assimilation se reproduit, justement pour ce nom divin^ sur une inscription araméenne de Siah^, dans le Hauran : |&trp3. Ce fait^ rapproché de cet autre^ que ce nom divin apparaît dans des documents phéniciens avec la terminaison plurielle araméenne | pour D^ porterait à penser que le culte même du Baal-chamaim chez les Phéniciens peut avoir une origine araméenne.

L. 3 à 4. — Généralement l'on a cru devoir rattacher les deux premiers mots de la troisième ligne ^yh ^t& à ce préambule d'un usage courant dans l'épigraphie phénicienne religieuse; et l'on met une virgule après Boaicbamar, en faisant commencer la seconde phrase à "TPVn IT^. Tel n'est pas mon avis. Je mets un point après Baaichamar^ et je prends les deux premières lignes comme contenant la formule votive complète. Avec la troisième ligne débute l'exphcation et la définition du vœu.

Je ne passerai pas en revue les nombreux commentaires auxquels ont donné lieu les deux mots que je viens de transcrire. Ils aboutissent touS; plus ou moins directement^ à ce résultat : la préposition D marque une drconstance de lieu; sbfi est pour "^Sfi district, ou bieU; combiné; comme en araméen, avec la préposition 3; a la valeur de dans l'intérieur de, dam^] "^ItO est la transcription phénicienne du nom de ville Aao^txeia; conmie sur la monnaie célèbre de cette cité; où le nom est écrit tClK^; avec \aleph en plus. Le tout voulant dire à Laodicée, ou dans le district de Laodicée, et désignant soit le lieu où le vœu est fait et accompli; soit même le lieu d'où est originaire l'auteur de ce vœu.

Cette explication; sans parler du silence absolu de l'histoire au sujet de cette nouveUe ville de LaodicéC; prête à de nombreuses objections; que ne se sont pas dissimulées ceux mêmes qui l'ont mise en avant ou admise : sbfi; pour "jbfi; est détourné de son sens usuel et ramené par une modification orthographique arbitraire à un mot en apparence plus vraisemblable; mais en réalité bien singulier. Le nom de la ville devrait être KS'IK^ avec Valeph

1 Sanchon. éd. Obelli, p. 14.

2 St. Augustin, in Judic Ub. VIII, quaeat. 6,

3 Dr. P. F. Elota, Sopra una wcrmone femeia, ete. Livomo 1878.

* M. DE Vogué, Syrie Centrale : inêcripUona sémiUqueê, p. 93. — Cf. p. 53 du même recueil (n^ 73), le même nom correctement écrit D&vbl^s, sur \m petit autel palmyrénien.

^ BE€Xad^|A7)v dans Sanchoniathon (1, e.J; Bukaa^vfyf dans Damascius (de princ^, p. 384).

La remarque ci-dessus sur l'assimilation du lamed au ehm qui le suit, nous montre qu'il faut attribuer au même phénomène phonétique le BciaXo^^oç, BavXTj^oc de FI. Josëphe (c. App, 1, 21, nom d'un Tyrien, d'après Ménandre) =» " \h\Dhn : le lamed n'est pas en réalité tombé, comme on l'admettait (Schroedeb, Phôn, Spr., p. 100); il a été aêHmilé et converti en sifflante.

• Je ne mentionne que pour mémoire les rapprochements avec r^, nùpfoi, ou ^akccf^, "hsr*^> etc* Moi-même, je m'étais assez longtemps arrêté à considérer abfiâ comme formant un seul mot, quelque vocable étranger, et désignant la condition, la qualité ou la fonction d'Abdelim.

final; comme sur la monnaie : Texpédient qui consiste à penser que Valeph initial de n'*X pouvait servir à deux fins n'est pas satisfaisant; il faudrait produire en phénicien d'autres cas de ce genre. D'ailleurs, en bonne logique. Ton devrait supposer le contraire, c'est-à-dire considérer cet aleph à double effet comme étant proprement Yaieph final de ICImS et servant abusivement d! aleph initial à H^'K; or la pierre nous montre précisément, par la présence d'un intervalle des plus sensibles, que le lapicide coupait, et qu'il faut couper comme lui : tXIK Y^* Enfin la mention même de la localité dans la formule votive serait un fait jusqu'ici unique en phénicien.

n faut chercher d'un tout autre côté : le 3 nous marque, selon moi, non pas une circonstance de lieu, mais une circonstance de temps. Je reviendrai tout à l'heure sur ce point capital, après avoir rapidement analysé la suite de la phrase, et établi par l'étude de l'ensemble que nous avons là l'indication d!un mois.

La fin de la troisième ligne est d'une parfaite clarté : flnS^m t *iPttn tVH, cette porte

et les battants Ces mots sont à l'accusatif, comme en fait foi la particule H^ qui les

tient sous sa dépendance. Dans tout ce qui précède nous n'avons aucun verbe disponible qui puisse gouverner ces mots, car l'activité verbale de ini est absorbée entièrement par son régime, le relatif t2^K. C'est donc dans ce qui suit, par conséquent dans la Ugne 4, que nous avons à trouver ce verbe; nous devons, en outre, nous attendre, avant tout, à rencontrer un ou deux mots définissant le rapport qui existe entre ces battants et la porte à laquelle ils appartiennent H n'y a pas, en effet : et ses battants, mais bien : et les battants . . ., ce qui appelle naturellement un complément.

L'on a reconnu avec raison dans ce mot T\Thl un pluriel de flS*7, battant de porte, pour nnS"!. Ce pluriel d'une forme particulière a des analogues en hébreu (llin&K servantes\

et surtout en araméen (nîlDK, nnât2^ etc ). Il s'agit évidemment des battants de la porte

proprement dite ou baie, *ipt2^. L'emploi du pluriel dans cette circonstance me paraît soulever une question fort intéressante, celle de l'existence ou de la non-existence du duel en phénicien. Jusqu'à présent nous ignorons si le phénicien distinguait, comme l'hébreu, le duel du pluriel. Cette distinction ne devait pas en effet se traduire graphiquement dans les noms masculins, puisqu'elle consiste en une simple différenciation de la vocalisation du D final, aim, êm au lieu de im K Ce n'est que sur des substantifs féminins, ou tout au moins sur des substantifs à pluriel féminin, tels que nSl, que l'on peut avoir quelque espérance de saisir un jour ce phénomène grammatical délicat, la terminaison D du duel ne pouvant là prêter à la confusion, puisque le pluriel des substantifs féminins se forme par un tout autre procédé. Or il semblait que notre inscription devait nous fournir cette occasion favorable; en effet les deux battants d'une porte constituent l'un de ces ensembles symétriques, une de ces paires naturelles, auxquels les langues sémitiques aiment à appliquer le duel : l'hébreu dit volontiers D^^nbi; l'emploi du duel paraissait donc ici tout naturellement indiqué : nous avons un pluriel notoire. Qu'en doit-on conclure? Le phénicien ignorait-il ou évitait-il l'usage du duel? Ce serait peut-être tirer une induction abusive d'un fait inexactement interprété. D ne faut pas perdre de vue que le nombre des battants, tout en étant supérieur à un, comme le fait voir surabondamment le pluriel, pouvait être aussi supérieur à deux. Comment cela? L'on

^ Il convient, bien entendu, de mettre hors de cause le mot D2VK, deux qui est un duel pour ainai dire naturel.

Première inscription phénicienne d'Oxjmm el-'AwAmId. 41

pourrait; par exemple^ songer à ces battants diptyques^ à volets brisés^ dont quelques passages bibliques semblent impliquer l'existence ^, chaque volet comptant pour une Db% ce qui ferait quatre, et justifierait le pluriel. Ou bien Ton pourrait encore penser que la porte avait une certaine profondeur et était fermée sur ses deux faces , extérieure et intérieure ^ par deux jeux de battants doubles, disposition qu'on a été conduit à admettre pour les portes du temple de Jérusalem^; et qu'on peut, sans trop d'invraisemblance , supposer avoir été celle de la porte monumentale élevée par Abdelim en l'honneur de son dieu : quelque pylône ajouté à un temple préexistant. Je suis loin, bien entendu, de donner ces conjectures comme des certitudes; mais, après avoir signalé la portée d'un passage qui touche de si près à la grammaire même du phénicien et que l'on n'avait pas encore examiné à ce point de vue, je crois bon de discuter toutes les combinaisons auxquelles peut prêter l'interprétation. A la rigueur même, l'on serait en droit d'alléguer, en s'appuyant sur le *TJ?t2^n DID^T de I Samuel, 21 : 14, que le phénicien, tout en possédant la faculté de distinguer le .duel du pluriel, pouvait, sans incorrection, n'en pas faire usage dans le cas qui nous occupe^.

Avec la ligne 4 les difficultés recommencent plus grandes que jamais. t2^ est incontestablement le relatif déterminant le rôle ou la position, soit des battants susdits, soit, tout à la fois, de la porte et des battants : qui sont ... Le lamed est sans aucun doute la préposition à, pour, exprimant le rapport en question : qui sont à, pour, A quoi ? Pour quoi ? Ici les traductions varient beaucoup. Les principales sont : Tlbs D3 flbp ^h 1DV<, qui sont à Vouvertur^ de la chambre de ma, ou de sa demeure funéraire ; ou bien : t\2 D^PBS tt^^Ç, qui sont pour l'édification du temple. Ces interprétations ont, entre autres inconvénients, celui de faire rapporter W< à la fois à *)Pt2^ et à Dnbl, en laissant ce dernier mot en suspens, et en traduisant comme s'il y avait : «Cette porte et ses battants». Mais il y a en réalité, comme je l'ai déjà fait remarquer : « cette porte et les battants » ; c'est donc à r\rhl seulement que doit être rapporté le tTK; or, il serait bizarre de spécifier que, seuls, les battants appartiennent à l'édifice. Il faut lire tout simplement hwi qui sont à elle, avec l'omission graphique du suffixe après le lamed, M. l'abbé Le Hir avait déjà proposé cette lecture, mais sans réussir à la faire accepter, parce qu'à elle seule elle n'améliorait pas sensiblement l'ensemble si compliqué de la phrase, et parce qu'elle conduisait son auteur à une traduction générale tout à fait défectueuse.

L'omission du suffixe est admissible dans cette espèce de locution qui avait pu finir par devenir une sorte de mot composé, la préposition s'étant accolée au relatif; il faut en effet concevoir le groupe comme coalescent : StTK et non h tr«. C'est bien ainsi que le comprenait le lapicide, car la pierre nous montre nettement les trois caractères réunis en un seul mot, séparé du mot suivant par un vide des plus prononcés. btTK est comme s'il y avait t ^yvh tTK. Je comparerai pour ce tour la 37® inscription de Citium^:

ï l Rois VI, 34. Ezech. XLI, 24.

2 MuNS, Palestine, p. 553.

3 Cf. dans une inscription de Lamaca (ap. Schboedsr, MomUsher. d. k. Akad. d, WUsenaeh, zu Berlin^ Mai 1872, n« 1) : llnmo, qui équivaut à Thébreu nimû D^nw, et où, par conséquent, Ton ne doit pas s'attendre au duel, d'autant plus qu'il ne s^agit pas de deux choses faisant une paire naturelle, mais simplement d'une chose en nombre égal à deux unités.

* L. 4. Il se pourrait que les mots fort obscurs IpfiQ et nO)b(ri) désignassent des objets matériels

et tangibles.

t ipeaS tr^. nO)b(n)m t npBûn npe S-trrK nnSnm t nptrrn

dans laquelle, inversement; t "TpfiâS VH aurait pu être remplacé par StTK.

peste à dégager le verbe qui régit Faccusatif de la ligne précédente : etc. . . fl^, et qui doit être quelque part entre St2^K et fVD^, ce dernier mot signifiant certainement dans Vannée, L'on a proposé ''fl33, foi conêtruit, ou ''flSs, fai achevé, ou même TlîD "TlSs, fai achevé, fai construit^ c'est-à-dire, selon le génie des langues sémitiques, fai achevé de cons-

ti'uire etc Les yod feraient partie intégrante des verbes, comme dans : "TISS, foi construit,

de la stèle de Mésa; Tl^Çîtû'', fai érigé de la VI® inscription d'Athènes. Que si, au contraire, Ton considère ces yod comme des suffixes de la troisième personne du singulier — telle était en effet en phénicien la forme la plus usuelle de ce suffixe — les verbes en question, masqués par leurs suffixes, ne peuvent plus exercer aucune action appréciable sur Tac^^usatif dont il nous faut rendre compte. Un seul verbe se trouve dans les conditions requises, c'est nSpa qui, libre de tout suffixe, a conservé intacte son énergie verbale et rencontre tout naturellement dans cet accusatif le régime qu'il réclame. Je traduis donc, avec M. l'abbé Le Hir, nSpa, par : fai fait. Ici encore, je ferai observer que les coupes de l'original viennent donner raison à cette lecture, car D^pB se dessine comme un mot bien circonscrit,^ séparé du précédent et du suivant par deux intervalles évidemment voulus. Quant à la suppi'ession du yod final quiescent, elle est assurément plus conforme que son maintien aux tendances organiques du phénicien. Sans parler de l'inscription d'Echmounazar, où elle est constante, nous avons trouvé sur la stèle de Byblos *, fl^Ç^ip pour Tl^^^lp, fai invoqué. L'orthographe de la stèle de Mésa est chose tellement à part qu'on ne saurait sans danger l'invoquer pour des textes sémitiques qui, somme toute, appartiennent à une tout autre langue et à une tout autre époque. Pour ce qui est de l'exemple de la VI® inscription d'Athènes, il manque tout à fait d'autorité, car, vérification faite sur l'estampage, le yod est très douteux^.

Que faire maintenant du reste de la phrase? Là, je m'écarterai complètement des diverees opinions qui ont pu être émises. Je regarde TlSSDD comme un seul mot, terminant la seconde phrase ; je mets un point après ce mot, et je commence une troisième phrase avec ntTD TI^D, je Vai construite dans Vannée etc. . . . TlSsflD n'est autre chose que le substantif hébreu Vr>'2T\, perfectio, extremitaSj finis, combiné avec la préposition D et le suffixe phénicien de la troisième personne. Avant d'en discuter la signification exacte, il me faut revenir au début de la seconde phrase dont j'avais à dessein ajourné l'explication.

Ainsi qu'on le verra par la suite de l'inscription, cette dédicace est datée, et datée avec soin, puisque l'on prend la peine d'y noter la concordance de deux h^es différentes, celle des Séleucides (à ce qu'il semble), et celle de Tyr. Or il manque à cette date, si rigoureuse, un élément essentiel, Vindication du mois. Passe encore pour l'indication du jour, qui est parfois négligée dans les inscriptions phéniciennes, mais celle du mois est plus étrange; et, dans l'espèce, elle l'est tout à fait, car la mention du mois est impérieusement exigée lorsqu'on pousse l'exactitude jusqu'à nous parler d'une année de telle ère en concordance avec l'année de telle autre : il suffit en effet d'un écart d'un mois sur douze, d'un jour même, pour que la prétendue concordance ne soit plus qu'un vain mot, telle année d'une ère pouvant cor-

1 Ligne 7. Cf. Cit. 2 : n»Stû\

' Obsen^ation de M. E. Rbnan, dans son coure du Collège de France (leçon du 29 Janvier 1877).

MB

Première inscription phénicienne d'Oumm el-'Awâmid. 45

respondre à deux années de Tautre, et réciproquement. La 5® inscription phénicienne dldalie nons offre an exemple tout semblable de double date : Fan XXXI de Ptolémée mis en équivalence avec Fan LVH de Citium; mais Ton se garde bien de passer sous silence le mois \ et même le jour du mois, qui marque, pour ainsi dire, le point même de tangence de ces deux cycles chronologiques.

Cette considération m'a porté à chercher Tindication absente, quoique nécessaire, du mois et du jour, dans les deux mots énigmatiques ^ynfh WB3. Je vois dans le second le nom d'un mois, peu connu assurément, mais dont Fexistence nous est attestée par un ancien document, une des listes de mois conservées dans VHemerologion de Florence 2. Parmi les calendriers des divers peuples, il en est un, classé comme ionien-asiatique, qui nous montre un mois de AaoBixio; (= AaoS{xeio<;) s'étendant du 25 Août au 24 Septembre. Il est à supposer que ce mois avait reçu son nom d'une reine ou d'une princesse Aocc^txY;. L'habitude de donner à certains mois les noms de souverains, de vainqueurs, de hauts personnages etc. . . est ancienne et rentre bien dans les goûts d'adulation des Orientaux. Elle a passé en Occident ^. Sans parler de notre Août et de notre Juillet, je citerai, d'après le même Hemerologiony les mois BaatXto^, Pa>{Aaioç, Kaiaipioç, Ti6épto<;, ZTpocrovtxcç, AuToxp<XTopix6<;, etc. . . .

^l^ynh serait donc la transcription de AaoSixtoç ou AaoBixeioç, exactement comme fâ^wS est celle de AaoSixsia. Ce fait expliquerait peut-être pourquoi nous avons *yixh et non pas KSTK^, cette dernière forme représentant en réalité AooBixeia, ou peut-être même AaoStxeia, avec une position de l'accent dont on a des indices '>. La terminaison loç s'est abrégée de bonne heure en «;^, surtout en Syrie, comme lov en iv. Dans l'usage courant tç atone a pu tomber complètement, de façon qu'il ne restait plus que AaoBix, très exactement rendu par '^'TK^. Peut-être même *]^S représente-t-il directement Aaoîtxr;.

Que ce mois de Laodicè, attribué au calendrier ionien-asiatique, ait pu être usité en Syrie, cela n'a rien d'étonnant. Cest plutôt le contraire qui aurait lieu de surprendre. Un tel nom est trop profondément marqué au coin des Séleucides pour que l'on n'admette pas qu'il a pris naissance en Syrie et qu'il a dû y être en usage, au moins à une certaine époque. Il est possible que ce nom qui contenait une flatterie, directe ou indirecte, à l'adresse d'une tête couronnée, n'ait été que peu de temps à la mode, et n'ait pas tardé à tomber en désuétude. H aurait pu même rentrer pour toujours dans l'oubli, sans que rien vînt nous faire soupçonner son existence, si un hasard heureux ne l'avait pas fait recueillir dans YHemerologion. H est donc permis de croire que l'époque de l'inscription n'est guères éloignée du moment où ce nom, récemment créé, commençait à jouir d'une vogue qui devait être éphémère.

Ce raisonnement est de nature à nous mettre sur la voie d'une détermination délicate: à laquelle des diverses Laodicès, dont nous parle l'histoire, le mois de Laodikios était-il

I Dont j'aurai à discuter le nom, au cours de ces études.

' Ideler, Handb, der matkem, und techn. Chron. I, 414. Cf. Corp, Iruer, Or. 3664 K. ^ Cf. la spirituelle réponse de Tibère à propos de la décision du Sénat qui voulait donner son nom au mois de Novembre ou de Septembre (Dion. Cass., EiêL Bom. 51 : 18; Suétone, Tib. 26).

* Cf. Papb, Wort. d. gr, Eig. s. V. Telle est encore aujourd'hui Taccentuation du nom arabe SSJiy^, ISd'qU/è, qui, malgré son apparence de nùbè, se rattache à Taraméen ITplI^. Le dhal de SSJiy^ représente la prononciation/ du S grec avec la valeur du th doux des Anglais. C'est de Lâd*qù/è que vient notre LaUakièh,

* De fait je trouve dans une inscription de Rome {Cforp. Imcr. Or, 9806), le nom d'homme Aauôfxiç qui est certainement pour Aaod{xioç. Cf. les transcriptions palmyréniennes de noms grecs, ou gréco-romains, en loç, par D^.

44 Études d'Aechéologie Orientale.

redevable de son nom? Si comme on Fadrnet d'un commun accord^ la double date que nous rencontrerons plus loin^ et que nous aurons à examiner tout à l'heure^ nous place bien à Tan 132 avant notre ère^ il faudrait chercher une Laodicè ne s'éloignant pas trop de cette époque. Antiochus Vil qui occupa le trône de 138 à 127 avant notre ère, pendant la captivité de son frère Démétrius n, avait deux filles du nom de AaoSixv; ^ Le père d' Antiochus VU et de Démétrius 11^ Demetrius V^ Soter, qui régna de 163 à 151 ^ avait pour femme une Laodicè. Cette Laodicè paraît avoir été tenue en haute estime par son époux, puisqu'elle figure officiellement; en sa compagnie, sur des monnaies 2. Par une coïncidence curieuse, il existe, à côté du mois de Laodikioe, un mois portant le nom de Av]{At^Tp(o;, dans le calendrier de Gyzique^, et ce mois correspond sensiblement au mois de Laodikios puisqu'il commence au 23 Août. Ce mois n'a rien de commun, chronologiquement parlant, avec le At;fjLV]- Tpta>v des Athéniens, qui avaient ainsi appelé leur mois MounytMon en l'honneur de Démétrius Poliorcète^. Cette coïncidence peut être purement fortuite, car le nom du mois bithynien Démétrios ^ doit peut-être être rattaché tout simplement à celui de la grande déesse Déméter, ou des AiQ(ji,i^Tpi(x, célébrés en son honneur à ce moment de Tannée : la plupart des mois de ce calendrier sont en effet manifestement dérivés de noms divins \ Mais il n'est pas impossible qu'il y ait eu quelque confusion.

De toute façon, ce mois de Laodikios, ainsi que je l'ai déjà fait observer, n'a dû être employé à Tyr, et dans la région de Tyr, que temporairement et n'a point passé définitivement dans l'usage. Nous connaissons, en effet, le calendrier tyrien ordinaire, toujours après VHemerologion ', et le mois de Laodikios ne s'y montre pas ; du 20 Août au 19 Septembre, ce qui est à peu près la période du mois de Laodikios, nous avons le mois classique du calendrier syro-macédonien, Awoç. Nous verrons plus loin à quel motif l'on peut attribuer la disparition de ce mois.

En tout état de cause, le fait que le nom d'une des nombreuses Laodicès de la race des Séleucides aurait été, à un certain moment, donné à l'un des mois de Tannée, n'est pas plus invraisemblable que cet autre fait, absolument certain, à savoir que le nom de Laodicè a été imposé à différentes villes construites ou reconstruites par les Séleucides. Un des premiers soins des nouveaux maîtres de la Syrie avait été d'imprimer au calendrier la marque macédonienne. Nous savons pertinemment que Seleucus P'^ Nicator avait imposé aux mois syriens les noms des mois macédoniens^.

Si ^yitnh est le nom du mois de Laodikios, comment expliquer les lettres sSfiD qui le précèdent? L'analogie des autres inscriptions phéniciennes nous inviterait, de prime abord, à chercher immédiatement avant le nom du mois le mot m**, moisy lui-même, en combinaison, soit avec h X ITT'b, si le quantième est exprimé, soit avec D : IVT^, si le quantième n'est

1 Porphyre de Tyr, Frag, 6 : 19.

3 MiLLiN, Ducr. Suppl. T. VIU, p. 35, n^ 182. Médaillon d*argent avec les têtes accolées de Démétrius I"* Soter et de Laodicè, Tune et TautroB ceintes du diadème. Au revers, femme assise tenant un sceptre et la corne d'abondance.

> Idelbb, Handbuch, I, p. 421, citant VHemerologion.

* Flutarque, Demetr, 12. A noter encore comme exemple d'un nom de personne donné par adulation à un mois de Tannée.

' Cf. le ÀapoTptot, dixième mois béotien correspondant au Pyanepsiôn, ou Novembre.

s 'Hpatoç, 'HpdbcX£io(, À(oc, A^poSfaioç, ÀiovOaioç etc.

'' Cf. Ideleb, Hàndb. I, p. 436.

^ MALELâB, Hist, Chr, I, 267 : ^ExAeuvE hï 6 àuroç xai touç [i^vivac triç Zrjpion xarà Maxeâ^va^ ovo(xaÇEa6a'..

Première inscription phénicienne d'Oumm el-'AwàmId. 45

pas exprimé. Or nous avons justement sSfiD. sSfi peut-il avoir eu le sens de moisf Ni FhébreU; ni les idiomes voisins ne nous autorisent à lui prêter cette acception si naturellement indiquée. La racine ihb, inusitée au qal, en hébreU; veut dire diviser, partager, La Genèse elle-même fait allusion à cette signification à propos du nom du patriarche PhdegK Le mot ihto, ruisseau, s'y rattache assez bien. En réalité; cette racine semble être proprement araméenne. Nous avonS; dans Texplication du songe de Nabuchodonosor^, le participe passif yhti, divisé. Mais il est un passage du même livre qui me paraît contenir la solution même de notre petit problème. CTest dans la prophétie concernant lès successeurs d'Alexandre ; ce qui nous ramène vers Fépoque qui nous occupe:

'pp abfii pnpi pp-np htd iarm''i

« Et ils seront livrés en sa main jusqu'à un tempS; deux temps et un demi-temps. » L'auteur veut marquer la durée de Fassujétissement des saints au roi qui s'est élevé après les dix rois représentés par les dix cornes. II s'agit d'une indication chronologique précise; tous les commentateurs sont d'accord pour reconnaître que^ dans la langue de Daniel^ pP; temps a le sens défini d'année, de. sorte que la phrase retient à dire : une année, deux années et mxe demi-année, ou un semestre, soit en tout trois années et demie. Cette locution a visiblement servi de modèle à Fauteur de FÂpocalypse : xal xaipbv xal xaipoix; xal ^ixiaou xaipoO^. Elle se reproduit plus loin, dans le texte de Daniel ^, avec d'intéressantes variantes : ^P1&7 ''Xm D''1P1Û ; ''Xn, remplaçant jSb, achève d'en fixer le sens, de même ipiû pour p!S avec Facception d!année\ Quelques commentateurs ont même voulu prêter à ]1TS le sens de mois. Quoi qu'il en soit ce mot désigne certainement un espace de temps déterminé, et par conséquent, a^fi' exprime la moitié de cet espace de temps.

Dans le Talmud^ le mot ihto est encore employé pour une division de temps déterminé : nnaan îSb *7P, jusqu'à la moitié de la minha (une certaine partie du jour).

Nous pouvons donc prendre, dans l'inscription, ce mot dans un sens similaire et traduire notre ^^K7 3 ^fiâ, par : à la moitié (du mois) de Laodikios, à la mi-LaodUdos, comme nous disons à la mi-Août, à la mi-JuUlet. L'emploi de ce terme araméen dans une inscription phénicienne n'a rien qui doive choquer; le mot HT, mois, qui figure ordinairement dans les dates des inscriptions phéniciennes, n'est-il pas lui-même un mot d'accointance, sinon d'origine araméenne? Nous le rencontrons sur la stèle araméenne d'Egypte datée de Fan IV de Xerxès. Beaucoup de noms mêmes de mois sont araméens. Cela s'explique par Finfluence prolongée de la chancellerie araméo-perse, dont les formules et les usages ont laissé des traces profondes dans les pays sémitiques soumis au grand roi. L'aramaïsme de aSfi n'est donc pas un motif d'exclusion, bien au contraire; Finscription contient plusieurs- traces d'aramaïsmes : le pluriel tVib"! ; la locution StTK, au lieu du suffix;e simple (comme \^\ oui^-à,^).

» Genèse X : 25.

2 Daniel II : 41.

3 Daniel VII : 25.

* Daniel XII : 7.

* Apocalypse XII : 7.

® Cf. encore les sept temps de Daniel IV : 13, 20, 22, 29, qui paraissent distincts des prtT ou mois proprement dits.

' Berakot 4, 1 ; cf. Gemara 26 b et 27 a. Pour ce que l'on doit entendre par nmo, voir J. Lbvy, Chaîd, Wort. 8. V. :ht.

Pourquoi le mot PIT n'est-il pas exprimé devant •^'ThS? Il ne manque jamais devant les noms de mois que nous ont offerts jusqu'à ce jour les inscriptions phéniciennes. L'objection n'est pas sans valeur. H est certain que si nous avions eu •^TkS nT3, personne n'aurait hésité un moment; et je n'aurais pas eu probablement à entreprendre la présente démonstration. Cette omission se peut comprendre à la rigueur. N'avons nous pas, dans la Bible même ^ : ^ib^S nu^Om D"'*)W3, le 16 d'Elovi, contrairement à l'habitude qui demanderait Iffin devant ElouU Le terme 3Sfi signifiant simplement moitié, avait pu d'ailleurs finir par passer^ dans la pratique^ au sens spécial de moitié d'un mmsy de ce que les Grecs appelaient StxofXYjvta, c'est-à-dire le milieu du mois. Le mot grec est formé exactement de la même façon^ Siyra contenant tout à fait la même image que 37B, c'est-à-dire l'idée d'une chose divisée en deux parties symétriques; en deux moitiés égales (^{ç). Non-seulement l'adjonction de n*)'' à jSb pouvait ne pas être nécessaire, mais elle pouvait être superflue et redondante, si aSs avait à lui seul la valeur de Bi/cfAT^via. L'habitude des Grecs est intéressante à consulter sur ce point Les Grecs, comme l'on sait, considéraient souvent, en dehors de leur répartition en trois décades, trois moments essentiels du mois, le comToencement, le milieu et la fin. Le commencement était la voupirivia ^ ou àpxo[jLr,vuz ^, la nouvelle lune, correspondant sensiblement au tTlH des Sémites, comme nous le prouve, par exemple, la 2® inscription bilingue d'Athènes, puisque le Phénicien de Citium tnH"3D, c'est-à-dire né à la nouvelle lune, y est appelé, dans la traduction grecque : Noufxijvtoç; le milieu était la Stxoixtjvta ^, et les derniers jours étaient désignés le plu^ souvent par la locution (pôivcvTOv; [jLt;v6ç *. Cette façon de spécifier les divers moments du mois sans exprimer le chiffe même du quantième, n'est pas inconnue aux Sémites. Sans parler de l'usage arabe qui est très instructif à cet égard, je rappellerai que le vocable biblique KDS semble avoir eu la même valeur que SixofXYjvta ' et que aSfi, c'est-à-dire avoir servi à indiquer d'un mot l'époque de la pleine lune, le milieu du mois, autrement dit le quatorzième ou le quinzième jour du mois. Ce vocable ne se rencontre que deux fois dans la Bible ^, et sa signification est déterminée^ par la façon dont la version pechito rend ailleurs^ DV "IWntWÛH, le quinzième jour : \\saa. Le sens de pleine lune, en tout cas, est parfaitement établi en syriaque, où l'on dit couramment ^ : la pleine lune de Novembre, ^^z^ounfi; la pleine lune de Décembre ^*:^,^ v^^- ^'*''^* ^^^ d'autres textes'^ les pleines lunes sont opposées aux nouvelles lunes. Cette notion de la néoménie et de la dichoménie était donc familière à l'araméen,' et cela vient tout à fait à l'appui du sens que je prête à aSfi. Je ferai encore remarquer qu'un des papyrus araméens d'Egypte *^ porte les mots ♦♦♦jSb3; l'on y a vu la préposition composée : dans V intérieur, dedans; mais ils pourraient bien être,

» Néhémie VI, 15.

2 Cf. par exemple, Corp. Inacr. Or. n° 148.

3 Cf. par exemple, Corp. Inscr. Gr. n<» 71 6.

* Corp. Inscr. Or. n*» 2338 : IT^piTiTT) 8ij(0(XT)v{a.

* Voir dans le Corp, Imer. Or. de nombreux exemples. 6 Prov. VU : 20. — Ps. LXXXI : 4.

■^ Les versions gi'ecque et latine sont d'accord et traduisent le passage des Proverbes : £?« i^jx^pav navae^T^vou, in die plenee lunœ,

8 I Rois XII, 32. Ailleurs (II Chr. VII : 10), le même mot rend le 23rM jour du mois, d'où Ton a conclu qu'il pouvait s'appliguer à la semaine entière de la pleine lune.

9 AsBEMAia, Bibl. II : 304, 277.

^^ Cités dans Gesbnius, Thés. s. v. KD2.

1' Papyrus Blacas II, B. 1. 9.

Première inscription phénicienne d'Oumm el-'Awimid. 47

comme dans Tinscriptioii d'Onmm el-*Awamîd^ le commencement d'une date^ le nom du mois étant compris dans la lacune qui suit immédiatement. L'apparition d'une date n'aurait rien que de très plausible dans un de ces papyrus qui sont^ comme je l'ai établi dans un autre travail 1; de véritables papiers d'affaires émanant de la bureaucratie perse^ et sur certains desquels l'on constate^ du reste^ des dates positives 2.

J'estime avoir suffisamment montré par tout ce qui précède : 1^ que jSfi s'emploie pour la division du temps; 2^ qu'il a pu avoir^ comme KD3; sans qu'il y eût besoin de recourir à l'apposition de ny, le sens soit de pleine lune, soit de demi-mois-^ 3® que ^ivh est vraisemblablement un nom de mois.

C'en est assez pour nous permettre de bien saisir le sens général de notre inscription. Mais peut-être y a-t-il moyen de pousser encore plus loin cette détermination difficile et d'arriver à un résultat qui, s'il était certain, serait d'une grande valeur pour la chronologie.

Raisonnons dans l'hypothèse où la date de l'inscription serait 132 avant J.-Gh. (et ' nous verrons que de toutes les combinaisons ayant quelque chance d'exactitude c'est encore la meilleure; en tout cas s'il est possible de remonter plus haut, il est à peu près impossible de descendre plus bas; ce minimum suffit pour notre raisonnement). En 132 nous sommes en pleine domination séleucide. Or nous savons pertinemment que les Séleucides avaient imposé aux peuples et aux villes de leur empire le calendrier macédonien 3. Ce calendrier, comme tous ceux en usage chez les Grecs, était un calendrier lunaire, c'est-à-dire qu'il avait pour base une année de douze mois réglés par les néoménies ou lunaisons synodiques; cette année lunaire ne comptait donc que 354 jours au lieu des 3657.1 jours de l'année solaire. Pour regagner cette différence et mettre à peu près d'accord l'année solaire avec l'année lunaire, c'est-à-dire, au point de vue pratique, les saisons avec les mois, les Grecs se contentaient, à l'origine, d'ajouter à Tannée lunaire les 11 74 jours qui lui manquaient pour égaler l'année solaire. La manière de pratiquer cette addition a beaucoup varié suivant les temps et, probablement aussi, suivant les pays. De très bonne heure elle s'est faite par intercalation et sous une forme mensuelle : la différence des années lunaire et solaire fournit les éléments d'un treizième mois intercalaire, ou è(ji.66Xi(ji.o<;, qui, à l'époque de Solon était inséré, dans le calendrier athénien, tous les deux ans, et, à l'époque d'Hérodote, tous les trois ans. Ces périodes de deux et trois ans constituaient les cycles diétéride et triétéride. Puis l'on imagina le cycle octaétéride comprenant une série de 8 années consécutives, avec trois mois intercalaires de 30 jours, placés aux années 3, 5 et 8 de chaque série; puis enfin le cycle ennéadécaétéride, de Méton, comprenant une série de 19 années consécutives avec 7 mois intercalaires. Dans ces divers systèmes l'année solaire et l'année lunaire se trouvaient à peu près mises en concordance tous les 2, 3, 8 ou 19 ans.

La place désignée à ce mois intercalaire dans l'année qui devait le recevoir était fixe; nous la connaissons avec certitude pour certains calendriers ; par exemple, dans le calendrier athénien, le mois intercalaire était mis à la suite du sixième mois, celui de IloasiSecov, et

* Origine perse des monuments aram^ens d'Egypte. Eevue Archéologique^ Août 1878 et Janvier 1879.

^ Papyrus du Louvre, Papyrus du Vatican.

' Idbler, Handbuch der mnthem, u. techn. Chronologie I, p. 897. Cf. H. Martin^ Bévue Archéologique, 1863, I, p. 193, 267 et 321; Ch. Em. Ruelle, s. v. Calendarium dans le Dict. des Ant. gr. et rom. de Ch. Darembero et Edm. Saglio.

prenait ordinairement ^ le nom de second Posddeon, Iloaetiecbv Seurepo;. H en était de même dans le calendrier de Delphes^ où le sixième mois^ IIo(tp6inûç^ donnait naisBance^ à Fépoqne voulue; à un IIoiTpsTrioç Seurepoç.

Nous n'avons pas la même certitude pour la place^ le nom et le nombre des jours du mois intercalaire dans le calendrier macédonien; il est très probable cependant que Tintercalation avait également lieu après le sixième mois. L'on a voulu induire d'un passage du livre des Macchabées que ce mois intercalaire devait porter le nom de Atôvxopo;; c'est possiblC; mais la chose n'est paâ démontrée. Ce qui est hors de doute^ c'est que le calendrier macédonien, tel qu'il était usité en Syrie, pratiquait l'intercalation. Cela posé, je me demande, au cas où l^vh serait bien un nom de mois, si ce mois ne serait pas justement le mois intercalaire du calendrier macédonien, introduit en Syrie par les Séleucides ? L'on s'expliquerait ainsi à merveille que ce nom ait disparu du calendrier tyrien, tel qu'U nous a été conservé par VHemerologton de Florence; ce calendrier ne comprend que les 12 mois courants de l'année macédonienne, dans l'ordre suivant : V TxspôepsTawç, 2^ Atoç, 3® 'AxeXXato;, 4** 1\u$uvaioç, 5** nspiTtôç, 6® AOoTpoç, 7** SavTtxoç, 8® 'ApT6[ji.{aioç, 9® Aéatoç, 10^ ITûEvefjLOç, 11** Aûcç, 12® Top^iaioç. Il n'y a pas trace de AaoSfxioç; pour une bonne raison, c'est que ce calendrier n'est pas lunaire, mais solaire, les mois y ont alternativement 30 et 31 jours. L'on sait, en eflfet ^, que les Romains devenus maîtres de la Syrie, y introduisirent le calendrier julien ; les mois lunaires macédoniens furent transformés en mois solaires, mais ils conservèrent leurs noms; c'est un fait absolument établi. Par conséquent, le treizième mois intercalaire n'ayant plus aucune raison d'être, devait être supprimé, lui et son nom.

Il faut avouer, d'autre part, que l'hypothèse à laquelle j'ai eu recours plus haut, à savoir que le nom d'une princesse séleucide aurait été donné à un mois, prendrait ainsi une grande force. L'on peut en eiîet avoir quelque peine à concevoir qu'on ait changé le nom universellement reçu d'un mois ordinaire 3; il n'en est pas de même s'il s'agit d'un mois d'une nature toute particulière, qui n'est pas un mois à proprement parler, qui, dans d'autres calendriers congénères, se contente d'emprunter le nom du mois à la suite duquel on le met. Il y avait, dans cette espèce de disponibilité onomastique, de quoi tenter l'imagination orientale toujours en quête de nouveaux modes d'adulation. Les astronomes officiels ne dédaignaient pas de flatter à leur manière les souverains; l'on sait l'histoire de la chevelure de Bérénice. Qu'y a-t-il d'invraisemblable, si la fille de Ptolémée Philadelphe a donné, grâce à Conon de Samos, son nom à une constellation, à ce qu'une Laodicé ait donné le sien, au moins pour un temps, au mois embolime? Je citerai, à ce propos, un fait bien frappant. J'ai dit plus haut qu'à Athènes le mois intercalaire s'appelait le second Poseideôn ; mais, à paiiir d'Adrien, il change ce nom banal, impersonnel, contre le nom même de l'empereur; nous avons en effet plusieurs inscriptions d'Athènes où le second Poseideôn est remplacé par le *ASpiavwJ[)v4.

Si l'on admet cette façon d'envisager les choses, l'on obtiendrait peut-être du même coup une explication, assez satisfaisante de l'omission, un peu embarrassante, du mot ^*)^

1 L*on verra plus loin une curieuse exception.

3 Ideleb, Handb., I,p. 397.

3 Se rappeler cependant le fait, précédemment établi, des Athéniens donnant à leur mois Mounychiôn le nom de Démétrius Poliorcète.

* Voyez diverses inscriptions au Corpus Inscript. AUicarum, III, part. I, notiimment les n**' 1114, 1121, 1124, 1138, 1217.

Première inscription phénicienne d'Oumm el-'AwâmId. 49

mois, devant le nom du mois de Laodikios. En effet, le mois intercalaire n'est pas, à proprement parler, nn mois, c'est-à-dire une lunaison; c'est un mois purement artificiel qui n'a, au contraire, rien à voir avec la lutie, et qu'il serait par conséquent, strictement parlant, abusif de qualifier de tvy* * : il ne représente pas autre chose que l'excédant de l'année solaire sur l'année lunaire, ou la somme de plusieurs de ces excédants, pour une période de deux ou trois années. Ce n'est que par suite d'une convention qu'on a pour ainsi dire façonné en mois ces reliquats annuels de IIV4 jours.

Quelle était la durée, la place et l'époque d'intercalation du mois embolime dans l'année lunaire syro-macédonienne? Pour répondre à cette question, il faudrait préalablement être renseigné sur l'année macédonienne elle-même. Les informations nous font malheureusement défaut. Je me bornerai seulement à faire observer que, si Laodikios est le mois intercalaire, la moitié de ce mois, qui paraît être indiquée dans l'inscription, peut comprendre un nombre de jours différents, suivant le système intercalaire qui réglait le calendrier syro-macédonien: si ce calendrier se servait du cycle octaétéride, le mois devait avoir 30 jours et la dichoménie 15.

J'ai dit précédemment que l'on avait supposé que le mois intercalaire du calendrier syro-macédonien avait dû porter, tout au moins à un certain moment, le nom de Aiéoxopoç^. Cest un passage du deuxième livre des Macchabées^, qui a conduit à cette conclusion : la lettre de Lysias aux Juifs est datée de l'an 148 (des Séleucides), le 24® jour du mois de AcsoxoptvOiou. L'on a pensé, non sans raison, que ce mois, ne figurant pas dans le calendrier macédonien ordinaire, était cet insaisissable mois intercalaire. L'on a conjecturé, d'autre part, que son nom devait être corrigé en Aioaxopoç*; la nécessité de cette dernière correction ne me paraît nullement démontrée. Quoi qu'il en soit, nous pouvons inférer de là qu'en 148 des Séleucides, c'est-à-dire environ 32 ans avant l'exécution de l'inscription d'Oumm el-*Awâmîd (si elle est bien de 132 avant J.-Ch.), le mois intercalaire s'appelait Dioscoros, ou Dioscorinthiouy et que, par conséquent, ce n'est que postérieurement à cette date qu'il a pris le nom de Laodicé, c'est-à-dire entre 164 et 132 avant notre ère. L'on voit que les princesses auxquelles nous avions cru déjà possible de faire remonter l'origine de cette dénomination, soit les deux filles d'Antiochus VU (138 à 127 avant J.-Ch.), soit la femme de Démétrius F' Soter (163 à 151), se trouvent précisément appartenir à cette période. Je pencherais de plus en plus pour la Laodicé, femme de Démétrius.

Peut-être convient-il de chercher quelque indication chronologique de ce genre dans l'inscription de Gaulos, à la ligne 4 : p tr*)« n3*)J? *n« *)DJ?D. Ce passage est extrêmement difficile; on en a proposé de nombreuses explications, dont aucune n'est satisfaisante. J'en hasarderai une, à mon tour, sans me dissimuler qu'elle prête, elle aussi à diverses objections. J'inclinerais à croire que nous avons là une date ; il s'agit de travaux considérables exécutés officiellement par le démos de Graulos^, d'un acte public dont il importait de déterminer la date. ^ItK ne serait-il pas le mois de Adar, et *)nj?D une locution analogue à notre a^BD, désignant une certaine partie du mois, par exemple la fin? Quant à DS^P il ne serait pas

* Remarquez toutefois que les Grecs ne se font pas scrupule de le qualifier de |xîiv. (Cf., par exemple, le n" 2693 e du Corpus Irucr. Gr. : e{x^oXi{xo; {xiiv.)

2 ScALiOEB, Emend. tenip. II, p. 94. Cf. Ideler, Handh., I, p. 398 sq. Brandes, Bhein. Mus. 1876, p. 377.

3 II Macch. XI : 21.

* Cf. le Atdaxovpo;, sixième mois du calendrier crétois d'après VHemerologion.

* L. 1 et 8, b^: or. Cf. notre IX or.

impossible que ce fût quelque fonction annuelle remplie par Aris fils de Yeol (xoqAY)xi^<;?i àçymTt 2). Ici aussi; il se pourrait que nous eussions affaire au mois intercalaire. L'on n'ignore paS; en effet; que, dans le calendrier hébreu usuel; c'est justement; avant ce mois de Adar qu'a lieu l'intercalation : Adar, ve-Adar^, ou ''W ^^K, le second Adar, par opposition à JtTK*! "^1^, le premier Adar. Qui sait si l'omission du mot TTf'y mois, n'a pas pour cause, ici comme dans l'inscription d'Oumm el-*Awamîd; le fait qu'il s'agit du mois embolime? Qui sait même si t^SlV ne doit pas être expliqué dans un sens analogue; comme une espèce de déterminatif de cet Adar extraordinaire et; pour ainsi dirC; hors rang? Resterait encore ici à savoir si ^DP désigne une certaine partie du moiS; par exemple la fin, ou le mois embolime lui-même. '

Cest ici le cas de se demander si nSfi doit bien être pris dans le sens moitié, moitié d'un mois, dichoménie. Du moment que nous aurions réellement affaire au mois embolime; ihto ne pourrait-il pas être par hasard la dénomination même de ce mois d'une nature toute ' spéciale, qu'il eût été après tout assez peu correct, ainsi que je l'ai expliqué; d'appeler un TXy'f *]*7ïçb 37^3 voudrait alors dire tout simplement : dans V embolime de Laodikios, et le quantième même du mois ne serait pas exprimé, ce qui arrive quelquefois dans les dates phéniciennes, par exemple dans l'inscription d'Echmounazar ^, et aussi (quoiqu'avec moins de certitude), dans la JT de Sidon*. Il serait nécessaire naturellement d'établir que 3^6 a pu avoir cette acception dans les langues sémitiques; à la rigueur les sens premiers de la racine 37B diviser, partager en deux, pourraient se concilier avec la conception de l'embolisme, qui est, à vrai dire, non pas une addition, mais bien une insertion, insertion qui se faisait le plus ordinairement après le sixième moiS; c'est-à-dire au milieu de l'année : il fallait pour ainsi dire couper l'année en deux semestres pour y intercaler ce mois qu'on pourrait appeler bissecteur ^ Je n'insiste pas d'ailleurs sur cette conjecture.

En résumé; nous obtenons la phrase Suivante : A la mi-Laodikios, on, si l'on veut; dans le mois (intercalaire) de Laodikios, cette porte et ses battants foi fait, TI^DD, en son ackèvement, c'est-à-dire f&fi ai mené à fin la construction^

L'on pourrait être tenté de considérer le ''; suffixe de la 3® personne du singulier, comme se rapportant soit au mot *)*73, nrtuellement contenu dans la formule initiale *n3 1D\K, soit au mois lui-même. Dans le premier cas il s'agirait de l'accomplissement du vœu; dans le second de la fin du mois de Laodikios, par opposition au mUieu : Abdelim aurait fait sou vœu le 14 ou le 15 de Laodikios (s'il s'agit d'un mois de 29 ou 30 jours), et s'en serait acquitté le 29 ou le 30; les mots *]1«S ihK2 devraient être alors rattachés à ce qui précède. Ce que l'inscription aurait voulu faire ressortir, c'est la célérité apportée à l'accomplissement du vœu, dont la teneur impliquait peut-être un délai déterminé. De fait, la construction d'une porte et de ses battants en moins de quinze jours eût été un véritable tour de force

* Le Talmud transcrit àpx'^, «px^îo^, par '•a^lK Oa'iJ?). rvo^^ (cf. le pluriel mKa*TP, tribunaux ou archivée); voir les dictionnaires de Buxtosp et J. Lsyy.

3 Ideler pense que c'est, dans ce cas, le premier Adar, et non le second, qui représente le mois intercalé (Idbleb, Handb., I, p. 539).

^ Ëchmounazar, 1. 1, deux fois, sur le ventre et sur le dos.

B II* de Sidon, 1. 1. S'il ne manque rien au-dessus.

* Je rappellerai à ce propos p^ Afi = demi-année, seme»tre^ dans le passage de Daniel cité ci-dessus.

Première inscription phénicienne d'Oumm el-'AwImid. 51

qui valait bien la peine d'une mention expresse. Mais^ après réflexion^ j'ai écarté ces deux hypothèses^ qui m'avaient un moment attiré^ la seconde surtout^ pour des motifs qu'il serait trop long et qu'il est inutile de donner maintenant^ puisqu'ils n'ont plus d'objet nbsn n'est autre chose que Y achèvement de l'œuvre , ou, pour parler plus exactement ^ de la porte, car le ** suffixe doit revenir à ^ptT. La phrase est comparable à celle que nous avons dans la

Bible ^ : fT^DH îlbs ♦ Sh TXy^ dans le mois de Boni . . . fut terminé le temple. Je prête

à la locution D^SDS t^PC le sens de faire une chose comptètemeni, en totalité, a^chever, mener à fin, ce qui est absolument d'accord avec l'acception fondamentale de H^S. "Tlbsfla peut être comparé à l'arabe x^Uaj^ iJLéJu. Cest le èTeXeicdOr) des inscriptions grecques ayant trait à des travaux de construction. Ce système a, entr'autres avantages, celui de rendre compte de cette disposition insolite de la date, le jour de l'achèvement étant mis en vedette, et la mention de l'année ne venant qu'après un certain intervalle, et en seconde ligne; cela équivaut en somme à quelque chose comme : Achevé de construire tel jour. Construction faite dans le cours de Vannée tant.

La phrase finit à ^flbsn, après lequel il faut mettre un point, et reprend à ^n^D : je Vai construite dans Vannée ... De cette façon les deux suffixes **, se rapportent à un seul et même substantif IptT, ce qui est d'une rigoureuse correction.

L. 4 à 6. — En ce qui concerne la valeur réelle des chiffi*es qui suivent et la détermination exacte des deux ères employées, je me range à l'opinion la plus autorisée en acceptant la traduction : dans Vannée 180 du Seigneur des Rois \ Van 143 du peuple de Tyr. Je ferai remarquer que cette expression ^X DP nous cache probablement les mots grecs Î^IJioç Tup^wv, titre que devaient porter officiellement les Tyriens auxquels les successeurs d'Alexandre avaient accordé ou renouvelé l'autonomie, dans des circonstances qu'on voudrait bien être en état de mieux préciser.

La coupe des huit lignes de l'inscription respecte scrupuleusement l'intégrité des mots. Nous n'avons pas un seul enjambement d'une ligne à Fautre. L'intention est visible, car le lapicide n'a pas hésité à sacrifier à ce principe la régularité matérielle des lignes qui sont de justification fort inégale. Cela n'en rend que plus intéressante la façon dont il a traité le premier groupe de chifires, composé du signe des centaines, et du signe des vingtaines répété quatre fois. H a terminé sa quatrième ligne par le chiffre des centaines suivi du premier chiffire des vingtaines, et il a rejeté au commencement de la cinquième ligne les trois autres chiffres des vingtaines, comme si le groupe pouvait se diviser en (100 + 20) + (20 + 20 + 20) = 180.

L. 6. — Le yod, suffixe de ''US se rapporte toujours à la porte, ou, si l'on veut, à la construction de cette porte : pour qu'elle soit, pour que cela soit. Le yod de ''7, au contraire, est le suffixe de la première personne : pour mm.

Le reste n'oflfre pas de difficulté : en souvenir et en bon renom. Les monuments égyptiens nous aident à comprendre ce <iu'il faut entendre exactement par ces mots. La formule, qui est peut-être bien, comme celle que nous allons trouver aux lignes 7 et 8, un emprunt fait aux formules du rituel égyptien, ressemble singulièrement à celle que l'on lit par exemple sur la stèle du Louvre n^ 4017, découverte par M. Mariette dans la chambre 2 des grands

» I EoiB VI : 38.

^ OvL : dea rcyauUs. Cf. le paragraphe où il est question de la 6* inscription phénicienne d*IdaHon.

52 Études d'Aechéologie Oeientale.

souterrains du Serapeum : c Fais lui^ est-il dit à la fin^ récompense selon ce qu'il a fait poiu*

> toi ^; prolonge ses années^; perpétue sofi nom éternellement .... afin de remémorer son nom

> éternellement > ^.

L. 1, 8. — Il faut considérer DPfi comme étant au duel construit : Sous les deux pieds de mon seigneur Badl-cliamaim, pour toujours; qu'U me hénisse. Cest encore une locution de style égyptien. Nous Tavons, par exemple, littéralement dans le papyrus Harris n® 500*: « Afin, dit Thoutii dans son message au roi, que tu remplisses la maison de ton père Ammon- » Râ, roi des dieux, d'esclaves ou de servantes qui sont sous tes deux pieds ( <rr>^ i ^^ ^ \ \^ » pour toujours et à jamais » \ Cette formule, dans notre inscription phénicienne, me semble impliquer particulièrement Vhumilité du dévot, prosterné aux pieds de la divinité et se proclamant son esclave. C'est l'équivalent, imagé et développé, de l'expression : ^"SS ton serviteur, ton esclave, qui revient assez fréquemment dans ce genre de dédicaces, et précisément dans celles qtii ont des accointances manifestes avec l'Egypte; ainsi dans la HP inscription d'Oumm el-Awâmïd, trouvée à côté de celle qui nous occupe, et où l'expression s'est associée à un nom notoirement égyptien, Abdosir'^ : ^D^^^SP "7*13?; dans la bilingue de Malte, où nous avons aussi des noms bien égyptiens (Osii^chamar, Ahdosir); sur la statuette de bronze de Madrid, représentant Haipocrate\

Ce rapprochement valait, je pense, la peine d'être fait, car il établit définitivement que l'expression DPB flHJI, ou plutôt DûpB flHn, doit, ainsi que l'avait avec raison soutenu M. E. Senan, être prise littéralement, et ne peut signifier, comme l'ont supposé quelques personnes, soit : sous le soleil (tWÛtT nHD), soit : pour cette fois. Il nous montre, en outre, ainsi que le précédent, jusqu'à quel point l'influence égyptienne avait pénétré le monde religieux des Sémites; cette influence dans l'ordre spirituel n'est pas chose indifférente à constater dans le cas présent, car elle est parallèle à celle qu'on observe dans le style même des débris d'architecture recueillis dans les ruines d'Oumm el-Awâmïd, et je la crois contemporaine ; elle peut aider à faire croire que cette dernière influence et, par conséquent, les monuments où elle s'est exercée, ne sont pas nécessairement antérieurs à Alexandre, mais peuvent être, avec quelque vraisemblance, rapportés à la période ptolémaïque. La III® inscription d'Oumm el-Awâmïd, où apparaît le nom dH Ahdosir, nous prouve implicitement que le culte d'Osiris florissait, à l'époque des Séleucides, dans la ville indéterminée dont Oumm el- Awâmîd nous marque l'emplacement.

L'emploi du mot DPB dans le sens de pied semble propre au phénicien, comme on l'a remarqué depuis longtemps. Cependant l'hébreu le connaît, avec un pluriel féminin niûPfi, mais dans l'acception figurée, de pieds d'un objet. Comme il s'agit, dans les passages bibliques ^

^ L'invocation est adressée à Osiris-Apis.

* Cf. Stèle de Byblos, 1. 9 : qu'elle prolonge ses jours et *e» armées. 5 P. PiERBET, Études Égypt, 2 : p. 67 à 68.

^ Reli est proprement javibes,

* C. W. GooDwiN, Transact. of the Soc. of bibl. Arch, III, p. 344. J'adopte la version française de M. Mabpero, Et. Ègypt. p. 66.

' Que les Phéniciens prononçaient Ahdouwty comme je Tai établi (Journal Asiatique, 1878, II, 237) à l'aide d'une transcription grecque jusqu'alors méconnue : ^Â6doijaipoç.

^ Ainsi que je le monti*erai, la formule entière est ici encore littéralement empruntée au rituel égyptien : Que Harpocrate donne la vie à son serviteur Abdechmoun.

9 Exode XV, 12. — I Rois VIII, 30.

Pbemière inscbiption phénicienne d'Oumm EL- AWIMID. 53

où apparaît ce mot^ d'objets relatifs au culte et exécutéS; probablement dans le premier caS; certainement dans le second, sous Finfluence de Fart phénicien, il ne serait pas impossible que ni&Pfi fut un terme technique emprunté lui-même au phénicien.

Je propose donc de traduii-e Fensemble de l'inscription de la façon suivante:

Au Seigneur Baal-Chamaim, vœu qu'a fait Ahddim,

fiU de Mattafij JUs d'Abdelim, fils de Baalckamar, —

A la mi'LaodUdoa ^, cette porte, et les battants

y afférents, j'ai parachevé. Je l'ai construite (au cours de) Vannée 1-

80 du Seigneur des rois, l'an 143 du peuple de

Tyr; pour qu'elle me soit en commémorati^i et bon renom,

sous les deux pieds de mon Seigneur Baal-CIiamaim,

pour toujours; qu'U me bénisse!

Comme on le voit, Finscription se divise en deux parties bien distinctes, caractérisées par le changement de personne : 1^ un en-tête impersonnel énonçant succinctement le nom du dieu, le nom de Forant et le fait du vœu; 2® une allocution personnelle et directe de Forant qui prend la parole. Le seul fait de cette différence suffirait à lever les derniers doutes, qui poun-aient rester encore sur la question de savoir si les mots yiV<h hSbD doivent être rattachés à ce qui suit ou à ce qui précède. La seconde partie se subdivise elle-même en deux phrases séparées par un point.

L'on peut mettre sous plusieurs des mots et des tournures de cette inscription phénicienne des mots et des tournures helléniques; et cela n'a pas lieu de surprendre si Fon se rappelle le fragment trouvé par M. Renan ^, dans les ruines de Laodicée, où Fon lit le nom d'un Abdelimos de Tyr, qui est peut-être bien notre Abdelim lui-même, ou tout au moins son proche parent : 'A^$/|Xi{ji.[o(;] Tupicç, X[aTpe]. Le Baal-chamaim est littéralement un Zeuç â?:oupivio<; ou Zeu; oùpGcvtoç^; le nom du mois Aaodixioç (et peut-être le mode de notation), est d'un hellénisme manifeste; ''flbafla flSpB correspond à la locution eTeXetwôiQ; DâSfi pK au titre x6pio; 3><7tXet(i)v de Finscription de Rosette; une des ères employées est celle des Séleucides ; ISt ÙV est proprement une traduction de S^iaoç TupCtov, exactement comme Su DP, dans Finscription de Gaulos, nous représente le S^fiioç TouXkcdv. Je rappelle pour mémoire les deux formules égyptiennes de la fin, qui pouvaient à la rigueur être passées de l'égyptien en phénicien par l'intermédiaire de ce grec alexandrin si fortement empreint d'idées et de locutions égyptiennes.

Après avoir proposé de fixer ainsi le sens général de Finscription, j'ajouterai quelques mots sur la double date qui y figure et sur la ville antique dont la localité arabe d'Oumm el-*Awâmîd nous marque l'emplacement, mais ne nous a malheureusement pas conservé le nom.

^ Ou : dans le moi» de Laodikioa,

^ E. Renak, MiBaUm de Pk. p. 709.

' Sanchoniathon (éd. Obelu, p. 14) : B£€Xaa[jL7]v xaXouvreç, o( iori izapk <l>o(viÇi xi^pioc oOpavou, Zeu; hï Kxp^ "EXXijai. Cf. le Ttj^oupavioç de Tyr (Sanchon. éd. Orelli, p. 16), et le Zsùç £7»updtvioç du piédestal de Sarba, près Djebaïl, aujourd'hui au Louvre (Lepsiub, DenkmUler XII, 100; E. Renan, Mms, de Ph., p. 332, pi. XXII, n^" 14). Peut-être convient-il même de chercher derrière ce Baal-chamaim le Zeù; X)Xu[jl7cioc dont Antiochus Épiphane s'était donné pour mission de propager et, au besoin, d'imposer le culte en Syrie, le dieu qu'il avait essayé vainement d'introduire dans le temple de Jérusalem.

La solution du problème chronologique repose sur la détermination des trois points suivants : V Quelle est la valeur des chiffres? 2"* En quelle année commence l'ère de Tyr? 3® Qu'est-ce que l'ère de YAdon mdâkim et en quelle année commence-t-elle? Les deux derniers points naturellement sont subordonnés l'un à l'autre.

Les chiffres. — Les trois barres d'unités de la seconde date sont hors de discussion.

Le signe qui les précède immédiatement, et qui est répété deux fois, se trouve répété quatre fois dans la première date. L'on s'accorde à y voir le signe des vingtaines; aux arguments qu'on a produits en faveur de cette attribution, j'en ajouterai deux qui ne sont pas sans poids:

1^ Ce signe ne saurait représenter des trentaines, quarantaines etc. ...,'à supposer même que le phénicien ait eu des signes spéciaux pour ces unités de dizaines. En effet, dans le premier cas, il est répété 4 fois; le minimum, 30X4, nous donnerait donc 120; or 120 serait certainement écrit, comme d'ordinaire en phénicien, par le signe spécial de la centaine, suivi du signe de la vingtaine : 100 + 20. Le même raisonnement est applicable a fortiori aux valeurs hypothétiques 40, 50, 60 etc.

2® Si ce signe ne peut être supérieur à 20, il ne saurait, d'autre part, lui être inférieur, c'est-à-dire représenter des dizaines. En effet, dans la seconde date, il est répété deux fois; s'il valait 10, nous aurions donc le nombre 20 (10+10); or, le phénicien ayant toujours eu un signe spécial pour la vingtaine, nous aurions certainement vu apparaître ici ce signe spécial, et nous n'aurions, par conséquent, qu'un signe au lieu de dmx.

Le signe en question vaut donc bien 20, par la raison qu'il ne peut valoir autre chose; il est d'ailleurs formé normalement par la réduplication du signe de la dizaine superposé à lui-même : ?^, exactement comme l'autre type : o = r\ sur \j.

L'identification du chiffre initial des deux groupes est plus difficile. Il ne peut être que de l'ordre des dizaines ou des centaines. En effet, la numération phénicienne ne se sert que de quatre signes distincts : la barre d'unité, la dizaine, la vingtaine et la centaine ; or nous avons déjà la barre d'unité et la vingtaine. L'hésitation ne serait donc permise qu'entre 10 et 100; mais elle ne saurait durer, 1** parceque le phénicien écrit ses chifh*es en commençant par le plus fort, et le signe en question précède celui des vingtaines; 2^ parceque la forme de ce signe se rapproche sensiblement de celle du signe des centaines. Reste à savoir si les unités de centaines ne sont pas exprimées par certains traits accessoires qu'on remarque soit dans l'un, soit dans l'autre de ces signes. Je suis de l'avis de ceux qui ne le croient pas. L'on obtient ainsi le résultat suivant:

Ère de VAdon meWdm : 100 + 20 + 20 + 20 + 20 = 180 années Ère de Tyr : 100 + 20 + 20+ 3 =143 > '

Différence : 000 00 00 17 + 20= 37 années.

L'an P' de l'ère de Tyr tomberait donc en l'an 37 de l'ère de VAd<m melàkim. L'indication du jour et du mois, telle qu'elle a été proposée plus haut, nous mettrait à même de serrer encore davantage la concordance; mais nous la négligerons pour plus de simplicité.

1 Le chiffre 20 finit par prendre en phénicien la forme d'un véritable xain; l'appendice en crochet dont est souvent mnnie cette dernière lettre, complète Tillusion. Je citerai particulièrement à cet égard la 38*" de Citium, où le zam et le chiffre 20 sont rigoureusement identiques.

Première inscription phénicienne d'Oumm el-'Awàmid. 55

Les Ares de Tyr. — Quelle est cette ère de Tjnr? Â priori Ton voudrait trouver au dehors un document qui nous renseignât à ce sujet. Il s'agit d'une ère importante qui a duré, au moins, tout près d'un siècle et demi. L'histoire et l'archéologie doivent en avoir gardé quelque trace.

L'emploi d'une ère locale implique l'autonomie d'une ville. Strabon * se contente de nous dire que Tyr sut faire respecter par les Romains (moyennant finances) l'autonomie dont elle avait joui sous les rois, apparemment les Séleucides. H ne nous donne aucune date.

Nous connaissons bien, par la numismatique — et le fait est confirmé par Tépigraphie et par des documents historiques* — l'existence d'une ère autonome de Tyr, dont le point de départ est solidement fixé à l'an 126 ou 125 avant J.-Gh., et qui a duré, au moins, 143 ans, car nous avons tles monnaies de Tyr portant ce chiflre d'années \ Est-ce la même que la nôtre? A ce compte l'inscription d'Oumm el-*Awamîd serait de (143 — 126) l'an 17 après J.-Ch. Mais à cette époque la ville antique d'où provient le monument ne devait plus exister, ainsi que cela résulte des judicieuses observations de M. Renan sur les ruines de ce site; l'emploi du phénicien dans une pareille inscription serait peu vraisemblable; le nom du mois de Laodikios, qui n'a dû jouir que d'un instant de vogue sous la domination des Séleucides, n'était probablement plus en usage, sans parler de la substitution du calendrier julien au calendrier macédonien lunaire qui nécessitait la disparition du mois lui-même, si ce mois est bien le mois intercalaire, etc.; enfin, considération la plus grave de toutes, que serait Tère de VAdon meLa/dm partant de l'an (1264-37) 163 avant J.-Ch.? L'ère du peuple de Tyr de l'inscription ne peut donc être l'ère de 126 avant J.-Ch.

Impossible de chercher plus bas, car, en dehors des motifs qui viennent d'être énoncés^ il y a cette raison décisive que l'ère de 126 se continue en pleine époque impériale et figure pendant plus de trois siècles sur les monnaies.

Force est donc de remonter au-delà de 126 avant J.-Ch.

En raisonnant dans l'hypothèse que l'an 126 aurait vu en même temps le commencement de l'ère nouvelle et la fin de l'ère tyrienne de l'inscription, et que l'inscription, datée de 143, serait précisément de la dernière année de cette ère antérieure, il faudrait placer le commencement de l'ère en question au moins en (126 + 143) 269 avant J.-Ch., et, par suite, le commencement de l'ère de VAdon mdâldm en (269 + 37) 306 avant J.-Ch. Ces dates ne coïncident non plus avec rien de connu dans l'histoire : passe encore pour l'ère de Tyr, pour l'ère de YAdoii mdâkim cela est trop singulier. Mais ici, 126 n'est qu'un terminus ad quem. H est possible, la chose est même probable, à mon avis, que les deux ères consécutives de Tyr se soient succédées sans aucune espèce d'intervalle, et que la seconde ait commencé au moment où la première prenait fin, ou plutôt que l'institution de la seconde ait mis fin à la première; mais rien ne nous prouve que notre inscription soit justement de l'année où a eu lieu le changement; il est bien plus vraisemblable qu'entre

* Strabon XVI, Il : 23, oO^ 67^ tcov paoïX^cov o*èxp(6T]oav àuTovopAi (j.ovov, dcXXà x«l &nb tcov T(o|ia{(ov. Je pense que par là il fait alluâion à rantonomie de 126.

2 P0UZZOLE8, Corp. Intcr. Or. n^ 5853. Voyez encore les témoignages d'Eusëbe et des Actes des ConcUes. Consulter sur la détermination de Tëre de Tyr de 126, Nous, De epo€h, tyrcmac.^ p. 385 sq. EcKHBL, Doetr. num, veter III, 382, etc.

3 MioHKBT, Descr. V, n"* 548. Bronze; tête de femme voilée et tourrelée; rev. palmier; lettres numériques PMF (143).

Tan 143 (= x avant J.-Ch.) de la première ère et Tan 1 (= 126 avant J.-Ch.) de la seconde^ il s'est encore écoulé quelques années. Si nous admettons^ par exemple^ Tintervalle raisonnable de six ans^ nous sommes conduits à Tan 275 (ou 274) pour Tan 1^' de la première ère de Tyr, et à Tan 312 pour Fan 1®' de Tère de XAdon. mddJdm. Ici encore la date 275 n'offi'e aucune prise historique; en revanche; celle de 312 nous fait tomber sur le commencement de l'ère même des Séleucides. L'an 180 de l'ère des Séleucides et l'an 143 d'une ère tyrienne commençant en 275 donneraient pour l'inscription la date de 132 avant J.-Ch,

Nous voilà arrivés ; par une voie de raisonnement un peu différente de celles qu'on a suivies jusqu'ici; et qui les recoupe avantageusement; à la conclusion la plus généralement admise; et assurément; la plus plausible; sur Fâge réel du monument et sur l'identité des deux ères qui y sont mentionnées. La question prête encore à d'autres observations.

Les monnaies de Tyr avec dates. — Si l'inscription d'Oumm el-*Awâmîd est bien de l'an 132 avant J.-Ch.; il est vraiment fâcheux que le monnayage de Tyr; qui nous fournit; entr'autreS; des pièces de cette année mêmC; ne nous apporte aucun éclaircissement. Nous possédons en effet plusieurs monnaies d'Antiochus Vil Sidetes datées de l'an HP; c'est-à-dire 180; l'année même de \Adon mdakim de l'inscription. De ces monnaies; les unes n'ont aucune indication de villC; les autres ont l'indication de SidoU; d'autres enfin Vindvctxtion de Tyr *. Si; à cette époquC; Tyr était autonome et se servait d'une ère propre, concurremment avec Tère des SéleucideS; pourquoi ne trouvons-nous pas tracC; sur ses monnaies; de ce fait important? Et cela n'est pas uniquement le cas pour cette seule pièce de l'an 180 des Séleucides (= 132 avant J.-Ch.); mais encore pour les pièces de Tyr des années précédant; ou suivant immédiatement : 174; 175, 176; 177; 178; 182; 183; 1842, des Séleucides.

En dehors des monnaies d'Antiochus YII; nous en avons de Démétrius II frappées à Tyr pendant la même période; entr'autreS une de l'an 181 ^ : il n'y est pas davantage question de l'autonomie et du comput particulier de Tyr.

Bien pluS; sur aucune des monnaies des Séleucides frappées à Tyr; nous ne constatons l'existence de cette ère autonome. Nous pouvons remonter jusqu'aux années 144 et 145 des SéleucideS; sans rencontrer quoi que ce soit qui y ressemble. Ainsi; nous avons pour ces annéeS; des monnaies d'Antiochus IV; avec le mot TÏPIÛN en toutes lettres \ A ce moment; l'ère de Tyr, calculée sur la base acceptée de 275 avant J.-Ch., devait en être à ses années 107; 108; rien ne vient en manifester l'existence. Notons en outre un détail qui n'est pas indifférent. La monnaie d'Antiochus que je viens de citer est accompagnée de la légende phénicienne : DHi DK *ixb de Tyr métropole des Sidoniem (Phéniciens) ; d'autres monnaies portent "ixb; de Tyr, tout court; ce n'est pas la même chose que "IX DpS du peuple de Tyr, et les formules doivent correspondre à des conceptions distinctes^.

* MioiïWET, Descr, V, p. 77.

2 MioNNET, Suppl VIII, p. 59. Plutôt AnP = 181.

3 MioNNET, Deacr. V p. 66, Suppl. VIII, p. 60. Sur Tune de ces pièces, de l'an 172, Tyr est qualifiée de Usa et aouXo;, titres dont, une quinzaine d'années plus tard, Démétrius II devait cruellement éprouver Pinanité.

* MioKNET, Descr. V, p. 41. Cf. le tétradrachme d'Antiochus III (224 à 187 avant J.-Ch.) avec le monogramme de Tyr (Leake, Kings, p. 26, et Six, Obêervat, sur les monn, phén,, p. 17).

' D'autant que la dernière formule n'est pas hors des usages numismatiques, puisque nous avons n:rTQ ù^ sur des monnaies de Carthage.

PkEMIÈRE inscription phénicienne d'OuMM EL-'AWÂMID. 57

Il est malaisé de donner une explication satisfaisante de cette absence de dates autonomes sur les monnaies. Faut-il conclure de là que la première ère de Tyr, tout en étant tolérée dans Fusage privé^ et plus facilement encore dans une ville voisine de Tyr que dans Tyr elle-même^ n'avait pas qualité pour figurer officiellement à côté de celle des Séleucides^ qu'elle n'avait pas, pour ainsi dire^ d'existence légale? Peu^être cela vient-il de ce que, pas plus que l'autonomie municipale qu'elle implique^ elle n'était d'institution séleucide. En eflfet, son point de départ^ 275 avant J.-Ch.; nous reporte à une époque où Tyr appartenait, non aux SéleucideS; mais aux PtoléméeS; au moment même où Ptolémée II Philadelphe venait d'achever la conquête de la Phénicie méridionale K L'on comprend assez que les Séleucides, devenus définitivement maîtres de la Syrie- en 198 avant J.-Ch.^ ne se soient pas souciés de reconnaître à Tjrr et^ surtout, d'inscrire sur les monnaies qu'ils y faisaient frapper, des privilèges qui lui avaient été accordés par leurs rivaux; ère et autonomie étaient marquées de la tache originelle : l'initiative égyptienne. Les Séleucides devaient considérer cette mesure comme non avenue, si bien qu'un peu plus tard, en 126 ou 125 avant J.-Ch., à la suite d'un événement que nous ne connaissons qu'imparfaitement^, ils purent à leur tour octroyer à Tjrr, comme si de rien n'était, l'autonomie; l'étabUssement de cette autonomie détermina l'adoption d'une ère nouvelle, et fit disparaître complètement l'ère de l'autonomie précédente, qui s'était peut-être maintenue, plus ou moins ouvertement, dans une population qui avait gardé longtemps le souvenir des bienfaits des Ptolémées^.

Il faudrait donc peut-être distinguer deux autonomies tyriennes, l'une d'origine lagide, l'autre d'origine séleucide.

Pour bien achever de faire comprendre l'importance qu'il y a Ueu d'accorder à cette absence de toute mention de la première ère autonome de Tyr sur ses monnaies, je citerai l'exemple d'une viUe phénicienne où les choses se sont passées tout différemment Âradus commença à se servir en 258 ou 259 avant J.-Ch., sous le règne d'Antiochus II, c'est-à-dire une quinzaine d'années seulement après l'établissement de la première ère de Tyr, d'une ère particulière ^ Or cette ère apparaît régulièrement sur les monnaies de la ville <^ depuis cette époque^ et continue à y figurer pendant plusieurs siècles ^ H existe un statère d'or d' Aradus, au type d'Alexandre, portant dans le champ, d'un côté, à droite, AP, en monogramme, et

» Six, Op, cU,y p. 16.

2 E. Renan, Miêê, de Ph., p. 723 Cf. Frérbt, Mém, de VAe, dei Iiucr, et Belles^ Lettres, XVI, p. 288 à 289, dont je crois utile de citer ici les lignes suivantes : «La domination de Séleucus sur la Syrie ne com- »mença donc qu'après la défaite d'Antigonus en 301. Il y eut même quelques villes qui restèrent attachées »au parti de Démétrius; l^yr, entre autres, qui ne se sonmit à Séleucus, que vers Tan 287 avant J.-Ch., >26* de Tère appelée des Séleuddeê. Cette ville est une de celles dont les médailles nous fournissent un »plus grand nombre d'époques rapportées à cette ère de 312, qui précède de dix à onze ans la domination » de Séleucus en Syrie ... La Syrie méridionale, ou Célésyrie,. passa encore plus tard sous la puissance »des Séleucides. Elle releva de l'Egypte jusqu'à l'an 198 avant J.-Ch. ou jusqu'à l'an llô des Séleucides ...»

3 On a supposé que l'autonomie avait été accordée aux Tyriens par Alexandre Zebina à la suite de la mise à mort de son adversaire Démétrius II, qui avait cherché asile auprès d'eux (Nous, De epock. ayrcmac,, p. 380). Depuis Ton a trouvé un statère de Tyr frappé sous Antîochus VIII, l'an 187 des Séleucides, 125 avant J.-Ch. (Leakb, Kingê, p. 35, Six, Op, cU., p. 18).

^ Tyr adopta comme type courant pour son monnayage, commençant en 126 avant J.-Ch., l'aigle des Lagîdes.

* EcKHEL, Doct. Num. Vet., III, 395.

^ Jusqu'à l'an 46 (214 avant J.-Ch.) les années sont exprimées en chiffres phéniciens; puis, à partir de ce moment, en lettres numérales grecques.

7 MioNNET, Descr. V, 464. Suppl. VIII, 315.

58 Études d'Archéologie Oeientale.

de Fautre, à gauche; les lettres phénicieimes K DP. M. Six ^ explique ingénieusetnent AP par APAAIÛN et M DP par *inM DP; h pewpU d'Araiu$, Je me permettrai de faire remarquer que cette dernière locution est identiquement le 'HX DP; ou peuple de Tyr, de Finscription d'Oumm el-*Âwâmid. Cet accord ne rend que plus extraordinaire la différence des abaissements monétaires des deux villes.

Si la numismatique de Tyr se tait précisément alors que nous aurions le plus besoin de Finterroger; elle nous fournit en revanche; sur d'autres pointS; des renseignements qui sont d'ailleurs plutôt de nature à compliquer le problème qu'à le simplifier; mais qu'il faut cependant faire entrer en ligne de compte.

En dehors des ères de Tyr de 126 et de 275 avant J.-Ch.; Fon a conclu à l'existence d'une autre ère monétaire qui; sans appartenir en propre à la Tyr autonome; lui aurait été commune avec plusieurs autres cités de Phénicie. C'est celle qui apparaît sur diverses pièces frappées par les Lagides à Tyr; PtolemaïS; SidoU; et peut-être Gaza et Azote. Les avis sont partagés sur la nature et Fépoque de cette ère qui; en tout cas ne saurait; assure-t-ou; être celle des Séleucides : M. Pinder veut y voir Fère de Philippe Aridée; commençant en Novembre 324; M. Fr. Lenormant^; au contraire; penche pour une ère générale de PhéniciC; adoptée simultanément par plusieurs villes de cette région; vers la fin de 319; époque à laquelle elles se seraient entendues pour ressaisir en partie, à la faveur des troubleS; leur liberté perdue; Ptolémée Soter lui-mêmC; qui occupa la Syrie en 320; en qualité de Satrape d'ÉgyptC; aurait consenti à cette émancipation^.

Je laisse à de plus habiles le soin de démêler la vérité. Je me bornerai; en rappelant ce qui a été dit plus haut sur la probabilité de Forigine égyptienne de Fère et de Fautonomie tyriennes de 275 avant J.-Ch.; à signaler l'intéressant monnayage des Lagides à Tyr; comprenant des pièces de Ptolémée Soter; sans datC; frappées par son fils et successeur Ptolémée n Philadelphe * ; de Ptolémée Philadelphe lui-mêmC; des années 20 (= 266 avant J.-Ch.); 22, 24»; du mêmC; avec la tête diadémée de Ptolémée Soter, des années 30; 32; 33; 34; 36, 39^; d'Arsinoé II Philadelphe ; frappées par Évergète F'; peut-être de Fan 2^; de Ptolémée ni Évergète, avec la tête de Soter; de Ptolémée IV et de Ptolémée VI *.

Ici encore nous éprouvons la même surprise que tout à Fheure : pourquoi les monnaies de Tyr n'inscrivent-elles paS; à côté des années du roi; celles de Fère autonome? Cette fois la chose est d'autant plus étrange qu'il s'agit des souverains mêmes auxquels il convient d'attribuer la mesure instituant Fautonomie de 275. Les Tyriens n'auraient-ils commencé à se servir de cette ère qu'après Fexpulsion de ceux à qui ils devaient leur autonomie? Il n'est

1 Op. cit., p. 7. M. Six attribue cette monnaie à Tan 310, c'est-à-dire à une époque antérieure à rinfltitution de Fère propre d'Aradus. '

2 Fb. Lekormant, EtêoÀ tur le dass, des monn. cTarg. des Lagidesy Semte Numism.^ 1864, p. 161. Cf. f^ABDEKT, Num. de VÉg, amc, I.

3 M. Lencbmant conclut même d'un tétradrachme de Ptolémaïs à Fexistence de dfux ères successives de Phénicie, la deuxième commençant l'an 29 de la première.

* Feuardent, op. ôL, no* 94, 95 avec la tête diadémée de Soter.

6 Id. id, n*>» 136, 137, 138 avec aigle sur foudre. « Id. id. no- 139 à 154. .

' Id. id. no 198.

s Id. id. n^ 215. Pour les monnaies attribuées à Ptolémée IV et Ptolémée VI^ voir MioNmcT, Descr. V no 165; cf, du même, Suppl p. 303 et Numism. Chnm. N. S. 4, pi. VII et IX.

Première inscription phénicienne d'Oumm el-'Awâmid. 59

pas rare^ en effet; que Ton aille chercher à une certaine distance en arrière le point de départ d'nne ère nouvelle.

Ce n'est pas tout H existe encore tout un groupe de monnaies attribuées à Tyr et portant des dates calculées d'après une troisième ère distincte des précédentes. Cest à M. Brandis < et à M. Six > que revient le mérite d'avoir reconnu et classé ces curieuses monnaies qui portent des lettres et des chiffires phéniciens. Ces pièces sont datées des années 2, 3 — (lacune de 20 ans) — 23, 24, 26 «, 28, 29, 30, 32, 33, 34, 35 et 37. Sur un exemplaire de Tan 2 et de l'an 3, le chiffire 2 est accompagné d'un ^y ^^^ lequel M. Six voit l'initiale du nom de Tyr^ 'niX; un autre exemplaire de l'an 2 a un &, que M. Six interprète par "^^fi, roi; enfin, sur un second exemplaire de l'an 2, il y a, outre le & accompagnant le chiffre, un K dans le champ de la pièce. M. Six considère cet K comme l'initiale du nom àLÂlexandre et suppose que cette série monétaire est comprise entre les années 331 — 296 avant J.-Ch. Alexandre, après avoir pris Tyr de vive force, l'aurait aussitôt relevée, repeuplée et l'aurait déclarée autonome ^ H est certain que voilà un événement qui peut dater dans l'histoire de Tyr, et Ton comprend qu'il ait pu se produire là ce qui devait se produire un peu plus tard à Gitium, dont l'autonomie municipale, comme je le montrerai à une autre occasion, a pour époque la destruction de la dynastie phénicienne de cette ville par Rolémée Soter.

A ce compte nous aurions donc, pour la seule ville de Tyr, en écartant même Tère commune à plusieurs villes de Phénicie, ère dont Texistence est sujette à caution, trois ères autonomes successives, commençant respectivement en 126, 275 et 332 avant J.-Ch. Cest peut-être beaucoup. L'on est tenté de se demander si par hasard les deux dernières ne pourraient pas être identifiées et ramenées à une seule et même ère. L'ère tyrienne calculée avec 332 pour époque, nous donnerait comme date de l'inscription (332 — 143) 189 avant J.-Ch., date qui n'aurait en soi rien d'inadmissible. Mais alors que faire avec l'ère de l'^cZon mdâkimy qui commence 37 ans avant l'ère tyrienne? Nous serions rejetés bien au delà d'Alexandre, en (332 + 37) 369 avant J.-Ch., ce qui est historiquement invraisemblable. L'ère de 275 ne peut donc être ramenée à celle de 332. Mais celle de 332 ne pourrai^elle pas être ramenée, avec les monnaies desquelles on déduit son existence, à l'ère de 275? Le monnayage, au heu d'avoir son point de départ en 332, l'aurait en 275. Je ne vois pas qu'on puisse faire à cette combinaison d'objections numismatiques bien sérieuses. Je ne m'y arrêterai pas cependant, et je me contenterai de signaler rapidement à l'attention des personnes compétentes une autre combinaison qui mérite d'être examinée plus à fond que je ne puis le faire ici.

Nous avons vu que l'ère tyrienne de l'inscription est de 37 ans postérieure à l'ère de YAdon mdàkifn : or, il se rencontre justement que le monnayage attribué à la première autonomie de Tyr s'arrête brusquement à l'année 37. Est-ce un hasard, un rapport fortuit

> Bramdib, Da$ Mumz-, Mass- u. Chunchtstoeten, p. 876, 513.

3 NumiêmaUc Chnmide, 1877 III, p. 189 sq. =s OhêerwU. sur lea mcnnaies phén, (extr.) p. 15.

> M. Six signale nn bronze de Tan 26 au type d'Alexandre, d'après L. Mûlleb, Num, cT Alexandre, n« 1425.

< M. Six va même jusqu'à admettre que le roi de Tyr Azemilkos n'aurait pas été détrôné. Cela parait peu probable et serait d'ailleurs difficilement compatible avec la déclaration d'autonomie de la cité, qui dit autonomie dit municipalité et non royauté. Il y a en outre à cela de plus graves objections encore, qui seront produites en leur temps.

que peut faire disparaître^ du jour au lendemain^ une nouvelle trouvaille? Je ne sais^ mais la coïncidence est au moins curieuse. Si le système de M. Six est fondée si les monnaies de Tyr en question partent bien de Fan 331 avant J.-Ch.^ si Tune d'entre elles est effectivement frappée au nom d'Alexandre^ Ton pourrait essayer de rapporter les dates qui y sont inscrites^ non pas à une autonomie; en somme hjrpothétique; de la ville^ mais à Alexandre lui-même. L'autonomie, et l'ère qui en dérive, n'auraient en réalité commencé que 37 ans plus tard, en 295 avant J.-Gh. Qu'on ait continué à compter les années d'Alexandre après sa mort, cela n'aurait rien de bien extraordinaire. Nous verrons plus loin que les Syriens prétendent connaître une ère â/ Alexandre. Voilà qui tendrait à déranger Tère de 275. Sur ce pied notre inscription serait de l'an (295 — 143) 152 avant J.-Ch., et \Adm melàkim serait Alexandre. Mais il faudrait prouver qu'en 152 avant J.-Ch. l'on se servait en Syrie d'une ère d'Alexandre de 332,

n y aurait peut-être moyen de concilier d'une façon moins invraisemblable ce monnayage énigmatique avec l'ère de 275. Brandis * était d'un autre avis que M. Six au sujet de cette série monétaire; il en plaçait le point initial non pas en 332, mais en 312, et supposait que les chiffres se rapportaient à l'ère des Séleucides. L'emploi de l'ère des Séleucides à une aussi haute époque est, il est vrai, bien difficile à admettre; la première date connue est PIB, 112, soit 201 avant J.-Ch., qui apparaît sur une monnaie d'Antiochus III 2. S'il n'y avait pas de ce chef une impossibilité radicale, si par exemple l'on arrivait à démontrer un jour que l'ère dite des Séleucides n'est que la transformation et l'adaptation d'une autre ère, pratiquée à l'origine sous un autre nom, l'on pourrait se demander si les sigles D et K, figurant sur le statère de l'an 3 de la collection Imhoof-Blumer, ne sont pas à interpréter par DSSd pK. Je n'émets, bien entendu, cette dernière conjecture qu'avec la plus grande réserve. Il faut avouer que, si le mem et Valeph des monnaies de Tyr se rapportaient à VAdon mdakim, les choses s'an-angeraient assez bien. En 312 avant J.-Ch., Tyr est reprise sur Antigone par Ptolémée, allié de Séleucus; un an après, en 311, la ville frapperait une première monnaie datée de l'an 2 de YAdon melâkim (quel que soit le personnage désigné sous ce titre 3); puis une seconde de l'an 3. Après une interruption de vingt ans, qui peut s'expliquer par les événements politiques, le monnayage recommencerait, avec la date 23, et se poursuivrait jusqu'à la date 37, en Fan 275, époque à laquelle Tyr recevrait de Ptolémée Philadelphe l'autonomie, point de départ d'une ère nouvelle, destinée à faire place elle-même plus tard, en 126, à une seconde ère.

L'ÈKE de l'AdON MELAKIM, l'ÈRE DES Ssi^UCIDES ET l'ËRE d'AlEXANDRE. Ccla UOUS

amène à considérer d'un peu plus près que nous ne l'avons fait jusqu'ici l'expression d'Adon melakim. En somme, le problème chronologique tout entier pourrait être réduit à cette simple question : quel est le personnage historique désigné sous ce titre dans l'inscription? L'idée d'un souverain régnant est naturellement exclue, vu le nombre des années qui dépasse la centaine. Ce Seigneur des rois* est-il nécessairement Séleucus I®' Nicator, fondateur de la

1 BaANDiB, Dos MUnz' etc., p. 376.

^ De Saulcy, Mém, sur les Ttumn. datées des Séleuc., p. 1 et 7.

> £t qui peut être tout aussi bien Ptolémée que Séleucus, car, ainsi qu'on le verra dans .un instant, le fils de ce Ptolémée premier du nom, Ptolémée Philadelphe, porte notoirement dans une inscription phénicienne de Chypre le titre d'Adon melâkim, et lui-même le titre presque identique d'Adom-melàkim.

* Ou des royautés.

PeEMIÈRE inscription phénicienne D'OuMM EL-'AWAMID- 61

dynastie des Séleucides? Ce n'est pas la première fois que ces mots DS^D ^ItK se rencontrent dans un texte phénicien. Le souverain innomé^ dont Ëchmounazar^ roi des Sidoniens^ n'était que le vassal^ est; lui aussi ^ un Adon mddJdmK Ptolémée II Philadelphe porte également; dans une inscription phénicienne de Chypre^ ce titre de Dsbfi pK^, et son pèrC; dans une autre inscription du même pays^; porte le titre^ certainement semblable^ à'Adom-mMcim (pour Adon-melàkim, avec assimilation du noun au 7716m suivant).

Si le suzerain d'Echmounazar est bien le roi de Perse*; il ne saurait être question de hii ici; d'abord parce que l'inscription d'Oumm el-*Awâmîd appartient incontestablement à la période grecque ; et que le maintien d'une ère perse à pareille époque serait de la dernière invraisemblance; ensuite parce qu'il n'y avait pàS; comme l'ont supposé quelques personnes; d'ère perse. Nous savonS; en effet; par la stèle araméenne de Berlin ^ que; chez les Sémites des satrapies occidentales; l'on datait tout simplement des années du règne de chaque roi achéménide. De même pour les Ptolémées : la V® inscription dldalie est datée de l'an 31 du règne de Ptolémée II Philadelphe qualifié à' Adon melàkim.

Il est une hypothèse qui serait plus spécieuse; c'est ceUe qui entendrait par VAdon mdàkim de l'inscription d'Oumm el-*Awâmîd; Alexandre lui-même. '

Cette dernière hypothèse; quelle que soit son apparente singularité; vaut cependant la peine qu'on s'y arrête quelque peU; car elle va nous permettre de produire un argument nouveau et d'une certaine importance; bien qu'indirect; tendant à prouver que l'ère de \Adon mdâkim est réellement l'ère que nous appelons l'ère des Séleucides.

Si le point de départ de l'ère des Séleucides est aujourd'hui fixé avec certitude au 1^^ Octobre de l'année 312 avant J.-Ch.; l'origine historique et la dénomination antique en demeurent encore assez obscures. L'on suppose que cette ère dut sa création à un événement considérable; et que cet événement n'est autre que la victoire remportée à Gaza sur Démétrius Poliorcète; fils d'Antigone, par Rolémée Soter; allié de Séleucus, suivie de la victoire de ce dernier sm* Nicanor; général d'AntigonC; et de la conquête de la Susiane et de la Médie. Il est certain que de ce jour; de la prise de Babylone par SéleucuS; date véritablement la fondation de la fortune des Séleucides.

L'on ne saurait dire avec précision à partir de quel moment cette èrC; dont Yépoque théorique est 312 avant J.-Ch.; a commencé à entrer effectivement dans la pratique. H ne faut pas perdre de vue que l'on a pU; à un moment donné; choisir rêtrospectivemmt, dans le passé; un point de départ chronologique. Toujours est-il que cette ère est devenue d'un usage universel en Syrie et a survécu pendant des siècles à la disparition des derniers vestiges de la puissance des Séleucides. Les dates établies d'après elle sont innombrables sur les monnaies et les monuments épigraphiques. Malheureusement; cette èrC; si répandue; n'est; pour ainsi dirC; jamais désignée d'une façon expresse; par un nom particulier. Et cela se conçoit. Elle était l'ère par excellence; l'on ne saurait guère espérer la voir spécifier que

1 Inscr. d^Ëchmounazar, 1. 18.

2 Idalie V, 1. 1.

3 Lamax Lapithou : Dw'^&^lK (L 2).

^ L*on n'a peut-être pas encore suffisamment emisagé la possibilité de faire descendre Tinscription d'Ëchmounazar au-dessous d'Aleocandre, Il ne faut pas oublier qu'en Sîô, il y avait encore des rois phéniciens (Diod. Sic. 19 : 58). Dans ce cas VAdon melàkini serait ou Alexandre, ou. même l'un de ses diadoques.

^ Datée de l'an lY de Xerxès. Sans compter les témoignages nombreux des monuments ég}i)tiens et cunéiformes.

par opposition à une ère diffërente; comme c'est le cas dans notre inscription. Nons n'avons à ce sujet que de faibles indices dans les documents historiques; il ne sera pas sans intérêt de les examiner rapidement.

L'auteur du premier livre des Macchabées dit qu'Antiochus Épiphane commença à régner en l'an 137 de la royauté des Grecs : PaatXefaç 'EXXt^vwv*, c'est-à-dire de l'ère des Séleucidea. Cette expression; qui nous représente cependant très probablement une expression sémitique^ ne ressemble guères à DS^fi pK; il est évident que l'auteur qui l'emploie se place à un point de vue national; et même hostile 2; en caractérisant cette ère par l'extranéité de son origine. Il est plus que douteux que ce fût là le véritable nom officiel de ce mode de comput, mais je serais porté à croire que c'en était le nom vulgaire chez les populations syriennes. Nous verrons tout à l'heure un fait qui est de nature à nous confirmer dans cette idée.

Flavius JosèphC; dans ses Antiquités Juddiques, est amené par deux fois à spécifier l'ère des SéleucideS; et chaque fois il le fait d'une manière différente et peu claire.

Dans le premier cas^; il parle de l'an 170 de la royauté des Assyriens (sic)^ ^aaiXeC»; A99up{(i)V; à partir du moment où SéleucuS; surnommé Nicator; s'empara de la SyriC; èÇ o3 Xp6voa ZéXsuxo; 5 NtxiTb>p âxixXeOsl; xoistTxe lupiav. Cela n'est pas très exact historiquement; attendu que Séleucus ne devint réellement maître de la Syrie proprement dite qu'en 301; c'est-à-dire 11 ans environ après le commencement de l'ère des Séleucides. N'y aurait-il pas là quelque confusion de copiste? Le texte primitif avait peut-être : paaiXeio^ SupCwV; et; par contre, ïwreéoxs AaoupCav,

Dans le second cas*, Josèphe parle de l'an 143, {Astà tob^ dbcb SeXsûxou ^aatXeîç. L'expression ne laisse pas d'être tant soit peu bizarre. Elle fait songer par instant aux D3^D de la locution DSbiÛ \lày comprise de travers.

L'ère des Séleucides est désignée par les rabbins sous un nom qui prouve qu'elle a dû jouer un rôle important chez les Juifi : fintûtt^ p3Û; le comput des contrats^. Le calcul permet d'établir rigoureusement que c'est bien l'ère des Séleucides de 312. Une tradition dit que le comptU des contrats commença après la mort d'Alexandre, lorsque son empire fut partagé entre ses quatre serviteurs; mais la légende est venue se mêler à ce renseignement assez exact d'une façon bien bizarre, en prétendant que l'ère en question remonte à l'époque où Alexandre (mort depuis onze ans), aurait fait à Jérusalem sa fameuse visite. L'origine de cette dénomination de comput des contrats est aisée à comprendre si l'on se rappelle qu'une des choses qui répugnaient le plus aux Juifs semble avoir été l'emploi de l'ère des Séleucides pour les actes officiels; et qu'un de leurs prenders soins, quand ils ressaisirent leur indépendance; fut de dater ces actes d'après les années de leurs che& nationaux®.

Chez les auteurs syriaques l'ère des Séleucides est fréquemment employée et diversement désignée. Parfois l'on se sert de l'expression Vannée des Grecs 7; qui semble calquée sur

ï I Macch. I, 11.

2 Une trentaine d'années plus tard un des premiers actes d'indépendance du peuple joif est de rejeter l'emploi de l'ère des Séleucides et de dater les actes officiels des années de Simon (I Maech. XIII, 41 -, — cf. FI. Jos., ÂfU. J, XIII, VI, 6).

8 AnUq, J. Xm : VI, 6.

* AnUq, J. Xlil : V, 3.

^ Ideleb, Handbuch, I, 530. On y trouvera les sources indiquées.

^ Cf. plus haut, en note.

7 V^Q^9 ZJLà».

Première inscription phénicienne d'Oumm el-'Awamid. 63

la ^aatXeioc ^EXXt^vuiv du livre des Macchabées; parfois d'une expression moins vague^ qui rappelle celle de FL Josëphe (la seconde) : à partir du commmcement du r^e de Séleucue Nîcator, rai de Syrie K Mais le plus souvent cette ère est dite ère d'Alexandre\ Cette dénomination est issue apparemment de quelque confusion analogue à celle que nous avons relevée plus haut dans la tradition rabbinique; malgré cela les auteurs syriaques ne se sont pas mépris sur Torigine et la valeur réelle de cette prétendue ère d* Alexandre. Voici ce que dit à ce si\jet Bar-Hebrseus ^ : < Douze ans après la mort d'Alexandre (par conséquent en 312); »SéleucuS; surnommé Nicator, c'est-à-dire le victorieux; obtint la possession de BabylonC; de

> l'Iraq entier et du Ehorasân jusqu'à l'Inde. Du commencement de son règne part cette ère » connue sous le nom d'ère d'Iskander; d'après laquelle les Syriens et les Hébreux comptent

> leurs années. » * Cette observation chronologique est en parfait accord avec celle d'Eusèbe *, qui fixe le commencement du règne de Séleucus à la douzième année après la mort d'Alexandre : Itei §u>86K,iT(i> (astoc tv]v 'AXelotvBpou TeXeun^v.

L'on peut encore comparer la date du symbole de Nicée telle qu'elle est donnée dans les actes du concile de Chalcédoine® : en Van 636 après Alexandre, Ito; (ou ïtsi) dwcb AXe- ÇivSpou x^'C- Le calcul montre qu'il faut également entendre par là l'ère des Séleucides de 312.

Les historiens; les chronographes et les astronomes arabeS; et musulmans en général, ont; comme de juste, suivi l'usage syriaque dans leur façon de désigner l'ère des Séleucides. Elle est pour eux l'ère des Grecs, ^^yS\ ^s^, et aussi, et surtout; l'ère d'Alexandre, ^;b' ^JuJCu^lf^jOiCw^t^^Lj, ou l'ère d'(Alexandre) aux deux cornes, ^jjûJUI ^ù ^jLj- ^ ^^^ même encore rench<^ri sur cette dernière dénomination et, tout en calculant exactement l'ère elle-mêmC; ils lui ont attribué gratuitement une origine historique absolument fausse : ils en placent le point de départ à la septième année du règne d'Alexandre, lorsque le conquérant sortit de Macédoine pour entreprendre ses grandes expéditions^!

Cette persistance de la tradition à rattacher le nom d'Alexandre à l'ère des Séleucides est de nature à nous donner à réfléchir. GoLrcs n'hésitait pas à supposer que cette ère avait réellement reçU; dans l'antiquité; de ceux mêmes qui l'avaient instituée, le propre nom d'Alexandre ; c'eût été une sorte d'hommage posthume rendu par les Séleucides à la mémoire de l'illustre conquérant^. Le fait n'est pas totalement impossible; mais il est encore à démontrer.

Sai\p aller jusque là; l'on pourrait tout au moins se demander si le nom officiel de l'ère des Séleucides n'était pas tel qu'il prêtât à l'amphibologie. faut avouer que si ce nom était l'ère de YAdan melakim, la chose s'expliquerait à merveUle; nulle dénomination

^ Par exemple, un manùBcrit de Saint-Ephrem, cité par AsBEiiAin {Bibliotheca OrienUdw, I, p. 133) est daté de Tan 113ô, à partir du commencement du règne de Séleucus Nicaior, roi de Syrie : oiZonSSo s^^9 ^lo^ V»9atf9 ^nSsn ^Q^-n^j ^odqV^^ goit de Tan 823 de notre ère.

^ Par exemple, un autre manuscrit du même est daté de Tan 863 de l'ère d'Alexandre ^iP09|lTff"^V? ^liivin soit de Tan 651 de notre ère (Assekani, op, c. I, p. 83; plus loin, p. 181, il est question de l'an 733 d'ÂlexandreJ.

• EisL dyn. VI, p. 98, du texte arabe de Pococke.

rj^^j-'^W ^ texte syriaque porte : ici commence Vère des Qreca que nouê employona nous autres Syriens, tout en l'appelant ère d'Alexandre.

5 Demmstr, ev, VIII, p. 393, cf. Chron. trad. de St. Jérôme (Oper. vol. VIII, p. 640) : la l** année de la 117*> olympiade.

9 Hàbduinub, Acta OoncUiorum, p. 286.

7 Cf. le ms. arabe cité par Idbleb, Handb. II, p. 626.

^ GoLiuB, dans son édition d*Alfergani, p. 57 : summi ducis et victoris memoriam ac konorem.

64 ÉTUDES D'AeCHÉOLOGIE ORIENTALE.

ne pouvait donner plus facilement naiissance à une équivoque que devait encore favoriser Fimagination populaire tout pleine des exploits et de la puissance d'Alexandre. Cet Adon mddkim innomé; qui^ au moment de l'institution de Tère^ représentait le souverain alors régnant^ soit Séleucus Y^ Nicator^ soit même Ptolémée Soter^ comme plus tard il devait représenter Ptolémée PhOadelphC; comme déjà peut-être il avait représenté le roi de Perse ', a pu insensiblement se transformer et être considéré comme étant Alexandre lui-même. Alexandre a dû assurément êtrC; lui aussi; qualifié^ à son heure^ à^Âdqn mddJdmj par les Sémites dont il était devenu le maître. Ce besoin du vulgaire de tout reporter aux grands noms qui Font le plus frappé et qu'il a seuls retenus^ est une tendance universelle^ et Fhistoire de la légende dAlexandre en ofi&C; sans conteste^ les exemples les plus frappants dans tous les ordres. Ce serait un exemple de plus à joindre aux autres.

*De ces diverses considérations nous avons une chose essentielle à retenir^ c'est que, plus que jamais^ Fon est en droit d'admettre que^ chez les Sémites de Syrie ; la véritable façon de désigner Fère des Séleucides était précisément la formule que nous avons dans notre inscription : Vannée tant de VAdm mdàkim : 03^0 pitb ♦ ♦ ♦ fltt^D. Ce résultat vient utilement corroborer une conclusion qui est généralement reçuC; il est vrai; mais dont pourtant la vérification n'a pas encore été faite d'une façon complète et définitive.

Qu'était Oumh bl-Awâmïd dans l'antiquité? — Autre question, non moins grave, dans un ordre différent, que la précédente : quelle est la ville antique qui s'élevait sur l'emplacement d'Oumm el-*Awâmîd? Cette question se reproduit maintenant plus impérieusement que jamais, puisqu'il faut, comme j'espère Favoir montré, renoncer à Fidée de chercher dans le texte phénicien la mention d'une Laodicée qui serait la ville demandée. Cette dernière conjecture, reposant sur une interprétation désormais sans fondement, ne faisait d'ailleurs que reculer la difficulté sans la supprimer, car cette prétendue Laodicée, qui aurait existé entre Tyr et Acre, était parfaitement inconnue dans Fhistoire et dans la géographie. Le problème se trouve donc ramené à son point de départ et de nouveau posé dans son intégraUté. Je ne prétends point en apporter la solution. Je voudrais seulement grouper et discuter la valeur des éléments qui peuvent contribuer à nous faire obtenir cette solution et qui n'ont peut-être pas été tous pris en considération ou suffisamment examinés.

Aspect des ruines. — Il convient de mettre en première ligne les indications archéologiques.

Les ruines d'Oumm el-Awâmîd sont situées sur un point de la côte de Phénicie compris entre Tyr et Acrp, ou plus exactement entre Tyr et Akzîb, tout près de la localité appelée Iskanderoùne, à environ quatre lieues au sud de Tyr. Tous les voyageurs qui les ont visitées s'accordent à dire qu'elles ne peuvent être que le reste d'une cité fort importante. Telle a été, dès Forigin^ Fopinion de M, de Saulcy^; telle a été ensuite celle de M. de Vogué 3; telle est également celle de M. Renan ^ qui a interrogé le sol la pioche à la main et avec un rare bonheur.

Les ruines sont à une certaine distance de la mer; elles couvrent un espace de plus d'un kilomètre. On y distingue encore une sorte d'acropole, avec des colonnes semblant avoir

* Avec la réserve expresse indiquée plus haut en note.

* F. DE Saulcy, Voi/. anL de la Mer Morte, I, 69.

* M. DE VoGtîÉ, Fragm, cTun journal de voy. en Orient, p. 38 et suiv.

* Ë. Renan, Miêêion de Phénicie, p. 695 et Suiv.

Première inscription phénicienne d'Oumm el-'AwamId. 65

appartenu à quelques propylées. Les fouilles de M. Renan ont d'ailleurs établi que ces eolonneS; dont quelques-unes sont encore debout et ont valu aux ruines le nom arabe sous lequel elles sont connues (juye|«AJ| It; la mhre des colonnes), ne sont pas in situ, et ont été assez négligemment relevées à une date relativement moderne.

On recueillit dans les excavations entreprises en ce point nombre d'éléments d'architecture provenant de divers édifices de style dorique et ionique, d'une époque voisine de celle d'Alexandre.

Non loin de là se voient les restes d'une série de constructions de style égyptien. L'on y découvrit différents débris de sculptures et de moulures d'un grand intérêt : cinq têtes de physionomie égyptienne, ayant l'air presque toutes^ ainsi que d'autres morceaux, poitrines et croupes, d'appartenir à des sphinx; sept ou huit linteaux ou fragments de linteaux ornés du globe ailé; les restes reconnaissables de deux lions en ronde bosse qui devaient flanquer quelque entrée de temple ^ ou de palais. L'on a beaucoup varié sur la date qu'il convenait d'assigner à ces membres d'architecture et à ces éléments d'ornementation. L'on avait d'abord songé à une antiquité fort reculée, une dizaine de siècles avant notre ère. Mais l'on ne tarda pas à s'apercevoir qu'il en fallait beaucoup rabattre. M. Renan inclinerait vers l'époque perse ; M. Thobois, au contraire, « pense que, ' malgré l'originaUté > indigène du style, l'édifice a été bâti postérieurement à Alexandre; les ouvrages égyptiens » d'Oumm el-*Awâmîd paraissent à M. Thobois avoir été traités aussi par des mains grecques » 2. J'ai tenu à donner tout au long l'opinion de M. Thobois, parce qu'elle émane d'un homme du métier, d'un architecte expérimenté, qui a suivi attentivement les excavations et qui ne s'est évidemment prononcé que sur des considérations techniques, en dehors de toute préoccupation historique, et parce que cette opinion peut avoir pour notre enquête géographique de graves conséquences. En effet, si, comme le dit avec raison M. Renan et comme tout le monde le reconnaît^avec lui, la construction égyptienne en question est le plus vietLx monument d'Oumm el-*Awâmïd; si d'un autre côté, le jugement de M. Thobois doit prévaloir, ce que je suis porté à croire pour ma part, il en résulterait une donnée, à mon avis capitale, pour l'âge, et, partant, pour l'identité, de la ville énigmatique que nous cache Oumm el-*Awàmîd : la fondation de cette ville aurait eu lieu postérieurement à Alexandre, probablement sous l'un de ses premiers successeurs. Je reviendrai tout à l'heure sur cette conclusion qui, si elle est acceptée, serait un pas sérieux de fait Vers la solution.

Les murs des maisons, ou plutôt des masures, reconstruites après coup, peut-être à l'époque romaine, peut-être plus tard encore, avec des matériaux empruntés à des édifices déjà ruinés, ont fourni aussi d'autres débris archéologiques précieux, rentrant dans les mêmes catégories de style et d'époque que les précédents. Il faut mentionner en outre deux socles énormes ornés de figures de lions; un sarcophage muni à l'une de ses extrémités d'un petit autel adhérent; un petit siège de pierre avec de fines sculptures, parmi lesquelles revient encore le motif du disque ailé ; un torse de statue couchée d'un beau travail grec ; un tronçon de statue costumée à l'égyptienne; un bas-relief représentant un quadrupède, décapité, assis sur un pylône etc. Enfin, quatre inscriptions, l'une grecque 3, sur marbre, contenant le

' 1 Cf. plus haut les deux lions trouvés non loin de la stèle de Byblos.

2 E. Renan, Migs, de, Phén,, p. 703.

3 Le caractère est du premier ou du deuxième siècle avant notre ère (E. Renan, Miss, de Phén,, p. 709).

nom d'un personnage homonyme de notre Abdelim, 'A^8i^Xi(jlo<;, qualifié de Tyri&ii, Tupioç; les trois autres phéniciennes^ sur calcaire :. 1^ celle qui fait Fobjet de la présente étude; 2^ une autre dont je discuterai la véritable signification dans un paragraphe spécial; 3"* la dédicace d'un cadran solaire fait par un certain Abdousir.

Signalons; pour achever de caractériser cette cité antique ; quelques constructions sans intérêt dans la petite plaine s'étendant au pied de la colline sur laquelle s'élevait la ville haute; difi'érents ouvrages creusés dans les flancs rocheux du w&dy : pressoirs ; cuves, caveauX; contenant des auges funéraires etc. L'ensemble de ces sépultures n'a pas paru à M. Renan être en rapport avec l'importance de la viUe ; la disproportion est telle qu'il suppose qu'il doit y avoir dans le w&dy quelque nécropole cachée par les buissons. Le port était insignifiant. Mais ce qui est tout à fait propre à montrer que nous avons bien certainement devant les yeux l'assiette d'une grande et populeuse cité; c'est l'existence d'un acqueduc qui y amenait les eaux d'une belle source située plus haut; dans le wâdy Hamoul.

Tous ces détails sont bien plus de nature à piquer encore davantage notre curiosité qu'à la satisfaire. Il est vraiment incompréhensible qu'une ville qui a laissé sur le sol une aussi forte empreinte; ait disparu de l'histoire sans qu'on en puisse saisir la plus légère trace. U n'y a pas là seulement un problème à résoudre; mais un mystère à éclaircir.

Noms modernes et anciens. — La grande ressource des études topographiques syriennes; je veux dire la persistance onomastique; nous fait défaut là où justement elle nous serait le plus nécessaire. Le nom antique d'Oumm el-*Awâmld est totalement effacé. La tradition localC; qui a généralement si bonne mémoire; l'a oublié. Cet oubli est à noter. Il y a de fortes chances pour que ce nom se fût conservé; comme tant d'autreS; s'il s'était agi d'une cité réellement ancienne; c'est-à-dire ayant racine dans le passé sémitique; une pareiUe oblitération s'expliquerait bieU; au contraire; si l'on arrivait à démontrer que nous avons affaire à une viUe créée pour ainsi dire artificiellement; à la suite de la conquête grecque, une ville dont la naissance; la vie et la mort tiendraient tout entières entre l'arrivée d'Alexandre et celle des Romains.

Oumm el-*Awâmîd n'est pas un nom; c'est un de ces appeUations banales qui se répètent aux quatre coins de la Syrie.

Sur l'autorité de Schulz; qui aurait besoin d'être contrôlée; Ritter ^ rapporte que chez les gens instruite du pays la localité serait aussi désignée sous le nom de Tvhrân d-Schâm; M. DE YooûÉ^ parle de Médinet-d-Taharan, sans dire s'il reproduit simplement l'allégation de ses devanciers; ou s'il a recueilli le nom à nouveau en puisant à la source même. M. Renan ne semble pas l'avoir directement relevé dans la tradition localC; bien qu'il ajoute, en les corrigeant; aux formes de Ritter et de M. de Vogué la variante Medinet et-Touran 5, qui a l'air d'être une moyenne entre ces deux formes. Il est difficile d'asseoir quelque conjecture solide sur un nom aussi indécis. Je me défie d'ailleurs beaucoup de ces GebUdeten auxquels Ritter attribue; d'après Sghulz; la connaissance et l'usage de ce nom. En Sjoie c'est aux ignorants;

1 C. Ritter, Erdk. XVI, p. 808, cf. p. 778 : Fuhran pour Tukran,

2 Fragm. etc. p. 46.

3 Miês, de Phén, p. 744. Je ne crois pas qu*il y ait lieu de s'arrêter à^ l'explication de Medinet et- Touran par izoXiç Tup((ov.

Première inscription phénicienne d'Oumm el-'AwImid. 67

aux naïfg^ aux simples d'esprit qu'il faut demander la vérité. Les indigènes^ chrétiens ou musulmans, qui ont quelque lecture et qui se piquent de savoir leur histoire, sont les plus dangereux des guides. Ea tout cas si ce nom, qui ne nous est connu que par des transcriptions incertaines, et dont j'estime qu'il est prudent, jusqu'à nouvel ordre, de ne se servir qu'avec circonspection, est bien, comme on le suppose, ^Iw^Jklt aUjJue Medinet ef-TahrOn, ou J. (^^ JjbJt Tahran ech-chdm, je ne vois qu'un moyen de l'expliquer, c'est d'y reconnaître le nom même de la ville persane de Téhéran ^, transféré à notre localité par suite de quelque raison légendaire que nous ignorons, et qui serait peut-être plus importante à connaître, pour l'objet qui nous occupe, que ce nom lui-même. Ce qui me confirmerait dans cette idée c'est la locution AjSJ\ Lv)'r4^ Téhéran de Syrie, qui a bien l'air d'être une diflPérentiation avouée de la ville homonyme de Perse. H est bon de se rappeler à ce propos que les auteurs musulmans du moyen-fige constatent l'existence d'un grand nombre de ChiHtes, c'est-à-dire de PersanSy ou tout au moins d'adhérents de la secte persane, précisément dans la région de Tyr.

Si maintenant nous consultons les géographes et les historiens anciens, ils nous en apprendront moins encore que le sol et la tradition locale. Ils sont muets sur l'existence d'une ville de quelque importance située entre Tyr et Âkzib; seul le promontoire escarpé de Ras en-nàqoûray à quelques kilomètres au sud d'Oumm el-*AwSmld, a été mentionné par FI. Josèphe^ sous le nom de xXt{Aa^ Tup((«>v.

J'insisterai sur ce fait que le pseudo-Scylax, qui décrit si minutieusement la côte de Phénicie ne trouve rien à enregistrer entre Tyr et Ecdippa, autant du moins qu'on en peut juger d'après le texte fort maltraité à cet endroit. Il en résulterait que notre ville n'existait plus, ou n'existait pas encore, quelque temps avant Alexandre.

Alexandroschene et Iskanderoûnè. — Il nous faut descendre jusqu'à l'an 333 après notre ère pour rencontrer un témoignage ayant trait à une localité qui, si elle n'est pas notre ville même, en est au moins toute voisine : c'est VAleoeandroschene de l'itinéraire du Pèlerin de Bordeaux ^, indiquée comme une mutatio entre Tyr et Ecdeppa, à douze milles de l'une et de l'autre de ces deux villes. Alexandroschene est, au moins onomastiquement, sinon topographiquement, le 'u4m Iskanderoûnè de nos jours, à environ une lieue au nord d'Oumm el-*Awâmîd. M. Renan ^ s'est demandé un moment, mais sans vouloir s'arrêter à cette idée, si Oumm el-'Awâmîd ne serait pas Alexandroschene même, et si le nom n'aurait pas été peu à peu transporté de la colline déserte à la fontaine fréquentée par les voyageurs. Cela est-il réellement impossible? Edrisi^, qui appelle V endxoit Iskanderiyéj ib.JoJCwt, exactement comme Y Alexandrie d'Egypte, et le place à quinze milles au sud de Tyr, le qualifie, à l'instar de cette dernière ville, de ILL» Jue, cité : cette qualification a-t-elle jamais pu s'appliquer avec quelque justesse au site de *Ain hkanderoùnèf La mutatio Aleocandroschene, la medînet Iskanderiyé d'Edrisi ne nous représenteraient-elles pas le résultat de cette résurrection tardive d'Oumm el-*Awâmîd, résurrection dûment constatée par le réemploi des matériaux antiques pour la construction des maisons ? La description d'Edrisi, pour toute cette partie du littoral,*

* olr*^ *^®^ ^^'^^ ^^^ ^® A» 6t djexm sur le hé : tikrân; le keira passe, comme d'ordinaire, au son éy puis a bref, par suite de Tinfluence du hé légèrement guttural.

2 FI. Josèphe, G. J. II, 10 : 2. La êcala Tyriorum et le Tiac ^ KOblO du Talmud et des Midrachim.

' IHnera et deacr, Terrœ Sanuctœ, éd. T. Tobleb, Genève 1877, p. 16.

^ K Renan, Miêê. dô,Phén,, p. 745.

^ Géographie d'Edrisi, trad. Jaubert I, 349.

68 Études d'Abchéologie Orientale.

est très précise; et cette précision semble indiquer qa'il en parle de visu. Il mentionne successivement, en allant d'Acre vers Tyr : à 12 milles : Heu^n ez-z^^ (Akzib, Ecdippa); à 18 milles de là : m-nawâ^r^] puis, à 5 milles plus au nord, Iskandeinyé^

Le géographe Yâqoût connaît le nom de la localité sous sa forme actuelle à'Iskanderoûne : « J'ai trouvé, dit-il *, dans quelques chroniques de Syrie, qu'Iskanderoûni est entre Acre et Tyr. >

L'on ne peut pas tirer grand parti des distances données par Edrisi en cherchant à voir si elles s'accordent mieux quand on place Iskanderiyé à Oumm el-'Awâmïd que quand on la place au *Ain lakanderoUriè, ou même au khân de nos jours. Ces distances ont pu être altérées par les copistes. D'après 'Azizî^, il n'y aurait que 12 milles seulement entre Tyr et Acre, ce qui est une erreur manifeste.

L'on explique Aleacandroschene par 'AXeÇavSpou oxyjvt^, et une légende, qu'ont connue, et peut-être imaginée, les croisés*, rattache l'origine du lieu à un prétendu campement d'Alexandre, pendant, ou après le siège de Tyr.

Tout cela est insuffisant pour faire supposer que le nom ancien d'Oumm el-*Awâmïd ait été Alexandrie^ et que la fondation même de la ville doive être rapportée au conquérant macédonien. L'origine de cette dénomination ne repose peut-être que sur une fable aussi gratuite que celle qui a donné naissance au nom suspect de J. gt^ Si Alexandre avait réellement créé là une ville portant son nom, et une ville qui a eu son moment de grandeur comme en témoignent ses ruines remarquables, il est invraisemblable que les historiens de l'antiquité ne nous en eussent rien dit. En admettant même, à la rigueur, qu'ils aient pu se taire sur le fait même de la fondation, l'on ne saurait comprendre comment cette cité, qui a 4û forcément jouer un rôle dans les événements considérables et les guerres dont cette partie de la Phénicie a été si longtemps le théâtre entre Alexandre et l'arrivée des Romains, ne soit pas une seule fois mentionnée. Et puis pourquoi, après avoir ainsi inopinément surgi, aurait-elle non moins inopinément disparu?

Tyr et les Tyribns après Alexandre. — Donc, aussi haut que nous remontions, à partir de l'indication du Pèlerin de Bordeaux, indication certainement exacte, tout au moins pour l'onomastique, nous ne trouvons rien qui puisse s'appliquer à Oumm el-*Awâmîd; rien sous la domination romaine; rien sous les Séleucides: rien même dans la période précédant immédiatement Alexandre, à en juger par le texte du pseudo-Scylax. Est-ce à dire que la ville était déjà morte avant Alexandre? Assurément non. Quand bien même l'on n'accepterait pas les observations architecturales de M. Thobois et l'on rejetterait la conclusion que j'en tire : à savoir que la fondation de la ville ne peut être antérieure à Alexandre ; quand bien même Ton assignerait à la naissance de cette ville une date beaucoup plus reculée, l'on ne saurait nier qu'elle vécut encore plus d'un siècle sous les Séleucides, comme en font foi et la date de l'inscription que nous discutons et la présence d'un mot dérivé du nom de Aaoîixr, et l'existence d'une inscription grecque, sans parler du caractère franchement hellénique d'une foule de débris sculptés.

1 (..^ iJ\. Jaubert, avec les anciens éditeurs, a lu et compris «JUnl\} VhuUe,

2 Pluriel de NâqoUra.

3 Cité par Aboulfeda {*. v. jy^)»

* Texte arabe, éd. Wustbnpkld, I, p. 254.

^ Cf. aussi les curieuses altérations qu'ils ont fait subir à ce nom : Scandar^um^ Scandalùm, Scandalium, Camp du Lion etc.

Première inscription phénicienne d'Oumm el-'AwamId. 69

Cest une véritable impasse. Nous ne pouvons espérer en sortir qu'à Taide d'une hypothèse. Avant d'examiner celle qui pourrait le mieux rendre compte des faits^ je pense qu'il est nécessaire de jeter un coup d'œil rapide sur l'histoire de Tyr après Alexandre, Quelle que soit la localité antique que nous représente Oumm el-^Awâmid, il est clair qu'elle a dû être en relation étroite avec la ville de Tyr; tout concourt à l'indiquer : la proximité du site; l'emploi d'une ère tyrienne; la qualification de tyrisn prise par un des principaux habitants de l'endroit (Abdelim) etc. Cependant^ si cette ville a les plus grands rapports avec Tyr, il est, d'autre part, difficile la considérer comme en faisant partie intégrante. N'était la distance vraiment par trop considérable, l'on pourrait, en effet, être tenté de se demander, avec M. Poulain de Bossay, si Oumm el-*Awâmîd n'était pas un quartier éloigné, une sorte de banlieue de Tyr^ Mais quatre lieues entre une ville et sa banlieue, cela dépasse la mesure permise. Il y avait à Oumm el-*Awâmîd un centre habité, bien individuel, avec ses temples, son culte, sa nécropole, son acqueduc etc. C'était une véritable ville, parfaitement distincte de Tyr, mais pourtant assez proche pour qu'elle ait pu voir dans une certaine mesure ses destinées associées à celles de Tyr. C'est pourquoi il peut être bon de demander à l'histoire de Tyr elle-même des renseignements sur son énigmatique voisine, et cela à partir d'Alexandre seulement, car l'archéologie, à mon avis, nous avertit qu'il est inutile d'aller au-delà.

Ces renseignements d'ailleurs se réduisent à fort peu de chose; ce n'est que de temps en temps qu'apparaît le nom de Tyr dans les récits des auteurs anciens embrassant la période qui s'étend d'Alexandre aux Romains, disons-mêmes, pour nous limiter plus strictement encore, d'Alexandre à l'an 126, époque de la seconde ère de Tyr, celle de ses monnaies. La plupart des faits que je vais successivement résumer et grouper ici se trouvent disséminés dans les ouvrages de Frœlich^ et de Droysbn^; j'omets, pour abréger, *la plupart des nombreuses références qui y sont inscrites.

Alexandre, devenu maître de Tyr après un des sièges les plus difficiles dont l'histoire ait gardé le souvenir, la traita avec la dernière rigueur; la cité fut livrée aux flammes; huit mille de ses défenseurs furent passés au fil de l'épée; deux mille crucifiés; le reste, au nombre de trente mille, y compris les troupes mercenaires, fut vendu comme esclaves. Les seuls habitants qui échappèrent à la fureur du vainqueur furent ceux qui réussirent à se réfugier à bord des galères sidoniennes, et un certain nombre de personnages de haut rang, parmi lesquels le roi Azelmilkos et l'ambassade carthaginoise, qui avaient cherché asile dans le temple de Melqart. Néanmois il n'entrait pas dans le plan politique d'Alexandre de supprimer définitivement Tyr. C'était un point stratégique du premier ordre ; la résistance même qu'il venait d'opposer permettait mieux que jamais d'en apprécier la valeur, Alexandre devait tenir à conserver Tyr tout au moins à titre de place forte. C'est, à ce qu'il semble, ce qu'il fit II offrit solennellement à Melqart les sacrifices, cause première, ou prétexte du siège, et lui dédia le bélier qui avait ouvert la brèche, ainsi que la galère sacrée^ capturée pendant les opérations. Puis il refonda pour ainsi dire à nouveau la ville qu'il venait de

* Rech. êur Tyr, p. 89. Cf. Rbnàm, Mwê. de Ph., p. 744 et 746. ^ Annales eompendiarii etc.

3 Oesch. des HeUmismuê, 1" et 2« éd.

* Arrien, 2, 24. Cf. les Upovauiai de Tyr et de Sidon dans rinscription bilingue, grecque et phénicienne, découverte à Délos par M. Hoholle. (PubUée par M. £. Renan dans le BuUetm de correipond. keUén. 1880, Févr. p. G9 à 71.)

frapper si radement ; il reconstmisit ses murS; y mit une nombreuse garnison macédonienne, et y installa même une population d'origine étrangère < pour remplacer celle qu'il avait exterminée ou qui avait fui.

Il est certain que la fondation d'Alexandrie porta un coup des plus sérieux à la suprématie commerciale de Tyr, et il n'est pas impossible, quoi qu'on en ait dit ^; qu'Alexandre se soit précisément proposé ce but en créant le grand port égyptien. Mais U eût été contre son intérêt de se priver de gaieté de cœur d'une station navale telle que Tyr. Gela paraît vrai surtout quand on songe au parti qu'Alexandre sut tirer des ressources maritimes de la Phénicie pour l'accomplissement de ses projets militaires dans le Golfe persique. Ainsi s'explique d'une part la ruine de Tyr comme entrepôt de commerce phénicien, et d'autre part son maintien comme port de guerre et place forte. Naturellement, c'eût été dans ces conditions, pure folie de laisser aux mains d'une population, écrasée mais non soumise, une clef stratégique de cette importance : Tyr devait rester; les Tyriens devaient disparaître.

La vérité de ces observations ressort bien de la suite des événements. Tyr, transformée en ville de guerre, fut mise sous le commandement suprême d'un phrourarque macédonien. C'est un lieu tellement sûr qu'en 321 Perdiccas y dépose le trésor de l'armée^ se montant à 800 talents, et Attale ne s'en serait pas emparé sans peine, si la trahison du phrourarque Archelaus ne lui avait livré à la fois le trésor et la ville.

En 315 Tyr est le véritable boulevard de la Phénicie; Antigone, envahissant la Syrie, s'en rend parfaitement compte, et il vient mettre le siège devant cette place occupée par une garnison égyptienne. Tyr résiste quinze mois; elle succombe à la famine. Ce qu'il y a de curieux c'est qu'Antigone avait fait appel au concours des princes phéniciens^ pour réduire cette ville où il n'y avait peut-être plus à ce moment un seul Tyrien.

En 312 Ptolémée reprend Tyr^, mais sans pouvoir s'y maintenir.

En 308, Carthage aux abois envoie de riches présents au sanctuaire de Melqart, respecté, comme on l'a vu, par Alexandre, pour se concilier la faveur des dieux. C'était tout le secours qu'elle pouvait demander à son ancienne métropole.

En 287 Tyr dut faire retour à Séleucus avec le reste de la Phénicie.

En 275 elle était vraisemblablement aux mains de Ptolémée Philadelphe, ainsi qu'il a été expliqué plus haut.

En 218 Theodotos, lieutenant de Ptolémée, livre à Séleucus Tyr et PtolemaYs, avec une flotte de quarante galères. Mais Séleucus ne dut pas garder Tyr bien longtemps, car un an après sa défaite à Baphia, les Égyptiens reprirent possession de toute la Phénicie.

En 203, la fortune revient aux Sélencides, et Antiochus, à son tour, s'empare, définitivement cette fois, de la Phénicie, en 198, à la suite de la victoire décisive de Paneas.

1 C'est ce qui semble résulter d'un passage assez obscur de Justin (18, 3 et 4) ; ingenuia eé innoxiia incoliê instUœ attnbuUs, ut, exgtirpato êermli germifne^ genua urbiê ex inlegro conderelur. Hoc igitur modo, TyrU, Alexandri atupidis condiU, parâmania et lahore quœrendi cito convtUuere, Deux vers des oracles sibyllins paraissent indiquer que ces nouveaux colons étaient des Cariens:

AuTap Ikû 9x^7ztpoiai MaxsS^vEç aOyj^aouai,

Kôépcç ô^o2xi{aou»i T^pov, Tupioi ociMXouvTai {Or, m6., 4, SB.)

' Kenbick, Phcm,, p. 436.

» Diodore de Sic. 18, 37.

* Diod. Sic. 19, 68.

» Diod. Sic. 19, 86.

Première inscription phénicienne d'Oumm el-'Awâmid. 71

Vers 195 Annibal cherche un refuge à Tyr.

En 174 Jason apporte une riche offiiinde pour Tagone d'Hercule.

En 170, Antiochus vient à Tyr. Une députation juive y est envoyée de Jérusalem. Les députés sont mis à mort; les Tyriens leur rendent les honneurs funèbres.

En 144 Simon est nommé par Tryphon, chef de la milice royale depuis Tyr jusqu'à rÉgypte.

En 143 un corps d'armée d' Antiochus est noyé par une espèce de ras de marée entre Tyr et Ptolemaïs K '

En 126 Démétrius, battu à Damas par l'armée d'Alexandre s'enfuit à PtolemaYs auprès de Gléopâtre sa femme. Repoussé par elle, il gagne Tyr, pour s'y réfugier dans le sanctuaire de Melqart; il y est mis à mort^. C'est vers ce moment que commence l'ère autonome des monnaies.

En somme, si nous considérons les deux points extrêmes de cette période de l'histoire de TjT, que voyons nous?

1^ En 332^ la prise de Tyr, immédiatement suivie de sa suppression en tant que cité phénicienne : la population est tuée ou a fui; la ville même est transformée en place de guerre macédonienne.

2^ En 126, la réapparition d'une Tyr autonome, où l'élément phénicien semble être revenu : le monnayage constate cette renaissance par l'emploi d'une ère nouvelle, les légendes phéniciennes se multiplient

Est-ce bien en 126 qu'a eu lieu subitement cette rénovation officielle? Il semble bien plus probable que cette année n'a vu que la simple consécration d'un état de choses qui s'était antérieurement et peu à peu établi \ Les débris de la population tyrienne ^ avait dû retourner au bout d'un certain temps, peut-être par petits groupes, dans leur ancienne patrie. Les troubles incessants qui agitèrent la Syrie depuis la mort d'Alexandre, ces interminables querelles des Lagides et des Séleucides, les complications de tout genre auxquelles elles donnaient lieu, ne pouvaient que favoriser ce mouvement de retour. Il dut commencer d'assez bonne heure. Toléré à l'origine, il finit par être ouvertement et légalement reconnu en 126. Dès l'an 168 avant notre ère, nous avons des monnaies de Tyr, frappées sous Antiochus IV, avec des légendes en phénicien : DHX DM "^xb, de Tyr, métropole des Phéniciens, qui sont comme le prélude de cette renaissance.

Un attrait invincible avait dû ramener les Tyriens vers Tyr : la sainteté de ce temple de Melqart qui formait comme le noyau de leur unité nationale. Leur situation n'était pas, j'imagine, sans analogie avec celle des Juifs après la prise successive' de Jérusalem par les Chaldéens, par Titus et par Hadrien; elle devait seulement être beaucoup moins désavantageuse à tous égards. Tous ces petits essaims de Sémites opiniâtres, chassés et dispersés par

« Athénée 8, 2 : p. 333, B. Strabon, 16, 19.

' Porph. Tyr. Frag. hitt. gr. III^ p. 713. Cf. FI. Josèphe, Ant. J, 13, 9, 3. Justin, 39 1.

» Sur le relèvement de Tyr après Alexandre, cf. Strabon 16, 2, 23 : 'Htûxîjag hï xai (ni' 'AXfiÇavôpou Kokwpxla XT^çOsTaa * akXct, tcov toioutcjv aupi^optuv xar^vTY) xps^TTcov xai àvAaSsv cOtt^v. Cf. Quinte-Curce, 4, 4 : Multis ergo casibus defuncta et post excidium renata, nunc tamen longa pace cuncta refovente sub tutela Roman» mansuetudinis requiescit.

^ Quinte-Curce évalue à quinze mille le nombre des Tyriens qui avaient trouvé asile à borà des galères phéniciennes, lors de la prise de Tyr par Alexandre. Il faut y joindre tous ceux qui avaient dû fuir avant Tinvestissement.

quelque coup brutal du sort; n'avaient rien de plus pressé; à peine remis de leur émoi, que de revenir; de tous les points où ils s'étaient envoléS; bourdonner autour de la ruche renversée. S'ils n'y pouvaient rentrer sur l'heure, ils se fixaient provisoirement dans le voisinage, guettant une occasion propice.

Deux considérations de l'ordre matériel, sans parler des considérations politiques; pouvaient; d'autre part, conduire les successeurs d'Alexandre à rouvrir aux fugitifs l'accès de la patrie : excellents marins, les Tyriens devaient fournir de précieuses recrues aux équipages de la flotte; ils avaient en outre le quasi-monopole d'une des industries les plus importantes de l'antiquité : la fabrication de la pourpre ^

Le relèvement, je ne dirai pas de Tyr, qui n'avait jamais été plus forte stratégiquement parlant, mais des Tyriens, date peut-être réellement de cette année 275 avant J.-Gh., point de départ de l'ère du peuple de Tyr dans l'inscription d'Oumm el-'Awâmîd. Ptolémée Philadelphe pouvait avoir de sérieux motifs pour se prêter à la chose et autoriser le retour des proscrits.

Les Tyriens furent-ils réinstallés de prime saut dans leur antique cité? C'est peu admissible. Il fallait concilier cette mesure de clémence, probablement intéressée, avec les nécessités militaires qui avaient présidé à la transformation de Tyr en place de guerre. Les nouveaux Tyriens vinrent peut-être se grouper autour d'un centre aussi proche que possible de Tyr, mais suffisamment éloigné cependant pour que la sécurité de la place n'en fQt point compromise. Dans ces conditions, le site d'Oumm el-'Awâmid s'oifrait tout naturellement; peut-être même était-il déjà désigné à l'avance par la préexistence d'un établissement plus ou moins important.

Une véritable ville put s'y élever d'autant plus rapidement, qu'il s'agissait d'improviser en quelque sorte une cité du jour au lendemain. Le style égyptien des monuments s'expliquerait dès lors à merveille, par le temps où se placerait leur construction et par l'origine ptolémaïque de la décision qui aurait constitué cet état de choses. Les Lagides semblent d'ailleurs avoir beaucoup fait pour la prospérité de cette partie de la côte phénicienne. A quelques lieues de là. Acre ne les considérait-elle pas comme ses bienfaiteurs et ses fondateurs, en échangeant son vieux nom sémitique contre celui de PtolemaYs ? Archéologiquement parlant, Oumm el-*Awâmîd m'apparaît comme une sorte de Rolemaïs; elle aurait mérité, elle aussi, de porter ce nom.

Le caractère ptolémaïque des monuments égyptiens d'Oumm el-*Awâmîd me semble évident. Peut-être en trouvera-t-on cependant le style trop archaïque pour appartenir à cette période. Mais il ne faut pas oublier que la Syrie a eu, à toute époque, le privilège de conserver, beaucoup plus longtemps que les pays même d'origine, les formes primitives des arts qui y ont été importés. La Syrie centrale, comme l'a si bien montré >L db VogOb^, avait encore une architecture d'une pureté presque classique alors qu'ailleurs l'art grec était en pleine décadence. Bien plus, et c'est là une règle générale, les types importés sont, presque toujours, au moment même de leur importation, déjà un peu en retard sur ceux à la mode dans les pays importateurs.

* Strabon (15, 2, 23) attribue en grande partie à ces deux causes le relèvement de Tyr : t>î ts

vauTiXiGc . . . xai toTç ::oppup£(otç.

^ Syrie centrale. Architecture.

Première inscription phénicienne d'Oumm el-'Awamîd. 73

Si Ton tient à ce que le style égyptien et le style grec qui coexistent dans les mines d'Oumm el-'Awâmîd, ne soient pas contemporains. Ton peut admettre que le second nous représente Tinstant où Tinfluence des Séleucides est devenue prépondérante dans la ville et s'est substituée à celle des Lagides. Je ferai sur Tâge relatif du style grec les mêmes observations que sur celui du style égyptien. De cette manière les deux époques entre lesquelles je suppose qu'a dû se partager Texistence de la ville, se traduiraient matériellement dans ses monuments mêmes.

Pareillement, Texiguïté de la nécropole comparée à la grandeur proportionnelle de la ville, exiguïté presque choquante, s'expliquerait d'une façon bien satisfaisante. De 275 à 126 avant J.-Ch. il n'y a place que pour un petit nombre de générations. Cent cinquante ans c'est plus qu'il n'en faut pour amener une ville créée artificiellement, de toutes pièces, à l'état de celle que nous représente Onmm el-*Awâmïd ; ce n'est pas assez pour faire une nécropole sérieuse. Oumm el-'Âwâmîd a eu un moment d'éclat et de grandeur, mais elle a péri jetme. L'on peut faire sortir de terre d'un coup de baguette les villes des vivants; il n'en va pas de même des villes des morts. Là le temps est seul maître.

n n'est pas. jusqu'à l'insignifiance même du port d'Oumm el-'Âwâmîd qui ne trouve dans cette hypothèse sa raison d'être. De toute façon l'on ne peut nier qu'Oumm el-*Awâmïd n'ait été un établissement tyrien considérable. Or il est bien singulier que ce peuple de marins et d'armateurs ait été justement choisir une station dépourvue de toute valeur maritime. La chose se comprend mieux si l'on suppose que nos Tyriens n'avaient pas la liberté du choix, que leur objectif était non point de refaire une nouvelle Tjn:, reine de la mer et maîtresse du commerce, ce que la politique d'Alexandre, suivie par ses successeurs immédiats, ne leur eût d'ailleurs jamais permis, mais de se rapprocher autant que possible de l'ancienne Tyr sans porter ombrage à ceux qui toléraient leur rentrée en Phénicie.

Si en 126 la vraie Tyr fut définitivement rouverte à ses anciens enfants, il n'est pas douteux que cette espèce de Tyr provisoire qui les avait recueillis et où ils campèrent *, pour ainsi dire, en attendant, dut être aussitôt désertée. Cela aussi concorderait bien avec l'aspect des ruines qui témoigne d'une interruption brusque de l'existence de la ville ; cette interruption n'a pas nécessairement pour cause une catastrophe. Le lieu a pu continuer à être encore plus ou moins habité, mais d'une façon insignifiante. A l'arrivée des Romains toute vie y était éteinte, et il ne s'y est jamais rallumé plus tard que quelques lueurs vacillantes. Une des choses qui a dû s'y maintenir le plus longtemps c'est peut-être le temple ou les temples, d'où proviennent les trois inscriptions phéniciennes qui nous sont parvenues.

Dans ce système la dédicace d'Abdelim aurait précédé de peu. l'événement qui mit fin aux destinées de cette pseudo-Tyr.

Cette hypothèse pourra paraître assurément fort aventurée, et je ne me flatte pas de la faire agréer; elle nous rend pourtant compte de bien des faits qui, autrement, demeurent incompréhensibles. Mais si elle explique, dans une certaine mesure, l'histoire de la ville^ elle ne nous en donne pas le nom. Il n'est pas impossible que cette ville ait reçu de ses habitants le nom même de Tyr; en tout ca3, il était on ne peut plus logique que les habitants s'appelassent eux-mêmes Tyriens : 'HX DP, c'est-à-dire la dvitas, envisagée indépendamment et en dehors de Xurhs.

* Cf. ce nom singalier de 'AXeÇavôpoo axï)vij.

On concevrait ainsi que, dans l'espace de temps très court pendant lequel a vécu cette sorte de doublure de Tyr^ eUe ne soit pas mentionnée d^une façon distincte dans les récits des historiens^ car elle devait; par suite de cette homonymie; prêter facilement à la confusion.

La proximité de ce centre tyrien pourrait aussi aider à faire comprendre Torigine du nom du cap voisin, Ras nâqoûrâ : xAip-aÇ Tupt'wv.

Tyr la Vieille et Tyr la Neuve. — L'on sait qu'il est question chez différents auteurs anciens ^ d'une Palœ-Tjnr, ou Tyrus Vêtus, et d'une Nea-Tyr, antérieurement à Alexandre. L'on est en général d'accord pour reconnaître dans cette Tyr ancienne et cette Tyr nouvelle, la ville insulaire et la ville continentale, situées l'une à côté de l'autre et séparées par un étroit chenal qui fut comblé pendant les opérations du siège d'Alexandre et le resta depuis. Plusieurs savants même, s'appuyant sur l'autorité de Strabon, ont supposé que l'emplacement de Palœ-Tyr devait être cherché à une distance de 30 stades au sud de Tyr proprement dite, aujourd'hui iSoûr, en un lieu appelé Râs el-'Am. Mais cela est fort douteux, car, ainsi que le fait justement remarquer M. Renan '^, Râs el-*Âin ne se présente pas à l'observateur comme un site de ville. Le texte de Strabon est cependant formel, et ne laisse pas d'être embarrassant J'y reviendrai dans un instant.

M. Poulain de Bossay^ a cru voir dans Ptolémée la mention d'une Nea-Tyr et d'une Palse-Tyr, qui auraient été situées à 10' de latitude de différence, c'est-à-dire à 100 stades de distance, du nord au sud. Il conclut de là que Ptolémée a en vue une Falœ-Tyr qui ne serait ni celle de Strabon, ni celle des autres auteurs anciens, et dont l'emplacement correspondrait à celui d'Oumm el-'Âwâmîd. Cette conclusion ne me paraît pas justifiée. Elle s'appuie sur une différence dans le chiffre des minutes de latitude qui est improbable; l'on sait en effet combien les lettres numériques exprimant les longitudes et les latitudes ont été maltraitées par les copistes, et avec quelle précaution il faut faire usage de ce genre de renseignement. Le calcul de M. Poulain de Bossa y est basé sur les chiffres de latitude 33^ lO' et 33^ 20^; mais les chiffres 10' ne sont rien moins que certains et ont été repoussés par les éditions les plus autorisées.

D'ailleurs Ptolémée ne parle nullement de Tyr et de Pcdœ-TyVj mais bien de T6poç, tout court, et de Tupoç icpocYeioç, la première qu'il enregistre à sa place, entre Sidon et Ekidippa, la seconde au contraire, qu'il rejette hors rang, à la fin de la description non seulement de la Phénicie mais même de la Syrie in génère, dans un groupe spécial qu'il désigne sous la rubrique : îles adjacentes à la Syrien Ce groupe se compose, en tout et pour tout, de deux noms^:

^ Tê "ApaSoç Çîi X8 U (68%- 34^ 30') xal ^ T6poç icpooYeioç Çï X^ Y (67^ ; 33^ 20') «.

» Scylax, 104. Diod. Sic. 19, 69. Strabon 16, 768. Pline 6, 19 : 17. Joséphe 9, 14 : 2. Et. Byz. *. v. Tupoç. Quinte-Curce 4, 12 : 18. Just. 6 : 10. 2 Mi8ê, de Ph., p. 679, cf. p. 593.

5 Recherches sur Tyr et PcHœ-Tyr, p. 89.

* Ptol. V, 14, p. 370, éd. WiLBBBO : Niîffoi 8è wapoaetvTai tJ Supîa.

* Id, id.

8 Var. 33° % 32* 20'.

Première inscription phénicienne d'Oumm el-'Awàmid. 75

U n'y a^ en e£fet; à proprement parler^ que deux îles véritables sur la côte de Syrie: Aradus et I^r. Et encore cette dernière n'est-elle pins qu'une île théorique, en réalité une presqu'île; puisque, depuis Alexandre, elle se trouve reliée artificiellement au continent. C'est, je crois, ce qu'a précisément voulu exprimer Ptolémée par cette qualification de Kpàa^eio^ dont il fait suivre le nom de Tyr, de la Tyr insulaire, et dont on ne me semble pas avoir jusqu'ici bien saisi la valeur : c'est une île continentale, une île qui n'en est plus une grâce à l'intervention humaine, mais qui cependant doit être classée comme telle dans la géographie physique rationnelle. H résulte de là que Ptolémée n'a nuUement voulu distinguer deux Tyrs différentes, encore bien moins les mettre à 10' de latitude l'une de l'autre. J'estime, au contraire, que, dans les deux passages, il n'a en vue qjïune seule et même Tyr : la première fois il la mentionne à son rang dans la liste des villes, et la seconde fois dans la liste des îles, parce qu'elle est à la fois une ville et une île. J'ajouterai que s'il y a des manuscrits qui portent pour ces deux Tyrs une latitude différente, il y en a d'autres, et ce sont les meilleurs, qui portent une même latitude et une même longitude; cette identité des coordonnées implique l'identité topographique des deux points. J'ai déjà cité le passage relatif à la Tyr icpooY6io<; ; voici celui relatif à la Tyr proprement dite ' :

Tùpoq K T^ Y (67"; 33° 20').

Le texte de Wilbero, établi critiquement, a, comme l'on voit, dans les deux cas les mêmes indications numériques.

Enfin, sans attribuer à ce renseignement une valeur exagérée, je constate sur l'une des cartes du manuscrit du Mont Âthos reproduit en fac-similé^, que les trois villes Sidon, Tyr, Ëcdippa se succèdent immédiatement, sans interposition de quoi que ce soit.

Je crois donc qu'il convient d'écarter la conjecture de M. Poulain de Bossât.

Par contre, je serais tenté par moment de raisonner sur la Palae-Tyr de Strabon, comme on l'a voulu faire, avec peu de bonheur, sur la prétendue Palae-Tyr de Ptolémée.

Le passage de Strabon est autrement catégorique. Apr^ Tyr, diMl (en procédant du nord au sud 3), est Pàlœ- Tyr, à trente stades : (Aetà Bè tt^v T6pov ii naXa{Tupoç ev Tpiixovra ctaBiotç •*. U entend évidemment désigner un point situé à une distance notable de Tjn*; si l'on laisse même de côté le chiffre des stades, qui peut être altéré, l'emploi de [AeTà indique suffisamment un intervalle d'une certaine importance. Il ne peut pas être question ici de la Tyr continentale qui était contiguë à la Tyr insulaire, et qui, devenue péninsulaire depuis Alexandre, ne devait plus guères s'en distinguer. L'absence de tout vestige antique empêche, d'autre part, de songer à Ras el-*Ain. Que pouvait donc avoir en vue Strabon? C'est peut-être ici le cas de se demander s'il ne s'agirait pas de l'emplacement d'Oumm el-*Awâmîd.

Si l'on mesure la distance qui sépare sur le terrain Çoûr d'Oumm el-*Awâmîd, l'on obtient de 90 à 95 stades. Cette distance serait incomparablement trop forte, puisque Strabon nous parle seulement de 30 stades. Mais sommes-nous sûrs de la correction du texte en cet endroit? D est toujours téméraire, je l'avoue, de supposer des fautes pour les besoins de la

1 Ptol. 1. c. p. 364. Quelques manuscrits ont pour la latitude la variante Ty ç' (33^ 10').

> Publié chez Didot, 1867, en photolithographie : feuillet XCVI.

3 II va de Tyr à Ptolemaïs.

< Strabon 16, 768 (p. 64ô, éd. Dro.).

76 Etudes d'Abchéologie Orientale.

cause. Qui sait^ cependant^ si le nom de nombre n'aurait pas subi quelque altération? Supposons^ un moment, qu'il y avait primitivement 90, au lieu de 30: èv âvevT^xovta craBfotç, au lieu de èv Tpcàxovra; la répétition consécutive, par trois fois, du groupe ev, prêtait à un bourdon amenant une leçon fautive : âvn^xo^^ra, qui aurait pu ensuite être corrigée arbitrairement en Tpiàxovxa. n devait y avoir, la faute étant commise> une tendance à diminuer autant que possible le nombre restitué, afin de rapprocher Palse-Tjn: de Tyr, conformément à l'idée que l'on avait sur la position relative de ces deux points d'après les données ordinaires. Cette tendance pourrait expliquer pourquoi âvi^xovTa n'aurait pas été corrigé en âÇ^xovxa soixante, qui en était, paléographiquement, plus voisin que Tptixovra. Peut-être le texte portait-il 93 stades, Tpioxaieve^n^xovTa, ce qui rendrait encore mieux compte, et plus simplement, du changement en Tpiaxovxo.

Dans cette hypothèse, l'emplacement d'Oumm el-'Awâmïd aurait été désigné, à l'époque de Strabon, soit au premier siècle avant notre ère, sous le nom de Palae-Tyr, c'est-à-dire, de Tyr la Vieille. Si l'on se rappelle les combinaisons historiques discutées et essayées plus haut, cela n'aurait pas lieu de nous surprendre. Strabon, ou les autorités dont il a fait usage, était encore assez près de l'époque où cette station provisoire des Tyriens avait été évacuée, pour que la mention du site fût jugée digne d'intérêt; il était, d'autre part, assez loin de cette époque pour que le site fût déjà appelé Tyr V ancienne. Il ne faut pas, en efifet, s'y tromper. Oumm el-*Awâmîd, tant qu'elle a vécu, était en réalité, une Tyr la Neuve ; une fois morte, cette Nea-Tyr devenait nécessairement une Palae-Tyr, c'est-à-dire une Tyr qui n'est plus. La valeur de cette dénomination à^ ancienne et de nouvelle est toute relative ; telle cité, qualifiée d'ancienne parce qu'elle est abandonnée, peut fort bien être beaucoup moins ancienne, qu'une cité du même nom qui a continué à être habitée et a survécu à sa puînée.

Je n'ai pas besoin de faire remarquer qu'en tout cas, cette dernière hypothèse sur le passage de Strabon, peut, à la rigueur, être isolée de celle qui a été émise sur l'origine même d'Oumm el-'Awâmïd, et qu'on est en droit d'écarter celle-là sans être tenu, par cela même, de repousser celle-ci.

Il y a, je pense, un rapprochement instructif à faire entre l'histoire de Gaza et celle de Tyr à l'époque d'Alexandre. Les deux villes se comportèrent à peu près de même vis-àvis du conquérant macédonien et subirent le même sort. Le siège de Gaza fut aussi rude que celui de Tyr. La place fut enlevée au bout de deux mois d'une résistance désespérée. La population mâle fut passée au fil de l'épée; les femmes et les enfants furent réduits en servitude. Quant à la ville même les historiens ne sont pas d'accord sur la façon dont elle fut traitée. Strabon affirme qu'elle fut rasée (xorr6(n:aa|;.évT)) par Alexandre et que depuis elle est demeurée déserte ^ Arrien, au contraire, rapporte qu'Alexandre y installa de nouveaux habitants pris parmi les populations voisines, et fit de Gaza une importante place de guerre *^. Cela rappelle assez, comme l'on voit ce qui s'est passé à Tyr. Arrien paraît avoir raison, car Gaza continua à jouer, après Alexandre, un rôle considérable dans les évènemens militaires qui survinrent dans cette partie de la Syrie. Strabon n'a peut-être cependant partout à fait tort, dans le fond. A partir d'Alexandre nous voyons, en effet, qu'il est question de deux Gaza distinctes, Gaza la neuve, et Gaza la vieille, la première située au sud et à une distance

» Strabon, 16 : 2, 30.

' Arrien, 2 : 27.

Première inscription phénicienne d'Oumm el-'Awamid.

notable de la première K Est-il impossible que ce dualisme réponde à l'apparente contradiction des témoignages de l'antiquité, et qu'à côté de la Gaza militaire d'Alexandre, se soit formée, ou reformée, grâce à la tolérance des successeurs d'Alexandre, une Gaza civile, peuplée peutêtre par les débris de l'ancienne population? Nous saisirions là, dans ce cas, le phénomène même dont nous avons été amenés par induction à supposer l'existence dans l'histoire de Tyr : cette espèce de dichotomie due précisément à des causes similaires et ne prenant fin que du jour où, le centre antique et traditionnel étant rouvert à ses possesseurs naturels, le centre provisoire doit disparaître, puisqu'il n'a plus de raison d'être.

» Diod. Sic. 19 : 80. Cf. Geogr. mm., éd. Huds. IV, G. 39.

Page 1