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la sérénité paisible, elle caprice ondulant, et le serpentcmenl amoureux de la forme, et la grelîe naïve de Tart gothique sur Fart païen, l'ascension chrétienne de l'antique ! ('et hymne et ce chant, cette merveille et ce mii'acle, vous croyez \os retrouver sous ce crayon glorilié : liélas ! vous ne trouverez qu'un crayon a])pli(|uc, hd)oi'ieux, peiné, expert en raccourvis, mais asservi au terre-à-terre des figurations d'ici-lias; vous ne trouverez qu'un dessinateur, vous retrouverez le modèle! Dites, Vinci, si h^s mains fameuses de ces femmes sont les dignes sœurs des mains de \olvo Joco/idf? Si ces bouches fermées respirent ce sourire que sourient, (Uins vos toiles, les lèvres aimées devos maîtresses? Dites, Raphaël, si M. Ingres promène autour des galbes enchantés la caresse et l'enchantement de votre contour? Dites s'il a retrouvé celte prison aérienne et magi(pie où, tous deux, vous enfermiez, pour les siècles futurs, les filles célestes de votre foi, de voire imagination et de votre C(Pur? Et dites encore si le dessin est cette chose de dessiner correctement un nez, et si du dessin vous n'avioz pas fait le poète de la ligne?
Oui donc, M. Ingres esl un dessinateur, un
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dessinateur incontestable ; mais le sentiment du dessin , la vie morale que les anciens lui souillaient, la beauté intelJigcnle, le baiser de Pygmalion (b)nt ils aniniaieni sa froideur marmoréenne, celle éb''\a(iou (lu type dont ils faisaienl sa vicloire, — ol sa |)i'()ie la plus désirable, — où h's Irouvez-vous cbez M. Ingres? Est-ce en ces images muettes de femmes, en ces bustes froids , en ces physionomies silencieuses, en "ces portraits morts de si loin dépassés par \o portraitiste Coignet? Est-ce en ces miniatures dérisoires des aristocraties et des beautés i\o la femme, eu ces /)rreirt/sr.<i calomnl'es 011 le poignet engorgé atTecte les emmanchements plébéiens, où Fovale Iluxionné est déformé par des bajoues morbides, où la pommette est fardée de violet, où la iigurc ne tourne ni ne rondit, enduite, d'un contour à l'autre, d'une teinte plate, sans modelage de tous, facsimilé de la linéature, et non miroirs vivanis du visage et des rayonnements de Fàme.
M. Ingres a mieux réussi à reproduire la face de I homme, moins morbide, moins renouvelée et d'une expression moins fugace que la face de la femme.
LA PEINTURE
Le portrait de M. Bcrtiii , celle droite et claire raison saisie daii« une pose de vulgarité robuste; le portrait de Cdierubini, ce patriarche penché sous sa gloire et sous la bénédiction de sa muse, seraient deux beaux portraits, si la vie de la chair n'y était glacée par cette déplorable peinture porcelainée, hoslile à toute coloration animante.
A ce défaut se joint, dans les autres portraits de M. Ingres, l'excessive curiosité de Faccessoire; et l'on dirait que, parfois, le but préféré du portraitiste est d'être le Memling d'un bras de fauteuil, d'une lorgnette ou d une broderie.
Que si nous parlons du coloris de M. Ingres, c'est que M. Ingres n'a pas fait à la couleur une renonciation franche et complète. Comme Garrache guéri des pompes matérielles de sa palette, il ne s'est pas mis résolument au régime du blanc et du noir. M. Ingres est beaucoup moins détaché de la couleur (pi'il ne le croit hii-mème. S'il est r(>venu pour toujours de cette belle erreur, la C/if//)i'//r s'uiiiu', que lui avait conseillé le Concile du Titien, il a des tendances dissimulées et sournoises au rose et au violacé.
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Il aime peiudro frais. Ne nous lapidera-t-oii (|u'à moitié si nous déclarons qup, pour nous, ce coloriage cœur de rose de M. Ingres est une déplorable manie? Nous lui préférons encore ces tons jaunâtres du poirier, employées dans les mosaïques en bois, qu'affectaient les premiers portraits et les premières études de M. Ingres. Exceptons toutefois une étude de femme nue assise sur un lit, vue de dos, tout entière dans la demi-teinte. Le maître du clairobscur, Rembrandt lui-môme, envierait la couleur ambrée de ce torse paie.
Ainsi pourvu, le goût de M. Ingres emporte volontiers son élude vers les Vénus aux charmes révélés, les belles déshabillées sur le lapis de pourpre, l'étalage de la chair, le régal sensuel fourni aux yeux par les couleurs vierges du Titien, les Anadyomènes, les déesses enfantées d'écume, habillées d'air, les nymphes vautrées dans les clairières; et ce lui est un sujet familier et cher que d'exposer des odalisques lleur-de-pôclier sur des damiers à cases bleues et rouges. Singulières et malheureuses amours d'un dessinateur et d'un dessinateur spiritualiste ! Quand Michel- Ange a des fantaisies
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pareilles, il cherche à signifier, dans une miisciilature colossale et divine, quelque énorme volupté, une bestialité olympienne, les géants embrassements d'une fille de la Terre et d'un Jupiter emplumé ; mais ce n'est guère là, je pense, l'ambition ni même l'alï'aire de M. Ingres.
Sortez M. Ingres du portrait on de l'acadcmie, vous aurez la mesure de ce talent avare. M. Ingres ne lire rien de lui. Il se demande luimême au passé. Il extrait péniblement son ouivre des chefs-d'œuvre. Il chorclic son Ame et sa gloire à la sueur de l'eflorl. Sa naïveté est un souvenir, son caractère un archaïsme. 11 supplée au génie par la peinture, au don par la conscience. Mis face à face avec l'histoire, M. Ingres appelle vainement à son secours une certaine sagesse d'ordonnance, la décence, la convenance, la correction et cette dose raisonnable d'élévation spirituelle qui demande un public élevé au collège. Il sème les personnages autour d'un centre d'action. Il les place sans les grouper. Il jette, cà et là, un bras, une jambe, une tète parfaitement dessinée et il croit sa tâche linie quand il a assemblé des formes.
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11 ignore absolument l'art de meubler une toile, (Vinlriguer plastiquement une scène historique, (Vintéresser au fait des individus de planton dans sa composition, en sorte que ces réunions isolées, pour ainsi dire, ont le lien insuffisant de ces ])anquets de souverains de l'Europe figurés en cire.
M. Ingres n'est grand, il ne louche même au religieux que dans son Saint Si/wphort'pn, cette jeune et belle statue de la Résignation, calme dans la furie- ambiante. — Mais je voudrais mener llairer un à un à Fengouement public les petits tableaux de genre de M. Ingres! Que je voudrais le mener à la suite du peintre, dans la famille des rois et l'alcove des légendes, chez Henri II et chez Francesca ! La belle école ! Comme M. Delaroche, le metteur en scène inimitable, tirerait de là de précieuses leçons ! Comme M. Meissonier y apprendrait la peinture des étofl'es et M. Leys le sentiment historique.
Qu'ajouter? — Un mot. — Il est dans tout siècle d'immenses réputations, bâties à l'amiable par toutes les impuissances, et dont toutes les envies se servent comme de massues, pour assommer les vraies gloires.
LA pi:i.\TLni:
En faco la royanlé de M. Ingros so drosso la royaiilc do M. Dolacroix, royanto moins assiso ol moins offîciollo, pins fondoo snrlaroconnaissanco dos gons dn môliiT qno sur l idolàli'io dn ])nblic.
L'action ost lo génio, lo (h'nion. do M. Dolacroix. Dorobor lo gosto, ravii' la silhouotto animée de la croatnrc, conqnôrir lo monvomoni ; jeter, captiver snr la toile, la mobilité hnmaino ; pousser le tablean à celle violence des cliosos : le drame; remnor, agiter, enfiévrer la ligne, comme ponr dépasser dans rimagiiialit)n dn spectatonr le moment, la seconde, on la vie dn fait a été snbitement figée, ponr ainsi dire, — voilà les inspirations et les ambitions de M. Delacroix, sa voie et son renom.
Il semble qne le pincean de M. Delacroix ait été gagné des convulsions sacrées qne Tanger promène par ses rues ; de ses personnages, rien ne repose, nul membre ne dort; ceux-là mêmes qui seroni assis, seront assis on des attitudes
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révoltées : les bras détachés du torse protesteront contre l'apaisement des lignes inférieures, et le peintre cherchera ù faire de ces mains d'acteurs, précipitées on avant, comme la parole du mouvement. Ces mains furibondes, ces enseignes de la passion, vous les retrouverez déployées par tous les tableaux de l'exposition de M. Delacroix; et le souvenir vous revient involontairement, à les voir, de ce Maturino gardé par un musée de Belgique oii, dans la nuit d'une vieille salle, des mains, des mains seules s'attaquent crispées.
Aussi M. Delacroix n'est-il jamais plus à l'aise que parmi les grandes bousculades héroïques, les ruées frémissantes des populaces, les mêlées des orgies sanglantes. Nul ne l'égale, ce peintre plein de ces dieux que Rome appelait les dieux timmJtuants^ alors qu'il s'agit de lancer la Liberté au feu des grandes émeutes, les faubourgs à l'assaut des conventions, les bandes d'assassins à la gorge des évêques, et c'est de pinceaux grisés de sang, de poudre, qu'il fait onduler la confusion des tôtes, qu'il détaille et qu'il fond ensemble l'infinie gesticulation des foules, qu'il retrouve le pele-mèle et
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le choc, et le heurt cL le coudoiement, d'un millier de fureurs !
Au drame humain M. Delacroix associe uni nature dramatisée; les collines mornes, les ciels désolés accompagnent le (Ihrist au tombeau ; entre les mers lourdes, les flots morts, les lirmamcnts de plomb, se débat, errante, la faim des naufragés.
Le mouvement (ju'il prèle à lout ce ([u'il touche, M. Delacroix le garde du fini et du précis ; il semble craindre qu'il ne s'envole, qu'il ne déserte son œuvre, s'il essayait de trop l'écrire, s'il attentait au premier élan, à la liberté originelledu geste jelé. Nourri des poètes, il no formule leurs rêves que dans le nuage de l'ébauche, baignant et noyant leurs créations dans la pâte molle, n'osant qu'une es<[uisse des matinales amours et du balcon de Vérone, leur laissant le manteau de la demi-nuit et de la demi-aube. L'intention spiritualiste de cette manière est digne de remarque chez un peintre coloriste.
Coloriste, M. Delacroix est un coloriste puissant, mais un coloriste à qui a été refusée la qualité suprême des coloristes : l'harmonie. Il
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osl pou (]o lahloaiix do M. Delacroix où l'on no trouv(^ dos inoi'coaux francs, d'heureux contrastes, de belles oppositions. Mais on quelle toile a-t-il ou ce merveilleux équilibre, celte heureuse cadence étendue à toutes les parties de la toile, cette paix dos tons qui se balancent, ce bain général et pondéré do lumière, cet éclat reposé, auxquels sont parvenus les grands maîtres? — Assurément M. Delacroix est un coloriste, mais il est un coloriste froid, plus porté, par le tempérament do sa palette, aux crucifix do Ilubons qu'à ses o'uvros chaudes et radieuses, le Sdiat Pxivon do Gand, le Saint CJiri/sostome de Grenoble. Laissez do côté ses premiers tableaux, tout assombris des noirs de Géricault, exceptez de son œuvre la Médée et quelques parties du Trajan, pointures blondes et ensoleillées, et regardez tout le reste. Prenez par exemple la Noce juive : vous demeurerez convaincu que jamais soleil d'Afrique n'est descendu emplir la toile d'un tluido d'or.
Une affection systématique pour le rougo, le brun, le .bleu foncé ; dos lumières métalliques du blanc d'argent; l'exclusion dos Ions tendres; le malhabile emprunt au Yéronèso des brocarts
LA l'JCINTLlU:
jaunes et roses; des couleurs crues trop eulières et non rompues; des fonds cliargés et durs, donnent à la pointure de M. Delacroix une gamme sourde, un papillotag\> brutal qui ne sont d'un grand et d'un heureux clTet que dans les scènes de nuit, dans les tragédies aux flambeaux, dans le Vdlcntin et dans VJ'Jrrq//r de Liège ; et, devant ces deux toiles, le regret vous prend que M. Delacroix n'ait pas tenté de traiter en grand le Nord et la Nuit. — M. Delacroix n'empâte pas comme les Espagnols ; il n'a pas hérité non plus des coulées de couleurs de Rubens. Son travail (>sl. (h> préférence, un glacis égratigné d'une [)àle lumiiUMise; sa touche, une touche pénible qui n'est jamais carrée, et se comptait à d'ingrates hachures. Parfois, comme dans le Mdssaci'c de Scio, ses tètes à peine lavées d'huile colorée, il les tatoue de mouches brun, vermillon, cendre verte, un pointillé multicolore qui s'assemble à distance, mais qui donne aux chairs un scintillement nacré.
Quand, des toiles de M. Delacroix, le regard se porte vers les toiles d'un homme nouveau, vers les toiles d'un coloriste, plus coloriste qu.e
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M. Delacroix, j)liis savuiil, plus adroit, plus rompu aux difficultés, plus maîlrc des procédés du métier, plus familier avec la main des maîtres qu'aucun autre de ce temps; quand le regard se porte vers ce Fr/ifconnirr p\u?< beau morceau de couleur qui soit sorti d'un ateli(;r français depuis 1830, il arrive que Ton se demande pounpioi M. Delacroix a gardé sa place et pourquoi M. Couture ne la lui a pas enlev<'e. Pourquoi? — Parce que, malgré des défauts et des erreurs, M. Delacroix, — un grand talent qui vaut qu'on dise de lui un grand mal, — M.Delacroix est l'imagination de la peinture du XIX'' siècle; parce que son Dante et FM'////r' estune des plus hautes compositions de notre époque ; parce que M. Delacroix est notre seul coloriste d * grandes machines, notre soul plff/ininirr ; parce que, si M. Delacroix n'était pas l'élève de lîu- ])ens, ^I, Delacroix Iriomphei'ait dans la postérité comme il triomphe dans son temps.