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PRÉFACE XIII

édégénêrescence sentimentale du romantisme, lanotO' ttion des tendances symptomatiques : ainsi Vexcitattion cérébrale demandée aux albums japonais, aux rmarines de Turner; ainsi la volonté de consigner les [féeries de la lumière s'absorbant dans un effort {intense qui sera demain l'effort de toute la peinture. M'importe, et, malgré le regret de M. Edmond de (jGoncourt de n avoir pas donné une suite à son étude, e3n lui pi'oposant pour objet la high-life de l'avenue die Villiers, Manette Salomon demeure le classique die l'atelier, le livre sans lequel l'intimité de l'artiste ste trouvait ignorée, livre documentaire à ce point qfu^une revue spéciale en publiait naguère les chapntres didactiques, trouvant là consignées, les idées, lia physionomie esthétique d'un temps, l'histoire de c<e qui d'ordinaire n'a pas d'historien.

Autre hommage au génie moderne, le monument éllevé par tes Concourt à leur maître d'élection, à ctelui qu'ils admettent au parallèle avec Balzac, — ài Gavarni. En lui M. Henry Céard reconnaît l'éducialeur intellectuel des deux frères, et de fait, dès V'éieil de la vocation, irrésistiblement leur pensée s'i'attache au continuateur de la tradition française, aiu descripteur sceptique, désenchanté de la fête

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galante du XIX* siècle. Plus tard, les affinités s'éiant enveloppées du doux lien d'une affection quasi familiale, Edmond et Jules de Goncourt, renseignés sur le tréfonds de l'âme et du talent, s'acquittaient envers leur ami, fastueusement. De cette action subie, de cette reconnaissance manifestée, il y a loin à induire la parité des trois esprits; si l'observation des Goncourt doit à Gavarni de s'être élancée hors des rétrospectivités mortes, à la recherche de la vie, de la vérité, de quel don de pénétration plus aigu ils témoignèrent ; si son exemple les fit analystes de la contemporanéité, quel champ plus large se trouva par eux exploré; et, en somme, sur Caperceptionde Gavarni, sur ce d'après nature un peu dandy en gants jaunes, un peu graveur de modes, un peu superficiel, combien devait l'emporter la haute et perspi' cace vue des Goncourt. La verve du dessinateur, de l'humoriste, n'est pas mise en question, cela va de soi; de même, personne ne se dérobe à la philosophie des légendes, au surprenant parlé du dialogue, au rare bonheur tiré de la pierre lithographique; mais tout de même le misanthrope aristocrate qu'a dit si bien Barbey d'Aurevilly s'est détaché de son sujet au point que la peinture de mœurs devient tableau de genre, et la puissance manque pour parvenir à l'ex-

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ppressivilè de la mimique, à la représentation génér ralisée d'un épisode de réalité; ou du moins Gavarni nn'y réussit qu'un jour, par une exception tardive^ q quand il invente Thomas Vireloque^ « œuvre forte ooù son inspiration vieillie, mftrie par la cruelle e expérience, s'élève au-dessus du joli et du pimpant, ddu spirituel de ses oeuvres premières et jeunes, de cces fines études du plus fin de la femme, de ces bbamboclies de carnaval, de la lanterne magique a amusante des mœurs de Paris, — de la vie de g garçon de son talent ». Et les biographes ajoutent : « « Ici le maître monte plus haut que l'esprit, la ggrâce, l'élégance. L'artiste passe penseur. »

Edmond et Jules de Concourt ont aimé, chanté ( Gavarni, mais sans que cette admiration aliène rrien de leur indépendance, sans que la religion les c conduise jamais à la partialité ou à V exclusivisme. liRappelez-vous plutôt leur empressement à revendiqquer en faveur de son inégalable rival dont la gloire s s'investit, sous leur autorité justicière, du droit à la s'isurvie d'un Rubens et d'un Rabelais, d'un Puget et dd'un Juvénal. Le nom de Daumier s'évoque, à tout itinstant magnifié, au cours des Mémoires qui dérou- Ident, à travers la suite des i?npressions, l'évolution

fVart d'un tiers de siècle. Et le remarquable est la riche portée de ces notes instantanées, souvent concises à V extrême! Un trait silhouette la ressemblance des chefs de l'école de 1830, des meilleurs pratiquants de Veau-forte depuis Méryon, et de Guys l'admirable. Dès le premier abord., à Vheure obscure, sont classés, tirés de pair, Jiops, Degas, — qui, suivant une assertion de 1874, a su le mieux attraper dans la copie de la vie moderne l'àme de cette vie, — Forain. Et, avant M. Edmond de Goncourf, qui donc s'était soucié d'établir l'action essentielle de Jongkind sur le paysage, de constater la suprématie de Carpeaux parmi les statuaires, de Vierge parmi les illustrateurs, de définir la qualité rf'orfèvre-poète de Gustave Moreau aquarelliste ? Si perçante est la vision, si précis le tact de l'orig'nalité, qu'à la mise en images de chacun de ses livres M. Edmond de Goncourt prépose le seul talent dûment approprié à la fabulation : — Félicien Jlops pour la LoRETTE, Bonvin pour Sckur Philomène, Tissot pour Renée M\vPEï{iN,Jeanniot pour Germinie Lacerteux, Jules Chéret pour les Frères Zemganno, — et que, dans les rencontres de la vie, l'intérêt et l'amitié avaremenl se réservent à de rares et puissants artistes, à Bracquemond, à Bodin, à Raf"

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fCaelli, à Carrière, « le peintre de la maternité mioderne ».

Sans conteste, ces yeux aux prunelles noires, brilllantes, continuellement fouillantes, savent à souhait dUmêler les beautés de tous les âges, lointains ou ^rroches, et, sur quelque objet qu'il se porte, le diafpnostic demeure semblable à lui-même, également pieu faillible. M. Francis Magnard n*avait garde die l'oublier, quand il s'honorait naguère à convoit<er pour le Figaro la direction de M. Edmond de Gioncourt. Ce que serait devenue la chronique de fart sous une telle inspiration, l'œuvre réalisé 1" annonce ; à quelle spéculation se fût élevé un S'ialon, il est loisible de l'imaginer après celte ctonfidence, après celte page des Mémoires :

« Samedi 20 novembre 1875, — Ce soir, en caiisjant avec Jacquet, le peintre de la femme à la robe die velours rouge de cette année, j'étais plus que jfamais confirmé dans l'idée qu'il n'y avait qu'une nnanière de faire un Salon, un Salon où l'homme de hettres confesserait le peintre, le forcerait à retrouv-er toute l'origine embryonnaire de son œuvre, lui fferait dire les circonstances dans lesquelles elle est

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née, les révolutions qu'elle a subies, lui arracherait, pour ainsi dire, la genèse psychologique de sa toile.

« Oui, pour une intelligence de l'art, il y aurait à faire un Salon tout nouveau, tout original, un Salon qui ne parlerait que de la vingtaine de tableaux marquants, — un Salon à faire une fois dans sa vie et à ne jamais plus recommencer. Et même, dans ce Salon, les curieuses notes qu'y apporterait l'anecdote racontant les choses représentées, ce que j'appellerai le « mobilier de la couleur... » (1).

(1) Dans le tableau de Jacquet, continue M. Edmond de Goncourt, la robe de velours rouge venait d'une princesse russe, morte dans un misérable garni. Elle avait été achetée, quinze francs, par un confrère de Jacquet, à un camarade de faction pendant le siège. Et cette robe , Jacquet la voyait tous les jours, et ce beau ton, qu'il sentait sien, lui faisait venir des idées de vol. Or, le propriétaire, un ami, était dans le moment en train de tourner au dix-huitième siècle. Un beau jour donc. Jacquet prenait dans son atelier un fauteuil au-ï pieds contournés, que son ami regardait du même œil que lui lorgnait la robe. Le troc accepté, il emportait la robe, et aussitôt en possession de la loque à la splendide couleur, il esquissait sur une vieille toile, en deu.Y heures, son tableau.

» Il n'y a que les choses que l'on enlève comme cela, dit-il, qui sont bonnes. »

Maintenant dans la robe, la créature qu'il y avait mise était, selon son expression, une statuette de Saxe, très ébréchée, cassée en be.ucoup d'endroits, une statuette à placer tout en haut sur une planche, de peur qu'un coup de plumeau ne la réduise en morceaux, une femme dont la cocasse morale, les fêlures psychiques, le resoudage incomplet, avaient fait dans la pourpre le caractère de ce tableau. » ,

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Ainsi énonce le programme d'une critique planainf au-dessus des exigences du compte rendu, — d'mne critique s'attaquant au Présent avec la divinailion de la Postérité, — d'une critique qui, loin de se' restreindre à la définition des apparences et à la co>ntroverse plastique, veut remonter du visible à Vaiu-delà, de la main qui obéit au cerveau qui commande. Par le contraste des faciles procédés d'tétudes employés en iSo2 avec ceux-là qui requièrent rejxercice des plus complexes facultés, il peut être prns conscience de la tâche parcourue, du progrès inicessant accompli par Vintellect depuis Ventrée dcans les lettres jusqu'à Vinstant qui vit se formuler le principe d'une critique affranchie, renouvelée, haïutement philosophique. Conception de vaste enverguire, légalement issiie des préférences de méditatiœn, d'analyse des Goncourt, et qui d'un Salon viicnt à faire un roman réel ou se confondent en une semle et même étude l'Œuvre et l'Homme., l'Art et l'Mrtiste, V Esthétique et la Psychologie.

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