RÈGLEMENT
clique. Quand Decamps enverra six toiles, — ■ cela s'est vu, — notre avis est qu'il faut prendre, les six toiles de Decamps, quitte à faire justice de trois toiles d'un mérite inférieur.
Ji/rij. — Nommés à l'élection par les artistes : Léon Gogniet, Eugène Delacroix, Decamps, Horace Vernet, Picot, Ilenriqucl-Dupont, Mouilleron, Toussaint, Rude, Debay, Labrouste, Danjoy.
Nommés par le Ministre de l'intérieur : le comte de Morny, Villot, Reiset, de Mercey, Cottrau, marquis Maison, Varcollicr, de Longpérier, de Laborde, Raoul Rochettc, ïurpin de Crissé, Mérimée, de Caumont.
Nous ne pouvons qu'applaudir au choix de M. le Ministre de l'intérieur. M. le marquis Maison possède une des plus belles collections de tableaux modernes de Paris; MM. Villot, Reiset, de Mercey, Mérimée, sont connus par leurs travaux sur les arts. Ce sont là des amateurs, et des amateurs distingués, en dehors des questions d'école, assez indépendants pour juger eux-mêmes, assez connaisseurs pour bien juger.
Nous n'avons cotte année au Salon ni M. Ingres, ni M. Delaroche. Depuis quelques années MM. Ingres et Delaroche ont leur petit Salon, comme autrefois on avait un petit lever. Ils exposent chez eux et n'admettent les admirations que sur lettres d'invitation. — Est-ce défiance du public, — ou d'eux-mêmes?
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ANTIGNA (21). Une scène de l'inondation de la Loire. — • Toute une famille du Val se réfug;ie sur un toit de chaume. De l'aïeui au marmot, tous sont là, tous se serrent l'un contre l'autre; la vache môme, la bonne vache familière, haletante, éperdue, essaie de tenir ses naseaux hors de l'eau, comme un cheval de Lebrun, dans son Passage du Graniqiie. Et le fleuve monte sans rivage ! « Et le fleuve montait encore ! et le fleuve montait toujours ! » Ce n'est pas sans raison que nous citons le docteur Noir à propos de M. Antigna. M. Antigna se plaît aux gros mélodrames bien pantelants : hier c'était l'incendie, aujourd'hui c'est l'inondation. Nous
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ne savons s'il faut -en vouloir à M. Antigna ou s'il faut s'en prendre à son entreprise; mais la grandeur épique qu'il donne à ses personnages populaires ne nous semble pas heureuse. La touche est comme la composition : c'est lourd, pesant, commun. Les numéros 22-23 expliquent le nom dont les ateliers ont baptisé M. Antigua : peintre d'engelures.
Et de suite abordons ce qu'on nomme l'art populaire. Poussons droit au monstre. D'abord que veut dire cela, peinture populaire? Y a-t-il donc deux peintures : une peinture populaire, une peinture pedestris, comme dirait Horace, et une peinture non populaire? Il y eut un tsmps aussi, où l'on disait le style noble, le style moyen . De l'art populaire, cela signifie sans doute de l'Art pour le peuple. Mais l'art est aristocratique par essence. Voyons les choses au vrai : l'homme du peuple a-t-il le temps d'apprendre l'Art? vitil dans un milieu qui lui donne le goût de l'apprendre, s'il en avait le loisir? Evidemment non. Qu'on ne vienne pas nous dire que le beau est accessible à tous : on a fait de très belles phrases là-dessus, on en fera beaucoup encore, nous l'espérons bien ; mais tout cela n'empêche pas que
GRAND SALON CARRÉ
le beau no soit accessible à très peu et que les Emcric David ne s'appellent pas encore tout le monde. Demandez au suffrage universel qui a le plus de talent, comme peintre de natures mortes, de Philippe Rousseau ou de ce monsieur qui exposait des tableaux de salle à manger, à 'li francs sur le boulevard, en face l'hôtel Rougemont? — Un admirateur de Delacroix a découvert, que tous les hommes en blouse aimaient et admiraient Delacroix. C'était sans doute le jour oii M"" George Sand découvrait que tous les ouvriers relisaient Jean-Jacques Rousseau. — En fait d'art populaire, tenez, il y a un bien joli mot de M"" Dumesnil à M'^" Clairon : Dans une salle pleine, il y a deux personnes de goût.
Voilà pour votre public. Maintenant venons à vos œuvres. Vous entendez par Art populaire la nature comme elle est ; c'est s'interdire le choix. Donc votre idéal, c'est un daguerréotype promené par un aveugle, qui s'arrête pour s'asseoir, quand il y a du fumier. Et vous venez vous réclamer du Bassan ! vous venez vous réclamer de Rembrandt! Allez! le Coup de soleil n'est pas de l'Art populaire. — Je ne comprends
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qu'une peinture populaire, la peinture d'enseigne. — N'argumentez pas non plus de la fraternité du pinceau et de la plume, de la corrélation d'une école de style avec une école de peinture. Ne parlez pas du réalisme de l'école littéraire moderne. Musset, Gautier, Janin, George Sand — elle-même, qui se calomnie quelquefois, — n'ont jamais écrit pour les gens qui ne savent pas lire. Si vous avez des fermiers, demandez-leur s'ils ont lu le Tailleur de pierres de Saint-Point. Avec votre système et vos idées de réalisme étroit, il faudrait mettre Henri Monnier au-dessus de Victor Hugo, et bientôt Mathieu Lœnsberg au-dessus d'Henri Monnier. Nous sommes grands partisans da réalisme en peinture, mais non du réalisme cherché exclusivement dans le laid. Notre réalisme à nous s'appelle le Poiiilleiix ànMwviWo . Proudhon avait dit : La propriété c'est le vol! M. Courbet a dit : Le beau c'est le laid? Il a gagné 10,000 francs, dit-on, à montrer des tableaux dans les foires de Bretagne. Il sera décoré peut-être cette année. C'est un homme d'esprit. Au moins, il n'aura pas le droit de répondre comme ce monsieur à qui on demandait : « Pourquoi n'êtes-
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vous pas arrivé? — C'est que je n'ai jamais cru le monde aussi bête qu'il Test. »
BENOUVILLE (81). — Départ de Protésilas. — Protésilas fut le premier guerrier tué en débarquant sur le rivage de Troie, dit le livret. On n'a pas à reprocher à M. Benouville, comme à je ne sais quel artiste de 1810, d'avoir mis dans une scène qui se passe à l'époque do la guerre de ïroic, l'Apollon du Belvédère. Les colonnes, les fresques, les dieux domestiques, les lauriers-roses môme, sont d'un homme qui n'ignore pas sa couleur locale grecque. C'est quelque chose, mais ce n'est pas tout. Le Protésilas de M. Benouville, partant de la jambe gauche, le bras droit en arrière, indécis s'il tournera la tète, est dans la pose de toutes les académies qui partent pour un voyage. — (83). Un Portrait de femme daté de Rome. C'est d'un émaillé, d'un travail fin et parfondu comme le pointillé de la miniature. Au reste, cette sobriété de pâte allait assez au profil de M""*" Y... L..., d'une indicible finesse.
CABANEL (206). — Mort de Moïse. — Très grand tableau (envoi de Rome). Le Seigneur,
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porté par deux anges, apparaît à Moïse couché sur la montagne de Nebo. Le Jéhovah n'a pas le contour terrible du dessin du Tinloret que possédait M. Denon : Dieu créant le monde, les deux mains étendues, habillé d'une draperie aux plis superbes, puissant et redo.utable, le Dieu jaloux de l'Ecriture ! Rien dans la grande toile de M. Cabanel n'est aéré, rien n'est volant. Son Moïse a trop de raideur; il est couché tout d'une pièce. Ce n'est point cet homme qui a a vécu six-vingts ans, et dont les dents n'ont point été ébranlées », à qui le Seigneur apporte le repos. M. Cabanel n'a mis dans la tète de Moïse rien de l'aspiration du mourant. Les étoffes sont ballonnées et rondes. La draperie verte du Moïse est d'un ton sale, désagréable à l'œil. Le rose, le rouge et le violet, jetés par toute la toile, dans une demi-teinte uniforme, ôtenttout l'effet à la composition. — (207). Velléda. — Yelléda est assise sur une roche, tapissée d'algues sèches. Elle laisse pendre une de ses jambes sur l'Océan, où les mouettes volent dans la tempête. La tête en arrière, la main droite levée et menaçante, la pose de la Cassandre à la faucille d'or est bien rendue. A droite et à gauche,
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le massif d'arbres où elle s'appuie laisse voir un maigre pan de ciel vert. Cela est peint d'un joli ton d'élégie.
CABAT (208) — Un Soir d'automne qui simule assez bien nos anciens paysages de salle à manger. Le ciel, les eaux, les lointains, ont les teintes plâtreuses d'une peinture à la colle, les arbres, le profil détaché de ce qu'on appelle une ferme j en argot de décors. Rien ne tourne, n'avance, ne s'enfonce. La brise n'a jamais passé dans cette verdure sans trouée, où le chevelu des arbres semble affecté de la plique polonaise. Le massif qui se balance, en trempant dans l eau, n'a ni souplesse ni élasticité. Il tombe et ne baigne pas. Pas de plan, pas d'air, une découpure sans profondeur.
CHAPLLN (230, 231, 232). — M. Chaplin, nous le disons à regret, est en baisse . Ce n'est plus cette touche méplate de l'année dernière. A force de travailler, il arrive à un fondu fatigué. Reconnaissons toutefois que, par moments, il retrouve cette grasse et onctueuse couleur qui lui a valu son succès. Il y a dans un de ses portraits
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une main soutenant un livre, qui revient à toute l'ampleur de ses anciens procédés.
L. COGNIET (270). — C'est le portrait d'une femme déjà âgée, aux yeux lumineux, à l'exquise délinéature de traits, au front chargé de pensées sévères, tête un peu hautaine, où se découpe une bouche sarcastique comme celle de Voltaire. Sous l'amaigrissement, sous les rides, «ous le travail, que les ans font subir à l'épiderme, le peintre a trouvé le secret de garder l'image d'une beauté qui n'est plus, et de nous faire dire, que c'est là le portrait d'une femme qui a été charmante. Une chevelure noire, où se sont glissés quelques fils d'argent, encadre l'ovale de longues anglaises sur lesquelles court une dentelle noire, qui descend masquer le cou. Sur une robe grenat foncé, une pelisse en velours noir doublée de fourrure, jetée en arrière des épaules, vient se nouer au bas du buste, sous deux mains allongées, vrais modèles de mains de duchesse, que le pinceau du peintre à caressées avec amour, s'efTorçant à mettre au jour leur sveltesse, et promenant sous leur maigreur de petits réseaux de veines bleues. Ce portrait
GUAND SALON CAHRÉ
d'une touche serrée, d'une grande sévérité d'accessoires, dans une gamme un peu froide, a une tournure magistrale qui impose et qui étonne. C'est bien le portrait le plus étudié et le plus heureusement étudié du Salon.
COUDER (287). — Avez-vous, Madame, dans votre chambre à coucher, de ces jolis riens, que la mode touche de sa baguette magique? Avezvous des assiettes du Japon aux bigarrures rouges, bleues et or? Avez-vous des bols de porcelaine de Chine, fins et transparents comme la coquille d'un œuf, où des canards dorés voguent et traversent des lignes de feuilles digitées, toutes coupées d'immenses fleurs rosées à leurs bords? Est-ce encore des pantoufles de Tunis, toutes stellées de pailletons d'argent, « mille petits mirolifiques, qu'on apporte de Chypre, de Candie et Constantinople », et que Rabelais promettait de rapporter de Rome à M"'' d'Estissac? — Vous avez. Monsieur, des pipes de merisier au fourneau roux, des pipes calottécs d'ambre ; vous avez une épée de mignon, vrillée de trous dans la lame, pour faire égoutter le sang; des bronzes, des vieux plats de Faënza; vous avez
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une table où llanent, à l'entoiir d'un Clodion,a, les livres et les albums; devant votre table le vous avez une chaise Louis XIII en cuir dorép ; et que sais-je? sur la chaise un feutre le longig duquel monte, en fusée, une plume rouge, la la plume rouge du capitaine Georges, de Mérimée, e. — Eh bien ! si vos pantoufles. Madame, si votre 'e feutre. Monsieur, si quelques-unes de ces choses is ■avec lesquelles vous avez vécu tous les jours, s, des années, sont devenues vos confidents. Ma- i- ■dame, sont devenues vos amis. Monsieur, allez 3Z voir les charmants tableaux de dunkerques ;s exposés cette année par M. Couder, etvousre-> viendrez avec grande envie de faire faire le portrait de vos pantoufles, Madame, — de votre e feutre. Monsieur.
COUTURE (301). — Portrait dniomme. — Dec cette touche large, de cette facture à outrance, de ce coloris vivant qui est la signature du u maître. C'est pour lui que Lanzi a dit : « Broyer r de la chair sur sa palette. » — (302). — Un Por- ■trait d'enfant. — Une petite fille envermeillée e de santé, les cheveux pris en chignon derrière e la tête, une petite robe bleue, une petite robe de e
GRAND SALON CARRÉ
pcpcnsion : étude d'un grand caractère. Le fond nonoir-violet, comme de l'encre étendue au pouce su sur une feuille de papier. Peut-être bien les onombres sont elles trop noires, les lignes trop ccicerclées. Mais ces exagérations sont rachetées papar un faire si large, par tant de soleil sur la ch chair humaine, par tant de mouvementé dans les plîplans faciaux, que c'est un de ces défauts de gr;grand peintre, qu'on finit par prendre pour des ququalités de leur manière. — (300). — Une Bo~ héhémienne . — C'est pour nous la plus belle chose dudu Salon. Ici le maître se retrouve tout entier. FijFigurez-vous une tète de jeune Bohémienne hâhâlée le long de toutes les routes, hâlée à tous lesles soleils ; un épiderme brun, ambré, doré et brdjronzé, un bronze florentin, des yeux noirs de nénégresse; une bouche bien ouverte, aux deux coicoins bien relevés, une rangée de dents blanches qiiqui ne demandent qu'à se montrer derrière ; sur le le cou, une écharpe jaune-paille, à petits filets roirouges ; aux oreilles, deux petites pierres bleues. FijFigurez-vous que M. Couture a dépensé là dedans dedes trésors de carnation fauve, des trésors de gr%râce sauvage. On voit encore cette tête longtertemps après l'avoir regardée. « Enfant aux longs
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cheveux, émeraude resplendissante [Esmeralda re lande cienl e) ^ céleste enfant, dis -nous la bonne aventure, et nous te donnerons des pierreries non moins brillantes que tes yeux! » 0 jeune fille au teint olivâtre ! jeune fille au rire d'argent ! ô petite Preciosa ! on se rappelle devant toi ces mots de la Gitanilla de Cervantes.
DEBON (314). — La Science et la Philosophie montrant la Religion comme la seule vérité. — Mauvais tableau allégorique. Au-dessous d'une vierge mithriaque, les deux mains ouvertes comme une idole du temple de Jagernath, encadrée d'un cadre d'anges, la Science et la Philosophie sont assises avec leurs attributs. La Science se penche à gauche, la Philosophie à droite ; cela donne à la composition un balancé qui choque. Du reste, les anges sont disgracieux et mal enlevés, et tout le tableau est peint avec des tons d'éventail.
DUBUFE (Edouard) (380, 381, 382). — M. Dubufe est toujours notre premier portraitiste de robes, d'écharpes et de dentelles.
DUPRE (Jules) (392). — De gros nuages gris
GRAND SALON CARRÉ
aux crêtes blanches, chassés à gauche, s'écrasent les uns les autres dans une mêlée impétueuse. Sur ce ciel s'élancent en fusées deux arbres hardiment projetés, aux bouquets feuillus. Us trempent le pied dans un cours d'eau, oii descendent des vaches qui enfoncent dans le terrain plantureux et les grasses herbes du pacage vivace. Un saule laisse aller au vent sa chevelure gris-perle. Arbres, ciel, terrain, tout est crépi de paquets de couleurs, et pourtant tout cela vient d'un frais admirable sous cette furie de brosse. Joseph Yernet, qui ne peignait pas d'esquisses, de crainte d'amortir sa fougue, serait bien étonné en yoyant le feu de ce paysage, quatre fois peut-être recommencé par M. Dupré ; en sorte que, sous le tableau que nous voyons, il y a peut être quatre autres tableaux. Nous qui aimons cette fiôre peinture, nous nous demandons cependant si les empâtements du ciel ne le font pas avancer sur les premiers plans ; si ces eaux denses et résistantes, presque granitiques, sont vraies; si énfm, « en chargeant les lumières pour arriver à la fuite des plans, le peintre ne devrait pas épargner les transparents des fonds, en peignant les
ombres ». Après, il faut reconnaître que le Pacage de M. Dupr6 n'est pas placé à sa vraie hauteur : il est placd beaucoup trop bas. — (394). — Soleil couchant, — « La rivière pure et calme coulait lentement entre les roseaux agités; de légers nuages, qu'un doux zéphyr balançait dans les airs, venaient se réfléchir dans le cristal de ces eaux. Ici, j'entendais les oiseaux animer les bois par leur ramage ; là, des milliers de moucherons s'agitaient à travers les rayons pourprés du soleil couchant, tandis que le hanneton bourdonnant attendait leur dernière et mourante lueur pour s'élancer de l'herbe humide. » Un paysage ensoleillé comme une aquarelle de Bonington ; un soleil rougi à blanc glisse sur des masses de verdure, incendie l'eau oii se désaltèrent des vaches, et baigne de son fluide igné, argentant et dorant, et faisant éblouissant ce frais coin de terre. — Dans le n° 393, M. Dupré montre avec quelle habileté il sait rompre sa manière. Plus d'empâtements, plus de peinture beurrée, plus d'arbres aux larges bouquets : un feuillé pénible, un travail maigre, patient, laborieux; des terrains à peine recouverts, aux teintes mornes , aux blô-
GRAND SALON CARRÉ
mes perspectives, avec une étroite langue de lumière sur ce sol désolé.
DUVAL (Amaury) (11). — Portrait de M. L. Biirthe. — • Dessin correct et distingué, tué par une déplorable couleur bise.
FAUVELET (437). — Partant pour la ville. — Un des premiers, M. Fauvelet a signé des Meissonier d'un autre nom que Moissonier. M. Fauvelet excelle dans les étoffes. Les habits de velours, les culottes de satin, les bas blancs, il se tire de tout cela à merveille. Il sait faire chatoyer la lumière sur les tissus lisses, l'endormir sur les tissus mats; il est de grande entente pour les clairs étroits du velours, le lustré mat du drap, le moiré lumineux de la soie. Sauf la tète de "son voyageur, fort mauvaise, c'est peint finement, et bien peint.
FRÈRE (E.) {^{sr^). — Intérieur; étude. — Un rayon de lumière file sur un mur que l'humidité a lavé de rose et de vert. 11 y a une cheminée recouverte de serge, des casseroles au mur, un râtelier d'osier où s'accrochent des couverts de fer, une marmite, un chandelier;
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une vieille femme accroupie et éclairée d'en haut qui tire du vin d'un tonneau dans l'embi'asure de la fenêtre, une petite fille qui la regarde. Cette petite toile oii la lumière lutte avec des ombres qui ne sont jamais noires, mais agréablement rompues et habilement reflétées, est une savante traduction de la phrase de Cochin : « L'obscurité dans la nature n'est qu'une privation qui n'a aucune couleur et qui détruit toutes les couleurs locales à mesure qu'elle est plus grande. Celui de tous les tons d'ombre qui imitera le mieux la nature sera celui qui tiendra le moins d'une couleur qu'on puisse nommer. » — Comme pendant, un atelier de tonnelier. C'est encore une réussite dans le domaine du clair-obscur. Un rayon de soleil glisse par une étroite fenêtre, passe sur les* outils épars sur l'établi, illumine de profil l'ouvrier qui cercle son tonneau à grand renfort de maillet. C'est sur ces murs sales, dans ces poutres obscurcies, des poudroiements fauves, de charmants ébats de lumière dans des ténèbres transparentes ; ce sont les incertitudes de coloration que fait le jour dans l'ombre. Ce rayon-là descend un peu de Rembrandt.
GRAND SALON CARRÉ
GLAIZE (361). — Les Femmes gauloises. — Les femmes, debout sur le chariot, les yeux en feu, empoignant leurs enfants pour les jeter sous les roues, menaçant du geste et de la voix, blasphémant les vainqueurs, agitant la faucille d'or, sont pleines de fiiria. Les groupes s'enchaînent, les enfants s'enlacent, les bouches maudissent, les bras se lèvent, tout cela se tord, s'agite, se convulsionne dans un heureux mouvement.
HÉBERT. — M. Hébert, l'auteur de la Malaria de l'an dernier, a envoyé cette année aù Salon trois portraits, tous trois d'un affreux lissé d'exécution. L'homme a l'air d'avoir passé quarante-huit heures au four: il est jaune doré comme une galette trop cuite. Les deux femmes , en revanche, ont l'air de mortes. Une surtout, le n" 617: une femme dans un parc, à contre jour, une femme au long col, la tête en poire à la renverse, la bouche de travers, toute glacée de vert, les yeux cerclés de violet, toute livide, le teint d'une élégie de Millevoye enterrée depuis huit jours. Nous dirons à M. Hébert que les femmes vertes ont fait leur temps, et que.
PEINTURE
devant sa fausse Mélancolia, nous n'avons pu nous empêcher d'entonner la chanson de Charles d'Orléans :
Pour Dieu, boutons-la hors, Geste merencolie, Qui si fort nous guerrie Et fait tant de grans tors.
Montrons-nous les plus forts, Mon C(rur, je vous en prie.
Pour Dieu, boutons-la hors Geste merencolie.
. HÉDOUIN (620). — Une Soirée chez les Aûmers. — Heureuse dtadc. Parle crépuscule, un dernier rayon de soleil prend en écharpe un groupe d'Arabes, arrêtés près d'une fontaine.. Les femmes puisent de l'eau. Les enfants, petits crânes houppes, jettent des pierres dans le cou-> rant. A gauche, un âne bâtonné brait.
JACQUAND. — Saint Bonaventiire recevant, les insignes du cardinalat. — Peinture laborieuse. Des tètes sans caractère, La vaisselle d'étain est parfaitement réussie.
LEGURIEUX. — Giiillanme cC Aquitaine aux pieds de saint Bernard. — Tableau d'un coloris
GRAND SALON CAllKÉ
blond et doré; des lumières et des ombres décidées avec fermeté, un agréable contraste de tons ; des tètes de guerriers d'un caractère musclé et court; un jeune homme, appuyé sur l'épaule d'un vieillard dans une pose maniérée, ^lais pleine de grâce, les jambes quelque peu tortillées, traduit avec esprit l'indifférence de la jeunesse pour les foudres cléricales. Les jambes, serrées dans un maillot saumon-pâle, sont .d'une charmante couleur.
• LEIIMANN (806). — Portrait de femme désagréablement bariolée d'étoffes algériennes, qui a la sécheresse d'une peinture sur tôle. — Dans le n" 803, Réve , M. Lehmann a recommencé Gendron.
MOREAU (Gustave) {^3^). — Pie ta. — Sur un fond de montagnes verdâtres que le peintre a fait bondir à l'horizon, sur un ciel blafard el voilé de deuil, se détachent la Vierge, qu'on soutient, le Christ affaissé et évanoui dans la mort, Madeleine assise à côté du cadavre, la tète cachée. Le mouvement de la Vierge, suffoquant de sanglots et ramenant la draperie à ses lèvres, est beau. L'homme qui la soutient, à
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droite , en grande tunique rouge largement épandue, a grande tournure. La Madeleine, abîmée dans sa douleur et pleurant sur une des mains du cadavre est d'un heureux sentiment. — Cette scène, toute pleine de tons vigoureux et sourds, doit à la sobriété de ton des draperies qui sont toutes ou rouges ou bleues, une harmonie solide, un effet puissant.
O'CONNEL (M""'') (974). — Une femme se détachant sur un fond verdâtre rayé de jaune. Elle est vêtue de satin blanc. Sa robe emperlée s'ouvre en carré sur la poitrine. Les bras nus sont baignés de gaze. La tète est effacée en ses jeunes couleurs. Les cheveux relevés avec des jeux de lumière à leur naissance, les yeux enfoncés, largement bistrés, le mat carminé des lèvres rouges, s'accusent vivement sur cette pâleur. La tète est touchée avec une résolution, un bravoure bien remarquables chez une femme. Les tons sont posés, jamais fondus. La tête, les mains , le cou , se dessinent sous les sillons d'une brosse qui se promène en pleine pâte, d'une brosse riche d'heureuses réminiscences de Van Dyck.
GRAND SALON CAKHÉ
PEZOUS (1032). — Le Jeu de Siam. — Toute une famille est là. C'est le XVIIP siècle en petite tenue de campagne. Les dames en toilette du matin, les hommes en manches de chemise, celui-ci en habit de chamois, tout comme Werther, les souliers à boucle, le bas blanc bien tiré, regardant le jeu de quilles presque tout entier couché à terre. Le plus vieux de la bande, — le jugeur, — est assis sur une moitié de tonneau, le nez en avant, en arrêt sur les coups ; à côté de lui une table où on a bu bien des verres de piquette, mangé bien des canards au j)ère Douillot, arrosé bien des amours ! Devant lui est un petit bonhomme, les cheveux à la malcontent, debout, les bras croisés derrière le dos, avec un grand gilet à la financière, aussi attentif que son grand-père. Le discobole, à genoux, s'apprête à jeter bas les deux dernièrés quilles. L'hôtelier du vide-bouteille égorge, dans le fond, de quoi- faire tourner la broche. , — Petite toile d'un très joli ton ; peut-être bien un pou de mollesse, mais de l'esprit dans la composition et dans le pinceau.
RICAim (1092). --'Jeune — Blonde tête
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aux grands yeux bleus, carnation rose et blanche comme les jeunes Anglaises, la jeune fille de M. Ricard rappelle les types de Lawrence. Elle a des perles aux oreilles, une robe en velours noir, de minces bouffants aux épaules, au sinus de la gorge trois perles et un rubis, qui semblent une parure de Gilles l'Égaré. Sa tète est calme comme un sommeil d'enfant; les seins s'éveillent sous le velours noir. C'est cette pâleur d'adolescente, cette suavité de galbe, cette pudeur dans l'œil, c6 gras du contour, cette poésie de première fraîcheur, ce teint pâle comme une naissance de jour. M. Ricard excelle à ces idéalités vivantes, vivantes comme la jeunesse. Son pinceau coule moelleux et se plaît à la tendresse des demi - teintes , à la transparence des ombres. Il caresse ses têtes à la Marguerite, ces innocences de dessin et de couleur. — (1093). Pfivtrait d'homme d'un caractère tout prud'honien.
ROQUEPLAN (1109). — La Fontaine du Grand figuier. — Un figuier, détachant son dôme de verdure sur un ciel indigo, projette les découpures de son ombre sift* des murs d'un blanc
GRAND SALOX CARRÉ
jaune que déchirent, fendillent, lézardent une brique, un tesson, tout un chaud dessous de pierres calcinées. Autour de la fontaine, passent, vont et viennent, se pressent et babillent des femmes aux jupes rouges, aux chemises blanches. L'une est à attendre que son vase soit rempli, tandis qu'une petite fille est penchée sur la margelle pour voir couler le filet d'eau. Un groupe de laveuses joliment lié se dispose à charger sur la tôtc la cruche pansue. 11 en est une de dos ; un étroit béguin est posé sur le sommet de sa chevelure qui descend en une longue natte sur un gilet rouge, un bras perdu dans le vase, la jupe relevée par derrière comme une soutane de curé; c'est d'une vérité de pose incroyable. Elle a été prise par M. Roqueplan ea flagrant délit de caquetage. Il eût voulu peindre une des trois commères de La Fontaine qu'il n'eût pas mieux trouvé. Le terrain râpeux, grenu, crépitant, prêt à se lever en poussière sous la première brise, étrangle une petite maroaux eaux roussâtres, où prennent le bain, avec délices, des canards. Dans un coin, à gauche, un montagnard, adosse à un angle de mur, dort en plein soleil avec une étroite ombre derrière
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lui. Cette toile est inondée de soleil. La verdure du figuier a cette crudité, le ciel cette intensité de bleu que donne le Midi. Le pittoresque bariolage des costumes, les lumières franches et hardies, les ombres resserrées, ramassées, arrêtées comme par les cernées, font de cette toile peut-être le plus lumineux de tous les tableaux de M, Roqueplan, qui estarrivé à dominervictorieusement le rouge et le noir, victoire sans laquelle Rubens disait qu'il n'y avait pas de grand peintre.
ROUSSEAU (Théodore). — Au rebours do l'artiste bien connu qui peint à Fontamebleau, une hache à la main, et qui taille ses motifs, M. Rousseau respecte ses paysages. Un peintre nous a affirmé l'avoir vu, je ne sais plus oii, rattacher avec son mouchoir une branche cassée. M. Th. Rousseau, — un peintre de la petite nature , — trouve que Dieu est un arrangeur habile. Il ne cherche pas à inventer des lignes plus sévères, à ennoblir les fourrés : il étudie en toute naïveté, en toute sincérité, n'ayant pas plus honte de dessiner le premier arbre venu, que Lantara n'avait honte de peindre les bords
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de la Bièvre. Il se préoccupe très peu du style, mais, en revanche, il se préoccupe beaucoup de la vérité. C'est un grand oseur, dont toutes les audaces n'ont pas nos sympathies, mais qui a poussé plus loin qu'aucun l'étude des plus délicates modifications du jour, et le rendu des plus difficiles jeux de lumière dans la verdure, par le matin, à midi, le soir, avant la pluie, après la pluie. — (H22). — Paysage dans la lande. — Une ligne de chênes verts, touttroués de jours qui laissent parfaitement deviner l'armature du branchage, un ciel d'un bleu froid avec les lourds nuages gris de la Hollande, encore tout chargés de pluie ; les terrains touchés de ce pinceau nourri de couleurs, gras, glaiseux, herbus, contournent une mare qui reçoit les grandes ombres des arbres, et ne répète le ciel que dans quelques maigres éclaircies. Le n° 1121 est un effet qui ne plaît pas, mais qui a pour lui la réalité. Du milieu d'un ciel tout barbouillé de nuages gris s'épand un faisceau de lumière blanche qui argenté tout le paysage, et promène sur les terrains, sur les arbres, cette teinte de cendre verte passée, que nous avons tous constatée après la pluie.
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STEVENS (1170). — Ils sont là cinq chiens roux, noirs, gris, fauves, aux têtes massives, aux crocs aigus, aux yeux sanglants, la langue pendante. Deux de ces molosses, musclés pour la barrière du Combat, aplatissent à terre leurs vigoureuses membrures, dans une pose de lévriers de tombes seigneuriales. Un est assis sur son derrière. Deux, arc-boutés sur leurs quatre pattes raidies par la fatigue, s'épaulent de la tête. Ils sont attelés à un chariot aux ais mal joints, où pèse une énorme pierre de taille couronnée d'un panier et d'un vieux chapeau avec une pipe passée dans le galon. L'attelage se détache sur un mur gris sale, où s'ouvre un égout, et d'oii s'élance à gauche, sur un ciel chargé d'orage, un entre-lacs de branches tortillées, dépouillées de verdure. Le terrain est d'un jaune dé boue, et comme trempé par l'averse du matin. Une composition sans charlatanisme qui arrête. La fatigue, la puissante musculature de ces charrieurs, M. vStevcns les a traduites d'un faire ferme et ressenti. Mais M. Stevens tombe trop facilement dans le noir. Les pelages, couchés sous la brosse, n'ont pas le rebrousse-poil, le désordonné de la nature. — En somme, il y a dans la toile du
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peintre de Bruxelles, du Géricault et du Gharlet.
TABAR (1172). — Une Phryné d'un sentiment plein de distinction, malheureusement à une hauteur que l'œil ne peut atteindre.
YERNET (Horace). — Siège de Ro?ne. Prise du bastion 8. — Nous sommes loin de nier le talent do M. Horace Yernet. M. Horace Vernet a fait un charmant tableau de chevalet : la Porte de Constantine. Nul mieux que lui ne s'entend à ces grandes machines militaires. Voilà plus de vingt ans, plus de trente ans qu'il traduit nos gloires en tableaux. H brosse avec prestesse, il masse par escadrons, bataillons, avec un sans-gêne, un entrain que nous sommes loin de méconnaître. Toutes les batailles l'attendent pour aller à Versailles. Encore une fois, ne lance pas qui veut cinq cents hommes sur une toile à l'assaut d'une ville, d'un fort, d'un bastion. Gela veut une ampleur de vue, une audace de main, une science de l'uniforme fort louables. Mais, entre un metteur en scène du cirque et un peintre, il y a grande distance. M. Horace Vernet tient le milieu. Le nouveau
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tableau do M. Horace Yernet est pour nous ce qu'il a fait encore de plus mauvais. Nous ne parlerons ici ni de la touche, ni de la peinture. Qu'il se soit servi de couleurs simples ou composées, cela ne vaut pas mieux qu'un paravent de papier peint. Nous ne parlerons donc de la nouvelle œuvre de M. Horace Yernet qu'au point de vue du mimodrame. Presque tout le monde convient que l'effet est complètement manqué. Les groupes sont disséminés. L'intérêt est éparpillé. L'action est partout et n'est nulle part. Et puis, le sujet a mené à mal le peintre français. Les costumes romains l'ont mené au gros mélodrame, en sorte que sa Prise du bastion n° 8 a l'air de la mise en scène on grand de Fra Diavolo, avec beaucoup de gendarmes. Le repas abrité des planches d'un confessionnal est une vieille ficelle, — que M. Vernet nous passe le mot, — bien usée. Nous ne quitterons pas cette grande page, comme on dit, sans rendre hommage à un superbe trompe-l'œil : un canon dans une tranchée à gauche , sur lequel donne un rayon de lune. C'est le pendant de ce fameux dessous de botte dans le portrait du Président, Fan dernier,- Malheureusement, ces tours de
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force-là sont payés, selon nous, plus cher qu'ils ne valent.
ZIEM. — Le peintre de l'Adriatique, le peintre de ce fluide doré qui enveloppe la forme, sans l'estomper, qui n'enlôve aucun lustre, n'amortit aucun contour, et sous l'obliquité des rayons du soleil fait tous les points lumineux et étincelants ; le peintre de Venise, qui sait se retrouver dans ces plans que la lumière précipite l'un sur l'autre, sans que rien les gradue, comme font les brumes du Nord, est allé, l'été dernier, à la recherche du soleil de la Hollande, et a surprisdes couchers de ce soleil dont l'orbe lumineux, doublé ou triplé par les humides vapeurs de la terre des polders, allume dans le crépuscule comme un vaste incendie. — M. Ziem a rapporté de Hollande les n"' 1273 et 1274. Dans son Coucher de soleil, au bord de l'Amstel, une ligne d'arbres, interrompue de moulins, se découpe, en une noire silhouette sur le ciel, mais une silhouette encore toute glacée de tons fauves, roux, pourpres, que le soleil laisse derrière lui. Le ciel jaune se dégrade par ces teintes vertes qu'on retrouve aux Véronèse d'à présent. L'azur
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est tout tacheté de nuages opalisés, petits nuages violets, éclairés de rose en dessous. Un canal, sans fluidité, voit s'allonger dans ses eaux dorées de grandes ombres violettes, molles, indécises, quand elles ne sont pas arrêtées par l'or d'un rayon de soleil qui filtre entre les bouquets d'arbres. De l'autre côté de la rivière, est ensevelie dans l'ombre une barque, au milieu d'eaux que la lumière et la chaleur ont désertées. Le froid de cette rive, abandonnée du soleil, vous gagne. — Dans le n" 1274, des eaux sombres, limoneuses, comme les affectionnait Ruysdaël, ne reflétant qu'à regret des images émoussées ; une chaumière de briques, cachée sous des arbres frottés de roux; il y a comme à l'horizon un imperceptible brouillard rose ; mais le ciel s'est dégagé des teintas chaudes dans sa^ partie supérieure , ouatée de petits nuages blancs. H y a un silence, un repos dans ce tableau. On y sent comme l'assoupissement de cette grasse nature des Flandres. M. Ziem a eu le talent de faire mourir tous les bruits sous son pinceau. — Le n" 1272, la Vue de Venise prise du jardin français, est une des plus capitales conquêtes de de M. Ziem sur la ville de Canaletto. Au fond
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de la toile dos fourmillements de palais, des forêts de dômes perdus dans les vapeurs, des coupoles, des campaniles, dos clochetons à ne pas les compter, montent ou s'arrondissent, et moutonnent à l'horizon blanc de lumière ; sur des eaux truitées de rose, de bleu, de vert tendre, — miroirs amoureux des voiles argentées, des carènes rousses, des pilotis tachés d'émeraude, — se balance une grande barque de pêche, sa grande voile jaune endormie et paresseuse, enguirlandée de filets, qui laissent tomber leurs grappes de liège. Un groupe de pêcheurs étincelants retire un filet. — Byron, qui n'avait trouvé dans sa vie, au-dessus de son attente, que des mers, des montagnes, le lion d'Ali-Pacha, un tigre de la ménagerie d'Exeter, deux ou trois femmes, et qui se plaignait d'avoir toujours trouvé la peinture au-dessous de la réalité, aurait mis cotte toile de M. Ziem à côté de ce lion, à côté de ce tigre, à côté de ces deux ou trois femmes.
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ALIGNY. — Poussin, a-t-on dit, agrandit la nature, pour la faire aussi grande que son cœur, La nature sans doute fut humiliée de n'être pas trouvée assez grande; elle bouda l'artiste qui se méfiait d'elle et ne posa jamais pour lui. Que ce soient des dryades ou des pasteurs grecs, qu'il jette parles champs, ce sont toujours les mômes lauriers-roses plaquant dans le ciel leurs feuilles digitées; ce sont toujours les masses nobles d'une campagne conventionnelle, des collines de tradition, des réduits bocagers, où Le Nôtre passera. Et les Anglais avaient beau nous dire Shakespeare ; la Hollande, Ruysdaël, Hobbcma, Berghem, nous continuâmes un siècle à inettre à la nature le manteau de nos tragédies. Claude Lorrain tira un feu d'artifice dans les décors du Poussin, et ce fut tout. — La main aux dames! C'est le Départ pour Cythèrc, pour les îles for-
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tuhées, les bosquets amoureux, les ombrages bleu et rose -pommelé. Arlequin chassa les faunes à coups de batte. A ces fêtes improbables, le paysage devint impossible ; et les arbres, et les fontaines, et les allées ombreuses, et les cimes perdues, et les parcs enchantés, et les sites féeriques firent leur entrée sur un air de chacone, conduits par le maître de ballet de la comédie italienne, Antoine Watteau. — Puis vinrent les paysagistes de bonne foi, qui risquèrent à se crotter, qui allèrent un peu au dehors, qui peignirent môme un peu ce qu'ils voyaient, qui s'émancipèrent du droit de toutes les beautés qu'ils percevaient, qui trouvèrent l'herbe drue et bellement verte, les arbres assez noblement feuillus et branchus , les lignes de toutes choses toutes superbes de naïveté et de simplesse; — école du XIX" siècle inaugurée au XYIIP par Yernet, qui commença à regarder, par Lantara, qui commença à voir, — Mais qu'importent vraiment à M. Aligny, Yernet, Lantara, etDupré, etTroyon?M. Aligny croit au paysage historique. Il croit qu'il y a dans la nature des rotures et des mésalliances ; qu'il faut attacher les feuilles par paquets comme aux boutiques
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d'herboristerie ; que le paysage enfin doit s'inspirer de la noblesse du fait qui s'y passe, et qu'il doit s'y intéresser par la dignité de son allure, les grandes lignes et l'architecture héroïque de ses plans. — C'est un peu l'histoire des chevaux de Jules Romain, qui, selon la remarque de M. Charles Blanc, semblent prendre part au concile. M. Aligny n'a qu'un tort, selon nous, c'est d'avoir voulu faire la preuve de ses opinions par les numéros 3,-4,-5.
BONVIN. — Les sujets de M. Bonvin, naïfs et naturels, simplement conçus, heureusement rendus, nous remettent en mémoire ce mot du vieux Montaigne : « La poésie populaire et purement naturelle a des naïfvetés et des grâces par où elle se compare à la principale beauté de la poésie parfaite selon l'art, comme il se veoid es villanelles de Gaiscoigne. » Ne demandez à M. Bonvin ni chatoiement ni strcpito. C'est le peintre des salles d'asile tranquilles, aux murs sobrement crépis, aux lumières tamisées, aux lignes simples votées par une commission municipale, aux couleurs monochromes; c'est le peintre des sœurs de charité, des petites filles
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rougeaudes, aux robes bleues ou brunes. Ce qu'il doit vous donner, et ce qu'il vous donnera, c'est ]a vérilé, la simplicité, le sentiment. — (140) X« Classe des petites. Au-dessus de la porte est écrit : Première classe. La sœur est assise sur une petite estrade, devant une table couverte de serge verte , et lit un devoir. Sur le premier plan, une petite fille, les mains derrière le dos, un fichu rouge sur le cou, semble attendre le résultat de cette lecture. Espérons qu'on ne la fera pas mettre à genoux comme celle-là, sa camarade, en robe gros bleu, l'air contrit et les yeux à terre. Sur le banc adossé au mur, une petite fille , une monitrice , sans doute , à côté d'une petite amie, l'aide, — non pas encore à penser, — mais à épeler. Dans le fond, la porte à demi ouverte laisse entrevoir un panier sur une planche, le panier du goûter. — (139) La Charité (appartient au Ministère de l'intérieur). Sur un escalier, une sœur à coiffe blanche, à rabat blanc, au grand tablier blanc, au gros chapelet descendant le long de la robe grise, à la figure maigre et macérée, distribue une soupe qui fume. Derrière elle, une autre sœur tient une largo bassine. C'est le matin. Les
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femmes du faiibom-g, en sorre-têtc, en bonnets, en fichus jetés en fanclion sur la tôte, en casaques et en jupons, un maigre tartan au dos, se pressent, se serrent et tendent la main, chacune, ou peu s'en faut, un petit marmot dans les bras ou se traînant à la robe. Les bleus passés, les étoffes usées, les moutards embroussaillés de cheveux; les cabas rapiécés de morceaux de cuir; les tête's de vieille:, femmes résignées et attendant, leurs tasses à la main ; les mères impatientes, — non pas pour elles; les casaquins roux et élimés ; les bonnets en percale ; le grand mur grisâtre et d'un brun terreux, percé d'une seule fenêtre grillée-; tout cela est venu d'une grande vérité. Toutefois, nous reprochons à M. Bonvin de tenir ses carnations sales, de ne pas débarbouiller, de parti pris, les petits personnages de ses scènes scolastiques , de chercher les éclats de couleur sans franchise, d'afficher une uniformité de tons sourds, d'éclairer avec une lumière de cinq heures du soir en hiver; enfin, de ne pas assez se rappeler que son maître Chardin a toujours tenu sa palette propre, et que, dans ses bons tableaux, les chairs sont lumineuses, et que les ombres blondes ne
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trouent jamais la toile. Nous dirons encore à M. Bonvin, pour le lui rappeler, — car il le sait,
— que ses toiles ont des négligences, des abus de facilité, et que certaines figures de fond sont fort désappointées de n'être pas peintes un peu davantage.
C'est un regret pour nous de voir M. Bonvin abandonner son premier maître pour passer à l'école de Pierre de Ilooghe, dont il exagère les défauts et le manque de lumière.
BOULANGER (Gustave) (154). — Democrite enfant. Sur un gazon, un enfant brun, les coudes sur les genoux, le menton appuyé sur les mains ; au fond, la mer; au-dessus de la mer, un ciel tendre avec des traînées de taches violàtres. Un essai académique d'allégorie psychologique.
DESIIAYES (348). — Paysage du Dauphiné où les qualités du coloriste gris tendre se retrouvent tout entières, mais dans une composition moins heureuse que toutes celles que nous connaissons de lui.
- DUBUFE(Glaude-Maiue)(378). — Un Taureau et une Vache; site de Basse-Normandie . Vérita-
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blc dessus de buvard écossais, avec des lumières en nacre.
FRANÇAIS (499). — Une Coupe de bois. — M. Français se plaît aux effets d'automne. 11 aime les éclats de verdure amortis et perdus en teintes fauves, les arbres dépouillés aux mousses jaunes, les feuillages mordorés. 11 aime les ciels froids, ne montrant qu'une langue bleue au milieu de nuages ardoisés. C'est ce ciel froid, cette végétation mourante, que M. Français a mis dans sa Coupe de bois. Le feuillé a perdu sa première densité ; l'air circule librement dans ces masses, que la cbute des feuilles commence à faire aériennes. Les branches s'accusent, les allées s'enfoncent, les percées se préparent. Un bouquet de feuilles d'or s'agite, bruyant, au squelette tortillard d'un arbre mort. Le tapis vert des terrains s'enterre sous l'humus roux qu'amoncelle la feuille desséchée. C'est une peinture sage, serrée, sans empâtement, mais vraie, mais tout imprégnée de ce sentiment de tristesse, qui vous prend à traverser les grands bois par le mois d'octobre, à l'heure où le bûcheron ramasse ses instruments. — (500) Le
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Soir. Un feu d'artifice de nuages roses, orangés, violets, sur un ciel de turquoise pâle; les masses de verdure du fond sont toutes glacées de tons pourprés, et les arbres, et les eaux, et le ciel, tout se fond dans les lueurs chaudes d'un embrasement. De l'angle d'un temple en ruine, placé à gauche, descend et s'effiloque tout un premier plan de broussailles, faisant zigzaguer sur le ciel leurs tortils d'un vert éblouissant. Une canéphore remonte le coteau et découpe une blanche silhouette sur ce ciel d'apothéose. — Encore un thème favori de M. Français, un refrain de son talent : des saules, de l'ombre, et sous les saules et dans l'ombre, deux amants, deux heureux. Des parfums de populage se promènent sur la rive fraîche. La prairie, à peine mordue d'un étroit rayon de lumière, est toute pleine de verdure, du vert froid d'un pâturage du nord. Les saules font dôme. A l'horizon, à travers les colonnades torses des saules excoriés, on aperçoit le ciel tranquille et son azur endormi. C'est tantôt Bougival, tantôt Meudon; c'est toujours le poème de l'Amour au bord de l'eau, de l'ombre et de la nature complices, du baiser de la rivière qui baigne ses bottines, à l'insu d'elle-
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même, aux chants des oiseaux. Tous ces couples qui s'envolent de Paris, par toutes les barrières, les jours de fête, affolés et sautants, M. Français les suit, sa palette en main, les suit et les suivrait au bout du monde, iraient-ils un peu plus bas que Sèvres. Et quand ils croient que personne ne les voit, pas môme le soleil, que personne ne les entend, pas môme la Seine, M. Français est là qui peint ces amours au fil de Teau, qui peint son n" oOl , — Sous les saules.
GENDRON (529). — Tibère à l'île de Capréc. — Le ïrimalcion de Caprée a pour oreiller le ventre d'une femme dont le genou arrête sa main gauche. Son autre main pose, crispée comme une serre, sur le front blanc et la chevelure blonde d'une autre femme qui dort, la bouche entr'ouvcrte avec un sourire d'argent. Tibère abandonne une de ses jambes, qui déborde le triclinimn^ aux mains d'un petit Egyptien, un pédicure d'Alexandrie, Alexandrina msrces. La couronne de roses qui se fane à ce front décharné, les sourcils rapprochés, le nez busqué et vulturin, la bouche aux deux coins baissés et sans lèvres; à chaque côté de la bou-
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che une prise de rides profondes, et toute l'inerte lassitude du corps, disent les débauches de sang, un ennui de vivre et de pouvoir. C'est un regard sans pardon, c'est une tète sans remords. La symphonie chante et monte; Tibère reste implacable, l'œil muet, tournant le dos et la pensée à ceux qu'on voit là bas jeter à la mer. Le galbe des deux femmes, l'une brune, l'autre blonde ; la pose pleine de chatterie de la dernière, dont le bas du torse se dérobe dans l'ombre, sont d'un charme et d'une distinction remarquables. L'ordonnance de l'ensemble , le choix des accessoires, l'économie de la lumière qui rayonne sur un coin de chair, au centre du tableau, mettraient M. Gendron au premier rang, s'il pouvait sortir plus franchement des tons éteints de la fresque. — (530) Francesca et Paolo passant aux Enfers. Francesca est drapée dans un mouvement de grâce et de désespérance ; le nautonier Caron est d'un beau caractère, la mise en scène suffisamment dantesque, mais nous avions encore devant les yeux les ondoyantes figures d'Ary Scheffer. — (531) « Sur les coteaux, dans les vallons, à travers bruyères et buissons », à travers les bois, au-dessus des
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fontaines, au travers des feuillages tout transpercés de filtrées de soleil, dans l'ombre et la lumière, ils se balancent, ils se poursuivent, ils volent et s'embrassent, et passent par les berceaux de verdure, les cimes proches de l'azur, ils passent, ils glissent, les sylphes au pied léger! C'est midi. Mais « que la langue de fer du minuit parle douze fois», ce seront les willis, amantes des eaux, qui danseront au-dessus des lacs et glisseront sur les joncs penchés. Ce seront les rondes au clair de lune, sur un rhytme inconnu, sur une musique que seul le grillon entend! Elles se dérouleront, les willis, sous les pinceaux de M. Gendron ; elles s'enrouleront comme des couleuvres, penchées l'une sur l'autre, enlacées et voltigeant sur les vapeurs nocturnes, légères comme des rêves. Les amours d'Obéron et de Titania, voilà le vrai poème de M. Gendron. C'est Puck qui lui nettoie ses couteaux à palette, le matin; c'est Flcur-des-Pois et Toile-d'Araignée qui sont ses modèles. — Mais cette année, c'estMidi. Les sylphes aériens, l'un surtout, dans une longue robe blanche, au profil séraphique d'un ange de Fiesole, les sylphes passent dans la forôt et baignent dans les
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feuilles et baignent dans le soleil! Et toujours les étoffes flottent comme des linceuls d'âmes ressuscitées! Et en ces fantômes du jour qui s'aiment dans le prisrne 6meraudd, c'est toujours même éthérité.
HAMON (607). — Comédie humaine. Un guignol pompéien. Une Minerve en carton aplatit sur la rampe , à coups de bâton , un Bacchus pantin fort peinturluré. La poupée de l'Amour est dûment pendue à la potence. Un cercle d'enfants est assis au bas de la comédie, les uns avec des chemises, les autres sans chemises ; ceux-ci en bourrelets, ceux-là embéguinés, et tous regardent. Les bonnes d'enfants sont Diogène, Virgile , le Dante, qui prend des notes, Homère, peut-être bien Henri IV, peut-être bien Louis XIV ou le grand Condé ; et dans cette olla podrida des siècles et des mondes, des choses et des hommes, entendez les trompettes : c'est César advenant avec les armées du monde; c'est le tonneau du cynique qui heurte la Chouette, la Chouette des Mystères de Paris, adossée à la baraque, un madras jaune sur la tcte, une aiguille à tricoter dans les cheveux, à côté des vétérans qui chan-
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lent le fameux chant : Mœchum adducimus calvum; c'est la bouquetière de ïortoni qui offre la violette à Béatrix : « Fleurissez-vous, Madame I » Grecs et Romains, et Romains et modernes, et modernes et contemporains, robes et chlamydes, et Virgile et Eugène Sue! — Ce cauchemar cosmopolite et chronopolitc , qui semble calqué sur ces pièces de vers du XVIIP siècle, appelées galimatias, — originale poésie où Louis XV madrigalisait Esther, où Sémiramis séduisait saint Luc, — est éclairé d'un jour d'éclipsé. Deux teintes seules, le jaune blafard et le violet, se partagent la palette de M. Hamon. Le dessin est mou, lâche, flottant. Les enfants, empâtés de contours, affectent les rondeurs du balustre. La vue* est choquée à chaque objet par d'incroyables inexpériences anatomiques. Nous citerons, comme exemple, l'Homère et le bras du voisin, qui soutient un masque tragique. Une dernière remarque : les personnages de M. Ilamon n'ont pas d'yeux; ils ont l'air d'avoir une taie grisâtre sur la prunelle ; nous leur souhaitons sincèrement à -tous les ouïes du poisson, qui guérirent le vieux Tobie.
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HOFER(639). — Une noire chevelure, nimbée de la soyeuse natte que les mères roulent avec amour sur la tète de leurs jeunes filles ; un front aux saillies lumineuses; des carnations toutes pourprées de ce jeune sang qui court sous cette peau veloutée ; des yeux bleus estompés de longs cils noirs; une bouche ardemment vermillonnée, vous représentent M"° Madeleine Brohan au matin, en déshabillé : un pardessus de velours noir, aux revers bleu de ciel, croisant sur la dentelle d'une chemise discrète. — Pourquoi M. Hofer, dont le grenu de la chair, dont le modelé large et plein de rondeur vitalisent les portrails, a-t-il, dans le bas de la figure, laissé des dessous trop violents pénétrer les glacis et bleuir le menton des tons d'une barbe fraîchement coupée? — Félicitons toutefois la charmante actrice d'avoir eu l'audace de frapper à la porte de l'école de Couture, quand les portraits de M. Dubufe ont tant de vogue dans le monde des jolies femmes.
LACROIX (Gaspard). — Les paysagistes s'en vont bien loin chercher des paysages. Les uns vont en Espagne, — et nous espérons bien un
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jour faire comme eux, — et rapportent les murs roussâtres et blancs, taches d'ombres de gitanas, les silhouettes de Cordoue, les désolations de l'Escurial et les figuiers tordus. D'autres vont en Ecosse chercher les verdures humides, les lointains pluvieux, les fraîcheurs de la nature mouillée. Decamps, Marilhat, s'en vont en Orient et le rapportent tout brillant, tout poudroyant, comme ces papillons qu'on rapporterait sans effleurer son lumineux duvet. H y a quelque temps, Dupré et Rousseau s'en sont allés faire prendre à leurs pinceaux l'air des Landes. D'autres encore s'en vont chercher leurs paysages dans Théocrite ou dans Baour-Lormian. Et pourquoi si loin aller, chers maîtres? Défaites vos malles, et faites un sac de nuit. La Seine et la Marne et le Morin sont là; les saules à la dérive, les jeux d'ombre sur l'herbe, le ciel en fête, tout le poème vert et bleu, vous le trouverez là aussi. C'est le n" 737, — Vue prise sur les bords du Morin [Seine-et-Marne]^ — qui nous faire dire cela. Voyez la belle prairie, touffue, attrempée par la rivière ; comme les moires de l'eau, où baigne l'ombre des arbres, frissonnent dans l'ombre! Comme là-bas
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la petite maison blanche, derrière son rideau de peupliers, sourit gentiment! Il y a comme un dimanche dans cette idylle sur toile. — Maintenant que M. Lacroix a découvert le Morin, il jettera aux orties, nous l'espérons, les Mercure endormant Argots; il continuera de chanter les naïades inconnues de la pauvre petite rivière. Nous lui indiquerons, s'il veut, tout près de Couilly, une sorte de ravine, appelée la Vallée du Diable, tout emmêlée d'arbres s'enlaçant l'un à l'autre comme dans une foret vierge, et qui s'en va jeter au Morin un petit ruisseau qui chante au fond, sur un lit de cailloux.
LAUGÉE (776). — Siège de Saint-Quentin.
— Une furieuse dégringolade, un chaos d'armes, de blessés, de soldats, de retires, qui glisse, qui se cramponne , qui perd pied , qui croule ; tout en bas, contre le cadre, un homme, qu'on voit de dos, en jaune, le justaucorps déchiré, lancé dans le vide, qui empoigne une pierre, s'y retourne les ongles, et tombe; au-dessus de lui, un autre, renversé sur 1er coude, brandissant un tronçon d'épée, ajusté et de près, et qui va le
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rejoindre; et la mêlée, et les arquebusades, et les hommes, et les hallebardes, et la muraille qui s'effondre, et les poitrines qui saignent! — Tous les personnages de M. Langée sont d'un superbe lancé. Il a précipité son avalanche avec une grande fougue; tout le monde reconnaît l'entraîné et l'emporté de son culbutis. En dehors des qualités d'agencement, M. Langée peut revendiquer des qualités de coloriste, et du meilleur coloriste. Sa toile a une fleur, un agrément de tons délicieux. Le gris, le jaune soufre, le bleu tendre, le rouge carmin, qui dominent, se marient harmonieusement par tout le tableau, lumineusement égayé.
MOREAU (Nicolas) (937). — Frisette, jument demi-sang. Une jument dans sa box, un petit bouledogue jouant dans la paille à côté d'elle , aussi adroitement touchée qu'une étude d'Eugène Lami. M. Moreau est en droit d'illustrer, lui aussi, le Livre d'or des gloires chevalines.
NOËL (968). — Vite prise en Bretagne. — Sur un rocher gris qui mouille dans l'eau, un grand bouquet d'arbres monte dans le ciel hieix-
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tôt crépusculaire. La rivière s'enfonce dans le fond, bleuâtre et froide sousla verdure. M. Noël a voulu rendre ces effets de soleil couchant qui prennent un arbre à mi-hauteur, et l'éclairent jusqu'en haut, en traçant sur tout le massif, à l'endroit du passage de la lumière à l'ombre, une ligne nette, précise, et comme tirée à la règle. Le parti pris du clair et de l'obscur, le contraste de tout le bas du tableau déjà frais de la nuit, avec le haut doré des adieux du soleil, sont étudiés, sont réussis.
OUYRIÉ (Julien). (978) — Vue prise à Londres. — (979) Le Château de Windsor. — (980) Vue de l'église d'Hastings. — Que M. Julien Ouvrié revienne bien vite à l'aquarelle! Il n'est que temps.
RICHAUD {im). — Saint Sébastien. — làeWa étude anatomique d'une chaude couleur et d'un pâteux de pinceau gras et hardi.
YIGNON (1249). — Dans le demi-jour d'une cuisine, une grosse fille, de cette touche franche et carrée qu'a Béga, passe le torchon sur de la faïence. La lumière glisse, argentée, sur
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les assiettes cssiiydcs. La robuste laveuse, tout embesognéc, n'a Fair de regretter aucune baronnie et n'a rien sans doute de la mauvaise humeur de Gunégonde, dépaysée aux cuisines. Notre laveuse est tout à son ouvrage, et ne se retournerait pas, même à entendre Radicbio, le Radichio du Philosophe d'Arétin, s'écrier : « Quant à mon goût, tout est niaiserie, excepté vos grosses joues cramoisies ! »
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BESSON (Faustin) (102). — Jeunesse de Lantara. — Ce n'est plus l'orgie de Wattier, le régent qui trinque, les portes fermées, pour qu'on ne laisse pas entrer la France, cette pauvresse ; ces soupers gigantesques et monstrueux où le squelette d'argent de Pétrone était remplacé parune duchesse servie dans un plat de cresson, où tous traduisaient de si charmante façon le : Qiiam hoimmcio nil est, oii les paroles se disaient si près de l'oreille qu'elles semblaient des baisers.— Jupes rayées, mines grivoises, faces rubicondes, moine pansu et paillard, le garde-française traditionnel, — rien ne manque au tableau de M. Besson de ce XVIIP siècle à la Schlesinger, qui court les ateliers après avoir couru tous les vaudevilles. M. Besson a voulu manier la boite à mouches des populaires gaietés. Un Ramponncau de décor, un violon qu'on racle, les de-
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moiselles, — peut-être rubannièrcs chez Beaulard, les messieurs, — peut-être peintres : l'un dessine, — peut-être amoureux : tous regardent ; les verdures qui frissonnent sur les branches d'arbres aux mesures de la courante; ce gros vieux père, le nez moucheté et embubeleté de rubis, l'œil heureux, la main caressant le broc bienfaiteur; ces ritournelles, ces désirs, ce jardin, cette triple chanson de la musique, de l'amour et de la nature, — tout cela n'est pas venu. M. Besson a échoué à vouloir faire le roi d'Yvetot aux Porcherons. Cette grande toile de boudoir, qui a l'air d'une toile de Giraud, peinte par Verdier, est tripotée de tons vifs et violents sans sourdine. Les figures, invraisemblablement imbriquées dans cette mosaïque crayeuse, font crier le tableau d'un bouta l'autre. Sans doute, M. Besson a certaines qualités de coloriste. 11 égratigne une étoffe avec autant d'audace que de bonheur. Les empâtements le connaissent. Sa coulée du jour sur le tonneau à gauche, on la dirait prise sur la palette de Diaz. Mais les qualités de coloriste de M. Besson ne compenseront jamais, selon nous, la conception vulgaire de son opéra-comique.
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BLIN (122). — Des fonds vaporeux; mais toutes les rugosités granitiques des roches de premier pian adoucies, corrigées, blaireautées.
COIGNARD (272-273). — Il vous est peutêtre arrivé, — une fois dans votre vie, — de manger chez un grand personnage, dans d'affreusement belles assiettes de Sèvres moderne, historiées de pâturages. Les effets de soleil de M. Coignard ne vous ont-ils pas fait souvenir des Paul Potter de porcelaine ?
COURDOUAN. — M. Gourdouan a^ éclairé son n° 29o, le Soir soks les pins, d'un feu de Bengale. — Que nous aimons mieux cette limpide marine de la Maison-Garrée : la rade de Toulon, un fouillis de barques, un entassement de filets, un monde fourmillant de pêcheurs sur les canots, dans la mer, sur les roches ; des arbres à troncs tourmentés d'où s'échappent des fusées de branches, et pour dernier plan, une mer bleuissante!
DELESSARD (330). — Une étroite gorge s'enfonce entre deux murs de roches grises qui poussent leurs pitons au ciel. Au bas une tribu
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d'Indiens campo dans la broussaille. Une fumée bleue monte, légère. D'une des parois ardues file, pour s'ouvrir en éventail et les branches comme dessinées sur un fond d'or, un arbre aux grappes de verdure cernées du rouge orange d'un soleil couchant. La couleur grisâtre, les fissures, les ressauts, les éraflures, les exfoliations, les cassures, tout l'accidenté rocheux, donnent à la Gorge des Cat's-Hill — oii se retrouvent les qualités de M. Ballue, moins le papillotage, — tout le charme et tout le sauvage d'un décor de Cooper.
DESJOBERT (349). — Un scieur de pierres, entouré de pierres sciées ou à scier, au grain lâche et sans éclat, puise d'une main indolente l'eau pour verser oii la scie mord. Le paysage est froid, septentrional, abandonné, désolé comme un daguerréotype des boulevards extérieurs. Trois arbres rachitiques agitent une centaine de feuilles à eux trois, au bout de leurs perches tordues. Les terrains jaunâtres et misérables, dépouillés de terre végétale, s'étendent sobrement brossés. Le ciel, bleu, froid, est tout frotté de nuages gris. Le manœuvre travaille
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en homme qui est payé à la journée , et qui trouve la journée froide et longue. Homme, pierres, arbres, ciel, terrain, tout a été pris sur nature, tout a les qualités d'une étude vraie. Ce sont bien là les durs travaux de l'homme du peuple, en plein air, sous nos tristes latitudes.
LANDELLE (760). — Nous allions oublier M. Landelle. Ce n'est pas que M. Landelle n'ait dépensé dans celle de ces Béatitudes qui porte pour épigraphe : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu ! » du talent et de la distinction. C'est une très jolie chose que la tête de la jeune femme à robe rouge éclairée de jaune dans les lumières ainsi qu'une robe de Rubens. — Mais faut-il le dire? selon nous, la peinture religieuse n'est plus possible maintenant : oui, la peinture religieuse des çiècles croyants, cette peinture convaincue et recueillie comme la prière, elle est morte avec ce qui est mort. L'art gothique, quand il est remonté au ciel, a emporté dans son manteau la peinture catholique. Saint Pierre est un simple païen, et les Vierges de Raphaël, et les
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Charités, les admirables Charités d'André del Sarte sont déjà plus femmes que Viôrges : elles sont belles. Ce ne sont plus des Mères de Dieu trouvées dans l'oratoire. Les seules Yierges sont les Yierges de Memling. Aujourd'hui, en notre XIX^ siècle de foi constitutionnelle, on ne peut pas plus faire un tableau religieux que bâtir une église. Qu'on essaye l'une : on aura Notre-Dame de Lorette. Qu'on essaye l'autre : il viendra sur les toiles des images de kepseake. Que le peintre s'en rende compte ou non, il est toujours, comme le poète, écho. 11 a beau s'enfermer en son cœur et s'écouter lui-même, c'est encore la voix de son siècle qui parle en lui. Toujours le courant des idées qui l'entourent l'emporte à son œuvre. Voyez la corrélation et le superbe enchaînement des choses. En peinture, le XV^ siècle s'appelle VanEyck ; le XVIP, Poussin; le XYIIP, Watteau ; 93, David; 1800, Gros; 1830, Delacroix; 1848, Couture. Plus n'est le temps des Notre-Dame de Paris, plus n'est le temps des Agneaux mystiques. — Notre moderne peinture vient de Rembrandt : elle est athée et matérialiste. — Plus n'est le temps des ravissements de Fiesole ; plus n'est
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le temps des chrétiennes modesties où le peintre mettait au bas de ses œuvres : ah ickh Kafi, comme je puis ; et dans nos ateliers sans buis bénit, les pinceaux ne s'agenouillent plus. — Maintenant, regrettons -nous le symbolisme mystique de la peinture? Non; et nous dirons avec un critique, — fort admirateur des vieux symbolistes au reste : — « Les symboles dans le vivant domaine de Tart occupent la dernière place. » Non; à la plume, l'idéal; au pinceau, le réel. La route est fausse des allégories, des croyances qu'on essaye de faire palpables aux yeux; la route est fausse de vouloir mettre une idée dans une ligne, une idée dans une fleur, un mythe dans une toile. Orsel est mort à ce métier-là.
LEGRIP (804). — Vue prise à Neuilly-sur- Marne. — M. Legrip relève d'une touche originale ces bords tristes de nos rivières parisiennes, ces bords tout pleins d'usines, rivages pelés, plats, mausades, avec un arbre de trente pas en trente pas sur le chemin de halage, une île avec un bouquet de verdure de loin en loin, rivages oii les fabriques donnent la main aux fabriques,
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cheminées de briques aux fumées noires, bouchons barbouillés de rouge, casernes industrielles, masures rapiécées de planches, littoral avare, tout encombré de bateaux mariniers et de travaux de débardeurs.
LOUBON (849, 850, 851). — Les voilà, ces terrains brûlés des steppes méridionales; les voilà ces calcaires poudreux, ces dalles grisâtres et cendrées, desséchées comme un lit de torrent, comme la rive du Gardon sous le pont du Gard, avec un lacis d'ornières et de crevasses jaunes; le voilà, cet azur rayé de blanc ; la voilà, à l'horizon, la Méditerranée bleue; le voilà tout ce pays d'Aigues-Mortes et des Cabanes. Qu'elle se déploie maintenant, la caravane de moutons et de béliers! Qu'ils sautent, qu'ils jappent, les chiens blancs au grand poil. Que de loin en loin on voie sur cette houle laineuse dominer quelque mulet chargé d'outrés, de barils et de gourdes! Que les béliers marchent en pionniers, une sorte de collier au cou avec un pot et une pierre après pour sonner le chemin 1 En marche, chevaux et moutons et bouquins! En marche, l'immense troupeau ! Et que ce soit
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le départ ou le retour, qu'on s'en aille ou qu'on revienne, M. Loubon lève toujours avec le môme talent ses tourbillonnements de poussière blanc-doré. 11 plaque toujours aussi vigoureusement les ombres sur le terrain fendillé. Il fait lever toujours aussi léger, en colonnes balayées, le sol friable et le sable tamisé des collines grises. Que ce soit le Troupeau en marche ou \q Souvenir chi Var, que le gros chien blanc tire la langue, fatigué de sa garde, que la brebis reste en arrière avec son mouton, et qu'on voie là-bas sur une langue de verdure, des maisonnettes d'argent, ou bien que chiens et brebis et moutons se 'pressent, se bousculent et s'avancenl péle-mele, ou que ce soit une tranquille marchée de bœufs ou une femme au fichu rouge en tète du convoi, — c'est toujours les chaleurs et les réverbérations et les blancs poudroiements du Midi.
LUMINAIS (8o9). — Pêcheurs de homards.
— Une mer ardoisée qui jette sa poussière humide aux dentelures des rochers, et fait une bruine lumineuse sur fond sombre ; des granits luisants de mouillures, tapissés d'algues trem-
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pées et pendantes; au milieu do ce paysage, tout bretonnant, un groupe de jeunes Bretons. L'un, agenouillé à terre, tenant d'une main, aplati au sol, un homard qui se débat, de l'autre enfonçant une pince de fer dans une fissure de rocher ; soQ camarade, debout, fait levier des deux mains ; une petite fille, la chemise déchirée, une folle chevelure blonde se dénouant au vent sous une coiffe bleue, regarde et sourit. Il y a du goût dans l'ordonnance du groupe, une habileté incontestable dans les terrains; les touches s'assemblent les unes près des autres sans se noyer; les carnations vivaces et comme fouettées de l'air salin s'emportent en cette fleur de santé et de coloris qui fleurit aux joues des enfants de l'Océan ; les vieilles étoffes grises, bleues, rouges, des braie'î, de la jupe, des vestes, sales, fatiguées, rapiécées, viennent bien sur le gros gvain de la toile conservé et à peine recouvert. La critique, si elle voulait être sévère, n'aurait guère à reprocher à M. Luminais que le manque de relief, un peu de lourdeur dans le dessin, surtout dans les extrémités, un abus d'yeux pochés, un abus de tons sales dans le dessous de ses figures.
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(860) Assis sur la berge, appuyé sur la grande gaule de saule brun, un vieux pâtre de Tréguier qui a chanté bien des automnes aux enfants VAli/cé, regarde longuement, dans le lointain noir d'orages, ses brebis blanches. Le vieux pâtre, la tôt? tournée vers la lande, ne présente qu'un profil de barbe et de cheveux : figure sans âge et mélancolique que ce paisseur ! Decamps lui ferait volontiers ramener ses troupeaux emboués et battus de pluie.
PALIZZl (981). — Des balayures de nuages violets s'éparpillent dans un ciel de cobalt. Une lumière douce, limpide, éthérée, illumine toute la toile obscurcie en ses ombres, comme des brouillards transparents du matin. La verdure tapisse les terrains du vert tendre des premiers bourgeons. Au loin dans le pré, là-bas, il se traduit ce vieux chant populaire :
Voici le temps nouveau de retour avec le mois de juin, le temps où les jeunes garçons et les jeunes filles s'en vont promener ensemble.
Les tleurs se sont ouvertes aujourd'hui dans les prés, et les cœurs des jeunes gens aussi, en tous les coins du monde.
Voici que les aubépines ileurissentet répandent une
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agréable odeur, et que les petits oiseaux s'accouplent.
Venez avec moi, douce belle, vous promener dans les bois; nous entendrons le vent frémir dans les feuilles.
Et l'eau du ruisseau murmurer entre les petits cailloux, et l'oiseau chanter gaiement h la cime des arbres.
Venez avec moi, douce belle, liù dit le jeune homme sur les lèvres, — au loin, dans le pré, là-bas. Au premier plan se groupent, ainsi qu'en une entrée de l'arche par Castiglione, des chèvres qui se lutinent, un dindon qui fait la roue, des poules qui courent dans la pose coquettement penchée d'une patineuse, un âne qui brait, tous accueillant le retour du printemps, tous accueillant le retour de l'amour, de cette joie, de ces coquetteries, de cette fébrilité amoureuse qui s'emparent de la création. Ce poème de Lucrèce est grassement et largement peint; les terrains ont le dru de l'herbe feutrisée; les animaux, peut-être coupables d'un certain manque de proportions, semblent pris sur le fait ; — et puis il fait du printemps dans cette toile. — (982) Une troupe de béliers agglomérés se pousse, se frotte, saute, joue de la tôtc. Il en est un qui jette un long
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bôlcmcnt au ciel; un autre fait la sieste en vrai lazzarone; un dernier,*jeté comme une vedette de Salvator, monte la garde autour de ces ébats. La science du dessin, la façon du laineux, du frisé, du tassé, du tire-bouchonné des paquets filamenteux de la toison, la couleur gris sale tout inondée de graisse, la vérité des tetes^la physionomie méditative des plus vieux de la bande, mettent M. Palizzi au premier rang de nos peintres d'animaux.
PASCAL (991). — Vue prise au Jean-de- Paris. — Pastiche heureux des toiles désolées d'Everdingen.
SERVIN (1163). — Intérieur d'alchimiste. — C'est le sujet consacré ; l'alchimiste près d'un fourneau, entouré de cornues piquées de lumières, de tubes, de bassins, de livres, de fioles multicolores. Tout ce mobilier occulte, ce fouillis de cuivre et de verres, de flacons et d'alambics, de tubes, de serpentins, de récipients, M. Serviii l'a fort habilement traité : les cuivres reluisent, les résidus sanguinolents s'allument, les cristaux s'étoilent, tous à leur plan. Cela est d'un bric-à-brac très abracadabra,
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et encore d'une très bonne touche de pinceau. Mais que diable M. Servin est-il allé faire dans cette composition passée en proverbe, oii le poncif s'impose aux plus jeunes et aux plus vieux coloristes? Que ne nous donnait-il plutôt l'intérieur de cette pharmacie où il est allé travailler pour son tableau, cette esquisse toute simple, avec les garçons préparateurs en tablier, fatrouillant et perdus dans les cornues et les alambics? — M. Servin, qui, malgré son tableau quasi historique, est peut-être un des avenirs de notre jeune école de paysage, n'est pas homme, nous croyons, à rester dans une voie battue. Nous lui crierons : Courage! et à l'année prochaine!
YVON (1270). — Un Ange déchu. — Sur des tranches de granit violacées, un grand ange charnu est assis « aussi nu que l'hiver », le corps incliné en avant, la tête penchée, le bras droit appuyé sur le roc. Derrière lui, ce sont des flammes rouges, « un vaste abîme sans fond, sans limite, tout plein de soufre ardent, dont la flamme courroucée et la chaleur dévorante fondraient la plus dure pierre à aiguiser».
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Les tons ignés se dégradent en un fond émeraude pâle, sur lequel se détachent, maigres et ébarbées, les ailes du séraphin déchu. L'académie de M. Yvon n'a rien de l'épique de Michel- Ange, rien de l'épique du Dante. Pourquoi M. Yvon ne nous donne-t-il pas de ces beaux dessins de désolation et d'épouvantement, des mers mornes oii ne surgissaient que des mains crispées? Pourquoi ne s'est-il pas tenu à ces beaux dessins, crayonnés de noir, éclairés de lueurs funèbres, à ces dessins de Féternelle douleur, dans un ciel sans étoiles?
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BRIOjX (184). — Le Chemin de halage. — Un ciel faiblement azuré se dégrade à l'horizon en teintes d'or pâle. Des fonds d'arbres violets aux masses indécises et flottantes épandent dans des eaux nacrées leurs ombres molles. A droite, une petite chaumière aux tuiles roses se masque d'arbres aux découpures noyées et vagues. Une jolie verdure tendre, fraîchie de rosée, envahit sa palissade. Trois hommes avec une longue ombre allongée devant eux, tirent péniblement le bateau auquel ils sont attelés. Le premier, le chapeau sur la figure, sa veste blanche cerclée d'une ligne de lumière d'un piquant effet. — M. Brion a rendu cor amore les matinales luttes du soleil, lorsqu'il commence à balayer de sa chaude lumière ces voiles blancs qui enveloppent la nature comme d'un tissu de fils de la Vierge. Il a rendu ces teintes
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gorge de tourterelle des lointains, ce vague, cette indécision, cette absence de lignes, cette figuration cotonneuse, le brouillard humide, tout ce moment du jour trempé de lueurs emperlées. Sa toile est un daguerréotype réussi du matin.
DESGOFFE (345). — Sur un terrain bouleversé comme un lendemain de cataclysme, chaos granitique raviné d'effondrements et d'éboulements, coulée de lave qui a gardé sous des tons gris les dessous ignés d'une éruption volcanique, se dressent, d'entre les rocs fissurés, quelques arbres au feuillage grêle et grillé comme la floraison du tilleul. La noire silhouelte d'un anachorète se détache d'un ciel incendié.
DEVILLY (360). — Au premier plan, ce sont des Arabes, les mains liées derrière le dos. Turcs en burnous, celui-ci en foutah rayé de bleu; à côté un cheval avec une selle marocaine relevée d'agréments verts, où sont accrochés des yatagans. A droite on voit grimper nos troupes ; les képis rouges s'étagent les uns audessus des autres. Au fond, sur une rampe gra-
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nitiqiie qui côtoie les rocs à pic, toute la cavalerie lancée au galop rayonne dans la poussière. Le tableau de M. Devilly est bonde composition et d'effet. Les plans fuient, les soldats montent, le lointain poudroie, les clairons sonnent, les Arabes s'effarent là-haut sur les montagnes : tout cela d'une grande vérité et d'un grand mouvement. Sauf le cheval du premier plan, tout le tableau est bien touché. Le type des chefs des 0-Si-Yaia-Ben-Thaleb-Sa est parfaitement exprimé... Pense-t-on que M. Guizot, dans son Salon de 1810, ait demandé sérieusement, devant la Révolte du Caire, si Girodet n'aurait pas dû diminuer la laideur de ses Arabes?
DUVEAU (411). — Un îlot de rochers sort d'une mer qui roule des eaux lourdes et vertes. Le ciel pâle est zébré de langues violettes, des naufragés sont là en proie au désespoir, en proie à la faim. Il en est qui luttent encore; l'un s'élance au plus haut de l'escarpement; d'autres hèlent d'une voix fiévreuse une voile qui ne paraît pas ; un vieillard, retenu par un jeune enfant, semble vouloir se précipiter dans
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la mer. D'autres, mornes et découragés, attendent la mort. 11 eu est un vu de dos, accroupi, affaissé, résigné, les cheveux tombant sur la ligure, une vareuse grise sur les épaules, les bras noués autour des jambes ; c'est la tranquillité suprême du désespoir. Il en est un autre, les yeux rougis, les deux coudes sur les genoux, les deux poings dans les joues, qui rappelle la sombre tète d'Ugolin, entrevue parleDante. Les femmes sont mortes ou mourantes. La femme à la jupe rouge, à la gorge découverte, est tordue dans une convulsion anatomique d'un grand effet; les bras raidis en avant, avec une main déjà assouplie par la mort, la tête rejetée en arrière, les jambes retournées vers la tête. Tout le corps, contourné en un C, se raccourcit d'un furieux mouvement, étalant de remarquables qualités de coloriste. Nous regrettons de signaler dans ce Naufrage de la Méduse breton, une absence complète d'unité, un manque presque total de relief. C'est, pour ainsi dire, dans une composition vide une série d'académies épisodiques, sans point de ralliement; quelquefois des figures de second plan marchant sur des figures de premier plan, avec
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toutes sortes d'avances indécentes â la caricature. Pourquoi, Monsieur Duveau, des chevelures en visière de casquette à ces gens dont le vent ne colle pas au corps les vôtements? — Le n° 412 est une charmante mise en scène d'une superstition populaire du littoral breton.
GALLAIT (317). — Derniers honneurs rendus aux comtes d'Egmont et de Horn par le Grand serment de Bruxelles. — Il est bon que les artistes étrangers viennent quelque fois étaler à Paris. On compare et l'on juge. Dans leur pays, ils ne peuvent guère se rendre compte au juste de leur valeur. Ils sont entourés d'admirations faciles. Il est toujours des applaudissements qui les attendent sur les marches de leurs ateliers. Leur nom se fait, sans une concurrence, comme leur talent se fait, sans une critique. Il y a tant d'années que nous humilions l'étranger à lui faire tourner la face à la France, ce soleil des .artsl Un peintre compatriote, un peintre du cru, c'est une revanche ! Belges et Allemands sont si heureux d'avoir une étoile à opposer à notre pléiade, si heureux de hisser quelque
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chose comme un talent sur leurs piédestaux vides ! — Un Genevois nous a bien dit, en nous montrant le musée de Genève, que Calame était le premier paysagiste de ce temps. Il le disait et il le croyait. — Que donc l'étranger nous envoie ses tenants! Pourquoi l'école de Dusseldorf, par exemple, n'enverrait-elle pas à Paris des échantillons de son faire? Paris, c'est le tribunal sans appel de toutes les causes de l'art! Qu'ils y viennent, à notre exposition, les petits et les grands Belges, ceux-là qui s'essaient à une originalité en copiant Delaroche, comme ceux-ci en copiant Meissonier, comme ceux-là, les habiles, qui mêlent dans leur manière Leleux et Lepoitevin ! Qu'ils y viennent les grands et et les petits Allemands qui fondent école de Michel-Ange, de Raphaël, ou bien de Van Eyckl Qu'ils y viennent donc, tous ces talents de l'étranger qui sont à nos talents de France, ce qu'est un grand homme de province à un grand homme de Paris! Qu'ils exposent à côté de Couture, de Decamps, de Ziem ! — Je me rappelle encore ce marbre d'Ariane, éclairé fantasmagoriquemcnt de rideaux rouges de marchands de vin qu'on montre admirativement
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chez un banquier d'Allemagne ; mais, braves gens, le plus petit élève de Pradier ne voudrait pas mettre son nom au bas de ça! Voilà le tableau du premier peintre delà }3elgique. Qu'estce autre chose qu'une copie bien faible de la manière de Paul Delaroche, que la mise à nu de tous les défauts du peintre français, l'atténuation presque complète de ses qualités de composition, d'ordonnance, d'agencement ?
Comme mérite d'exécution, comme rendu d'accessoires, les trompe-l'œil du Portrait de M. Pour talés et du tableau de Cromwe II sont vraiment autre chose que ce crucifix jeté sur le drap de velours noir. Chez M. Gallait, les qualités de trompe-l'œil n'existent môme pas dans les étoffes, qui sont lourdes, sans souplesse, sans élasticité, sans grande différence dans les lumières, entre la laine, le satin, le velours. L'homme à la flèche a le corps enroulé dans une écharpe rouge qui semble une torsade en tôle. Il n'y a plus rien dans toute la toile de ce coloris que nous admirions dans le Baudouin de Versailles. Les attitudes, les expressions, les physionomies, — nous sommes ici dans le sérieux de l'œuvre — n'ont rien d'émouvant.
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Dans les poses il n'y a rien de moralement dramatique ; les têtes lourdes et communes, travaillées en grand dans le goût de la porcelaine, sont sans caractère. 11 n'y a pas dans tout ce monde le secret d'une douleur contenue, le secret d'une vengeance qui se prépare. Ces hommes regardent sans colère, sans attendrissement de cœur; c'est une ronde d'épais buveurs de bière, regardant deuxtôtes métalliques peintes en vert, avec un enduit de blanc de plomb aux larmiers. — 11 s 3 trouvait encore des gens pour croire à une autre école que l'école française. M. Gallait leur a démontré leur erreur. Nous l'en remercions.
GUDIN. — Dans les n"^ 592-593, M. Gudin n'est plus que le Ruggieri de la peinture.
IlUET (Paul). — M. Iluet rend d'un savant pinceau ces verdures pâles et aériennes qui dorment au bord des eaux.
JADIN. — C'est un Cerf aux abois, cerné par une meute qui l'étreint, qui l'entoure, qui jappe et qui mord. La pauvre bête, n'ayant
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plus OÙ poser la patte, les bois levés, haletante, moribonde, brame à la mort. Latrace ! Lafeuillée ! Sonnez, sonnez à pleins poumons l'hallali de la bôte ! — C'est un louvard lancé dans un chemin creux, renversant à terre un chien d'un coup de patte, retournant contre les autres, qui le flairent déjà, la tète et montrant les crocs. — Dans le n" 679, une dizaine de chiens se faufilent dans un terrier, le dos bas et plié, le museau devant eux. Ceux-ci se reposent, prêts à relayer leurs camarades. Le petit bouledogue du premier plan, les oreilles rognées, bien membré, et des plis de peau sur les muscles, est charmant de pose et de naturel. Un homme, au-dessus du terrier, l'oreille collée à terre, écoute le chien travailler le blaireau. — Les tableaux de M. Jadin sont de grandes et royales compositions d'animaux qui feraient merveille en un château, dans la salle à manger d'un grand louvetier, — s'il y avait encore des grands louvetiers. Mais, hélas! notre Oudry, par le blanc cru et criard, par le zinc dont il lustre l'cchine de ses chiens, prête bien trop au verdict de ce drôle de jury, qui s'appelle Nadar : Jadin, ferblantier.
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LELEUX (Adolphe) (809). — Ligne de maisons rouges de briques, grands vilains arbres citadins , auvents grands ouverts aux acheteurs, plantureux dtals de légumes, enfants qui jouent , ménagères qui marchandent , parapluies-tentes abritant la vente, casaquins et jupes bleus, casaquins et jupes rouges, petits bonnets blancs dos DieppoisDs huppés sur le front : cette population multicolore, agissante, achetante et vendante, blaireau tée à sec dans tout son ensemble, par-dessus la couleur locale de chaque objet, a cette fonte de coloration, cette confusion , ce miroitement des foules vues à distance. M. A. Leleux a un talent merveilleux pour, dans ces multitudes perdues et noyées de couleurs, faire saillir ici un bonnet, là, tourner une jupe, plus loin, ouvrir un potiron; et le blaireau, de nouveau promené sur les réveillons, renvoie toujours à un plan éloigné la lumière assoupie. — Le peintre des foules mouvementées, des polychromies vivantes et animées, a peint, dans le n" 808, une scène du 24 juin. Sous la garde de la milice républicaine, processionne un défilé sombre et fier d'insurgés, un pôle-mêle de robustes mus-
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culatures et de délicates charpentes, de blondes têtes et de cheveux blancs, de bourgerons et de redingotes ; ils marchent, ils s'avancent, vous rappelant un des frissonnants spectacles de nos guerres civiles.
MEISSONIER (896). — Hoimne choisissant une épée. « Ce sont gens qui se valtent pour un clin d'uil, si on ne les salue que par acquit, pour une fredur, si le manteau d'un autre touche le lur, si on crache à quatre pieds d'ux. » L'homme de M. Meissonier m'a bien l'air d'un valente huomo, fils de cette famillelà, cap de you ! Sa moustache en croc doit descendre en ligne droite de Balagni, « lou vrabc Yalani ». — L'homme est debout, la jambe droite en avant, la jambe gauche en retraite. Il a des bouffettes marron à ses souliers de cuir, des bas incarnadins serrés au genou par un nœud pensée, un large haut-de-chausscs en drap gris , un justaucorps de môme étoffe , relevé de boutons d'argent , des manches jaunes. L'épée, dont la garde est dans la main droite, appuie sur la main gauche qui tient le fourreau. Derrière l'homme, un mur nu» Sur
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une table, deux autres épées, dont le pommeau et la coquille reluisent, un chapeau à plumes jaunes et vertes, un manteau rouge. — La composition est sobre et heureuse. Celte muraille nue et sans distraction de tons, cela dit quelque chose comme la fameuse salle basse de Bouteville, où les bretteurs du temps se réunissaient le matin, et oiî Ton trouvait trois, choses : du pain, du vin et des épées. Tout Fintcrôt se porte sur le monologue muet do l'homme qui interroge son outil. On voit qu'il a besoin d'une fidélité, et qu'il met à son examen une attention et une expérience, et que, s'il joue, il veut laisser le moins possible au hasard. Selon nous, ce sont ces scènes à un seul personnage que M. Meissonier réussit le mieux. C'est tout un petit drame dans ce petit tableau, un drame sur la pointe d'une épée. — Les souliers et les bas sont le triomphe de M. Meissonier; il plisse, il fronce les uns sur le cou-de-pied d'un vrai et d'une touche parfaite, il allume au mieux le cuir des autres. Mais, chose singulière ! à mesure qu'il s'élève dans ses bonshommes, il perd ses petites paillettes carrées, ces lumières accentuées de pre-
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mière main, et, arrive aux tôtes, il ne trouve plus sur sa palette pour rendre la chair, la chair humaine, la chair animde, qu'un pointillé de rouge, de jaune, de blanc et de bleu. Les épidermes ont l'air d'une tapisserie au petit point. Jamais le sang n'a couru là-dessous. Les bosses du front, oii mord le jour, M. Meissonier semble les piquer de plâtre. La main gauche de son homme, — pardon de ces criticules , mais ici la critique , pour être sérieuse, doit porter sur les détails, — la main qui tient le fourreau montre, selon nous, de la plus évidente façon, tout le mauvais de ce procédé. L'ombre projetée par l'épée sur le doigt annulaire est indiquée par une ligne noir d'ivoire. M. Meissonier semble oublier que dans la nature, sur la peau, il n'y a pas plus de lumière blanche, rigoureusement blanche, que d'ombre rigoureusement noire. — 898. Bravi. Celui-ci, — tète rageuse et frisée, — est campé en arrière, l'œil et l'oreille au guet, l'épée ramenée d'une main, le poing de l'autre main fermé. Celui-là, qui fait signe d'attendre, est penché à une serrure. Ce dernier a des bas bleus qui lui montent aux genoux, la jambe
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nue du genou à moitié de la cuisse, un caleçon bleu à crevées , un casaquin gris , des manches tailladées de crevées couchées l'une sur l'autre comme des hachures, une coiffe jaune à raies vertes. Son camarade a des bottines à découpures sur le pied, une culotte rouge à crevées; au genou, une jarretière faite d'un ruban vert. Le justaucorps est en buffle; les manches, en velours violet, sont attachées au justaucorps par des aiguillettes noires à ferrets d'argent. Sur la tête, une toque rouge et une plume. 11 n'y a que M. Meissonier, il faut le dire, pour décrocher aussi bien deux costumes d'une gravure d'Aldegrever. — 897. Dans un cabinet garni, au fond d'une de ces tapisseries historiées dont le peintre encadre volontiers ses personnages, un jeune homme avec une queue à la catogan, à moins que ce ne soit une vergettc tombant sur un habit noir, est assis dans une chaise Louis XIII, au dossier garni de vieux cuir chanci. Dans une pose absorbée, la tète penchée, se mordillant le petit doigt de la main gauche, — un tic de travailleur, — il écrit, et il est tout à écrire. Des bouquins, Iranchefilés rouge, sont empilés sur
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la table. Au fond, une armoire demi-ouverte. Encore un petit tableau, encore un intérêt. Mais nous ferons toujours les mêmes reproches à M. Meissonier : le drap, la soie, sont, dans ses toiles, du drap, de la soie; pourquoi les chairs ne sont-elles jamais des chairs? Pourquoi, quand il y a Gérard Terburg, Gabriel Metzu, — la Leçon de clavecin, de Gérard Terburg? — ne va-t-il pas causer avec eux au Louvre? Pourquoi a-t-il toujours à ses pinceaux le souvenir des pinochades de Mieris, de Dow et de Slingelandt?
MOREL-FATIO (941). — Le Prince-Président de la République visitant, à Cherbourg, l'escadre de la Méditerranée . Le grand défaut de la toile de M. Morel-Fatio est de présenter une trop grande ressemblance avec les chromolithographies maritimes des bureaux, oii l'on prend passage pour Douvres. Nous n'avons pas oublié ses premières toiles, pas plus que ses belles eaux-fortes, savantes dissections de la voilure, de la membrure du cordage des bâtiments de tous bords. Mais, vraiment, quand notre souvenir oppose à la Visite du Président
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une marine de M. Durand-Brager, qui n'a pas été terminée pour l'Exposition, quand nous revoyons ce coin de plage encombré de lourds bateaux de pèche , cette jetée obstruée , ce vieux phare en bois pyramidant sur un ciel rougi, ces eaux à demi écoulées, que le reflux fait vaseuses, et que le soleil couchant écaille d'or comme le ventre d'une carpe, — nous félicitons M. Morel-Fatio de l'absence de M. Durand-Brager.
ROUGEMONT (M-"" de). — La Ballade. Un mauvais tableau de Schlesinger copié par un élève de Couture.
SALTZMANN (M 38). — Des arbres au tronc habillé de lierre et formant une colonnade verte au premier plan; des ondulations rocheuses serpentant à l'horizon ; une petite bourgade jetée en acropolis sur une colline, d'où descendent, vers la rivière et ses bouquets d'arbres, d'étroits sentiers, exposent la lutte que se livrent encore, sur la palette de l'élève de Calame, le paysage historique et le paysage du bon Dieu.
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TOULMOUCIIE {mi). — Jetmc Fille. Une tête blonde qui ressautc doucement d'un voile de dentelle noire enveloppant la poitrine de ses ondes de deuil et s'ouvrant à deux mains recueillies dans un mouvement de prière. La carnation pâle et maladive, le front large et saillant sous deux bandeaux relevés, les yeux voilés de tristesse, les contours pleins de morbidesse du nez, de la bouche, de l'ovale, se modèlent comme dans un glacis de chair pâle avec des ombres qui semblent un nuage de poussière de bitume écrasé et fondu au doigt. Cette tete, d'une expression séraphique, tenue dans les teintes doucement estompées d'une contre -épreuve , a pour repoussoir un fond égratigné de gris, treillagé des tortils noirs d'une plante, à petits bouquets rouges, courant sur une croix de bois; — 1200. Joseph et la Femme de PiUiphar. La femme, le bras étendu, la tête renversée, a le désir aux lèvres et aux yeux. Le ressaut du torse rondit lascivement, et la jambe pose à terre d'une mollesse et d'une grâce charmantes.
VETTER. — M. Vetter a modelé grassement
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une grosse femme d'un âge mûr, qui s'est fait courageusement pourtraire en robe de laine noire, en bonnet de tulle, un mouchoir à la main. La tète grossière, commune, plébéienne, les courbes lourdes et pâteuses, les étages du menton, les plis de graisse, les méplats douillets, le nez épais, les ressauts charnus, la patle d'oie, cette marque de fabrique de l'âge, les mains pataudes, déformées et bouffies, les carnations jaune-doré des vieillesses sanguines, ce vermillonnement général de la santé, ce teint fleuri et bourgeonnant de vie, toute cette pléthorique enveloppe, M. Vetter l'a traduite avec le pinceau de Bol, faisant de toutes ces trivialités de la forme et de la couleur une œuvre saisissante.
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BAL (40). — M. Bal a peint franchement une table de cuisine , une serviette , des oignons, une tranche de potiron, une marmite.
BREST (180). — Une double ligne d'arbres, dont le faisceau branchu se déchire tout à coup et allonge horizontalement un parasol de rameaux serrés, d'un vert sourd, se lève d'un terrain qui reçoit leurs ombres bleues. Ce terrain est jaunâtre, moucheté de mousse, tout transpercé des teintes grises des couches granitiques qu'il recouvre. M. Brest rachète la mollesse du pinceau par la vérité et le sentiment.
GRANDSIRE (579). — Vue du lac de Gmunden [Haute- Autriche). Les bateaux, tout chargés de passagers et de chevaux et de ballots , coulent bien sur les ondes huileuses, sous le ciel calme. M. Grandsire se plaît à écraser
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contre la toile sa brosse chargée de couleurs; et, de tous ces petits empâtements serrés l'un contre l'autre, il fait une égayante marqueterie.
HERVIER. — L'opulence des tons sales, le talent d'écloper une échoppe, les masures ladreuses, les moulins carrés à toits plats, les montées par les ruelles garnies de fumiers et de chiffons , les quais de ports de mer tout grouillants de vieilles jupes rouges, les triperies aux éventaires de mou, les campagnes aux firmaments noirs, les villes aux rues basses et empuanties, les mares grasses, les linges de lessive balancés au vent sur un champ pelé : M. Hervier est roi partout là. — Aujourd'hui, un ciel violacé, veiné du blanc vert d'un marbre de Caryste, cerne la ligne blanche de l'horizon. Sur la lumière mate se profile une série de moulins sombres qui couronnent la colline les bras en l'air. Au-dessous, descend le panorama d'une via de maisons bardées de fumier jusqu'à hauteur d'homme, amoncellement désordonné d'enclos, de jardins, de murs, de toits, de tuiles, de plans qui s'étagent, qui s'enfoncent, qui
avancent, tout cet échelonnement, capricieusement barbouille pourtant comme une palette à la fin d'une journée de travail, se gradue, fuit, vient, sort à la longue d'une façon, magique. Ce ravissant désordre de la nature et du pinceau a pour rideau une ligne d'arbres, sur les bords d'un marécage qui s'égoutte en rigoles sur les herbes. Ce n'est, sur des fonds d'un ton insaisissable, qu'égratignures de vertjaune, de vert-bleu, et cependant une fraîche saulée avec sos pâleurs transparentes agite et fait bruire ses feuilles. Là, monte un grand massif d'arbres aux bouquets pommés , aux branches blanches comme le bouleau. Un premier terrain, à peine recouvert et complètement sacrifié , laisse l'œil filtrer et sauter de suite aux collines, aux maisons, aux moulins.
PASCAL (992). — Étude de roses d'après nature. Des roses blanches et des roses rouges, mêlées de quelques volubilis, descendent en guirlande dans l'espace. Rien de mieux aéré que ce petit groupe. Les volubilis se creusent en entonnoir, les roses se fouillent d'une délicieuse vérité, et la brise se joue entre toutes ces
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feuilles. Les pétioles dos roses fléchissent et se courbent, comme dans la nature. Les cœurs jaunes des roses blanches qui transparaissent et chaufl'ent les tons argent de la fleur, le découpé des feuilles imparipennées, la moiteur des demi-teintes, le chiffonné de cette fleur, l'épanoui de celle-là, et, par-dessus tout, l'amoureux balancé de la "grappe, tout cela est fait d'une brosse primc-sautière. Une feuille se dérobe ou ressaute, là d'un écrasis, ici d'un retour de pinceau. — Vraiment c'est un régal que ces fleurs de M. Pascal, après toutes ces fleurs de demoiselles, peintes par des dames ou des messieurs! Gomment une des deux ou trois impures qui ont hôtel à Paris ne s'est-elle pas encore fait bâtir une salle à manger en stuc blanc, pour mettre au-dessus des portes les trumeaux de l'admirable fleuriste M. Pascal?
SAINT-FRANÇOIS (1125). —Là-bas, là-bas, la Mort est venue ; elle a passé les dunes et elle a pris quelqu'un. Elles s'en vont à l'enterrement, toutes ces femmes aux roulières brunes, ou rouges, ou grises, deux à deux, et le dos courbé, comme des vieilles, sous le vent âpre*
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La procession se prolonge, longue et noire, sur le terrain où le pied laisse trace et qui se mamelonné, à perte de vue, de tombelles de sable. Le ciel de M. Saint-François, où le pinceau s'est trémoussé en virevoltes de blanc et de gris, est, comme tout le tableau, d'une touche originale.
SALNT-JEAN (1126). — Fruits dam un parc. De la rampe d'une terrasse, plaquée d'une bacchanale enfantine, appendent, à demi masqués par les gaufrures écarlatcs de la vigne, des prunes violettes aux fendilles suintantes de sucre; des raisins blancs ou noirs, à l'enveloppe turgide et résistante ; des raisins blancs ou noirs, gercés, fripés, racornis; des raisins blancs aux reflets de topaze brûlée ; des raisins noirs aux reflets de rubis; des frambroises à la feuille enchardonnée de duvet blanc ; des fraises incarnat aux mille facettes pourpres; des figues meurtries, talées, dénudées, aux crevées sanguines; des pêches veloutées de rose; des melons côtelés, couturés, fissurés, craquelés de soleil, l'un qui bâille, l'autre qui étale, le ventre ouvert, sa chair filtrée d'eau et ses petites eel*
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Iules, couleur de saumon. — M. Saint-Jean se tire assez bien des illustrations coloriées d'une pomologie; mais, loin de servir ses fruits dans cette fonte de couleur vénitienne dont M. Ziem eut le privilège l'année dernière, il encadre trop volontiers ses imitations serviles et sans feu, dans d'épouvantables paysages.
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ANDRIEUX (20). — Bataille de Waterloo.
Le blé jaune est foulé par la marche des hommes, haché par le galop et le piétinement des chevaux. La mêlée s'y jalonne en masses sanglantes. Des soldats anglais, à l'uniforme rouge, au pantalon blanc, se défendent contre les cuirassiers français. Au premier plan, quelques Anglais essayent de former un bataillon carré, qui se hérisse de baïonnettes. Les cuirassiers chargent et rechargent, traversent et retraversent ces débris de lignes anglaises, écrasées sur les moissons encore chaudes du sang du colonel Chandon. Ici même, il y a dix minutes, les batteries sous ses ordres ont été disloquées, les traits coupes, les chevaux tués, les canonniers sabrés. C'est le moment de notre bataille de Zama, oii les cuirassiers Milhaut, lancés d'abord par Ney contre les dragons anglais dans
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les pentes de la Belle-Alliance, rechargent les Hanovriens, une brigade d'infanterie anglaise de la légion allemande du général Ompteda, qui défendent le pied du plateau. A gauche, une colonne d'habits rouges marche, nourrissant un feu serré, sur la droite du gros de nos cuirassiers, qui avancent de front et en ligne, faisant étinceler leurs casques pailletés de lumière et le poitrail de leurs chevaux blancs. La brigade anglaise va être dispersée; le général Ompteda va être tué. — La charge de M. Andrieux est animée et vivante, et s'emporte comme la belle page de Vaulabelle. Son tableau est tout plein de fougues, qui n'empêchent pas de très grandes habiletés. Dans ses premiers plans, nets et précis, d'engagements partiels, M. Andrieux n'a mis que des combats à l'arme blanche ; dans tout le fond, ce ne sont que feux de mousqueterie et canonnades, enveloppant dans leur nuage roux ou blanc les masses de chevaux, d'hommes, et faisant, à mesure que le regard marche dans le tableau, la mêlée plus vague, plus compacte et plus générale. Toute cette poudre brûlée monte, derrière ce moulin, cette ferme et le plateau du mont Saint-Jean , en
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larges colonnes fumeuses, envahissant tout le ciel, martelé de rouge et de bleu, d'immenses cernées noires. M. Andrieux rappell î le meilleur temps et les meilleures toiles du peintre de la bataille de Wattignies, M. Eugène Lami, à qui il a habilement emprunté les ciels tout cendrés de poudre sur le cliquetis des uniformes criards.
BARON (31, 52, 53). — La soie et le velours, et le brocart, et le soleil, et les eaux miroitantes, et les colonnades, et les parcs de plaisance, et les canaux embuissonnés de roses, qui ne reflètent que des amours en fleurs, les brises aux ailes chargées de musique et de propos d'amour, — le joli domaine !
Çy entrez, vous, dame de hault paraige, En franc couraige. Entrez-y en bon heur, Fleurs de beauté à céleste visaige.
Ce ne sont que parfums d'eau de rose, d'eau de naphe, d'eau d'ange. Comme ils viennent, chacun menant la sienne, au rendez-vous du pinceau de M. Baron, les hommes avec leurs Magnifiques à la vénitienne! Oh! le joli public du
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Décaméron ! Ce ne sont que moustaches parfumées, que chevelures ondoyantes, relevées d'escarboucles, que basquines de camelot de soie, que pantoufles de velours cramoisi rouge, déchiquetées à barbe d'écrevisse, que taffetas changeant, que canetille d'or, que bernes à la moresque à frisure d'or, que panaches à papillettes d'or! C'est le manoir des Thélémites. Je reconnais, je reconnais « la fontaine magnifique de bel alabastre », les trois Grâces et les cornes d'abondance. Voilà l'escalier de marbre qui descend mollement à l'eau ; et les moines et les sœurs de l'abbaye du plaisir et de l'amour , et de la jeunesse, pèchent, indolents, la tête sur le coude, allongés sur le sable, leur ligne à la dérive. Ou bien sur les portiques, tout ce monde de l'Arioste et de Boccace, sur les portiques, entre les colonnes de marbre veiné de rouge, parmi les Yénus de marbre, tout ce monde chatoyant de velours parfilé, s'en va baller et se promener. Tout est fête en ces heureuses toiles de M. Baron, fête des yeux et des lèvres! Allez, belles Marphises, reines de jeunesse et de beauté, dont le nenni est si doux, mettez toutes vos pierreries et tous vos sourires ! Laissez enlacer,
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SOUS les bosquets du peintre, vos tailles amoureuses! Voici, voici
Celle que plus les dames doivent craindre, Sur un bâton marchant à pas comptés, Dame vieillesse.....
— Du XVP au XVIIP siècle il n'y a qu'un interrègne. Voilà pourquoi M. Baron, après La Pêche et Le Départ pour la promenade, nous a donné Les Patineurs.
BELL ANGE (734, 74). — M. Bellangé est un Vernet de poche. Il peint les batailles d'un joli fort agréable; son Épisode de la retraite de Russie est une spirituelle vignette du lendemain de Moscou.