‹ Études d'artChapitre 5 sur 14 · BRISSOT DE WARVILLE · texte numérisé non relu

BRISSOT DE WARVILLE

— Sur la lisière d'un bois ou sur le bord de l'eau, M. Brissot lève tout droits de grands baliveaux sur un ciel hollandais ; et voilà un charmant tableau grassement touché.

BUTTURA (203). — Vue prise à Ville franche. Paysage d'un singulier caractère, offrant l'image parfaite d'une agate hcrborisée.

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CIIASSERIAU (238, 239, 240). — Les tableaux de M. Ghasseriau, cette année, sont un piège à la critique. Ils l'exposent à dire, pardessus la tête de M. Ghasseriau, beaucoup plus de mal que de bien de M. Delacroix.

GHAVET (243). — Le Caquet. G'est un conciliabule de trois médisaaces dans un salon où de grandes arabesques jaunes courent au mur sur un fond de soie rouge. Des trois femmes, on ne voit que le dos et le riche chignon de l'une, et rien que la petite tète mutine de l'autre. La femme de face a une robe grise et un mantelet noir qui lui glisse des épaules; l'autre à gauche est en robe verte ; la troisième a une robe à petites raies grises et roses, sans taille, faite à la Watteau. Les tètes fines et charmantes, les lèvres froncées par les sourires, les petites mains, aux jolis ongles, sont savamment caressées, mais un peu trop percées de dessous gris.

DAUBIGNY (GiiARLES- François) (309). — Moisson. Une bande de lumière rose raye le ciel dans toute sa largeur. D'épaisses traînées de pinceau aux bavures bleues tracent des lointains, hachés de plantations encore jeunes. Toute la

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campagne dessine, comme en un damier d'or, ses carrés de blés, les uns faucillés et brunis, les autres sur pied et incendiés de soleil. Moissonneurs plies en deux, et moissonneuses qui se hâtent par les étroits sentiers, et gerbes qu'on bottelle, et charrettes qu'on charge, toute cette activité se groupe pittoresquement dans l'embrasement doré, au milieu duquel le pinceau, essuyé de sa couleur, fait étinceler çà et là un sillon. Les premiers plans, étoilés de bluets, de coquelicots, ondoient bien sous la houle; les épis tordus, aux vivacités sèches du soufre, couronnent bien les masses serrées des tiges aux profondeurs de cuivre rouge. On n'a jamais mieux traduit la moisson ; le blé n'est jamais venu sur la toile plus hâlé, plus crépitant, plus vrai, par l'atmosphère brûlée du mois d'août; et le tableau de M. Daubigny est un chef-d'œuvre, en dépil de la négligence de ses fonds. — Dans le n° 310, la lumière endormie et voilée, mais toute prête à s'éveiller, le feuillage encore assombri et amorti dans ses masses avec des profils de verdure déjà allumés, des eaux mortes, et paressant en leur cours, un petit clocher sortant d'un ciel tout clapoteux de tons rosés, vous;

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donnent un second échantillon de la science d'observation de M. Daubigny.

GÉROME (533). — Les buffles, au pelage reflété de lumières verdâtres, se pressent, se ruent à l'eau. La lourdeur de la tète, la solidité des emmanchements, le ramassis des allures, les houppes lanugineuses , l'aspiration de la fraîcheur, l'immersion pesante, ne manquent pas d'étude; mais la peinture slcntée, peignée, comme lavée de tons d'aquarelle, s'est eff'orcée sérieusement à étriller ces animaux à tous poils; mais ce coin du désert italien, travaillé de miasmes, grouillant de reptiles, susurrant de moustiques, a le caractère d'un paysage de banlieue de Paris ; mais le temple de Pœstum, remis à neuf dans un coin d'architecture bien propre, éternel mariage de la terre de Sienne brûlée et du neutralteinte, n'a rien du fruste de la ruine.

GIROUX (539, 560). — Des chevaux noirjais ou gris-pommelé débouchent au galop sur le spectateur, le long de barrières. Les chevaux ont le chanfrein renversé en arrière, la tête portée au vent, les naseaux volumineux, dilatés, ouverts jusqu'à la pituitaire. Chevaux de

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maître, la peau fine, les crins soyeux, toute l'habitude du corps sèche et anguleuse, les muscles bien dessinés , le crâne ample , les oreilles longues , les yeux grands , les tendons écartés, la queue attachée haut. C'est le cheval léger, le type svclte. Le ciel, appesanti et bas de l'orage qu'il porte, est tassé de gros nuages noirs un peu allumés à leur crôte, desquels sortent les robes argentées. — Là, sous un auvent soutenu de piles de bois où montent des enroulements de feuillage, avec un ciel d'un furieux empâtement à plâtras de blanc sur l'azur foncé, un garçon d'écurie, un seau à côté de lui, un torchon à la main, éponge deux chevaux, dont l'un, raidi sur les jambes de devant, flaire et pousse longuement le hennissement grave du désir. — Pourtant, les vrais sujets de M. Giroux, ce sont les gros chevaux de carriers, de meuniers, de brasseurs, de halage. — (SS8) Chevaux de halage. — Voyez ces énormes boulonnais, comme ils tirent! comme ils tâchent à se désembourbcr! Les deux de devant commencent à prendre pied. Ils posent, à bout d'efforts, leurs larges sabots sur le sol retrouvé. Le charretier jure en tirant les guides Les trois autres

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chevaux, derrière, barbotent puissamment dans l'eau dcumcuse avec toutes sortes d'énergies désespérées. M. Giroux n'a pas reculé devant les formes populaires de ces coursiers bien gigotes, de ces traîneurs rouan-vineux, devant ces tètes grosses et chargées de ganache, devant ces crinières touffues tombant à droite et à gauche de l'encolure, ces poitrails énormes, cette croupe avalée, ces fanons longs, ces forts paturons, ces pieds gros et évasés. Et pour encadrer ce paroxysme, — un peu outré, — de contractions musculaires, il a haché un ciel lie de vin, truellé de jaune, de torrents de pluie serrée. M. Giroux indique d'une brosse coulante ou empâtée la direction des épis, le courant du pelage, la marche du poil, les ars plissés aux muscles. C'est un heureux emprunt à l'^"tude de poitrails de lord Seymour.

GUILLEMIN (599). — Souvenir d'atelier.

23 août 1769. Entre les différents petits tableaux à gouasse de M. Baudouin, le public se porte en foule vers le Modèle honnête, qui, malgré plusieurs défauts de bon sens, excite l'intérêt du spectateur. C'est, Monsieur, une

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jeune fille toute nue d'une part entre les bras d'une femme, tandis qu'un peintre devant son chevalet semble en esquisser les traits sur la toile. Au haut est écrit : Qind non cogit egestas. M. Guillemin a repris le motif de Baudouin. Mais est-ce que sa grosse fille a les attaches assez fines pour savoir la pudeur, cette vertu de race? — Ah! chère Nifa, chère petite, caresse et joie de nos esprits tout un an, sourire et jeunesse de notre pauvre. E/i 18..., pudique, charmante, toi au bras de laquelle nos imaginations allaient, cherchant les verdures et les fêtes du soleil, l'ombre et la Seine, et les îles endormies, Ophélia qui n'est point morte! ce n'était point au pinceau de M. Guillemin à te toucher! Limpide, il fallait la couleur! Enivré, il fallait le pinceau! Amoureuse, suave, pure comme notre plume, il eût fallu la palette pour rendre notre Ecce mulier!

IIAFFNER (604). — Dans un verger planté de pommiers, tout ombreux de vert froid, M. ïlaffner fait glisser sur les terrains herbus et par le dessous du feuillage pressé et marqueté de pommes rouges, de maigres échappées

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de lumière. Le pommier est secoué, les pommes tombent, les enfants mordent à belles dents ; les sacs*s'emplissent ; la récolte est bonne et la journée n'est pas encore finie. Ce tableau, tenu presque entièrement dans la demi- teinte, et de parti pris dans les tons froids des pays septentrionaux, est une des bonnes commandes du Ministère de l'intérieur. — Dans son n" 602, le peintre strasbourgeois a groupé autour d'une fontaine, surmontée de l'ours gothique traditionnel de l'Alsace et de la Suisse, les laveuses d'Obernay ; la fontaine pyramide, au centre de maisons ventrues , aux galeries de bois , aux baies cintrées, aux toits coniques, aux murs briquetés, encastrés de solives, crépis de tons sales. Les laveuses lavent et regardent le public, lui montrant le type blond de l'Alsace, lui montrant leurs couettes de chevelure folle, évadée du béguin blanc. Comme repoussoir, s'avance, pleine de crânerie et magnifiquement drapée, une brune fille de la Bohême, un volumineux paquet de linge jeté sur sa noire chevelure, le bras appuyant à la hanche un bassin de cuivre. La sauvage beauté de la gitana, les coquets airs de tète des Obcrnoises, le coloris

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éclatant des étoffes, les rutilements des cuivres épandus à terre, l'agencement du groupe, arrêtent la foule, et sont en train de faire encore ouvrir la bourse du Ministère de l'intérieur. Les difficultueux adressent au peintre le reproche d'avoir strapassé quelques figures, d'avoir trop tumultueusement éclaboussé sa toile de lumières blanches, très blanches, accourant de tous les points dans un papillotage fatigant. — Celui de tous les tableaux de M. Haffnerque nous préférons cette année, c'est son n° 603. Dans un grand pan de ciel, grimpent trois arbres, — trois vraies perches à ramer des pois, — piètrement feuillagés. Sur des terrains marneux coupés de carrés de légumes, près d'une mare aux eaux terreuses, tout bonnement un plant de choux. Ces choux parcourent toute la gamme du vert bleuâtre; ces choux se gaufrent, se contournent, se volutent, se frisent, se pomment, se fraisent comme de vrais choux alsaciens qu'ils sont. Braves choux verts, braves choux caulets de Flandre, à belles feuilles bien cloquées, qui n'ont eu à souffrir ni de l'altite, ni du charançon, ni de la mouche brassicaire, ni -des pucerons, ni des chenilles! Une bien sim-

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pic composition que ce morceau de Krautergersheim ; et cependant, pour notre part, nous le préférons à beaucoup de bien grandes machines. Il y a là une grasse réminiscence des terrains liants et épais du Bas-Rhin ; il y a là un bon réalisme. Tout heureusement pourtant que M. HafFner rende sa province, nous voudrions le voir revenir aux landes, aux murs crayeux de Fontarabie, si mieux nous ne l'aimions en Afrique. M. Haffner a en lui un coloriste que nous craignons de voir s'endormir au bord du Rhin.

IIILLEMACHER (632). — Les Assiégés de Rouen en 1418. — Douze mille pauvres gens, vieillards, femmes, enfants, qu'on a été obligé de mettre hors la ville, et que les Anglais n'ont pas voulu laisser passer, meurent lentement dans les fossés, rongeant les herbes poussées dans la boue, se désaltérant aux fanges de l'eau vaseuse. A gauche, un homme et deux femmes, hâves et maigres, dans l'ombre, soufflent sur un feu de quelques brindilles, y tendant les mains pour essayer de retrouver un peu de chaleur. Sur le devant, un cadavre au flanc souillé de sang,

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trempe ses cheveux dans l'eau, le bas du corps enfoui dans les joncs. Tout le long de la muraille, s'adossent des vieillesses, des faiblesses, des défaillances, des désespoirs. Au centre, sur un mauvais oreiller, une femme jeune encore, pâle comme un linge, lève les yeux au ciel, à peine revenue des terribles angoisses de l'accouchement. Une jeune fille et un jeune garçon, au chaperon de velours noir, ont mis son enfant dans un panier, et tendent les mains le long du mur pour attraper une corde et y attacher le berceau improvisé de la frôle créature. Une fois l'enfant baptisé dans une des églises de la ville, la corde redescendra, le rendant à sa mère et à la mort. Il y a de bonnes qualités dans le tableau de M. Ilillemacher. Le vieillard qui regarde, les mains jointes, cet enfançon né dans la faim, à côté de cadavres, est simple et émouvant. La vieille femme aux cheveux gris, à côté de lui, le corps incliné, les bras en avant et tenant un chapelet, les yeux fixes, le regard comme figé, et la jeune femme accroupie, à côté de l'accouchée, sans regard elle aussi, serrant machinalement un enfant entre ses bras, dans une pose qui rappcllo un peu une Italienne

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de la Malaria, sont belles toutes deux d'anéantissement. La composition aurait gagné de l'unitc à vouloir mettre en mouvement moins de personnages ; les groupes ne font pas assez masse, et le centre d'intérêt ne 'se relie que bien faiblement à l'ordonnance générale.

IlOGUET. — Celui-ci est un paysagiste. Un soir, au Panier d'or, à Bruges, après avoir passé tout le jour à voir tourner les grands moulins à vent, les moulins à vent flamands, à formes évasées, tout ravaudés de morceaux de bois, avec leurs queues noires arc-boutées à terre, les moulins qui tournent lentement deux lieues de long, en ligne, à perte de vue, — nous vous avons regrette. Monsieur Iloguet. — 640. Des moulins là-haut, — moulins de Montmartre, ceux-là, — jusqu'au bas de la toile, le terrain dégringole et descend, sillonné, taffoulé, glaizcux, miné parles filtrations des pluies. Là, sur cette crevasse, on avait jeté quelques planches, — une ébauche de passerelle ; — le terrain a marché ; les planches ont cédé, et pendent rompues sur cette petite ravine, creusée par quelque orage; deuxmeules percées de leur œillard,

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hors d'usage , sont abandonnées et comme fichées dans le sol mou. Du bas du tableau, une mauvaise clôture en poutrelles, abritée de quelques saules, monte, enjambant les accidents de tcrmin. A droite, au-dessus de ces premiers plans empêtrés et jonchés de planches et de mottes de terre éboulées, un mauvais mur plâtreux se lève droit, tout salpôtrisé d'humidité, avec, au milieu, un petit égout, en forme de tuile creuse, qui bave. Au-dessus du mur, quelques broussailles maigres essayent de verdir dans le sol sans terreau. C'est le jardin du meunier ; la porte est grande ouverte pour aller de là aux moulins. Tout en haut, sur un ciel bleuturc, relevé d'empâtements d'argent, des moulins noirs, piqués de vols de pigeons, tournent, tournent leurs ailes concaves, comme le dévidoir d'une vieille femme. Kaut-il dire la science de toute la gauche du tableau tombée dans l'ombre, tout l'agrément de ces terrains peau de lièvre, dont M. Hoguet a le secret; toute la solidité de cette peinture hardiment patinée; l'effet, enfin, de cette magnifique toile, — un des triomphes du Salon?

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HUNT (666). — Au milieu d'un champ de blé qui balance ses épis prêts à s'égrener, une jeune fille effeuille une marguerite sous un ciel floconneux. La jeune fille, les cheveux torsadés au chignon, est vôtue d'une chemise qui découvre l'épaule et va se creusant au dos. Le torse et les jambes sont assez largement étoffés do serge jaunâtre. Nous avons des premiers appelé l'attention sur M. Hiint; aussi notre critique est-elle plus à l'aise, et M. Hunt nous en voudra moins d'ôtre sévère avec lui. Pourquoi vous ôtes-vous pris d'amour pour les chairs morbides, terreuses, blèmies? Pourquoi cette haine du sang, de la vie? Pourquoi des pommettes qui ne s'empourprent pas? Pourquoi cet œil de gris qui plombe toutes vos carnations? Si c'est là votre palette , pourquoi vous attaquer à la jeunesse? Pourquoi ces redondants et grassouillets contours, les indiquer d'une ligne sèche, malingre, anguleuse, phthisique? Pourquoi faire saillir l'ossature? Pourquoi lustrer l'épaule d'une lueur marbrine? — Reconnaissons bien vite que les chairs de la Bonne Aventure sont plus vivantes.

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JOHANNOT (Tony) (697). - Scène de pillage en 1525. Ah! les charmants bois, Monsieur Tony Johannot, dans Don Quichotte et dans Molière ! Ah! les charmantes eaux-fortes. Monsieur Tony Johannot, dans les contes de Charles Nodier!

KNIFF (729). — Souvenir de Sicile. Un ciel d'azur, lacté à l'horizon ; les lignes ondulant 2S d'un promontoire courant à gauche dans les vapeurs tièdes, la Méditerranée bleue avec une étroite traînée d'argent, toute scintillante à la cime d'une vague ; une immense plaine peuplée de deux arbres sphéroïdes , plaine où la lumière glisse de droite et vient ligner, d'un filet métallique les arêtes d'un vieux mur enfoncé au niveau du sol ; du vieux mur une fontaine coule, et deux Siciliennes emplissent leurs cruches. Il y a, disons-le hautement, une étendue, une tranquillité, un repos, une atmosphère de lazzaronisme, un sentiment de poésie dans cette étonnante dégradation perspective.

LAMBINET (757). — C'est une disposition qu'affectionne Troyon, l'étroit sentier qui serpente derrière la ferme, par le clos, jusqu'à

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l'eau, bucolique toute verte, où se promène volontiers le pinceau campagnard de M. Lambinet. 11 accroche, distribue à chaque arbre son feuillage propre, n'empruntant pas comme son voisin, M. Bonheur, les sèches zigzagures de Waterloo, mais s'inspirant de lui-même et de la nature, et faisant très habilement la distinction des feuilles étoilées, .palmées, pendantes, relevées, déchiquetées, lancéolées. M. Lambinet a peint encore un bord de rivière avec une escadre de canards qui s'ébattent, un bord de rivière margé de joncs verts, M. Lambinet a encore peint là une toile pleine d'humidité et de fraîcheur.

LEPOITTEVIN. — C'est du joli, cela! Mais il y a si longtemps que M. Lepoittevin peint joli ! Nous ne ferons pas difficulté pour convenir que, cette année, il a place ses éternels forbans (828) dans un joli décor de Pannini, éclairé d'un joli soleil couchant.

LERAY (831). — Charles IX et sa cour visitent les gibets de Montfaîicon. — Le roi, la reinemère et toute la cour viennent voir « ce qui reste du corps de l'amiral », comme disait de

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Thon. Toute cette foule parée; ces gentilshommes en soie avec des buses à leurs pourpoints et des fraises à confusion, une toque cannelée sur la tête ; les dames de la cour avec des manches à bourrelets, les cheveux relevés de perles, surmontés du toquet de velours à aigrette de pierreries ; les chevaux tenus en main, les chiens bridés par les pages, les cuirasses diamantées par le soleil, tout cela tapage au mieux, devant le Pourrissoir, sous une brosse à la Isabey, gaie et spirituelle.

LOTTIER (848). — Dômes, mosquées, minarets, kiosques, clochetons, forêts de toitsterrasses noyés dans un brouillard rosé, barques chargées de filets, eaux moirées et chatoyantes, c'est bien là l'étincelant panorama de Stamboul aux sept collines. Le faire de M. Lottier tient un peu trop de la décoration ; et ses toiles qui ne manquent pas de mérite, ont une trop grande parenté avec les papiers de ces salles à manger de campagne qui ont initié notre enfance aux scènes orientales. Ce sont, pour les lumières, de petits pâtés carrés de couleur rouge, bleue, blanche ; le feuillé semble dessiné par un fer

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en forme de trèfle ; les premiers plans sont trop uniformément coloriés de ces tons jaune rosé qui font les troncs d'arbre dans toutes les impressions en couleur.

NAZON (962). — La toile, conservée dans son grain, est glacée de couleurs transparentes. Maisons, terrasse, berge, arbres à dessous presque monochrome, viennentàleurplan, viennent à leur couleur locale sous de magiques badinages de pâte sèche. Les arbres de second plan, caressés de vert et de rose, sont d'une adresse incroyable. Ces habitations rustiques, d'un faire très original, donnent une bonne place à M. Nazon parmi les paysagistes de l'année nouvelle. A l'année prochaine une plus complète entente de la lumière et plus de relief en ces fabriques.

PENGUILLY. — M. Penguilly exposa, il y a quelques années, un délicieux tableau, la Parade, un de ces quelques tableaux tentateurs qui vous font peser votre bourse, et, quand on l'a pesée, regretter qu'elle soit si légère. C'était l'annonce d'un coloriste. Bon Dieu! qu'est-il venu sur la palette de M. Penguilly? Quelles

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visions ont donc soufflé sur ses couleurs do grand jour? M. Periguilly a-t-il fait un pacte avec les lumières clair de lune, les paysages sabbatiques? Que ne revient-il, un jour par an, au paysage réel, aux vivantes scènes de midi? Que ne revient-il au bon et vrai soleil, un jour par an? — (1010) Les Aj^proches d'une tempête sur les côtes du Finistère, à marée montante. — Mer et ciel semblent du plomb en fusion, avec les bouillons d'écume argentée pour les vagues qui moutonnent. — Dans son Calvin et dans son Mendiant on ne peut contester un grand sentiment de tristesse, mais à force d'avoir fait hanter à sa peinture les sylphes sur les toits, M. Penguilly en est arrivé à illuminer ses toiles avec de la farine ou de la neige.

PILS (1044). — Soldats distribuant du pain aux indigents. Au camp des Invalides, par un jour clair d'hiver, sous les squelettes d'arbres exfoliés, il y a un furieux élan de tôte's implorantes, de mains ouvertes, de demandes furieuses, de prières tranquilles; et partout derrière la barrière un échafaudage de figures qui ont faim. Quelques pauvres petits enfants ont

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dté admis à l'intérieur. Un soldat, agenouillé d'un genou, fait boire dans une tasse le plus jeune, tandis qu'il s'apprôtc do l'autre main à plonger une poclie dans la gamelle, regardant ces tôtes enfantines toutes tondues, toutes quémandeuses. Le petit garçon lappe longuement les mains derrière le dos; un autre se mord le pouce, regardant amoureusement la terrine; un autre semble dire des yeux : Et moi ? Les petites filles, moins affamées d'apparence, mais plus fatiguées, plus souffrantes, ont un petit air de rêverie indifférente d'un charmant concept. Les teints pâles brûlés de froid, les transparences des chairs enfantines, les imitations des étoffes, le bonheur de la composition, toutes les attitudes do la faim devant la soupe, l'émotion contenue et refoulée des soldats, font un bon tableau de cette aumône militaire.

PLASSAN. — M. Plassan a le sentiment de la chair; sa fraîcheur est bien quelquefois fardée. Mais quoi? ses femmes ne lo sont-elles pas ? Après son Déjeuner (1 053), le voilà presque l'aîné des petits Meissonier. La robe de la maîtresse, blanche, à petites fleurettes, a des miroi-

tements de soie des mieux réussis. La lumière sautille de pli en pli, de cassure en cassure. La Dorine regardant en dessous la rêveuse qui tourne indolemment la cuiller dans une tasse de Chine, a le nez au vent et l'œil plein de malices. La cafetière, et les tasses, et les accessoires, et les riens du service ; la jupe et le bout de batiste, et le coin de ruban, les fanfioles de la toilette, M. Plassan les attrape d'une grande science et d'un grand bonheur. — Dans son n° 1054, le Lever, le bas blanc tiré sur la jambe, tout transparent des tons rosés de Fépiderme avec son réseau de petits plis au cou-de-pied, est un petit chef-d'œuvre.

PLUYETTE (1056). — Bohémiens chassés d'Écosse. — « Enfin, l'époque fatale de la Saint- Martin arriva, et il fallut recourir à des mesures violentes pour les expulser. » La charrette attend. Les ouvriers enlèvent à grands coups le toit des chaumières, jettent à bas les portes et les fenêtres. Dans les lamentations des femmes, dans le bruit des marteaux qui démolissent, dans le hurlement des chiens qui jappent un adieu, les Bohémiens, les lèvres serrées, sans

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mot dire, chargent sur les ânes les chaudrons, les provisions, les canards, les poissons. Là, à terre, c'est un violon, un fusil, un tartan rayé, le fusil avec lequel déjà s'exerçaient les enfants, le violon qui charmait le soir la famille de quelque ronde du pays perdu, le tartan dont se couvrait, l'hiver, le maigre grabat. L'officier de paix est sur le monticule, impassible, le bâton de loi en main. M. Pluyette a amorti tous ses tons dans une journée d'hiver, toute voilée de brouillard ; cette scène désolée, il la fait passer sous un ciel tout sombre de brume, avec une triste éclaircie blanche à l'horizon. Son tableau a de l'intérêt et de l'effet. Ses Bohémiens vrais, non mannequinés, ne sentent ni la convention ni le modèle.

ROUSSEAU (Philippe) (1119). — Sur une table basse, vous voyez, dans l'arrière-fond d'une cuisine, un pot de beurre, des salades, des choux, un grand panier à œufs, un chat qui tire à lui une volaille plumée. Un chaudron, sur le bord duquel repose à plat une écumoire, étale son ventre noir. Dans ce chaudron, s'agitent et rougissent des homards. L'un passe en

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dehors du chaudron tout fumant de vapeurs blanches une patte qui n'est encore que violette. A côte du chaudron, déjà retirés, égouttés et d'un rouge admirable, deux autres homards sont déjà rangés, attendant leurs camarades. Le mur a le plus splendide portemanteau de lièvres et de volailles, le plus splendide et le plus gargantuesqu3. Par une porte s'entrevoit dans le fond un cuisinier qui tourne avec des airs de tète de Carême quelque savantissinie sauce. M. Rousseau est admirable pour anatomiser une feuille de laitue, indiquer les détails microscopiques tout en gardant une touche large; il rend, comme pas un, les ardeurs du cuivre, les scintillements métalliques, les éclairs de ta faïence, les lueurs bleuâtres des chaudrons émérites, les chairs des volailles plumées toutes lardées de plumetis. Le test corné des homards, étudié en sa cuisson, est travaillé avec des frottis de vermillon d'un inimitable râpeux. — La traduction de La Fontaine du n° 1118 manque de relief et de lumière.

SOUPLET (1168). — Au fond, les lignes tranquilles du paysage champenois, intercepté

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çà et là par les bleus rideaux de peupliers lointains; au premier plan, un petit étang où femmes et hommes, entrés jusqu'au genou et groupés deux par deux, emboîtent le mouton et le lavent à grande eau. L'étang bleu blondit en tons poudreux, et, sous cette large lessive, les eaux chauffées de violet sale, passent d'un grand naturel, par toutes les dégradations des eaux troublées, à l'inaltérable outremer des eaux dormantes.

VERDIER (1232). — Découragement de l'artiste. Un homme, la tôte penchée, une main tenant un crayon, appuyée au genou, serre contre lui de l'autre main une femme qui se penche et s'appuie sur son épaule. Il est vêtu de velours marron. La femme a dans les cheveux des perles qui lui descendent sur le cou, sa chemise lui quitte le dos et laisse à nu des lignes jeunes et rondes. Elle a une jupe jaune tendre à petites raies bleues et vertes, avec des éclats de ton soufre aux lumières. La touche de M. Yerdier est large et pétillante ; mais il charge trop ses lumières. Il maçonne sa chair sans marier le moindrement les tons, sinon par le

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travail de la brosse, du moins par la concordance des couleurs juxtaposées. Ce défaut est patent par les brusques passages dotons dans le front de l'homme. — 1233. Départ de conscrits. — Des coqs, des poules, un chien qui fait envoler des pigeons, des enfants qui jouent, une fille qui se fait embrasser, des chaudrons qu'on lave, des chevaux qui boivent, des femmes qui prennent de l'eau, des conscrits enrubannés qui chantent autour d'un drapeau ; toute cette scène est traitée avec cette môme audace de brosse et de couleurs qui éclatent de tous côtés. Toutes les lumières répandues dans tout le tableau, accrochant un chaudron, un naseau de cheval, une joue, un ruban, semblent vouloir marcher l'une sur l'autre et se surmonter. La couleur trop entière de M. Yerdier, — surtout dans cette dernière toile, — frappe trop aux yeux et fait trop de bruit à tous les plans du tableau. Nous préférons à ces deux toiles le n" 1234, Portrait de M. F***, peint au premier coup, — un des bons portraits de cette année.

WATTIER (1263). — Le vilain paysage et l'amoureux pique-nique ! la vilaine verdure et

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les belles marquises effeuillant leur jeunesse sur l'herbe de haute lisse ! les vilains paquets de feuilles, lourdes et plates comme des feuilles de cactus, qui semblent des palets jaunes accrochés aux branches! le joli fouillis de mains égarées et de seins onduleux, et de marquis un genou en terre, et de voluptueuses en négligé Pompadour, et de petites filles qui font la dînette dans un coin d'ombre, et de couples qui se souviennent bouche à bouche, près des conques de marbre ! La collation est un prétexte à mille poses, couchées, adossées, épaulées, caressantes, gourmandes, pensives, paresseuses. Devant cette collation de Meissclier, à peine effleurée, comme elles rient! Comme elles se moquent! De qui, de quoi ne parle-t-on pas? — C'est le marquis qui prend ses maîtresses, des filles de mode, au charnier des Innocents ; c'est Lyonnois qui vient encore de guérir un épagneul ; — c'est le petit Dunkerque qui vient de recevoir des écrans de Chine ; c'est, — dit-on plus bas, — Boucher qui peint à l'hôtel de l'Arsenal, et ceci, et cela, et l'Amour sans voiles. — Le ravissant éventail, Monsieur Wattler! le ravissant tableau, si M. Français vous faisait le

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paysage et se mariait à vous comme il s'est marié une fois à Meissonier!

ZIMMERMANN (1276). — Des nuages noirs amoncelés quitourbillonnent comme d'épaisses fumées sur des pics décharnés et nus qui dentellent l'horizon ; pas un arbre dans ce désert de roches baigné d'une merde sel, linceul empesté de Sodomes sombrées; l'aspect volcanique, éboulé et bouleversé d'une terre hersée par un tremblement de terre. M. Zimmermann a réalisé la mort d'une vallée de Siddin.

Voilà bien, tout le long de ce Salon, des paysages que nous louons; mais le paysage, compris comme il l'est par nos artistes, n'est-il pas la grande gloire du pinceau moderne^ N'est-ce pas le paysage qui fait l'honneur de ce Salon de 1852? Salon que les promeneurs superficiels peuvent trouver médiocre, et que nous trouvons, nous, plein de promesses, plein d'œuvres, plein de tentatives, plein de belles luttes corps à corps avec la nature, avec le soleil? Ne regrettons point les grands et les su-

GALERIE DU PREMIER ÉTAGE

porbes qui s'abstiennent, quand nous avons des humbles qui exposent et qui s'appellent Dupré, Ziem, Rousseau, Daubigny, Iloguet et tant d'autres. — C'est l'école du petit genre, autrefois si mésestimée, qui doit faire la fortune du XIX" siècle ; c'est celle dont nous avons essayé de compter les victoires. — Alors seulement on pourra sérieusement parler grande peinture et grand tableau quand Couture enverra au Palais-Royal ses Enrôlés volontaires.

PEINTURE

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