HISTORIQUE
C’est J. Mayow, qui, le premier, en 1674, reconnut que des bulles de g*az sortent du sang' que l’on soumet à l’action du vide; l’interprétation qu’il donna de ce phénomène se ressent de l’époque dans laquelle il vivait, car il appela ce g’az « esprit igmo-aérien ». Après lui on chercha à retirer les g*az du sang* par trois procédés différents : 1° au moyen de la chaleur; 2° par leur déplacement au moyen d’un autre g’az; 3° par la diminution de pression.
1° Par la chaleur. — Humphry Davy, en 1799, put, nu moyen de la chaleur, affirmer que dans le sang* se trouvent 6 volumes d’oxygène et 9 volumes d’acide carbonique pour 100; mais ces quantités étaient loin d’être exactes, et les causes d'erreur étaient dues à l’imperfection de la méthode.
2° Déplacement par les fjaz. — Priestley, vers 1777, avança que l’air inflammable, après son contact avec le sang*, peut être réduit par l’air nitreux. Gertanner
et Wasse isolaient, un peu plus tard, l’azote et l’acide carbonique, en faisant passer un courant d’hydrogène dans le sang1. — Tout récemment, au moyen d’une nouvelle méthode d’extraction des gaz du sang, par le procédé de déplacement, Cl. Bernard montra que l’oxyde de carbone chassecomplètement l’oxygène des globules, et il put ainsi mesurer le volume d’oxygène fixé.
3° Pur la diminution de pression. — Au commencement de ce siècle, Vogel parvint à extraire l’acide carbonique du sang, en s'aidant de la diminution de pression. Quinze ans plus tard, Collard de Martigny reprit les expériences de Vogel; mais les résultats qu’il publia furent niés par J. Davy et par Mitscherlich. Ce dernier chimiste, voulant donner une explication des résultats trouvés par Vogel et Collard, prétendait que le gaz carbonique qui était dégagé était dû à l’intervention de quelque acide. Les expériences de Enschut et de Bischoff vinrent enfin nettement établir la présence du gaz carbonique dans le sang; et, à peu près à la même époque, les beaux travaux d’Andral et de Gavarret, et ceux de Prévost et Dumas, entrepris dans un autre ordre d’idées, approfondissaient la connaissance de la composition et des altérations du sang.
Les physiologistes et les chimistes n’étaient pas encore d’accord sur la présence de gaz dans le sang, lorsque parut le travail de Magnus, qui entraîna bientôt la conviction de tous les physiologistes. Les résultats qu’il publia en 1837 lui permirent d’affirmer que le sang’ contenait de l’oxygène, de l’acide carbonique et de l’azote.
Vingt ans après, Lothar Mayer, mettant en usage une méthode imag’inée par Baûmert, arriva à des résultats
beaucoup plus exacts : il trouva qu’il existe dans le sang’ deux gaz carboniques, l’un libre que le vide déplace, et l’autre combiné qu'il obtenait au moyen de l’intervention de l’acide tartrique.
Lesanalvsesdesg'azdu sang’publiées ensuite par Ludwig* dépassèrent en précision tout ce qui avait été fait auparavant, la pompe barométrique lui permettant de réitérer l’action du vide sur le sang* qu’il expérimentait.
Parmi les derniers travaux, nous mentionnerons : ceux de Fernet, qui ont montré quels étaient les éléments salins qui avaient le plus d’affinité pour les gaz du sang- : ce savant expérimentateur a pu donner ainsi leur coefficient de solubilité pour le sérum et les matériaux qui le constituent.
Ceux de Quinquaud, qui établissent que l’oxyg-ène se fixe aussi bien sur l'hémoglobine dissoute que sur celle renfermée dans les globules.
Ceux de M. Brouardel qui le premier a donné une série d’analyses très-intéressantes sur les gaz du sang de plusieurs malades.
Ceux de MM. Urbain et Mathieu, qui donnent les causes de certaines modifications apportées dans les gaz du sang à l’état physiologique.
Tout récemment, enfin, les dernières recherches de notre maître, M. le professeur P. Bert, ont ouvert un nouvel horizon à la pathologie par l’étude des gaz du sang. Ses remarquables expériences sur l’influence que les modifications dans la pression barométrique exercent sur les phénomènes généraux de la vie lui ont suggéré l’idée d’étendre la question ; c’est, d’après ses conseils que nous avons entrepris ce travail , et c’est grâce à sa direction que nous avons pu l’achever.