PHYSIOLOGIE ET COMPOSITION DH SANG
Le sang*, suivant la définition de Cl. Bernard , est ce milieu intérieur qui, sans cesse irrig*ant tous les tissus de l’org*anisine, leur sert d’intermédiaire entre le mi lieu extérieur dans lequel vit l’individu tout entier, et les molécules vivantes qui constituent celui-ci.
Si, normalement, il sert à conserver à ces infiniment petits qui forment nos tissus leur intégrité physiologique, il peut devenir dans certains cas le véhicule par lequel les influences auormales viendront au contact de ces éléments anatomiques et pourront les altérer (influence des poisons inorg*aniques , miasmatiques, des matières fermentescibles, etc.). De là son double rôle, suivant qu’il est par lui-même un liquide physiologique ou un liquide pathologique.
Le sang* contient en outre les éléments nécessaires à l’entretien de la vie, éléments qu’il vient puiser au dehors au moyen de certains appareils organiques :
Par le poumon, il reçoit sans cesse l’oxygène qu’il va distribuer dans tout l’organisme el qui sert aux combustions intimes.
Par l’appareil digestif, il puise dans les substances
alimentaires, devenues assimilables, les matériaux liquides ou figurés qui serviront ensuite à la nutrition des tissus.
Il renferme de même tous les produits ultimes résultant de la rénovation moléculaire, produits qui circulent avec lui et qui sont versés à l’extérieur, soit à l’état gazeux par la peau ou le poumon, soit à l’état liquide par l’excrétion urinaire; de là un nouvel élément d’altération du sang, si ces fonctions sont modifiées.
On peut donc dire qu’en même temps que les tissus trouvent dans le sang des conditions de température, d’oxygénation, d’humidité, ainsi que des matériaux azotés, hydrocarbonés et salins, sans lesquels leurs fonctions et leur rénovation ne pourraient exister régulièrement, ce liquide leur sert de milieu dans lequel ils rejettent tous leurs produits de décomposition.
De tout temps, le sang a été considéré comme un liquide indispensable à la vie, mais cette idée n’est exacte qu’autant qu’il renferme les éléments normaux qui doivent le composer, et qu’il baigne des tissus capables de prendre ces éléments; c’est à eux, en effet, qu’appartient le rôle actif, le sang est avant tout passif; il apporte bien avec lui les matériaux de la vie, et les abandonne dès qu’on les lui prend, mais faut-il encore qu’il trouve des organes capables de le faire.
C’est pour avoir méconnu ces grands principes que la saignée et la transfusion ont donné des résultats si contraires à ceux qu’on leur demandait. En effet, ces traitements ne sont justifiés qu’autant que les causes des altérations du sang viennent du dehors, car, si le sang est fait pour les organes, il est avant tout fait par
eux; et, ne tenir compte que d’un des termes de cette double influence, c’est s’exposer à une thérapeutique des plus erronées. On aura beau régénérer le sang par la transfusion, ou par la saignée, si les organes sont malades, il perdra, dès qu’il se trouvera en contact avec eux, ses propriétés physiologiques.
L’étude du sang normal consiste à déterminer quels sont les caractères généraux physiques qu’il présente, et ensuite à étudier sa constitution en principes immédiats et en éléments anatomiques. Cette humeur n’apparaît dans l’économie qu’après le liquide de la vésicule ombilicale, alors que des modifications importantes se sont déjà produites dans l’embryon , modifications qui ont donné lieu : l°à l’épaississement du feuillet blastodermique interne, au moment où apparaissent les cellules qui vont former l’axe cérébro-spinal; 2° à la formation de la notocorde et de sa gaîne; 3° à l’apparition des premiers faisceaux des lames dorsales et des fibres musculaires du cœur.
Les globules du sang apparaissent dans l’appareil circulatoire primitif, avant le plasma, et ce n’est que quelque temps après que celui-ci, fourni par la mère chez les vivipares, vient s’infiltrer entre eux et les isole les unes des autres. A compter de l'époque de l’arrivée dli plasma, la quantité de celui-ci augmente plus rapidement que celle des globules, et finit par l’emporter sur celle des éléments anatomiques qu’il tient en suspension. Denis (de Commercy) a montré en effet qu’à l’époque de l’accouchement la quantité des globules rouges est encore à celle du plasma:: 722: 278, tandis que la moyenne trouvée sur l'adulte est :: 446: 554.
Le sang*, parti du cœur gauche, remplit les artères puis revient au cœur droit par les veines, après avoir traversé les capillaires pour entrer dans celles-ci. Le cœur droit le chasse dans les poumons, où il y remplit la grande fonction de l’hématose; sa couleur, chez les vertébrés, varie suivant le vaisseau duquel on l’extrait : rouge-brun dans le système veineux, il est vermeil dans les artères.
Sa densité est en moyenne de 1052 à 1057; excepté les gaz dissous dans le plasma, et ceux fixés aux globules, auxquels il convient d’ajouter quelques principes gras : tous les éléments constituants du sang sont plus lourds que l’eau. La densité des globules rouges est de 1088 à 1105; celle du sérum défibriné égale 1028.
La tension dans l’appareil circulatoire est toujours positive dans les artères, tandis qu’en général elle est négative dans les veines, veine-porte et veines sus-hépatiques exceptées (Rosapelly).
Chez l’homme, où elle a été mesurée dans la fémorale, elle est de 14 centimètres de mercure.
Chez les autres vertèbres, elle varie entre 20 millimètres et 19 centimètres de mesure. Une série d’expériences a permis de donner une moyenne de la tension artérielle des vertèbres (Jolyet et Legerot).
1° Mammifères. 10 h 15 c. i Ophidiens. 6 à 8c.
2° Oiseaux. ... 16 à 19 c. 4 | Chilomens. 2,9mm ^ 3,7mm.
3° Poissons ... 8 à 10, c. 9 ( Batraciens. 2 à 5. 2mm.
La force de résistance des parois artérielles est considérable : nous avons vu une carotide de chien supporter une pression de 20 atmosphères sans éclater.
Lehmann et Weber ont donné comme rapport du poids du sang1 à celui du corps : 1 kilog’ramme de sang* pour 11 à 12 kilogrammes. Bischoff a ramené ce chiffre entre à Ces expériences avaient été faites sur des suppliciés. Collin a démontré, par une série d’observations, que de tous les animaux l’homme est celui qui a le plus de sang*, relativement au poids de son corps. Plus récemment, M. le D1 Grehant a introduit dans la science une méthode qui permet d’avoir une approximation très-grande.
C’est aux hématies que le sang* des vertébrés doit sa couleur rouge, tandis que chez les invertébrés c’est le plasma qui est coloré : dans celui-ci flottent bien aussi des éléments figurés; mais ces corps n’ont rien de commun avec les globules rouges : ils sont d’ailleurs , incolores.
Les variations de couleur du sang sont dues, avant tout, à l’influence des gaz sur la coloration des hématies.
Le sang a une saveur légèrement salée; il la doit au chlorure de sodium qu’il renferme (3 à 4 pour 1000 de plasma); il a une odeur qui lui est propre, mais peu prononcée, que la chaleur et certains acides accentuent; on admet qu’elle est due aux acides buetyrique, hyrcique, etc.
Sa réaction est alcaline, et bien que Schérer prétende l’avoir trouvée neutre dans le sang d’une saignée et que Vogel affirme qu'après la mort il devient acide, Andral fait remarquer que dans toutes ses expériences sur le sang vivant, l’alcalinité est une loi générale à laquelle il ne fait aucune exception. Les observations de Yogel portaient probablement sur du sang qui avait subi des
décompositions chimiques. Les phosphates et les carbonates basiques en dissolution dans le plasma sont les causes de l’alcalinité du sang’.
Abandonné à lui-même, le sang* se sépare spontanément en 2 parties : les acides, la chaleur et certains états pathologiques hâtent sa coagulation. Le caillotqui est la portion solide du sang* est formé en grande partie des éléments anatomiques qui ont été emprisonnés par la fibrine du plasma au moment où celle-ci s’en est séparée .
Le sérum qui est la portion liquide contient en grande partie de l’eau dans laquelle se trouve dissous de l’albumine, des sels et les matières grasses du sang1.
On trouve environ 667 de sérum pour 333 de caillot non desséché.
Ainsi donc, le plasma et les éléments anatomiques qu’il tient en suspension, telles sont les deux parties essentielles qui constituent le sang*.
La partie liquide du sérum est constituée par de l’eau, qui tient à l’état de dissolution, des sels, des matières grasses, de l’albumine et de la fibrine.
Le sérum du sang1 défibriné, traité par la chaleur et les acides, donne lieu à un précipité floconneux d’albumine; c’est sur cette réaction que M. le Dr Bouchard a basé sa méthode de dosage des globules à l’état frais. Nous décrirons plus loin les procédés qu’il convient d’employer.
Le tableau suivant, emprunté à Ch. Robin, donne les différentes parties constituantes du sang*.
Principes de la
1 re classe.
Composition du sang sur 1,000. Densité 1,052 à 1,057.
Eléments anatomiques ; 1 Globules rouges ou hématie, densité, i;088.
en suspension : 1 2 Leucocyies, 1 pour 300 hématies, densitc, 1,070.
320 à l’état frais, chez / 3 Oxygène.
l’homme; 4 Hydrogène.
300 chez la femme. ' 5 Azote.
1 Eau.
2 Chlorure de sodium, 3,359.
3 Chlorure de potassium, 0,546.
4 Chlorhydrate d’ammoniaque.
5 Sulfate de potasse, 0,288.
6 Sulfate de soude.
7 Carbonate de soude, 1,200.
8 Carbonate de potasse.
, 9 Carbonate de chaux.
\10 Carbonate de magnésie.
] 1 1 Phosphate de soude, 0,661.
112 Phosphate de potasse.
1 13 Phosphate de magnésie, 0,218.
14 Phosphate de chaux, 0,298.
15 Silice.
16 Phosphate de fer?
17 Cuivre, plomb et manganèse, des traces à un état m- ( connu.
1 Acide carbonique.
2 Lactate de soude.
3 Lactate de chaux ?
4 Hippurate de soude.
5 Pneumate de soude.
6 Urates de soude, de potasse, uiaque.
7 Inosate de soude.
8 Sudorates alcalins.
9 Urée, 0,177.
1 10 Créatinine.
11 Créatine.
1 12 Inosite.
13 Leucine.
14 Hypoxanthine.
15 Oléate de soude,
16 Manganate de soude,
17 Stéarate de soude,
18 Valérate de soude,
19 Butyrate de soude,
20 Oléine,
21 Manganèse,
22 Stéarine, , ... . .
23 Matière grasse phorphoree (lecithiuej
24 Séroline, 0,025.
25 Cholestérine, 0,100.
26 Glycose, 0,002.
1 Biliverdines, des traces.
2 Hémaphéine id.
de chaux et d’amino-
Plasma 680 à 700 Densité du
plasma,
Principes | de la 2e classe .
Principes 1 de la 3" classe .
3 Plasmine sèche
/’ A Fibrine proprement j a Arlériellc.
I dite, sèche, 3 ; > Veineuse.
: ‘ Humide, 15 envion. J
D Fibrine soluble sèche, 22;
Humide, 110.
4 Sérine sèche, 53; humide, 371.
5 Peptone sèche, 4 ; humide, 2s.
Albumine des auteurs.
Le plasma est la partie liquide du sang* encore contenue dans les vaisseaux; c’est un liquide homogène, incolore ou légèrement cilrin, un peu visqueux ; maintenu à 0°, lorsqu’on vient de l’extraire de la masse sanguine, il peut être décanté sans coagulation et même se filtrer quoique très-lentement; une température qui se rapproche de 12 à 14° lui fait perdre de sa transparence et le rend gélatineux.
Les éléments anatomiques qui forment la portion figurée du sang* ont été appelés hématies ou globules rouges, leucocytes ou globules blancs et globulins ; ils entrent environ pour un tiers du poids dans la masse du sang, et normalement on ne rencontre que l leucocyte pour 400 hématies (Moleschott).
Nous nous occuperons spécialement de l’étude des globules rouges qui sont les éléments chargés de porter dans les profondeurs des tissus l’oxygène nécessaire aux phénomènes internes de la vie. Ce sont de petits corps solides et élastiques, mais doués d’une cer laine mollesse; il suffit, en effet, de suivre au microscope la circulation dans la membrane interdigitale ou dans le mésentère de la grenouille, pour les voir se déformer et se courber dans les capillaires. On constate aussi que les globules rouges, chargés d’oxygène, sont plus consistants et plus élastiques que ceux qui se trouvent dans le sang veineux.
Laissées au contact de l’air, les hématies se déforment à leur surface; certaines altérations pathologiques produisent ce même effet et leur font perdre leur hémoglobine (suppuration, septicémie). Les dissolutions alcalines les altèrent et peuvent même les dissoudre. Des dépôts granuleux d’apparence protoplasmique Légerot. t.
peuvent exister dans leur intérieur sous l’influence de certains empoisonnements miasmatiques. Le gaz oxyde de carbone les rend plus fermes et leur donne une couleur rouge cerise, tandis que l’acide carbonique, i’hydrogène carboné et d’autres gaz les colorent en noir.
La forme des gdobules roug’es varie dans la série
animale : discoïdes et bi-concaves chez les vertébrés mammifères (les caméliens exceptés), ils sont elliptiques et bi-concaves chez les autres vertébrés, à l’exception des poissons cyclostomes qui les ont ronds. Chez les mammifères, toute la masse du globule est homogène et sans noyau, sauf dans le premier âge de la vie de l’embryon où l’on trouve dans l’hématie un petit noyau rond, granuleux. Les vertébrés ovipares ont toujours dans leurs globules rouges un noyau incolore, sphérique ou ovoïde, insoluble dans l’eau, et l’acide acétique, tandis que la masse rouge s’y dissout.
Quelques invertébrés ont bien dans leur sang des éléments anatomiques figurés, en général sphérique; mais ils ne sont nullement comparables aux hématies, car ils ne renferment aucune matière colorante.
Les globules rouges du sang des mammifères sont généralement un peu plus petits que ceux de l’homme, les dimensions de ceux-ci étant de 0mID006 à0mra007 sur 0ram002 d’épaisseur. Chez les oiseaux, les reptiles et les poissons, il existe des différences plus marquées. Chez les reptiles, ils sont généralement d’un grand volume, et dans la classe des batraciens, ils peuvent acquérir des dimensions relativement considérables; en effet, les globules rouges du Protéus anguinus sont presque visibles à l’œil nu ; ils ont l/lo de millimètre dans leur , plus grand diamètre.
Les leucocytes sont sphériques et incolores: vus par transparence, ils paraissent blancs; ils ont la plus grande analogie avec les globules du pus, du chyle et de la lymphe. Les réactifs chimiques font apparaître dans leur intérieur de un à quatre petits noyaux, lorsque leur état finement granuleux n’a pas été remplacé par le dépôt de granulations graisseuses dont ils sont souvent le siège. Dans la circulation ils sont adhérents aux parois des vaisseaux et cheminent trèslentement : à l’état frais, ils peuvent présenter des expansions sarcodiques.
Pour M. Ch. Robin, les globulins que l’on trouve dans le sang seraient des leucocytes à l’état de noyaux libres.
Les gaz qui peuvent être extraits du sang physiologique sont l’oxygène, l’acide carbonique et l’azote ; dans le sang putréfié, nous avons trouvéjusqu’à 250 cent, cubes de carbonate d’ammoniaque pour 100 cent, cubes de sang, et certaines affections pathologiques paraissent donner lieu à laproduction d’hydrogènes carboné etsulfuré(?) (Legerot, Urbain Mathieu.)
1 0 De l'oxygène combiné au sang.
L’oxygène est fixé à peu près exclusivement sur les globules roug’es, tandis que l’acide carbonique et l’azote sont surtout dissous dans du plasma.
Le tableau suivant indique en volume la quantité de gaz chassé de 100 volumes de sang, ramené à zéro et sous une pression de 1 mètre; on voit que les auteurs ont noté deux sortes d’acide carbonique, le gaz carbonique libre et le gaz carbonique lié, ce dernier ne se déplaçant qu’en présence de l’acide tartrique.