LA QUERELLE DES IMAGES : HISTOIRE DU CONFLIT
Nous avons parlé déjà de l'origine du conflit iconoclaste et des événements des années 726a 780, soiten Occident, soit en Orient. Nous avons vu que la résistance aux édits Impériaux était partie de l'Occident, de la Grèce et des îles ; qu'en Occident elle s'était manifestée par des soulèvements des populations italiennes, réprimés du reste par le pape et par les officiers impériaux ; et, dans la Grèce et l'Archipel, par l'insurrection avortée d'Agallianus et d'Etienne. Théophane prétend en outre qu'en Orient un grand nombre de chrétiens subirent le martyre '. Mais il ne dit pas avec plus de précision quelles fuient ces victimes. Il ne nous signale qu'une seule occasion où le sang ait été versé : l'émeute, d'ailleurs sans grande importance, de Chalcoprateia" et qui débuta du reste par une agression de la foule contre un officier de l'empereur, le spatharocandidat Jovinus.
On a fait remarquer déjà combien la réputation de violence que les chroniqueurs et les hagiographes ont faite à Léon III est peu justifiée^. L'exil de Germain, la mutilation de saint Jean Damascène, affirmés par les hagiographes, sont démentis par les chroniqueurs et par la correspondance même de ces personnages. Et les Acta Saiiclorum ne mentionnent (ju'un seul martyre sous Léon risaurlen : c'est celui du spathaire Grégoire et de ses compagnons*.
Il ne semble pas, au contraire, que Léon III se soit heurté à de grandes résistances en Orient, ni qu'il ait eu besoin d'user de rigueurs envers les rebelles. La fraction intelligente de la population était ralliée aux idées nouvelles.
L'accalmie qui s'est produite entre 780 et 740 est due sans doute en partie à la modération de Léon l'Isaurien. Nous aurons
1. Tliroph,. \\l. Ci:!;!!, p. ',nij. ■i. TIk'iiiiIi., AM. 0:u8, {>. .'loô.
3. V. Paparrigopoulo, p. 198, kji); Bavet, llisluire ijrnt'i-alc. I. 1. .\.\. SS., août, II, 434.
XVI, — Constantin V.
l3o CONSTANTIN V, EMPEREUR DES ROMAINS
l'occasion de constater qu'il n'avait pas voulu ou pas osé ordonner l'exécution rigoureuse de ses décrets et la destruction totale des images.
Telle était la situation ii l'avènement de Constantin V. Il n'est pas nécessaire de revenir ici sur |la sédition d'Artavasde. La question religieuse avait joué un rôle important dans ce mouvement. Mais on voit par le texte des chroniqueurs que l'insurrection était partie de l'armée d'Opsikion et non de la population de Constantinople. Celle-ci, surprise par la victoire d'Artavasde, trompée par de fausses nouvelles, paraît avoir subi passivement l'usurpateur.
On s'est étonné que Constantin ait ensuite attendu si longtemps avant d'engager la lutte contre les images et de poursuivre l'exécution de la réforme iconoclaste. On a cherché à expliquer celte inaction de treize ans en disant que l'empereur était occupé à ce moment par la politique extérieure'. C'est le contraire qui est vrai. C'est pendant les dix premières années de Constantin que l'empire fut le plus calme et le moins inquiété par ses voisins, Arabes et Bulgares. 11 est plus simple de supposer que Constantin avait été rendu prudent par la sédition dArtavasde succédant à celle d'Agallianus et d'Etienne, et qu'il a préféré ne pas troubler par de nouvelles rigueurs la population encore inquiète de la capitale. Et il est naturel qu'il n'ait reconnu qu'avec le temps l'impossibilité de mener à bien la réforme avec les moyens employés par son prédécesseur.
Les destructions d'images avaient continué cependant dans une certaine mesure. Le concile de yôS a rendu un décret contre les évèques qui «sous prétexte d'enlever les images qui y étaient peintes, mettaient la main sur les vases sacrés, ainsi que sur les vêtements sacerdotaux, les voiles et les objets du culte. Il ne faut commettre dans les églises aucun dégât inutile-». «On doit, dit encore le texte du concile, avant de rien changer dans une éarlise, demander l'autorisation au patriarche ou au pieux empereur. 11 faut en tout cas qu'aucun des fonctionnaires ou de leurs subordonnés n'use de ce prétexte pour pénétrer dans les saintes églises et y commettre des violences, comme cela est arrivé déjà^. » Il parait donc que l'enlèvement des images avait été pour-