Walch, KcUcrIditoric, t. X, p. 36i, .'lOÛ
12 CONSTANTIN' V, E:\ir F.RF.t'R nKS ROMAINS
par Zachai'ia- n'cflaii'cnt qu'indirectement l'histoire politique et riiistoire religieuse de notre période. Mais ils nous inspirent de la méfiance h l'égard des témoignages, quels qu'ils soient, des chroniqueurs et des hagiographes. Examinons le portrait que ces chroniqueurs et ces hagiographes nous tracent de Constantin V; cette étude déjà nous éclairera singulièrement sur la valeur de leurs appréciations.
[>eur malveillance se manifeste d'abord par les surnoms injurieux quilsont donnés à Constantin V. Ils l'appellent tantôt Co/;/onrimis, tantôt Cahalliniis. On explique généralement le surnom de Copronyme par une anecdote célèbre que nous rapporte, entre autres, le chroniqueur Théophane'. Lors du baptême du jeune Constantin, le 25 octobre 71S, dans le triclinium Augustéon, l'enfant impérial aurait souillé les fonts ])aptismaux au point d'incommoder tous les assistants. Et le patriarche Germain, qui présidiiit la cérémonie, se serait écrié, épouvanté par ce phénomène : « Voici qui présage les plus grands maux pour les chrétiens ! cet enfant souillera l'Eglise»'; de cette aventure serait venu, croj-aiton, le surnom de Copronyme^. Quant au surnom de Caballinus, les Uièmes auteurs l'expliquaient par le goût de l'empereur pour les chevaux. Mais Ranke* a émis la conjecture que l'épithcte de Copronyme avait probablement la même origine que celle de Caballinus. Cette explication est évidemment la bonne. La passion des chevaux entraîne nécessairement la fréquentation des écuries. De là à accuser l'empereur de vivre dans le fumier, il n'y avait qu'un pas pour les chroniqueurs ; et cette accusation, diversement formulée, revient dans les textes beaucoup plus souvent que l'anecdote du baptême. Théostéricte prétend même « que cet homme impie s'enduisait du fumier des bêtes, ordonnait à ses familiers de f;iire de môme et les honorait d'autant plus qu'ils le laisaient plus volontiers » '. Remarquons du reste que Théo-
1. AM.. 6311. p. loo. Or. adv. Const. Cab.. 338; Vie de yicétas, A.\. SS.. a\rill. XXIV; Zoriaras, i3ao; Cetlrenus, 868.
2. oJ70; sx'/r[ni-a: t^ 'E/./.>.7)o;a Suaolo'.a ixfjiXi]. Or. adv. Const. Cab., ibid.
3. Telle est ropinion de Baronius et de Pagi (719, XII), de Migne (108, p. 807 note), de Hofelc (IV, agi), de Finlay (p. 53).
4. Weltgeschichte, V, 80; Schwarzlose, p. 58; Bavot, dans Vllislolre rjéncralc, t. 1,632.
5. Vie de Nicétas, AÂ. SS., avril I, XXIV ; Niccphoro (Antirrh., I, 296) lui reproche aussi ses aspersions de fumier : xfj; /.o-^fa; 5] OtoXeuJiiç. Le Beau reproduit eu toute confiance ces k'a;endcs bizarres.
LA r,i:r.r.M)r. dr coinstaiatiiN v i3
pliaiic. loiil en rapportant l'anecdote du baptême, ne dit nullenuiil (|iic le surnom de Copronyme ait eu cette origine; et l'auteur de l'Invective anonyme contre Constantin, qui la rapporte également, n'appelle jamais l'empereur que Caballinus. L'écrivain postérieur Zonaras est le premier qui iiit établi un rapport entre les deux faits'. Bien plus, et cette constatation ne laisse subsister aucun doute, le mot -/.i^rpiv, fumier, ne figure pas dans le récit que Théophane nous fait du baptême, tandis qu'il revient toutes les fois que le même auteui' nous parle du goût de l'empereur pour le fumier et les chevaux'.
Le surnom de Copronyme vient donc purement et simplement du goût de Constantin pour les chevaux. C'est plus tard qu'on l'a rapproché de l'aventure du baptême, qui, authentique ou non, avait sans doute frappé les esprits superstitieux et malveillants des moines et du peuple orthodt)xe et leur avait paru un symbole de la vie honteuse de l'empereur hérétique.
Nous venons de voir un exemple frappant des injures et des accusations outrageantes sous lesquelles les chroniqueurs accablent Constantin Y. Quelle que soit la haine qu'ils aient éprouvée pour Léon 111, le promoteur de l'hérésie, elle n'est rien en comparaison de la fureur qui les anime contre le Copronyme. Dans toutes les chroniques, dans toutes les vies de saints, le changement de règne est marqué par un redoublement (le rage. « Léon, dit Théostéricte, avait commencé à détruire les images ; après lui vint Constantin, rejeton pire issu d'une mauvaise racine... il serait trop long de raconter toutes ses infamies''. » « Léon, dit le diacre Etienne, avait commencé à persécuter les chrétiens. Le diable lui trouva un successeur impur,