‹ Études d'histoire byzantineChapitre 152 sur 178 · Théopli., AM. GaSS, p · texte numérisé non relu

Théopli., AM. GaSS, p

r.A QUERELLE DES IMAGES : HISTOIRE DU CONFLIT l/lQ

Eiisuile, on l'amena vers la borne d'arrêt ; on jeta le malheureux à bas de sou âne et on le foula aux pieds. Puis on le fit asseoir en l'ace des factions, et il dut rester là, accablé de railleries et d'ou- Irages, jusqu'à ce que les jeux fussent terminés.

Après cette exécution féroce, Constantin V rendit le patriarche soit à sa prison, soità son exil, et au i5aoùt767', après l'épreuve qu'il lui fit subir et dont nous avons parlé, il le fit décapiter au Cynégium. Sa tète resta exposée pendant trois jours dans le Milium, suspendue par les oreilles ; et son corps fut traîné dans les rues et jeté au Pélagiuni, dans la fosse des condamnés à mort^.

Les exécutions publiques à Byzance étaient d'une cruauté incontestable. Cependant, on ne peut s'empêcher de faire sur la conspiration de 760 et sur la mort de Constantin des réflexions analogues à celles que nous avons faites à propos de l'insurrection d'Artavasde. Les chroniqueurs, et après eux les historiens, parlent d'exécutions sans nombre et de supplices aifreux infligés aux partisans des images. Lors du complot de 760, Constantin avait une belle occasion d'exercer la cruauté dont on l'a accusé. Il se contenta pourtant de faire trancher la tête aux principaux coupables. Leurs complices furent simplement aveuglés et exilés. Le châtiment, qui nous paraît cruel, pouvait être considéré comme doux il Byzance, où les souverains s'étaient toujours montrés impitoyables pour les crimes de haute trahison. C'est par l'exil, sans doute, que Constantin s'est débarrassé des fonctionnaires iconolâtres. Le père de Nicéphorc, qui était secrétaire impérial, adorait les images de la Vierge et des saints. Dénoncé à l'empel'eur, il fut purement et simplement e.\ilé^.

Du reste Constantin, qui n'avait pas rencontre de résistance parmi le peuple, n'en rencontra plus, à partir tle 766, parmi les dignitaires et les olficiers. Ses principaux et presijun ses seuls adversaires furent les moines.

L'empereur avait toutes sortes de raisons d'en vouloir aux moines. Ils étaient les partisans les plus acharnés de l'iconolâtrie; et ils avaient intérêt à maintenir le peuple dans la superstition et l'adoration grossière des images, car, outre les profits matériels

1 . On se demande s'il n'y a pas ici une erreur de Th&phanc. ÎNiccpliore dit que la morl de Constantin cul lieu peu de temjts après son exhibition dans le cirque.

2. Théopli., AM. 6259, p. 4-'|2 ; Niccph., Brev., p. 76 ; Ccdrenus, Sgi ; Georges Ham., g.'io ; Léon Gramm.. p. 186 ; Zonaras, i338. V. Baroniiis, ad. ann., 767. Cf. Bury, II. p. iGg.

• 3. \ ie de Nicéphore, .Migne, 100, p. '17.

lOO CONSTANTIN V, EMPEREUR DES ROMAINS

qu'ils reliraient du commerce des objets de piété', les images constituaient leur principal moyen d'action sur la population, l'instrument par lequel ils attiraient h eux la piété populaire et devenaient les favoris de la foule dévote. Si les couvents ont été parfois le refuge de la culture littéraire, beaucoup de moines étaient de basse extraction, ignorants eux-mêmes et superstitieux. Certains d'entre eux tombaient dans des excès d'idolâtrie que blâmait l'héodore Stoudite lui-même-. Aussi, l'empereur les avait-il surnommés les idohître.s'\ En outre les moines supplantaient peu à peu les prêtres et les évoques et se substituaient à eux dans la direction spirituelle des fidèles et le gouvernement de l'Eglise. Il y avait sans doute, à Byzance, une rivalité entre les réguliers et les séculiers. Les hauts dignitaires de l'Eglise se plaignaient de rinfluence grandissante des moines qui devenaient, aux yeux du peuple, les véritables détenteurs de la religion. Les oflicierset les fonctionnaires allaient se confesser aux moines et aux abbés, plutôt qu'au patriarche et aux prêtres de la ville'. Lorsque l'empereur a défendu aux sujets de l'empire de recevoir la communion d'un moine'', il a voulu sans doute empêcher les moines d'usurper les fonctions et les prérogatives des prêtres régulièrement institués. Il se pourrait que ce prétendu abaissement de l'Eglise au profit de l'armée et de l'Etat fût, en définitive, un abaissement des moines au profit du clergé séculier.

Les couvents occupaient dans la société bvzantine une place de plus en plus considérable^. La vie monacale privait de leurs forces vives l'administration, le commerce, l'armée. Des milliers de citoyens usaient chaque année de ce moyen pour se soustraire à leurs devoirs. Et la vie qu'on menait dans les couvents était loin d'être irréprochable. Le concile de Nicée dut prendre des mesures contre le luxe de certains moines' et la cupidité de certains higoumènes*. Il existait des couvents mixtes d'hommes et de femmes. Le concile de Nicée dut interdire d'en fonder de nouveaux, et

I. Schenk, A'. L. III Walten in Innern, p. 298 ; Schwarzlose, p. 262. 3. Migne, 99, Lettre au spathaire Jenn, g6i-C)63, et à Thcndnh l'Ascète, p. 237. \. l'abbé Marin, op. cit., p. 323.

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