I. Thcoph., AM. 6265, p. k'-i
3. Les chroniqueurs postérieurs Zonaras (p. i338), Cetlrenus (p. 897) et Léon Gramm., p. i88-i8g, ont naturellement commis la confusion et reproduisent le récit (le Théophane en négligeant le chilTre Je l'imliction. Do même Le Beau, p. 3oa et Schlosser, p. a45.
3. La chronologie des dernières années de Constantin présente d'assez graves difficultés. V. Uaronius, 7(')g, XllI et 7-f'i, XIIL En (iatii, Théophane indique l'indiction VIII ; en G262, l'ind. IX; en 6263 et tiaO'i, il ne donne pas l'indiction. En (jaO."), par contre, il donne deux indictions : la XI" en octobre et la XII" en mai. En 6206, pas d'indiclion. et en 6267, l'indiction XIII ; d'où Murait a conclu, corrigeant les aimées du monde de Théophane d'après l'indiclion donnée |iar lui :
1) G2(il do Thénph., ind. Mil, est en réalité Gatia.
2) 62G2 de Théoph., ind. IX, est en réalité G2G3.
3) 62G3, ind. IX également. Théophane aurait divisé cette iudiction IX en deux aimées, G262 et 62G3 ; et celte erreur aurait redressé dans la chronologie de Théophane l'ère du monde, en avance jusque-lii d'une année sur l'indiction.
Ix) GaG.'i de Théoph. correspoml à l'ind. X, et coïncide bien par conséquent avec l'année régulière du raùme chilîre.
54 COîiSTANTIlV V, EMPEREUR DES ROMAINS
le texte de Théophane. Il nous y est rapporté qu'en 6266 (77^) ' l'empereur fit une troisième expédition contre les Bulgares, en violation de la paix jurée. Or, c'est la campagne de mai qui se termina par un traité ; si l'on place entre les deux événements la victoire de Lithosoria, la suite logique des faits est interrompue. De plus, la cause du conflit nouveau entre By/.ance et les Bulgares est bien indiquée au début du récit de la campagne d'octobre.
Nous devons, encore ici, attribuer cette cause h un changement de règne chez les Bulgares. Ils avaient élu un nouveau roi nommé Tzérig".
En 772, au mois d'octobre, Constantin fut informé, par les espions qu'il entretenait en Bulgarie, suivant la coutume de la politique byzantine, que 'l'zérig avait envoyé douze mille soldats, commandés par un boyard, pour envahir les colonies slaves delà Berzétie^ et en transporter les haliitants en Bulgarie. Constantin résolut de les surprendre par un de ces mouvements rapides qui
.5) En fiaOô. iiicl. XI, octobre (772). Tliéophano aurait raconté par anticipation l'alTaire do Varna, arri\éc en mai, in'l. XII (6366^77'!).
G) 62G(i lie Théopli., ind. XII = 63G6 de l'ère régnlière, et désormais le chilTre de l'année ilu monde est exact dans Théophane.
Mais il serait par trop étonnant qu'en CaGô Tliéophane eut anticipé d'abord de plus d'une année pour revenir ensuite en arrière. En outre, je remarr[ue que dans la chronologie de Murait l'année 778 se trouve vide. On y passe d'octobre 771* à mai 774. Il serait étrange aussi cjue Théophane n'eût signalé aucun événement pcmlant cette période d'une année et demie.
A l'aide de la chronologie de M. Hubert et d'une conjecture émise par lui, nous pourrons résoudre la ditRculté de l'an GaGS. L'année du monde G2G1, on Théoph. indique l'ind. VIII, appartient en réalité à l'indiction régulière A II, c'est-à-dire qu'elle correspond k notre année 768-7G9. Ainsi de suite à raison d'une année par indiction, jusqu'en 62G4, ind. byzantine XI, ind. régulière X (771-772). Mais en 62G5 (773-773) Constantin aurait résolu, comme nous l'avons vu, de rétablir l'accord entre l'indiction bvzantine et l'indiction régulière. Pour cela, il faut admettre rju'au lieu de faire durer l'ind. XII pendant 3 ans, il a sans doute prolongé de six mois l'indiction byzantine XI jusqu'à l'hiver de 6260 ; et l'ind. XII à son tour aurait été prolongée durant toute l'année 626G, coïncidant alors avec l'indiction régulière. On aurait eu ainsi deux indictions de suite durant chacune une année et demie. Ainsi les deux guerres contre les Bulgares en octobre, ind. Xr(772) et en mai, ind. XII (778), auraient bien eu lieu pendant la même année 6265, et n'auraient été séparées que par un seul hiver. Ainsi l'année 778 ne reste pas vide. La disposition anormale du récit de Théophane peut s'expliquer par l'incertitude où l'aura jeté celte irrégularité de l'indiction : il aura cru lui-même à quelque erreur de date dans les documents annalistiques dont il se servait.
2. Théoph., AM. 6266, p. 448; Cedrenus, p. 897, l'appelle Elcrichus. 3- Cf. plus bas, p. gS. V. Rambaud, p. 221.
LA POLITIQUE EVTÉniEURE : LES BULGARES 55
lui avaient déjà si souvent réussi. Mais il se trouvait en ce moment à la cour de Byzance des envoyés bulgares. Pour qu'ils ne fussent pas mis en méfiance par les préparatifs de l'armée romaine, Constantin feignit d'organiser une expédition contre les Arabes; il fit promener partout des enseignes et des drapeaux et envoya ostensiblement des bagages de l'autre côté du détroit. Il réussit enfin h se débarrasser des ambassadeurs bulgares et mit son armée en mouvement; mais, craignant encore d'être surpris, il réunit l'élite des soldats de Thrace et des troupes des thèmes et prit les devants à marches forcées'. Il atteignit les Bulgares près de Lithosoria, s'approcha d'eux en silence, les surprit et leur infligea une déroute complète. De nouveau, l'empereur fit a Constantinople une rentrée triomphale et solennelle, traînant derrière lui les captifs et le butin, et il fut tellement satisfait des résultats de cette campagne qu'il l'appela la guerre noble (ejysv^ç), nom qu'elle porta désormais \
Cependant, soit qu'il ne crût pas encore sa frontière en sûreté, soit qu'il voulût profiter de l'occasion pour écraser ses ennemis, Constantin se mit en mesure d'envahir de nouveau la Bulgarie (mai 773). Comme toujours, il organisa une double expédition : une flotte de 2 000 navires, qui se dirigea vers les bouches du Danube et une armée de terre, qui s'avança sous la protection des fameuses forteresses ou v.kâhzjzTi'. de la frontière. Mais, cette fois, au lieu de prendre le commandement des troupes de terre, il s'embarqua avec la flotte, tandis que les troupes des thèmes' restaient en dehors des forteresses, prêtes i> pénétrer en Bulgarie aussitôt que l'attention des Bulgares aurait été détournée par l'arrivée de la flotte impériale. Mais elle n'eut même pas besoin d'intervenir ; les Bulgares, épouvantés par l'approche de l'empereur, firent leur soumission. Théophane prétend qu'au moment où les envoyés des Bulgares allèrent trouver l'empereur à Varna', il était lui-même rempli de terreur et se disposait ii battre en retiaile ; joyeux de
I. Théopli., AM. ():)(i5, |i. :'i'i7. [lorlo le noiiiliro de ces soldats il'clitc à 80000 hommes, ce cjui est éviJummcnt oxagcn'.
3. Théoph., AM. 6a65, p. /147. ïhéophanc dit qu'il l'appela ainsi, « comme si personne ne lui avait résisté, et comme s'il n'y avait pas eu une grande elTusion de sang chrétien ». (ieorges Ham., giS; Cedrenus, 897 ; Zonaras, i338.
3. Les /.a€a).Àapt/.i OiaiTa sont simplement les thèmes de l'armée régulière par opposition aux thèmes maritimes.
4. Théoph., AM. 63G5, p. 44(5, donne les noms de ces envoyés : Boïlas et Tzigatès. Mais Bo:Àa; n'est pas un nom propre : c'est la traduction grecque du mot boyard.
voir les dispositions des Bulgares, il se serait empressé de faire la paix. Cette supposition ne modifie en rien l'importance du succès obtenu par l'empereur ; il avait contraint les Bulgares ii venir dans son camp implorer la paix. Cette fois l'empereur la voulut durable ; Constantin et les représentants des Bulgares s'engagèrent par serment réciproque ; les clauses du traité furent régulièrement consignées par écrit et les textes échangés.
L'empereur, avant de rentrer à Constantinople, fortifia à nouveau la frontière et laissa dans les citadelles qu'il avait bâties des troupes choisies dans les contingents de tous les thèmes de l'empire '.
Pourtant Constantin ne put pas réaliser son rêve dune soumission complète des Bulgares. La guerre reprit dès l'année suivante. Nous ne savons malheureusement pas à la suite de quels incidents la paix fut rompue. « Le Copronyme, dit Théophane, viola la paix conclue avec les Bulgares et prépara une nouvelle expédition. Il embarqua sur les transports 12000 hommes des thèmes, avec tous les stratèges de la flotte ; mais il n'osa pas les suivre en personne et resta avec les troupes de terre. La flotte s'avança jusqu'à Mesembrla, mais li), elle fut jetée à la côte et détruite par une tempête soufflant du Nord; l'armée presque entière périt et l'empereur revint sans avoir rien fait^. » Tel est le récit de Théophane ; il ressemble trop à celui de la catastrophe d'Anchialos pour ne pas être suspecté. Mais nous n'avons aucun moyen de savoir exactement ce qui s'est passé.
A ce moment, le khan des Bulgares, qui était toujours Tzérig, voyant que l'empereur byzantin était informé à l'avance de tous ses projets et les déjouait à mesure, avait fini par comprendre qu'il était entouré d'espions. Il aurait imaginé pour s'en débarrasser une ruse assez grossière : il écrivit à Constantin qu'il avait l'intention de fuir sa patrie et de se rendre à la cour de Bvzance^. Il demandait seulement l'assurance qu'on ne lui ferait aucun mal
1. Théopli., AM. OaGô. p. /l'iO; Ccdrcnus, 897; Zonaras, i338. V. Baronius, ann. 77^.
2. Théoph., AM. C2O6, p. 4^7; Zonaras, i338. Ni Georges Ilam., ni Ccdrenus ne mentionnent cet épisode.
3. Il s'y rendit, en cBët. 3 ans plus tard, en 777, sous Léon Cliazarc. et y fut liaplisé chrétien. Il épousa même une princesse du sang. Tliéopli., AM. (îaOr). p. /|5i. V. Jirecek, p. i43. Ce fait nous oblige à mettre en doute la seconde partie de l'anecdote de Théophane.
LA POLITIQUK FATERIEURE : LES BULGARES 07
et il voulait savoir quels étaient les amis que rempcreur possédait en Bulgarie, afin de pouvoir s'ouvrir à eux de ses projets. Constantin, il ce que nous dit Théophane, aurait eu la légèreté incroyable de lui envoyer le nom de ces hommes. Tzérig aussitôt les arrêta et les fit couper en deux. Le vieil empereur en arracha ses cheveux blancs de rage et de douleur'.
Nous ne savons presque rien des événements des trois dernières années de Constantin. Une seule chose est certaine, c'est que Constantin est mort au retour d'une campagne en Bulgarie. Au printemps de 770, Constantin rassembla ses vieilles troupes et traversa la 'ihrace pour la neuvième fois. Nous ne savons pas quels furent les résultats de cette campagne ; à en juger par les événements qui ont suivi, elle doit avoir été heureuse. Elle était terminée au moment où Constantin tomba malade". Il fut pris d'un charbon aux jambes et fut consumé aussitôt par une fièvre tellement ardente que les médecins déclaraient n'en avoir jamais vu de semblable. On le ramena à Arcadiopolis, porté en litière sur les épaules de ses gardes et de là, à Selembria, où on l'embarqua pour sa résidence de Nicomédie. Pendant que le navire relâchait en vue du château de Strongylon, le i4 septembre 776, l'empereur mourut empoi'té par un accès terrible. Il criait qu'il était brûlé vivant par les feux de l'enfer^; et il aurait demandé, pendant son agonie, qu'on chantât en sa présence des hvmnes à la Vierge et aux saints qu'il avait persécutés '. Le corps de Constantin fut ramené a Constantinople et enterré à l'église des Saints- Apôtres^ .
1. Tlicoph., AM. 6266, p. V18 ; Georges llam., y.'uS ; Zonaras. i338; Léon Gramm., p. 189 ; Cedrcnus, 897.
2. Niccpli., Aiilirrh., III, ôo:"). « Coiistanlin nioiiriit au retmir île la Tlirace, où il avait fait une expédition avec son année. »
3. Tliéoph., .\M. 0207, p. M8; Georges Ilani., y^S; Léon Gramm., p. 189; Zonaras, i339; Cedrenus, 900 — avec des détails légendaires (cf. Léon Gramm.); Epist. ad Theniili.. 3G4 (l'empereur est mort au moment où il partait pour Mcomédie). V. plus bas, p. y'i; lie de Tlieod Sloiid., 119; lie de Paul le Jeune, W. SS., juillet II, 630.
4. Nicéph., Aiilirrh., III, p. 5o5. Xicéphore ajoute que les prêtres do l'entourage de Constantin refusèrent, mais en alléguant qu'ils ne savaient pas chanter, parce qu ils redoutaient la violence de l'emjjercur.
5. ïhéoph., AM. 63o5, p. 5oi ; Cedrcnus, p. goo, nous dit que sous Michel, fils de Théophile, le corps de Constantin fut enlevé do l'église des Sainls-Apôtres, sur le conseil do l'empereur, cl brûlé au forum Amastrianum. Sans doulr voidait-on prévenir le retour d'une émeute semblable à celle do 81 3 et mctirc fin au culte que rendaient les iconoclastes à la mémoire de leur empereur. Cf. plus haul, p. 20-2 1.
58 CONSTANTIN' V, EMPKIlKtR «ES ROMAINS
Constantin, malgré ses neuf campagnes successives, n'était pas parvenu à anéantir la puissance bulgare. Ces terribles ennemis de l'empire ne pourront être écrasés que lorsqu'ils seront attaqués il leur tour sur leurs derrières par les Hongrois. Mais aucun empereur n'a su défendre Byzance avec autant d'habileté et de bonheur que Constantin, .lusqu'à son règne, la guerre contre les Bulgares avait été purement défensive : les Bulgares envahissent et pillent la Thrace; ils menacent Constantinople, et les empereurs se considèrent comme heureux s'ils parviennent, par la force des armes ou par la diplomatie, à les éloigner et ;i procurer ainsi à la capitale quelques années de sécurité. La situation a changé avec Constantin. Les Bulgares, qui avalent commencé par s'avancer jusqu'aux Longs Murs, en "5o, voient bientôt le théâtre de la guerre transporté chez eux. Désormais, c'est l'empereur byzantin qui interviendra dans leurs affaires et leur imposera sa volonté. Une fois même, en 768, il s'est trouvé le maître incontesté de la Bulgarie, transformée en une simple province de l'empire. Nous ne possédons le texte d'aucun des traités qu'il a imposés aux Bulgares; mais nous savons qu'il leur a repris une partie des terres qu'ils avalent enlevées à l'empire. En 811, le roi Kroum, vainqueur, veut entamer, avec Michel 1°'', des négociations de paix, sur la base du
Relevons à propos do la mort de Constantin Copronyme une erreur de Murait ; il a oublié que l'année du monde commençait au 20 septembre, tandis que l'indiction |inil du premier jour de ce mois. Théophane rapporte la mort de Constantin Copronxuie an 1 4 septembre (1267, iudiction XIV. ce qui est parfaitement exact, puisque l'année 6367 durait jusqu'au 25 septembre, tandis que l'indiction XIII expirait au i". Murait a cru à une anticipation du chroniqueur et a reporté la mort de Constantin à l'année (J268, d'après le chiffre do l'indiction.
Voici le tableau chronologique des dernières années de Constantin V :
ANNÉE DU MONDE INDICTION BTZANTINK INOICTION ANNÉK DE l'ÈRE
DounceparTlu'opli. Donnée p-ii- Thcopli. RÉGiaiÈRE chrétienne
O261 Mil