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CHAPITRE VI

La politique extérieure : l occident

Le règne de Constantin V a vu la chute de l'exarchat de Ravenne et la formation des États de l'Église. Mais les relations des empereurs byzantins avec les Lombards, les papes et les Francs, ne nous sont guère connues avec plus de précision que l'histoire intérieure de Byzance. Pour les étudier, nous devons recourir surtout au témoignage des documents occidentaux ; et, comme ces documents intéressent aussi l'histoire des peuples qui nous touchent de plus près, ils ont été de très bonne heure examinés et discutés. Nous n'avons pas à refaire ici l'historique de la conquête de l'exarchat par les Lombards et de la formation des États de l'Eglise, questions fort controversées, qui ont été l'objet de nombreuses recherches et sur lesquelles l'accord ne se fera sans doute jamais pleinement'. Nous nous bornerons à exposer, en considérant les faits au point de vue bvzantin, la politique de Constantin V en Occident.

Après que les Lombards et les Byzantins eurent combattu pendant deux siècles pour la possession de l'Italie, ce fut finalement la papauté qui décida du sort de la péninsule. On sait comment le pape, de simple évèque de Rome et sujet de l'empereur qu'il était au début, était devenu, parla force des choses, un véritable sou-

I. Citons seulement les oun rages les jikis récents et ceux qui intéressent plus particulièrement l'histoire de Byzance. Bayet, Le voyage d'Etienne H en France (^Revue historique, t. \X, p. 88 et sqq). (îasquet. Le royaume lombard et ses rapports avec l'empire grec (^Revue historique, t. \X\III, p. 58 et sqq.). Gasquet, L'Empire byzantin et la monarchie framjue. Paris 1888. Ch. Diehl, Eludes sur l'administration byzantine dans l'exarchat de Ravenne, 1888, in-8. Cohn, Die Stellung der Byzantinischen Sliilllialler in Ober und Mittelitalien, 1889. Freeman, The Patriciate of Pippin (lùiijlish Ilislorical Review, IV, 684-7i3). Sickel, Die Vertriige der Pàpste mit den hiirolingern und das neue Kaiserthum (^Deutsche Zcitschrift fiir Geschichts Wissenschaft, Bd. XI, 189^, 2). SchelIerBoichorst, Pippin und Karl der Grosse (^Mittheilungen des Instituts fiir Oesterreichische Geschichts Forschung, t. V). Duchesne, Les premiers temps de l'état ponlijical. Paris, i8gS. Hubert, Etude sur la formation des Etats de l'Egl'ise (Revue historique, LXIX, 1899. p. i-4o et 241-272), avec une bonne bibliographie pour les ou\ rages antérieurs à 1899.

LA POLITIQl E FATÉRIEURE : F. OCCinEM (j I

verain et comment les liens de vassalité qui le rattachaient encore à Byzance se relâchaient de plus en plus. En outre, les questions de dogme détachaient lentement Rome de Bvzance et préparaient le schisme des deux Eglises. La séparation politique de Rome d'avec l'empire d'Orient a coïncidé avec l'une des plus graves de ces querelles religieuses, celle des iconoclastes. Le conflit des images a été un facteur important de la rupture. 11 a rendu les papes indifl'érents ou hostiles à la puissance de Bvzance et il a amené les empereurs à se désintéresser du sort de l'Italie. On a dû reconnaître cependant qu'on en avait exagéré les conséquences. On avait cru, avec Théophane, que la rupture avait été complète et définitive dès la publication des premiers édits iconoclastes, en 726'. Les papes ont, en effet, lutté de tout leur pouvoir contre 'Ihérésie impériale: tous les moyens leur ont été bons, excommunication de l'exarque, soulèvement des populations italiennes-, opposition h la levée des impôts', convocation d'un concile qui condamne comme hérétiques les ennemis des images*, refus de reconnaître le patriarche hérétique'. Léon III en fut tellement irrité qu'il envoya en Italie une armée et une flotte.

Cependant, lexamen des faits a montré que les papes ne s'étaient point tant hâtés de se séparer de l'empire. Ils se considèrent toujours comme les vassaux de Byzance et les représentants du basileus en Italie. Ils répriment eux-mêmes les soulèvements et maintiennent les populations dans l'obéissance''. Quant à la résistance à la levée des impots, elle avait pour cause non pas l'hérésie impériale, mais une grave augmentation des taxes, contemporaine du premier édit contre les images'.

Au moment où Léon III mourut, le i '1 juin 7^0, Grégoire III allait être remplacé, en décembre ']t\\, par Zacharic. Eutychius était exarque de Ravenne depuis la mort du patrice Paul, en 726 ou 727" et le patrice Etienne était duc de Rome. Les rela-

1. Tliéo|ih., \M. (ii\-. p. 'lo'i; .\M. 6aai, p. 'loS : \\I. (i>:>i, p. '109 ; Ub Pont.. 188.

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