‹ Études d'histoire byzantineChapitre 96 sur 178 · Théoph., AM. G2O8, p. .Wy · texte numérisé non relu

Théoph., AM. G2O8, p. .Wy

f)9 CONSTANTIN V, EMPERFAIR DES ROMAINS

peuplement. Son règne a certainement joué un rôle considérable clans les progrès de l'hellénisme et dans la fusion démographique de l'empire.

Les transplantations de populations étaient une des traditions de la politique byzantine. M. Rambaud fait remarquer que l'on peut y voir une influence du despotisme oriental'. Mais elles étaient nécessitées par les invasions continuelles de peuplades barbares, que l'on ne pouvait sans danger laisser au.\ frontières, groupées en grandes niasses, comme l'avaient fait les empereurs romains du quatrième siècle. Il fallait absolument, pour rendre ces barbares inofTensifs, et en faire de véritables sujets de l'empire, les transporter aussi loin que possible de leur pays natal. En outre, à l'intérieur même de l'empire, les invasions continuelles et les fléaux périodiques privaient de leurs habitants certaines provinces que l'on devait repeupler avec des gens venus d'ailleurs. Ainsi se fondaient et s'amalgamaient peu à peu les peuples si divers soumis il l'autorité des empereurs. Les progrès de l'hellénisme et la communauté de foi facilitaient ce travail et groupaient fortement les populations grecques et chrétiennes autour de Byzance, métropole du monde hellénique et capitale de la chrétienté. C'était Justinien II qui avait procédé aux transportations les plus considérables et les plus arbitraires. Rn 690, il avait fait enlever les habitants de Chypre et les avait fait transporter dans l'Anatolle occidentale ; en 688, après une campagne contre les Slaves de Macédoine, il en avait envoyé Soooo en Asie Mineure, dans le thème d'Opsikion.

Dans sa politique intérieure, Constantin s'est appliqué naturellement h continuer et à consolider l'œuvre des empereurs précédents. Mais, dans les mesures qu'il a prises pour le peuplement de l'empire, il est visible qu'il a obéi à des préoccupations nouvelles, en rapport avec la politique religieuse qu'il poursuivait.

En 745, lorsqu'il s'empara de Germanicée et d'un certain nombre de villes de la Commagène et de la Syrie du Nord, il enleva les Arabes et les Syriens des villes — les compatriotes de son père, comme le fait observer Théophane — et les transporta à Constantinople et surtout en Thrace'. De même lorsqu'en 75i il eut enlevé aux Arabes les grandes villes de Théodosiopolis (Erzeroum)etde Mélitène (Malatia) il en asservit les habitants arméniens

i. Op. rit., p. 212.

2. Théopli., AM. 6287, p. 422; ÎVicéph.. Brev., p. 62; Antirrh., III, 5o8 : Zonaras, i33o ; Ccdrenus, 885.

l'administration intérieure gS

et syriens'. Et plus tard, en ySô, il fit bûtir en Thracc un vaste ensemble de fortifications et établit ces populations dans les territoires ainsi protégés ^ Le terme d'v^y[j,a>.(j)-c;LKjav employé par Théophane ne doit pas du reste nous tromper. Il ne s'agit pas de populations réduites en esclavage, selon la coutume antique, mais de gens que l'on transporte ailleurs pour en former des colonies. Nicéphore nous apprend que ces colonies furent dotées par l'empereur de tout ce qui leur était nécessaire, et qu'elles furent l'objet de ses largesses et de ses faveurs '. Il leur appliqua sans doute les dispositions de son code rural et leur conféra la possession commune du sol. Cette mesure était destinée évidemment à combler les vides faits dans la population de cette province par les Bulgares d'abord, par la peste ensuite. Constantin voulait aussi garnir la frontière de défenseurs et combattre le développement dangereux et trop exclusif de l'élément slave par l'apport de populations venues de l'autre extrémité de l'empire.

Mais, ce qui est beaucoup plus intéressant pour nous, c'est que ces Arméniens et ces Syriens étaient Monophysites ou Pauliciens et par conséquent adversaires des images. Constantin cherchait évidemment à propager les idées nouvelles en introduisant le plus grand nombre possible de ces sectaires à Constantinople et surtout dans les provinces d'Kurope, dévouées, comme on le sait, à la cause des images. De là la colère des chroniqueurs, qui voyaient l'empereur favoriser les progrès de l'hérésie au sein des populations orthodoxes. Théopliane et Nicéphore témoignent que la secte monophysite et la secte paulicicnne avaient fait de grands progrès en Thrace, où l'on entendait encore de leur temps chanter le Trissagion selon le rite hérétique *. Constantin réussit en eiï'et ii remplir la Thrace d'hommes dévoués à ses idées ; Léon Chazare y transporta de nouvelles tribus arméniennes ; pendant la période postérieure du conflit, elles fornu'rent un des principaux centres de la résistance au culte des images. C'est là que se recrutèrent les adversaires acharnés de l'orthodoxie et des moines, et les partisans enthousiastes de Constantin V. Les Pauliciens deviendront même si inquiétants que l'empereur Michel

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