‹ Études d'histoire de la philosophieChapitre 12 sur 44 · IX. — PHYSIQUE G^Nl^RALE · texte numérisé non relu

IX. — PHYSIQUE G^Nl^RALE

La philosophie premiere avait pourobjet Vkive immobile et incorpbrel : la physique, ou philosophie seconde, a pour objet I'fetre mobile et corporel, en taut que celuici a en lui-m6me le principe de son mouvement. La cpjo-iq, c'est le mouvement spontan^, par opposition au mouvement qui r6sulte de la contrainte.

La nature existe-t-elle comme telle ? Y a-t-il dans Tunivers un principe interne de mouvement, une tendance a une fin?

C*est, selon Aristote, le principe fondamental de la ^ physique, que Dieu et la nature ne font rien en vain,

que la nature tend toujours vers le meilleur, qu'elle fait toujours, autant qu'il lui est possible, ce qui doit fetre le plus beau. L'existence de la finalite dans Tunivers est prouvee par Tobservation. Dans les plus petites choses comme dans les plus grandes, si nousy prenons garde, il y a une raison, il y a de la perfection et du divin. La nature fait tourner au bien ses imperfections m6mes.

Mais si Tordre et Tharmonie existent dans Tunivers, s'ensuit-il que Funivers soit le produit d'une cpjTw proprement dite, ou puissance creatrice divine? N'y a-t-il pas, de cet ordre et de cette harmonic, une autre explication possible? Qui, par exemple, nous emp6che de

(I) Source : La Physique.

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dire : Jupiter ne fait pas pleuvoir pour nourrir les graines, mais les graines germent parce qu'il pleut. La necessite fait pleuvoir; et, ce phfinomfene ayant lieu, le froment en profile. De mSme, la necessite fait les organes des animaux, et ceux-ci s'en servent. La ou lout semble se produire en vued'unefin, il n'y a en r^alite que des choses qui survivent, parce qu'elles se sont trouv6es constiluecs par le hasard d'une mani^re conforme a leurs conditions d'existence. Et les choses qui ne se Irouvaient pas constitutes de la sorte ont peri et p^rissent, corame Empedocle nous dit qu'il est arrive a ses boeufs a face humaine.

Vaine explication, r^pond Aristote. Car les organes des animaux et la plupart des 6tres que la nature pr6sente a nos regards sont ce qu'ils sont, a savoir des composes harmonieux, ou dans tons les cas, ou du moins dans la majorite des cas. Or, il n'en est jamais ainsi pour les choses que produit le hasard : les rencontres heureuses n'y sont jamais que des exceptions.

Mais,dira-t-on, il existe des monstres. — Les monstres ne sont que des oeuvres manqu^es, effets d'un effort impuissant pour r^aliser le type parfait. La nature peut se tromper comme Tart, a cause de Tobstacle que lui oppose la matifere m6me sur laquelle elle travaille.

Objectera-t-on enfin qu'on ne voit pas le moteur delib^rer et choisir ? — Peu importe, car Tart non plus ne d^libere pas : il agit d'une manifere intelligente, sans se rendre compte de ce qu'il fait.

Done, la nature est une cause, et une cause agissant en vue d'une fin. Mais il faut reconnaitre qu'elle n'est pas la seule cause de Tunivers. Son action n'est possible que grace k la cooperation de la cause materielle ou m6canique, laquelle, tout en cedant a son attrait, ne se laisse jamais soumettre enti^rement. A c6te de la finality, il y a done partout dans Tunivers une part de n6cessite brute et de hasard.

C'est pourquoi, d'un c6te, Temploi du principe du meilleur est legitime dans Texplication des choses de la nature ; mais, d*un autre c6te, les choses de la nature ne peuvent jamais StreTobjet d'une science parfaite, ou tout serait entiferement determine au point de vue de rintelligence. La science de la nature est toujours imparfaite par quelque endroit, et elle comporte des degres, comme les parties de la nature elle-mfeme. D'apr^s ces principes, la cause des choses naturelles se trouve, soit dans leur matiere, soit dans leur forme ou destination. Et Texplication teleologique doit, autant que possible, completer I'explication m^canique, laquelle, si achevee qu'elle soit, laisse les choses ind6terminees aux yeux de la raison. Telle est la methode que va suivre Aristote dans ses recherches sur les choses naturelles.

Le mouvement ou changement est la realisation d'un possible. II y a quatre espfeces de changements : 1^ le changement substantiel, consistant k naitre et a perir. C'est le mouvement qui du non-6tre relatif va k T^tre,

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et de celui-ci h celui-la. II n'y a point de generation et de destruction absolues. Les individus seuls naissent et meurent : les genres demeurent ; 2"* le changement quantitatif : c'est Taugmentation ou la diminution ; 3** le changement qualitatif, ou passage d'une substance a une autre; 4° le changement spatial, ou deplacement.

Tons les modes de changement sont conditionnes par le mouvement dans Tespace. Aristote fait de ce mouve- • ment une etude approfondie. Aux arguments des Eleates contre la possibility du mouvement, il oppose cette doctrine, que rinfmi n'existe qu'en puissance, non en acte. L'infini ne consiste que dans la possibility d*un accroissement indefini des nombres et dans la divisibility indefinie des grandeurs : il ne pent 6tre donne. Done, quand on raisonne sur le reel, on ne doit supposer que des quantites fmies.

En ce qui concerne Tespace, Aristote 6tudie la nature dulieu. Le lieu d'un corps n'est pas quelque chose en soi, c'est la limite int6rieure du corps ambiant. C'est comme un vase immobile oiile corps serait contenu. Par suite, tons les corps ne sont pas dans uu lieu, mais ceux-la seuls qui sont enfermes dans d'autres corps. Le ciel, contenant universel, n'est pas lui-m6me dans un lieu. L'espace, ou plutdtTeteudue du monde, est limite.

Le temps est le nombre du mouvement par rapport a Tavant et a Tapres. II est illimit6 dans les deux sens.

Le continu est la caracteristique du temps et de Tespace. II est divisible a Tinfini, mais en grandeurs con-

tinues elles-mfimes, et non, comme le supposait Z6non, en points indivisibles. Toute grandeur est divisible en grandeurs. Le continu est d'ailleurs une notion imparfaite, relative aux choses sensibles. Car il est divisible a rinfini , et par consequent ind6termine quant au nombre de ses elements.

De ces principes, Aristote conclut qu'en dehors du monde il n'y a ni espace ni temps, que le vide des atomistes est inconcevable, que tout mouvement se produit dans le plein, par substitution, et que le temps, qui est un nombre, suppose, comme tout nombre, une tme qui en compte les unites. Le mouvement dans I'espace, condition de tons les autres, est le seul qui soit cantinu. Et le mouvement circulaire est le seul qui puisse 6tre a la fois un et continu, sans commencement ni fin.

Aristote ne pense pas qu'on puisse expliquer tous les changements par le seul mouvement dans Tespace. II tient les qualit6s pour des realites, et admet, comme irr6ductible au mouvement dans Tespace, un changement qualitatif. II constitue cette theorie en opposition avec le mecanisme de D6mocrite et le mathematisme de Platon. Contre les doctrines de ces philosophes il 6\ewe deux objections : 1° Democrite et Plalon reduisent les grandeurs en points indivisibles : or, toute grandeur est divisible a I'infini ; 2° il est impossible, de quelque maniere qu'on s'y prenne, de faire sortir la qualite de la quantity pure.

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C'est pourquoi Aristote pose en principe la distinction qualitative des substances.

Et, comme il y a une nature qualitative, il y a de mfime une transformation qualitative. Une substance, sous rinfluence d*une autre, se modifie dans son interieur. Ce phenom^ne est possible la ou deux corps sont, en partie semblables, en partie dissemblables, c'est-adire la oil deux substances sont oppos6es Tune h Tautre au sein d'un mfeme genre ; et il n'est possible que dans ce cas. Le changement d'une de ces substances en Tautre n'est pas un simple deplacement m§canique, ou les Elements demeurent identiques a travers le changement du compose : c'est vraiment la formation d'une substance nouvelle, autre dans son fond que la pr6cedente. Entre la substance donnee et la substance resultant du changement qualitatif, il y a le rapport de la puissance a Facte.

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