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XVII. — ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANJMALES

11 y a lieu de distinguer Tanatomie et la physiologle g6n6rales et Tanatomie el la physiologic comparees.

Les parties de Torganisme sont de deux sortes ; les parties homogenes, telles que les tissus ; les parties heterogdnes, telles que les organes. Les organes ont une fonction; telles, la langue, la main. Les tissus ont des proprietes. Aristote etudie successivement les parties homogfenes et les parties het6rogfenes.

Les parties homogenes sont : 1** les veines, les os, les

cartilages, les ongles, les poils, la come, etc. ; 2^ la graisse, le suif^ le sang, la moelle, la chair, le lait, la liqueur seuiinale, les membranes . Les explications d'Aristote au sujet de ces parties sont trfes souvent finalistes, d6rivant la nature de la fonction. Ainsi les incisives poussent, dit-il, avant les molaires, parce qu'il faut couper ou dechirer Taliment pour 6tre en 6tat de le broyer.

En ce qui concerne les parties h6terogenes, Tetude anatomique n'est pas separee de Tetude physiologique.

Le premier des organes estle coeur. Aristote n'a point ridee de la circulation telle que nous Tentendons aujourd'hui, ni de deux sortes de sang ; mais il admet que le sang se r6pand dans le corps par les veines comme par des canaux. Le coeur est le centre de TMre vivant, le siege de la formation du sang et la source de sa chaleur. Tons les animaux ont ua coeur et du sang, ou des substiluts de ces conditions premieres de la vie. Les animaux que Ton pent diviser sans que les parties cessent tout de suite de vivre, ne sont pas des animaux simples, mais des agregats d'animaux. Le degre d*unit6 mesure la perfection de Tfetre. Nul animal mutile ne reparc ses breches comme la plante, ou le principe de vie est disperse dans Tfetre tout entier.

Les autres parties h^terogenes sont : le diaphragme, les organes des sens, les organes dumouvement, Tencephale, les poumons, les viscferes abdominaux, les organes des sexes.

Aristote s'eteiid sur les sens. La sensation consiste a 6tre mu, a eprouver quelque alteration. II y a deux sortes de sens : les sens mediats, qui agissent par Tinterm6diaire de Fair : ce sont la vue, Touie, Todorat ; et les sens imm^diats, qui agissent par contact : ce sont le toucher et le gout ; ces derniers sont plus importants pour la conservation de Tindividu. Les sens mediats appr^cient, soit des differences de la nature des objets, soit des distances : il faut ainsi distinguer leur finesse et leur portee.

L'aeil n'est pas un simple miroir ; la presence d*une image ne saurait suffire a produire la vision : il faut unc propri6t6 psychique qu'un simple miroir ije possede pas. Non seulement le fond de TcbII refl^chit Timage, mais il a la propriete de voir.

L'ouie est , indirectement , le plus intellectuel de tons les sens, puisqu'elle permet la communication des id6es par le langage. La parole n'est qu'une suite de sons qui ont penelre dans Toreille : c'est un m6me mouvement qui se propage de I'oreille a la gorge.

Le toucher differe des autres sens en ce que ceux-ci ne nous fournissent que des oppositions d'un seul genre, tandis que le toucher nous donne le chaud et le froid, le sec et rhumide, le dur et le mou.

En ce qui concerne le mouvement, Aristote n*en connait d'autre organe que les tendons, qu'il appelle nerfs. II en cherche le principe, non dans les membres euxmfemes, mais dans un organe moteur central. Le prin-

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cipe du mouvement est le coeur, ou son analogue chez les animaux qui n'en ont pas. Les mouvements sont de deux sortes : volontaires et involontaires. Les mouvements du coeur, par exemple, sont de deuxifeme sorte.

De m6me que le ccBur est un organe calorifique, de m6me Tencephale el les poumons sont des organes refrigerants.

Parmi les organes abdominaux, Aristote etudie avec soin Testomac, dont il donne des descriptions remarquablement exactes en ce qui concerne les ruminants et les oiseaux, et les organes des sexes, sur lesquels ses observations sont souvent tr^s heureuses. II recherche quelle part prennent les deux sexes a la production du nouvel 6tre.

II s'attache aussi a la question de Theredit^. 11 repousse la pangenfese, suivant laquelle les parents fourniraient des germes qui leur ressemblent, par cette raison qu'il y a des produits qui ne ressemblent pas a leurs parents.: temoin les vers, n6s des papillons. Selon lui, les mat6riaux du nouvel 6tre se forment ^ Taide de substances diff6rentes de celle des parents eux-m6mes. 11 y a un liquide s6minal m41e, le sperme, et un liquide s6minal femelle, les menstrues. Du melange de ces deux elements, comme de Tunion de la forme avec la matiere, resulte le germe. De Thomme nait ainsi T^me, et de la femme le corps de Tenfant qui resulte de leur union.

La difference des sexes se ramdne a une difference de degre. Chez la femme Taliment a subi une elaboration

moins complete que chez riiomme, la puissance cr6atrice n'a pas acheve son ceuvre.

Aristote explique d'une manifere analogue les cas de teratologie. Les monstruosit6s ne sont que des dissemblances plus ou moins grandes, resultant de Texcfes ou du defaut. EUes s'^cartent du cours ordinaire des choses, mais elles out leur base dans les forces nalurelies.

Aristote a traite dans le mfeme esprit de Tembryogenic. Interpretant, suivant les principes de sa philosophic, les resultats de ses d6licates observations, il admet que le developpement du germe est un raccourci du progrcs general de la vie dans la nature. La vie du germe est d'abord comparable a celle des vegetaux ; puis Tembryon est dans un etat comparable au sommeil, mais a un sommeil sans reveil. Le foetus devient animal quand il acquiert le sentiment. Alors seulement il est capable du sommeil veritable. L'ordre suivant lequel apparaissent les organes est determine par leur utilite et par la part qu'ils ont ^ans la formation des autres organes. Le cceur est ainsi Torgane qui se d6veloppe le premier.

On trouve chez Aristote beaucoup d'aphorismes et de considerations biologiques ressortissant a ce que nous appelons anatomic et physiologic comparees.

II ^tudie soigneusement les ressemblances et les differences organiques. Les organes peuvent se ressem-

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bier par la figure. Des organes en apparence diff^rents peuvent n'^tre que les developpements plus ou moins complets d'un seul et mSme type, de telle sorte que Texces ou le defaut fasse au fond toute la difference. II pent y avoir ressemblance par analogie : ainsi la plume est a Toiseau ce que TScaille est au poisson. Mfeme rapport entre les os et les arfetes, entre les ongles et les comes, etc. Des especes differentes peuvent presenter les mdmes organes diversement situes. Des organes differents peuvent remplir la m^me fonction.

Aristote determine un grand nombre de correlations organiques. Par exemple : tons les animaux ont du sang, ou un Equivalent du sang. Les animaux sans pieds, a deux pieds ou a quatre pieds ont du sang; tons ceux qui ont plus de quatre pieds ont de la lymphe. II y a chez les ruminants correlation entre la presence de cornes et Tabsence de canines. Les mouvements lateraux de la mdehoire inf^rieure n'existent que chez les animaux qui broient leur nourrilure. Tons les animaux v6rilablement vivipares respirent dans Fair, etc.

La loi de la division du travail est nettement formulae. La nature, dit Aristote, emploie toujours, si rien ne Ten emp6che, deux organes distincts speciaux pour deux fonctions differentes. Quand cela ne se pent, elle se sert du mSme instrument pour plusieurs usages; mais il est mieux qu'un m6me organe ne serve pas a plusieurs fonctions.

Les influences du milieu sont ihdiquees comme

ARisTOTE iea-

contribuant a determiner les formes animales. Dans les elimats chauds, dit Aristote, ee sont surlout les arilmaux froids par nature, tels que les serpents, les Idzards, les b6tes a ecailles, qui prennent des dimensions considerables.

Aristote a 6tudie aussi la relation du physique au moral ou physiognomonie. Vraisemblablement les Physiognomonica ne sont pas authentiques , mais ils procedent sans doule de son enseignement. Dans VHistoire des anwiaii^, nous le voyons chercher a quelles differences morales correspondent les differences physiques dans le visage de Thomme.

Les especes proprement dites sont, selon lui, stables et s6par6es les unes des autres. Mais a c6te de Tabsolu, Aristote admet Texistence du contingent. II y a done un certain jeu dans la nature, et les formes et facultes organiques comportent unc variabilite restreinte. Une difference insignifiante en apparence et situ6e dans de petites parties pent suffire k produire des differences considerables dans Tensemble du corps de Tanimal. Ainsi, par la castration, on ne retranche qu'une faible partie du corps de Tanimal ; pourtant ce retranchenient change sa nature et le rapproche de Tautre sexe. Quand rsire est h Tetat embryonnaire, une difference trfes petite fera de lui un mdle ou une femelle. C'est de la disposition differente de petites parties que resulte la difference de Fanimal terrestre et de Tanimal aquatique. En somme, selon Aristote, il y a dans la nature unite de

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composition et continuite progressive. L'homine luim^me, qui, selon notre connaissance, occupe le haut de I'echelle, n'est, au point de vue physique, separ^ des animaux que par des differences de plus ou de moins. D'un r^gne a Tautre le passage est insensible. Ainsi Ton trouve dans lamer des 6lres interm^diaires entre les animaux et les plantes ; par exemple, les Sponges. Les types principaux, et comme les etapes du developpement, n'en sont pas moins determines et irr^ductibles entre eux.

XVIIl. — ZOOLOGIE

Aristote futle premier zoologiste classificateur. A vrai dire, il ne paralt pas avoir eu Tintention de constituer une classification zoologique : ses essais de classification ne se presentent que comme des exemples. II n'a pas non plus nettement distribue les animaux en une hierarchie de genres et d'especcs : il se borne h la delimitation des groupes principaux. Mais il a bien vu que le criterium de Tespece se tire de la reproduction, de Tinterfecondite. II ne considfere comme 6tant de mfeme esp^ce que les animaux descendus de parents communs. Sa classification vise h 6tre naturelle, c'est-a-dire qu'elle tend a mettre ensemble les animaux qui ont entre eux des ressemblances fondamentales. Son effort, ici comme partout, tend k distinguer Tessence de Faccident.

La premiere division est celle des animaux qui ont du sang (ce sont nos vert6bres), et des animaux qui

n'ont pas de sang (ce sont nos invertebr^s). La division des animaux sanguins est fondle principalement sur Tembryogfinie et sur la consideration de r6l6ment qu'habitent les animaux. Les animaux sanguins se divisent en vivipares vrais, ovovivipares et ovipares. Les animaux qui n'ont pas de sang se divisent en moliusques (correspondant a nos cephalopodes) crustaces, testaces (correspondant a nos moUusques, a {'exception des cephalopodes), et insectes.

Dans la description des especes, dont il mentionne environ quatre cents, Aristote fait preuve de connaissances Irfes 6tendues. II traile, entre aulres choses, du moral des bStes. II appelle les abeilles les sages.

En ce qui concerne Torigine premiere de Thomme et des autres animaux sanguins, il se demande s'ils procfedent d'une sorte de scolex (esp^ce de ver) ou d'un oBuf parfait, dans lequel une portion seulement devient le germe en se developpant aux depens du reste. II considere la production spontan6e d'un oeuf parfait comme peu vraisemblable, parce que nous n'en voyons jamais d'exemple. Les testaces et les vers, au contraire, naissent spontan6ment.

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