XIX. — PSYCHOLOGIES
Ce qui differencie Thomme des autres animaux, c'est le vou;, lequel chez lui s'unit h Vkme animale. II a des
(i) Source : De Anhna.
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facull^s qui lui sent communes avec les animaux, et des
facultes qui lui sont propres. En commun avec les animaux, rhomme a la sensation et les facult6s qui en derivent.
. La sensation est le changement qui est produit dans r^me par Tobjet sensible, comme par un contraire, au moyen du corps, et qui consiste en ce que la forme de Tobjet senti est communiqu^e au sujet sentant. La sensation est ainsi Tacte commun du sensible et du sentant.
Chaque sens nous renseigne exclusivement sur les propri6tes des choses auxquelles il se rapporte sp^cialement ; et ce qu'il nous dit de ces proprietes est toujours vrai. Les propri6les generales sont connues par le sefisoriiim commune^ ou se reunissent toutes les impressions sensibles. G'est la aussi que les sensations sont comparees et rapport^es aux objets comme causes, et a nous-mfimes comme sujets conscients. L'organe du sensolium commune est le coeur. Ses donnees peuvent fetre vraies ou fausses.
La sensation est la base de la vie psychique animale>. Elle est capable, au double point de vue theorique et pratique, d'un developpement qui donne naissance k plusieurs autres facult6s.
Quand le mouvement dans Torgane du sens se maintient au dela de la dur^e de la sensation, se propage k Torgane central, et, arriv6 Id, provoque une nouvelle apparition de rimage sensible, c'est Vimagination. Les produits de cette facull6 peuvent 6tre vrais ou faux. Si une
image est reconnue comme la reproduction d'une perception passee, c'est la memoire. Aristote joint a T^tude de ces facultes des recherches sur la nature du sommeil, de la mort et des r6ves, au point de vue psychologique.
Consid6ree au point de vue pratique du bon et du mauvais, la sensation comporte un d^veloppement parallele au precedent. Par cela seul qu'un animal est doue de sensation, il est capable de plaisir et de douletir, Quand son activite se diploic sans obstacle, c'est le plaisir ; dans le cas contraire, la douleur. Plaisir et douleur sont, en definitive, chez les 6tres qui en sont pleinement capables, des jugements sur la valeur des choses. Les fetres capables de plaisir et de douleur ont, en consequence, le desir, lequel n'est que la recherche de ce qui est agr^able. lis ont de mSme les passions.
Toutes ces fonctions appartiennent deji aux animaux, quoiqu'elles ne soient realis^es parfaitement que chez rhomme. L'homme a en outre V intelligence, Jusqu'ici nous avons assiste a un developpement, a un progr^s continu. Entre Tame animale et le voG^, au contraire, il y a solution de continuite. Le voOi<; est la connaissance des premiers principes. II n'a pas de naissance, il est eternel. II est exempt de passivity, il existe en acte. II n'a pas d'organe. II ne suit done pas du developpement de la sensation, il vient du dehors et il est separable.
Mais Tintelligence humaine n'est pas seulement ce voO^ acheve et immobile. EUe apprend ; elle connait les choses p^rissables, les choses qui peuvent 6tre ainsi ou autre-
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ment. Done le voG;, en Fhomme, se melange avec TAme : il y a une intelligence inKrieure intermediaire entre le voG^ absolu et Vtme animale. Gette intelligence pent ^tre appel^e voG^iTaOrjTixo;, intelligence passive par opposition au vo'j; (XTcaOr^; ou intelligence en acte. Ce voG^ inf^rieur est sujet, maisnon objet ; son objet, ce sont les choses p^rissables. II depend du corps et perit avec lui. De cette intelligence passive il y a des rudiments chez les bfites, par exemple, chez les abeilles ; mais elle n'existe pleinement que chez Thomme.
Le voG? TraOviTixo^ a deux sorles de fonctions : des fonctions theoriques et des fonctions pratiques.
Consider^ au point de vue theorique, le voG; itaOr^Twco^, a Torigine, n'est voG^ qu'en puissance. C'est une table rase sur laquelle rien n'est encore ecrit. Le voG; naOriTixo^ ne pense qu'k Taide des images, et sous Tinfluence du voG^ sup^rieur. Sous cette influence, il degage de la sensation le general qui y est contenu, et que la sensation n'atteint que par accident : il se determine peu k peu gr&ce a ces essences gen^rales. Mais la science parfaite n'appartient qu'au voG; Oswp'/iTixo; ou voG; superieur, lequel procede a priori, en partant des causes.
Le voG^, dans son usage pratique, n'a pas de principes propres : la pratique ne consiste que dans Tapplication des idees theoriques. Cette realisation a lieu de deux maniferes : 1° par la production (tuoisiv) ; 2^ par Taction (TtpaTTeiv).
Apropos de Taction, Aristote donne une theorie de la
volonle, qui en est la source. La volonte est la combinaison de rintelligence et du desir. En tant que desir, elle pose des fins k realiser ; en tant qu'intelligence, elle determine les moyens qui correspondent k ces fins. Les objets de la volonte sont determines par rapport k deux fins principales : le bien et le possible.
A Texistence de la volonte est 116 le libre arbilre. Dans les 6tres sans raison, le desir ne pent naitre que de la sensation. Dans rhomme, il pent 6tre engendre, soit par la sensation, soit par la raison. Quand il est engendr6 par la sensation, c'est I'app^tit; quand il est engendr^ par la raison, c'est la volonte. Entre Tappelit et la volonle se tient le libre arbitre, ou faculte de se determiner par soi-m6me. Vertu et vice dependent de nous ; nous sommes le principe de nos actions. La r6alite du libre arbitre est prouvee par Timputabilite morale, que supposent la legislation, la louange et le bl4me, Texhortation et la defense. L'essence du libre arbitre, c'est la spontaneity, et, plus precis6ment, cette spontaneity qui est la preference ; car les enfauts et les bfetes ont bien la spontaneity, mais Thomme seul est vraiment libre, parce que seul il est capable de choisir.