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Dans cette seconde opposition, Dieu s'eveille a la vie personnelle ; mais, place en face de la nature comme en face d'une puissance ennemie, il n'est d'abord qu'une 6nergie latente, une pure capacity d'amour et de lumi^re. II faut, pour que cette energie se diploic et se realise, que Famour entre^jenn^apport avec la force et lui impose sa loi. Le progres de la revelation divine appelle ainsi une conciliation des deux contraires qui ont surgi au sein de la volont6. Or, pour que cette conciliation s'opfere, il faut premierement qu'elle soit posee comme id6e et comme but : il faut ensuite que la volonte divine travaille a r6aliser cette idee. Mais la conciliation de la force avec Tamour, ou du feu avec la lumi^re, n'est autre chose que la realisation de cette sagesse eternelle, que la divinite a form^e comme un miroir pour s'y contempler et s'y connaitre. II s'agit done de faire descendre Tidee des hauteurs vides d'un ciel transcendant, pour la m^ler aux forces vivantes et la manifester dans une nature corporelle. La sagesse ideale comme objet a realiser : tel est le troisifeme terme qui se superpose aux deux contraires dans lesquels s'est dedoubl^e la volonte divine.
Comment s'accomplira la t^che nouvelle qui r^sulte de la position de ces trois termes? Nous sommes ici sur le terrain de la vie : matifere, agent et fin sont chacun des fetres dou6s de force et d'activite. C'^st par la cooperation de ces trois principes que la conciliation va s'op^rer. Si Famour est une action qui tend k adoucir la
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force, la force est un mouvement inconscient vers I'amour; et Tidee elle-mfeme, la sagesse id^ale, saisie du desir de vivre, tend pour sa part i sa propre realisation : la vierge, la compagne de Dieu, aspire a mettre au jour les merveilles divines qui sommeillent en elle. De ces elements la magie eternelle forme le Dieu personne. La volonte s^atlache par Timaginalion a Tid^e qu'elle se propose de r^aliser ; elle la contemple, s'en eprend, brule de s'unir a elle, la saisit et Tabsorbe : elle Tabsorbe pour Tengendrer en soi et la produire sous forme de r6alit6. De son c6te I'idee est active et desire Texistence : c'est une 4me qui se cherche un corps. Elle va au-devant de la volonte qui Tappelle. L'id6e se realise done, sous Taction generalrice de Timagination et du desir : Fesprit, par une operation tout interieure, sans reality corporelle pr^existante, se donne une nature, une essence et un corps.
Gette realisation de la sagesse eternelle est une oeuvre complexe et merveilleuse qu'il importe de considerer dans ses details.
Dieu Faccomplit au moyen de sept esprits organisateurs qu'il engendre en vue de ce travail. Ces esprits sont les forces qui naissent au sein de r^l^ment obscur, sous rinfluence de Tel^ment lumineux, et qui ont pour mission de transformer la volonte qui dit : « non » en la volonte qui dit : « oui », de discipliner et diviniser la nature. Boehme reprend ici et adapte a son syst^me I'antique doctrine cabalistique des sept essences naturelles,
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dont la derniere est le royaume divin. Les sept esprits, selon Boehme, naissent successivement les uns des autres ; et leur succession marque le progres de la nature vers Dieu. Les trois premiers ameneht la nature ou Telfiment obscur jusqu'au point oii un contact sera possible entre elle et Tel^ment lumineux. Le quatrifeme realise ce contact, et les trois derniers font regner la lumifere et Tamour sur la nature soumise et persuadee.
Et d'abord nait dans la volonl6 le desir proprement dit, ou tendance egoiste. La volont6 veut fetre quelque chose. Or elle n'a rien devant elle, dont la possession puisse la determiner. Elle se prend done elle-mfeme pour objet, et elle veut tout pour soi. Elle s'imagine alors etre quelque chose, et pourtant elle n'est toujours rien que faim et que vide. Cette premifere essence est Tobscur, le solide, la force de contraction, le sel des alchimistes.
A sa suite se produitle motivement^ comme seconde essence ou second esprit naturel. Car, a se prendre ellem6me pour objet, alors qu'elle est infinie et vide, la voIont6 ne peut se satisfaire. Elle se tourne done vers le dehors et devient Taigu, Tamer, la douleur, aiguillon de la sensibilile, la force d'expansion, le mercure des philosophes.
Cependant les deux forces qui se sont ainsi produites sont en conflit Tune avec Tautre. La premiere dirige rstre vers lui-mfime, la seconde le dirige vers autre chose. De cette opposition r^sulte, comme troisieme
essence, Vinquietude, ou mouvement incessant d'une &ine qui ne irouve pas son bien en soi et qui ne sait oil le chercher. Les deux forces qui sont dans T^me, la force de concentration et la force d'expansion, se contredisent, et pourtant ne peuvent se s^parer Tune de Tautre. Vide en elle-m6me, Ykme ne peut se fixer dans r^goisme : mue par Tegoisme alors m6me qu'elle sort de soi et cherche son bien au dehors^ elle ne peut atteindre a I'abn^ation et a Tamour. Elle se fuit el se cherche. Ce mouvement inquiet est celui de la roue, mouvement qui n'arrive a aucun but et qui cependaut se poursuit toujours. La troisifeme essence a done pour expression la rotation, ou combinaison de la force centripete et de la force centrifuge. Elle fait Je fond du soufre des alchimistes.
La nature, par elle-m6me, s'eleve jusque-lk ; mais la s'arrfete sa puissance. Elle a secoue le lourd sommeil et la basse quietude de T^goisme, elle a cherche hors d'elle Tobjet qu'elle ne trouvait pas au dedans. Mais pour Tceil du corps Tinfini exl^rieur n'est pas moins vide que Tinfini interne ; et FAme n'a reussi qu'i se livrer a deux impulsions contradictoires et k se mettrc au roiiet. Cette contradiction int^rieure d'un 6tre qui cherche le repos par Fagitation est un supplice insupportable ; mais la nature, par elle-m6me, ne peut y mettre fin. Elle a 6puis6 ses ressources : rien de ce qui est en elle ne la tirera de sa condition. Le salut ne peut venir que de ce qui est au-dessus de la nature, a savoir
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de Dieu ou de la liberte eternelle. Mais comment ces deux puissances contraires parviendront-elles a se r^unir ?
L'inquietude qui tourmente la nature a cet avantage de manifester sa faiblesse, de lui crier qu'elle ne pent se suffire et former un tout. L'homme qui connait sa misfire est moins miserable que celui qui Tignore. Sous rinfluence de Tesprit qui plane au-dessus d-elle, la nature ressent bientdt un anxieux desir de la liberie. Un je ne sais quoi dit a Tame qu'elle doit se donner a ce qui lui est superieur, qu'en se sacrifiant elle se trouvera; qu'en mourant k soi-m6me, elle naitra veritablement. Et d'un autre c6te Tesprit, la liberty ont besoin de la nature pour se manifester et se realiser. Si la nature pressent dans Tesprit sa loi et son harmonie, Tesprit cherche dans la nature sa reality et son corps. L'esprit veut exister, comme la nature tend a s'affranchir de la souffrance. Ainsi pousses Tun vers Tautre, Tesprit et la nature se rapprochent. Mais la nature a son mouvement propre et sa force dlnertie. Le desir nouveau qu'elle a ressenti ne fait que poindre en elle et ne modifie pas son habitude. Elle vient done se heurter contre Tesprit qu'elle cherche et qui descend k elle ; et de ce choc nait un phenomfine nouveau : Veclair. Tel est le quatrifeme moment du progres de Texistence, la quatrifime essence. Ce moment est la manifestation du contact de la nature et de Tesprit. Dans Tetincelle de Teclair, Tobscur, le grossier, le violent, tout ce qui constitue la tendance
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egoiste de la nature, est d6vore et rendu au neant. Les tenSbres s'allument et deviennent le feu vivant et manifeste, foyer de la lumifere. La nature desormais est assujettie a Tesprit, et capable de le realiser. Une loi divine s'est accomplie qui s'appliquera desormais a tous les 6tres. Toute vie, selon cette loi, implique une double naissance. La soufTrance est la condition de la joie, c'est en passant par le feu ou par la croix qu'on arrive k la lumiere. Pe?* crucem ad liicem, Dans Tordre intellectuel comme dans Tordre physique, Tenfantement est precede par un etat de malaise et d'inqui^tude. La nature travaille et souffre, et ne se sent pas la force de mettre au jour le fruit qu'elle a congu. Tout d'un coup cependant, un effort comme surnaturel se produit, la souffrance et la joie s'entre-choquent dans un instant indivisible, Teclair jaillit, et le nouvel 6tre passe des tfinebres k la lumifere. L'enfant de la chair poss^de desormais sa forme et se developpera par lui-m6me, suivant son )d6e directrice ; le fruit de Tinlelligence n'est plus un chaos d'idees vagues et incoherentes, c'est une pensee consciente et sAre d*elle-m6me, qui s'engage sans h^siter dans Texpression qui la manifeste.
Avec Tapparition de Teclair a pris fin la premiere existence de la nature divine, le d6veloppement de la triade negative. En m^me temps commence le developpement d'une triade positive, qui repr6sente Texistence seconde et definitive de la nature. Contraction, expansion et rotation vont &e retrouver dans le progrds de cette nature
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r6g6ner6e, mais en un sens nouveau et surnaturel La concentration nouyelle est I'oeuvre de Yatiiour ou puissance unifiante de I'esprit. Sous son influence, les forces abdiquent leiir violence et se complaisent les unes dans les autres. Les passions 6goistes s'eteignent, et a Tunite d'individus pretendant chacun exister seuls se substitue une unit^ de penetration, ou chacun cherche dans son accord avec le tout la participation a Tunite veritable. L'amour est ainsi le cinquieme esprit ou la cinqui^me essence. II a son symbole dans I'eau, qui eteint le feu des desirs el qui confere une seconde naissance, la naissance selon Tesprit.
Gependant les 6tres ne doivent pas seulement se fondre les uns dans les autres. Leur unification ne pent etre une absorption et un an6antissement. Le progres de la r6v6lation doit rendre perceptible la multiplicity, jusque dans cette unite spirituelle et profonde que conffere Tamour. Un sixieme esprit apparait done, qui d(5gage les elements de la symphonie divine, et qui les fait entendre dans leur individualite en m^me temps que dans leur rapport h Teffet d'ensemble. Ce sixifeme esprit est la parole intelligente ou le son, grkce auquel les voix cessent d'etre des bruits indistincts, mais acquierent la determination qui les rend saisissables en elles-mSmes et discernables. Comme Tamour 6tait Tunification du multiple, ainsi la sixieme essence est la perception du multiple au sein de Tunite mfeme.
II ne reste plus, pour achever ToDuvre de la realisation
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de Dieu, qu'a rassembler et coordonner toutes les forces qui successivement se sont suscit^es les unes les autres. Si le superieur doit gouverner Tinferieur, il ne doit pas s'y substituer et Taneanlir, car rinf6rieur est sa realitfi et son existence mfeme ; et, priv^ de ce soutien, Telement superieur se dissiperait dans le vide des espaces transcendants. La lumi^re n'existe que flxee sur Tobscur. G'est pourquoi un septi^me esprit apparait qui, gagnant TinKrieur au superieur par la persuasion, et faisant desr cendre le superieur dans Tinferieur par la grAce, appelle la nature enti^re, grands et petits, premiers et derniers, k la manifestation de la volonte divine. Cette essence est le corps ou Tesprit d'harmonie. Sous son action s'acheve enfin la r^v61ation de TEternel. La sagesse n'est plus maintenant une idde. Elle est un royaume d'6tres vivants, elle est le royaume de Dieu ou de la Gloire.
C'est ainsi que Boehme considfere comme une r^alite et comme une condition essentielle de la vie divine c^ ciel incr^e, ce royaume du P^re, cette gloire de Dieu, dont TEcriture parle en lant d'endroits et ou Ton ne voit souvent qu'une metaphore. Le lis est v6tu de beaute, et d'une beauts qui surpasse la magnificence de Salomon. L'homme a son vSlement de gloire : c'est sa richesse, sa maison, sa puissance, ses honneurs, tout ce qui manifeste son invisible personnalit6. Dieu, lui aussi, se revMe dans un ph^nomene qui n'a d'autre contenu que lui-m6me, et qui cependant se distingue de lui. La
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Gloire de Dieu est son vfetement, sa forme exterieure, son corps et sa r^alite : c'est Dieu vu du dehors.
Decrire Tharmonie et la beaute de ce royaume de la Gloire est chose impossible. Ce royaume est tout ce que nous voyons sur la terre, mais dans un elat de perfection et de spiritualite ou la creature nc pent atteindre. Plus brillantes en sont les couleurs, plus savoureux les fruits, plus m61odieux les sons et plus heureuse la vie tout entiere. Avec la puret§ de Tesprit les fetres divins ont la pleine realite du corps. Leur vie n'est pas un desir incompletement satisfait : c'est T^tre dans sa plenitude el dans son achevement. Surtout c'est Tharmonie, conciliee avec le complet et libre epanouissement de tous les individus. Gonsiderez les oiseaux de nos for^ts : ils louent Dieu chacun k sa mani^re, sur tous les tons et dans tous les modes. Voyons-nous que Dieu s'offense de cette diversite et fasse taire les voix discordantes ? Toutes les formes de T^tre sont precieuses aux.yeux de r^tre infini. Mais si dans notre monde eclate la mansu^tude divine, k plus forte raison dans le royaume de la Gloire les 6tres sont-ils exempts de toute contrainte, puisque tous, dans ce royaume, chacun selon son caractere, non seulement cherchent Dieu, mais le possedent et le manifestent.
Telle est, dans son achevement, la nature eternelle, revelation du mystere divin. EUe porte en elle trois principes, qui sont comme les trois raisons ou fondements do determination issus du rien primordial. Le
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premier principe est le fonds des trois premieres qualil^s, ou de la nature livrfie k elle-m6me. C'est Tobscur ou le feu latent attendant T^tincelle pour se manifester. Boehme Fappelle d'ordinaire le feu. Le second principe est le fonds des trois dernieres qualit^s, c'est-a-dire de la forme ou expression de la sagesse ideale. C'est le principe de la lumiere, Chacun de ces deux principes est eternel, et en un sens ils s'excluent Tun Tautre. Le feu n'admet aucune borne et d^vore lout ce qu'on lui oppose. La lumiere est Tabsolu de la douceur et de la joie, la negation des t^nebres, le terme de toute aspiration. Celui-la est la vie du tout ou de Tinflni indetermin^, celle-ci est la vie de Dieu ou de Fun excellent et d6termine. Cependant ni Tun ni I'autre de ces deux principes ne pent se suffire. En vain le feu veut-il 6tre le tout : il n'est qu'une partie. En vain la lumiere dedaigne-t-elle les t^uebres : elle ne se realise qu'en se detachant sur Tobscur. C'est pourquoi un troisieme principe est necessaire, qui unisse le premier au second, de maniere a produire Texistence veritable. Ce troisieme. principe est le corps. Par lui Tesprit s'incarne dans la matifere et devient reel et vivant. Cette union du premier principe au deuxieme n'est d'ailleurs pas une absorption complete, et les trois principes demeurent irreductibles. En effet Toperation qui range le feu sous les lois de la lumiere n'aneantit pas le fondemenl m^me du feu. L'in- -fini de la vie subsiste sous la forme de perfection qui la determine. Le commandement divin ne s'adresse pas a
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des esclaves : il veut et U'ouve des 6tres libres. Le feu, la lumiere, le corps, c*est-a-dire la vie, le bien, et leur union dans un 6tre reel : lels sont les trois principes de la nature divine.
Gardons-nous maintenant d'identifier cette nature avec le vrai Dieu. Si excellente qu'elle soit, la nature divine n'existe nipar elle-m6me, ni en vue d'elle-mfeme. Elle est la realisation des perfections que comprenait I'idee de la sagesse. Elle est la vierge eternelle, descendue, k la voix de Dieu, des limbes du possible dans le paradis de Texistence actuelle. La nature va maintenant rendre graces k son auteur en lui communiquant sa vie et son existence corporelle. La vierge eternelle, fecondee par Tesprit, enfante desormais ; et le fruit de ses entrailles est le Dieu personne, c'est-a-dire le Dieu qui non seulement se connatt lui-mfem^ et se possede, mais se repand en dehors de soi par Tamour et par Taction. Tandis qu'il plagait devant lui, comme un miroir de sa volont6 infinie, la sagesse eternelle ou id6e de la divinite, Dieu ne se posait que comme trinil6 id6ale, comme personnalite possible. En se donnant, dans la nature, un contraire vivant, et en pliant ce conlraire aux lois de sa volonte bonne, Dieu s'engage dans une differenciation non plus ideale, mais reelle, et par la conquiertla personnalite effective, celle de la trinile chr6tienne. La connaissance de soi ne confere que Texistence pour soi : seule Taction engendre Texistence absolue et acheve la personnalite.
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Or cette action est triple et pose trois personnes, correspondant aux trois principes de la nature. Dieu est d'abord la volonte qui preside h la vie en general ou au feu 6lernel. En ce sens il est le Pere, la puissance, la justice, la colfere divine : il est commela conscience de Tinfinie activite vitale. Mais Dieu ne desire pas la vie pour la vie elle-m^me. II veut la vie comme realisation de rid§e, il veut engendrer la parole vivante. C'est pourquoile Pere donne naissance au Fits, lequel est la conscience du deuxieme principe ou de la lumifere, et veut la subordination de la vie au bien qui en est la raison d'fetre. Par le Fils, Dieu d'amour et de misericorde, le feu de la colore est elernellement apais^. Aussi le Fils est-il plus grand que le P^re. Cependant I'existence de la volonte bonne en face de Tuniverselle volontS de vivre ne suffit pas k realiser le bien : il faut que ces deux volontes se rapprochent et se concilient, et c'est ce qui a lieu dans une troisieme conscience et une troisieme personne, d'oii decoule le troisieme principe, et qu'on appelle le Saint-Esprit.
Ainsi, en m^me temps qu'il forme la nature 6ternelle et grAce a Tactivitd mSme qu'il deploie en la formant, Dieu se pose v^ritablement comme Pere, Fils et Esprit, sans abdiquer pour cela son unit6. Par cela mfeme que les trois realisations de Dieu sont bien des personnes et nullement des choses, elles ne sont pas soumises a cette loi de Tespace et du temps, qui veut que Tunite soit incompatible avec la multiplicite. La personnalite admet la
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penetration mutuelle ; bien plus, elle la suppose. Ce n'est que dans son union avec d'autres personnes qu'un fetre personnel peut se poser comme tel. En tant qu'un fetre se conQoit comme extdrieur a d'autres 6tres, il se pose dans Fespace et s'atlribuerindividualite, cette ennemie de la personnalite veritable. L'egoisme est la base de rindividualite : c'est le don de soi-mfeme qui fait la personne.
La generation de Dieu estmaintenant accomplie. Dieu est la personnalite parfaite realisee dans trois personnes dont chacune est a la fois la partie et le tout. Ces trois personnes sont le Pere ou conscience de la force, le Fils ou conscience du bien, et TEsprit ou conscience de Taccord qui s'etablit en Dieu entre la force et le bien. Et en face de Dieu, comme son oeuvre et sa gloire, se deploie la nature eternelle, ou sont realises tons les possibles, dans la mesure ou ils expriment la perfection divine.
Telle est la doctrine de Boehme sur la naissance de Dieu. Atravers les symboles theologiques et alchimiques dont elle s'enveloppe pour se manifester, n'est-il pas visible qu'elle a une signification et une portee philosophiques ? L4dee maitresse de cette doctrine, c*est que la personne est Tetre parfait et doit exister, et que, par suite, toutes les conditions de Texistence de la personne doivent elles-mfemes etre realisees. De ce principe tout le reste decoule. Personnalite, dit Boehme, suppose pensee et action ; et pour penser et agir il faut etre en
rapport avec quelque choSe d'oppos6 a soi. A la pens^e ilfaut un objct qu'elle considere et qu'elle s'assimile ; a raclion il faut une matiere qu'elle dompie el spiritualise. Cette loi est universelle, et la personnalite absolue ellem6me ne saurait s'y soustraire sans contradiction. D'autre part, T^tre absolu doit 6tre cause de soi et ne d^pendre de rien d'6tranger h soi. L'6tre absolu doit done, s'il veut 6tre personne, lirer de soi un objet oppos^ a lui-mfeme, auquel s'applique son intelligence et que modifie son aclivite. II faut que la divinity une et infinie se transforme d'elle-mfeme en une dualite, dont Tun des deux termes sera le Dieu veritable, Tautre la nature dont ce Dieu a besoin. Ainsi couqu comme sujet et agent en face d'un objet et d'une matiere issus de son propre fonds, Dieu a une t^che ci remplir, a savoir la resolution de Tantin'omie qu'il a cre6e en lui-m6me; et par Taccomplissement de cette tdche il se realise en tant que personne. Son action, sa pens6e, sa vie et son existence sont des lors autre chose que Tombre de la vie et de TactivitS humaine : ce sont les types parfaits dont Texistence des creatures ne nous offre que de pdles images.
Qu'est-ce que mainlenant que ce systeme, oil Dieu s'engendre lui-mfeme enposant et surmontant son contraire? N'est-ce pas cette antique doctrine de la Nuit comme premier principe, que deji Aristote condamnait chez ses devanciers? Le premier 6tre, disail Aristote, n'est pas I'imparfait, mais le parfait : dans Tordre des
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phenomenes, le parfait est posterieur k Timparfait; mais dans Tordre de Tdtre, c'est le parfait qui est le premier et I'absolu. La doctrine de Bcehme, comme celle des vieux th^ologiens, semble n'6tre qu'un anthropomorphisme ou un naturalisme. II a observe, peut-on dire, que chez rhomme Tindetermination precede la determination, que la lutte est la condition de la vie et du progr^s, qu'une image est necessaire a Tentendement et une mati^re a la volont^, que Taction de nos facultes consiste a s^assimiler des objets exterieurs ; et il a transports a Dieu cette condition de Texistence humaine.
Lors mfeme que ce jugement serait fond6, on ne saurait en faire une condamnation pure et simple de la doctrine. Le systeme de Boehme ne s'appliquatil en realit6 qu'aux 6tres finis, il ne serait pas pour cela sans importance. 11 faut pardonner au theosophe de nous renseigner imparfaitement sur Thistoire de la trinity divine, si, croyant nous parler de Dieu, il nous parle de nousm^mes et nous en parle avec sagacite. Ce grand principe, que la volonte est la base de la vie et de Texistence, et que la vie, a son tour, a, dans la liberty, sa fin et sa raison d'etre, ne perdra rien de son intSr^t pour ne concerner que le monde creS, au lieu~ de s'appliquer egalement au Cr6ateur. II est certain que ce systeme etrange, dont la richesse est confusion, et dont Teclat est fulguration aveuglante, recele mainte observation modeste et fine de psychologue, mainte reflexion sensee et pratique de moraliste. Boehme nous I'a dit : c'est au
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fond de sa conscience qu'il cherche la divinite ; c*est parce que Dieu s'engendre en I'homme que I'homme pent connaitre la g6n6ratlon divine. Quoi d'^tonnant si sa connaissance de Dieu est avant tout une connaissance de nous-m6mes?
II ne s'ensuit pas d'ailleurs que Boehme soit, au point de vue metaphysique, un pur naturaliste. Sans nous complaire avec lui dans des speculations sans controle possible sur la naissance et le developpement de Dieu, nous pouvons du moins remarquer la difference qui existe entre sa doctrine et celle que repousse Aristote. Selon I'antique philosophic du chaos et de Tinfini, la generation du parfait par Timparfait etait Tabsolue realite des choses. Pour Boehme il n'y a pas en Dieu, dans Tabsolu, un avant et un apr^s. C'est noire condition d'etre finis, appartenant a la nature, qui nous oblige a consid^rer Dieu au point de vue de la nature et a nous representer sa vie comme un progres.
Mais ce n'est pas tout. Le chaos des anciens etait une nature donn6e, une chose, la plus confuse et indetermin§e qui se piit concevoir ; et c'6tait de cette chose que, par un developpement necessaire, on faisail sortir Tfetre determine et parfait. Le point de vue des anciens etait objectif. A la chose entierement indeterminee, Aristote oppose, sous le nom d'acle pur, la chose entierement determinee, tandis que le n6o-platonisme, revenant a ridee de progrfes, pose comme premier 6tre une unite qui, superieure ou inferieiire a Tintelligence et aila vie,
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innommable et inintelligible, parait bien n'6tre encore que la chose, depouill^e, par le dernier effort de Tabstraclion, de la derni^re de ses qualit^s. Tout autre est le principe de notre mystique theosophe. Chretien et spiritualiste, c'est a la personnalit6 sous sa forme' la plus parfaite qu'il assigne le premier rang. Et du point de vue ou il est plac6, Tindetermination, Tinfini, le rien ont un sens tout autre que dans la philosophie antique. Le rien n*est plus le manque de quality et de perfection d'une chose qui ne pent exister que si elle est determin6e : c'est Finflnie f^condite d'un esprit qui est par sa puissance m6me et que n'epuise aucune de ses productions. N^gatif au point de vue externe de Tobjectivit^, le principe de Boehme est au contraire absolument positif au point de vue int6rieur de la vie et de la generation. En lui-m6me, ce principe n'est pas Timparfait, mais le parfait ; et le progres qu'adraet Boehme, en un sens d'ailleurs relatif a Tesprit humain, est un progres dans la manifestation, non dans la perfection intrinsfeque de Dieu. Le syst^me du monde metaphysique a et6 retourne : ce n'est plus Tintelligence qui est suspendue a Tintelligible, c'est Tintelligible qui est suspendu a Tintelligence. Ce n*est plus le sujet qui tient de Tobjet son existence, c'est Tobjet qui existe par le sujet. Si cette substitution s'est produite, c'est que Thomme a d^couvert, dans ce qui fait le fond du sujet, dans Tesprit et la volont^, un je ne sais quoi d'irreductible, qu'il a jug^plus r6el dans son inde-
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termination et son n^ant que toutes les realit^s tangibles de la substance donnee.
La marche de Boehme n'est done nullement celie des
pythagoriciens ni mfeme des neo-platoniciens. Le progrfes qui va de la volonte k ses operations ne peut fetre assimile au progr^s qui va de la chose indeterminee a la chose dfiterrainee. La theologie de Boehme n'est pas un monisme evolutionniste.
Mais n'est-ce pas en revanche un systeme dualisle, et ne parait-il pas que Boehme n'evite un ecueil que pour se heurter a T^cueil contraire ? Comment Boehme maintient-il la perfection du principe divin, sinon en posant hors de Dieu, comme sujet du mal, un principe ennemi et co6ternel ? Et de ce dernier principe, selon lui, Dieu m6me est solidaire. Per criicem ad lucem : c'est la loi divine comme la loi humaine. Point de lumieres sans t^nebres, point d'action sans matiere, point de sujet sans objet, point de Dieu sans nature. Cette coexistence universelle et n^cessaire de deux principes, Tun positif, Tautre negatif, n'est-elle pas justement ce qu'on appelle dualisme?
II est certes incontestable que Boehme voit dans la matiere la condition de la manifestation de Tesprit : c'est m6me Ik une piece essentielle de son sys- Ifeme. Mais Boehme n'entend pas pour cela 6tre dualiste. C'est a ses yeux une monstruosite que de faire du mal Tegal du bien, et de la nature T^gale de Dieu. Le principe negatif n'existe pas par soi, mais seulement
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par Taction du principe positif, qui le suscite pour s y manifester. Dieu seul est souverain ; et c'est le mouvement interne de la vol6nt6 divine qui pose en dehors de Dieu la matiere, comme condition de ce mouVemeht m6me. La matifere est Taspect exterieur, le phenomene de Taction invisible de Tesprit. Eile fixe dans des formes mortes le jaillissement continu de la lumiere vivante. Dependante de Tesprit quant a son origine, la nature lui est soumise quant a sa destination. Eile a pour fin de lui fournir, en le manifestant, Tobjet dont il a besoin pour se saisir et se personnifier. Eile ne r^siste a Tesprit que pour lui offrir Toccasion de deployer ses forces: son instinct est une intelligence qui s'ignore, sa passion un desir inconscient de la liberie. Loin done que la nature soit T6gale de Dieu, c'est a Tappel de Dieu qu'elle commence d'exister; et le terme de son developpement est son exacte adaptation a la volonte de Tesprit.
La theologie de Boehme cdtoie ainsi le dualisme comme eile a cotoye T6volutionisme, sans s'y heurter et sans y 6chouer. C'est qu'au fond Boehme se propose de trouver un moyen terme entre ces deux doctrines. Selon lui, les anciens mystiques ont eu tort de proscrire tout dualisme. lis n'ont pu, pour cette raison, realiser la philosophie de la personnalite qu'ils avaient conQue. Leur Dieu manque des conditions de Texistence r^elle, et ne d6passe pas Texistence ideale. Ce n'est qu'en empruntant au dualisme Tidee d'une existence eternelle
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de la matidre comme contraire de Tesprit, et en donnant cette matiSre pour corps a Tesprit divin, que Ton peut concevoir la personnalit6 divine comme r6ellement existante. Mais, d'autre part, le Dieu personne doit demeurer Tfitre infini en dehors duquel rien n'existe par soi. Le duallsme r^pugne a la pensee religieuse, qui veut que Dieu ne soil pas seulement une forme et un ideal, mais Tfitre tout-puissant et ind^pendant. II faut done que la matiere ne soit pas un premier fetre au mfeme titre que Dieu, mais que son existence resulte d*une operation de la puissance divine. Comment la matifere pourra-t-elle sortir de Dieu et ^tre en m^me temps le contraire de Dieu ? Boehme resout la difficulte en disant que Dieu, pour se reveler, s'objective et se realise lui-m6me, et que cet objel et cette realite ext6rieure, quoique posee par Dieu, ne se confondent pas avec lui, parce que la volonte qui est le fond de son 6tr^ est infinie et ne peut se perdre dans ses efforts. Ainsi Dieu lui-m6rae a une nature ou un corps qui n'est pas lui et qui forme son existence reelle ; mais ce corps est pos6 par Dieu el n'est autre que sa volonte mfeme, vue du dehors. Dans ce ph^nomene de Dieu le mystere 6lernel se r6vele, sans que jamais la r6v6lation dissipe le mystfere. La nature est de Tessence de Dieu, mais Dieu est ind^pendant de la nature. Ce syst^me est une sortc de spiritualisme concret ou naturaliste.
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La connaissance de la genese divine est la premifere qui nous soit n^cessaire pour arriver a posseder Dieu, Mais elle ne suffit pas. Ce fut Terreur des mystiques de croire que toute science etait comprise dans la science de Dieu. La nature et Thomme ne s'expliquent pas par une simple diminution.de Tessence parfaite. II y a dans les creatures quelque chose qui leur est propre, qui les distingue de Dieu, et qui m^me leur permet de se revolter contre lui. Le mal, oeuvre des crdatures, n'est pas un non-6tre : c'est un 6tre qui dit non ; c'est la haine qui veut d^truire Tamour, la violence qui veut briser la loi. II y a done une science de la nature, distincte de la science de Dieu. La difficulte est de rendre compte de cette distinction, tout en maintenant le rapport de d6pendance qui doit relier toute science a la science de Tfetre absolu.
Le premier probleme que souleve Texistence de la nature est celui de la creation. Boehme ne saurait adopter a cet 6gard la doctrine appel^e commun^ment theisme. Selon cette doctrine, Dieu tirerait le monde du rien absolu, c'est-a-dire le creerait par sa seule volonte infinie, sans y employer aucune matiere soit sensible, soit suprasensible. Mais un tel monde serait sans realite veritable, parce que la realite n'en serait pas fondee en Dieu. Ce serait un monde purement possible et ideal^
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comme le principe m6me auquel il devrait sa naissance : rintelligence sans mati^re ne cr6e que des id^es. Des lors, point de personnalite veritable dans les creatures. Si les uns sont bons et les autres mauvais, si les uns sont predestines a la f61icite et les autres voues a la damnation, ce n'est pas parce qu'il y a dans les 4mes des creatures des energies vivantes et opposees : c'est parce qu'ainsi Ta voulu le Dieu transcendant aux volontes arbitraires. Iddalisme et fatalisme, telles sont les consequences de la doctrine th6iste.
Mais si Boehme ecarte le theisme, ne sera-ce pas pour lomber dans le pantheisme ? Nous savoris qu'il reconnait en Dieu Texistence d'une nature. Ne sera-ce pas cette nature qui constituera le fonds dela nature visible ? Celleci peut-elle ^tre autre chose qu'un d^veloppement de celle-la ; et ne faut-il pas dire, avec les pantheistes, que le monde est, sinon Dieu mfeme, du moins le corps et la manifestation de Dieu ?
Une telle interpretation irait, a coup sur, contre le dessein de Boehme, lequel se garde du pantheisme plus energiquement encore que du theisme. Certes, dit-il, en un sens Dieu est tout, ciel et terre, esprit et monde ; car tout a sa source en lui. Mais que devient son immensile adorable, si le monde est la mesure de sa perfection ? Sans doute il a tir6 le monde de sa force et de sa sagesse : mais il ne Ta pas form6 afin de devenir lui-mSme plus parfait. Sa perfection est complete ind^pendamment de toule creation. Dieu a formS le monde pour se manifester
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(I'une maniere sensible. Que les sophistes ne viennent pas me dire que, par ma doctrine de la nature divine, je confonds Dieu avec le monde. Je ne confonds pas la nature ext^rieure avec la nature interieure. Celle-ci est vraiment vivante, et elle est parfaite. L' autre n'a qu'une vie d^rivee et demeure imparfaite. Non, le mpnde ext6rieur n'est pas Dieu, et ne saurait sans blaspheme fetre appel^ Dieu. Dire que Dieu est tout, que Dieu est luimfeme et le ciel et la terre et le monde exterieur, c'est parler comme un pa'ien, c'est professer la religion du diable.
Le probl^me est done, pour Boehme, de deriver la matiere de Tesprit en 6vitant le theisme, et de fonder la nature sensible sur la nature divine sans tomber dans le pantheisme. Comment Boehme resout-il ce probleme?
Tandis que la naissance de Dieu etait une pure generation, c'est-a-dire une production magi que accomplie par Tesprit au moyen de ses deux puissances a la fois homog^nes et contraires, sans ^atiere preexistante, la naissance du monde est une creation, on production accomplie par un agent spirituel au moyen d'une matifere. L'agent spirituel, c'est le Dieu un en trois personnes. La matiere, c'est la nature 6ternelle. Ni Tun ni Tautre de ces deux principes n'est le monde ni ne le contient. Le Dieu personne, comme tel, est un pur esprit. La nature eternelle est une harmonic parfaite oil les 6tres, quoique distincts, se penetrent les uns les autres : c'est une multiplicite dont chaque partie, a sa maniere, exprime
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Tunit^ du tout. Ces perfections distinguent radicalement Dieu et la nature divine du monde sensible et cree, qui, d'une part, est materiel, et qui, d'autre part, se compose de parties et de fragments ext^rieurs les uns aux autres. Mais si le Dieu personne et la nature eternelle ne sont pas le monde, ils en renferment les elements ; et le monde a sa noblesse et sa r^alitS, en tant qu'il y a en lui quelque chose des perfections divines. Et d'abord Dieu, voyant de toute 6ternit6 dans la sagesse les id^es des choses, et trouvant dans la nature les forces necessaires pour realiser ces id^es, a form6 le dessein de creer le monde, c'est-a-dire de faire exister d'une maniere corporelle cequi existait en lui d'une manifere essentielle, ou encore de faire paraitre separe ce qui, en lui, 6tait ensemble. II a form6 ce dessein par pur amour, sans y 6tre contraint ou oblige en aucune faQon. II n'y a point de raison de la creation. Le pourquoi en est myst^re et ne comporte aucune revelation. Si la creation avait son origine premiere dans le Dieu manifesto et non dans Tabime primordial, elle s'expliquerait, elle serait n6cessaire et s'imposerait a Dieu. Mais Dieu veut des enfants et non des maitres. Si le monde est suspendu a Dieu, Dieu n'a nul besoin du monde.
Le monde n'a pas 6te fait de quelque chose, a savoir d'une matiere brute, contraire absolu de la personne. Mais il a et6 fait de la nature divine, en ce sens que les sept esprits qui composent cette nature ont realist sous forme de corps les idees contenues dans la sagesse. Les